Frelon asiatique
De la vigilance, pas de psychose
Frelon asiatique
Publié le 02/10/2014
Le frelon asiatique ou frelon à pattes jaunes a été repéré en septembre près de Karlsruhe. Plusieurs fois, des nids ont été détectés en Bourgogne. Le nuisible a des raisons d'inquiéter les apiculteurs alsaciens et nécessite une surveillance.
«D'après les études du muséum d'histoire naturelle de Paris, il est possible que le frelon asiatique s'installe dans une région comme l'Alsace, malgré des hivers rigoureux», expose Alexandre Fleisch, inspecteur phytosanitaire à la Fredon Alsace. Le dernier signalement a eu lieu en septembre à 40 km de l'Alsace, à Karlsruhe en Allemagne. En France, le frelon est détecté depuis quelque temps en Bourgogne. «Le sud de la France connaît mieux son comportement de prédation. Nous ne pouvons pas connaître l'attitude qu'il aura en Alsace, car les insectes sont très dépendants des conditions climatiques.» Les colonies de frelons asiatiques ont une durée de vie d'un an. Le nid est très repérable, parce qu'il est construit à la cime des arbres et est donc visible en hiver. Il peut faire jusqu'à 1 m de diamètre. «Les personnes les plus susceptibles d'en repérer sont les apiculteurs, indique Alexandre Fleisch, car le frelon asiatique chasse près de la ruche pour attraper les abeilles qui reviennent du butinage, pleines de miel et fatiguées. Il effectue un vol stationnaire près de la ruche». Selon le muséum d'histoire naturelle, le frelon asiatique se nourrit d'abeilles, mais aussi d'autres insectes (guêpes, mouches, papillons ou chenilles), ainsi que d'araignées dont il nourrit ses larves. Les adultes se nourrissent de liquides sucrés (miellat, nectar, miel). A l’automne, ils mangent aussi la chair des fruits mûrs, pommes, prunes, raisins. Les actions préventives inefficaces Le frelon asiatique est plus petit que le frelon européen, il a une coloration très sombre au niveau de l'abdomen ; la première partie est noire-brune et le bout de l'abdomen est orangé contrairement au frelon européen qui ressemble plus à une grosse guêpe. Comme l'indique son nom commun, il a les pattes jaunes. L'inspecteur phytosanitaire à la Fredon Alsace met en garde contre les confusions : « Nous avons eu beaucoup d'appels suite à la parution d'un article dans le journal les Dernières Nouvelles d'Alsace qui avait publié la photo d'un frelon commun. Si une personne reconnaît un individu, elle peut nous envoyer une photo du nid ou du frelon et on essaie de se rendre sur place. Ensuite, nous faisons remonter les informations au groupement de défense sanitaire, à la chambre d'agriculture de région Alsace et au muséum d'histoire naturel de Paris». Pour André Frieh, apiculteur à Ribeauvillé (voir article ci-dessus), il y a un «risque fort que le frelon soit en Alsace d'ici un ou deux ans. Contrairement aux régions du Sud, nos abeilles ne sont pas habituées à se défendre. On a laissé progresser le frelon et aujourd'hui il est trop tard». Le muséum d'histoire naturelle a mis en avant qu'il est inutile, voire dangereux, de faire du piégeage préventif, car il tue les autres insectes et laisse donc la place au frelon. Il précise qu'«une lutte irraisonnée contre une espèce invasive peut conduire à favoriser son installation. Les espèces invasives ont en général une très forte capacité d’adaptation et de dispersion. C’est le cas du frelon asiatique à pattes jaunes». Le muséum conseille d'éviter le piégeage des femelles fondatrices (équivalent de la reine pour le frelon). La destruction des colonies reste la méthode la plus efficace pour diminuer les populations de frelon asiatique. Il faudra alors faire appel à une entreprise spécialisée, précise Alexandre Fleisch. Le frelon asiatique étant diurne, les nids devront être détruits à la tombée de la nuit ou au lever du jour. Des moyens de lutte étudiés Alexis Ballis, conseiller spécialisé en apiculture de la Cara, rappelle que le frelon à pattes jaunes a été classé en 2012 « espèce exotique, envahissante et nuisible à l'apiculture ». Dans le « Flash abeilles » qu'il réalise (disponible sur le site internet de la Cara), il souligne les évolutions apportées par les chercheurs : ceux du CNRS de Tours. Ils ont découvert qu'un diptère parasite européen, Conops vesicularis, était capable de tuer les fondatrices de frelon asiatique en leur injectant un œuf dans l'abdomen. Une série d’essais comparatifs a également été conduite à l’automne 2013, en Midi-Pyrénées. Elle démontre que le piège doté de l’appât «veto-pharma» fonctionne mieux que les pièges « en dômes » ou « en nasses » (bouteille coupée), les pièges « en dômes » réalisent plus de captures que les pièges « en nasses », les appâts sucrés ont une meilleure attractivité que les appâts protéiques et que le « jus de cirier » (liquide sucré résultant de la fonte des cadres de ruche). Le jus de cirier s’est révélé très peu attractif au cours de cette étude. Le GDS, la Fredon Alsace et la Cara travaillent de concours pour trouver les moyens de faire face à une éventuelle arrivée du frelon dans notre région.












