Élevage

Reportage sur les produits laitiers dans l’émission télévisée « Cash Investigation »

« Nous n’avons rien à cacher »

Publié le 25/01/2018

L’émission télévisée « Cash Investigation » du 16 janvier fait beaucoup parler dans les salles de traite. La coopérative Sodiaal a officiellement répondu à ce reportage par un long communiqué. Localement, trois éleveurs impliqués au niveau syndical : Jean-Daniel Steib, Thomas Ritzenthaler et Michel Rohrbach, donnent leur point de vue.

Depuis la diffusion de cette émission, les commentaires sont nombreux. Sur les réseaux sociaux, des éleveurs ne cachent pas leur agacement et leurs griefs. Contre l’émission, la journaliste présentatrice, mais également contre le fonctionnement des coopératives laitières. Plus inquiétant encore, les responsables professionnels ont eu écho de la volonté de certains agriculteurs d’abandonner leur production pour se reconvertir dans d’autres secteurs d’activité. Il est question de « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Le soir même de la diffusion de l’émission, puis les jours suivants, les coopératives et le monde agricole ont réagi. La première concernée, Sodiaal, l’a fait officiellement le 17 janvier en rappelant que « la priorité de la coopérative, c’est le revenu de ses adhérents. Sodiaal s’est toujours battue et continue à se battre chaque jour pour valoriser le lait de ses producteurs au meilleur prix possible. » La coopérative explique, en outre, n’avoir rien à cacher et répond sur tous les points diffusés lors de l’émission. « Au vu du niveau exceptionnel de la crise laitière, Sodiaal a redistribué en 2017 un montant équivalant à 106 % du résultat 2016 à ses producteurs adhérents, soit 25 millions d’euros, et non 3,50 M€ comme prétendu dans l’émission. Il y est par ailleurs véhiculé une confusion technique entre les comptes sociaux d’une seule entité, Sodiaal International, et les comptes consolidés de l’ensemble de la coopérative. En particulier, le montant de 526 M€ indûment qualifié de « trésor de guerre » qui ne correspond qu’à un actif au bilan social de Sodiaal International, et non à de la trésorerie » (lire encadré). Et de rappeler que le « seul trésor de guerre » de la coopérative est le lait de ses producteurs. « Le valoriser au mieux, c’est la mission permanente de Sodiaal, qui l’exerce en totale transparence. » L’entreprise a répondu sur l’analyse financière, le prix du lait, la mécanique des prix A et B, son organigramme ou encore sa filiale Liberté Marque au Luxembourg. Rétablir la vérité Thomas Ritzenthaler, éleveur à Holtzwihr et administrateur de la région Centre Est de Sodiaal, a regardé l’émission. Il reconnaît qu’il a appris des choses ce soir-là. « Pour le Luxembourg, je ne savais pas. Je savais que c’était une marque, mais pas une société. Je regarde régulièrement Cash Investigation, c’est souvent une émission « à charge », réalisée pour faire du « sensationnel ». Sur d’autres points que je maîtrise davantage, il y avait ou un manque de précisions, plus ou moins volontaire, ou des incohérences. Un exemple. Dans l’affaire Lactalis, on parle toujours de lait contaminé. Or, c’est de la poudre de lait dont il est vraiment question. Alors, forcément, cela fait parler. Mais, il faut raison garder », estime l’éleveur. Jean-Daniel Steib, éleveur à Horbourg-Wihr et président de la section Est de Sodiaal, ne cache pas son agacement. « Ce reportage a été réalisé au printemps dernier. Les responsables de l’émission ont reçu à ce moment-là tous les documents nécessaires pour les éclairer. Ils n’en ont gardé et diffusé qu’une partie. Certaines des informations, qui ont été données, ont été volontairement détournées. Nous voulons désormais simplement rétablir la vérité. » Jean-Daniel Steib estime qu’en France, on veut en quelque sorte s’autodétruire. « J’ai l’impression que la vache laitière est devenue depuis quelques mois ce qu’est le maïs aux yeux des écologistes. Une vache laitière qui est dans toutes les communications négatives aujourd’hui : nitrates, gaz à effet de serre, maltraitance animale. Je trouve dommage et incompréhensible que l’on torpille de cette façon notre propre filière laitière. À l’étranger, tout le monde rigole et profite de cet état d’esprit à la française. » Comme Thomas Ritzenthaler, Jean-Daniel Steib invite les éleveurs adhérents à Sodiaal à la prochaine assemblée générale, mais aussi aux réunions techniques de sections qui démarrent à compter du 31 janvier. « Il y en a une vingtaine dans tout le Grand Est. Tous les adhérents peuvent venir librement et poser leurs questions. Ils y trouveront des réponses. Sodiaal n’a rien à cacher. Nous n’avons rien à cacher ». Davantage et mieux communiquer Éleveur à Wittelsheim et président du groupe lait à la FDSEA du Haut-Rhin, Michel Rohrbach, qui n’est pas adhérent Sodiaal, a regardé l’émission le 16 janvier. « Je le fais à chaque diffusion de Cash Investigation. Je n’ai pas été choqué car je sais que la philosophie de l’émission fait partie de sa recette pour faire de l’audience. J’ai, par contre, été surpris des réactions. D’habitude, on considère la presse généraliste nationale comme « anti-paysan ». Là, bizarrement, on l’aime. » Il a trouvé dérangeant « cette façon de tout généraliser ». Par ailleurs, et c’est vrai dans le cas présent comme sur de nombreux autres sujets, il estime qu’il faut davantage et mieux communiquer. « Lors de la diffusion de l’émission, j’ai trouvé que le président de Sodiaal, Damien Lacombe, n’était pas à la hauteur, pas à l’aise. Il a été pris à son propre jeu. Quand tu sais que tu participes à une émission comme Cash Investigation, tu dois être prêt. Ce n’était pas le cas. Or, quand tu représentes un ensemble de producteurs, tu dois avoir du répondant », constate Michel Rohrbach. Plus globalement, l’éleveur insiste sur la nécessité pour la filière laitière d’avoir un véritable plan stratégique pour pérenniser son avenir. « Cette nécessaire stratégie doit, par exemple, être développée dans les négociations à venir avec les GMS. Il faudra réussir à faire passer des hausses de prix pour nos produits et sur nos coûts de production. On est en janvier. Tout le monde attend ces négociations avec une certaine impatience. On ne peut plus communiquer sur les redistributions des résultats des coopératives. De nombreux éleveurs ne voient, eux, qu’une seule chose : la fin du mois, avec quasiment rien pour vivre », conclut Michel Rohrbach.

Publié le 09/01/2018

La dégradation des cours en fin d’année ne remet pas en cause le bilan 2017. Après dix ans de creux plus ou moins profonds, le secteur porcin peut enfin commencer à se redonner un peu d’assise financière.

Même s’ils s’inscrivent dans une tendance baissière, les achats chinois continuent à faire le beau temps du marché européen pendant une grande partie de l’année. C’est grâce à eux que le cours du porc à 56 de TMP au MPB de Plérin s’affiche en avril à 1,546 €/kg. Un record pour ce mois ! De janvier à début juillet, les 1,50 € font office de prix pivot. Le reflux s’accentue à partir de la mi-août jusqu’à plonger à 1,18-1,17 € début novembre. Il se stabilise à ce niveau. Dans la région Grand Est, le porc est payé entre 1,72 et 1,35 €. En Alsace, le prix moyen sur l’année avoisine 1,40 €, soit 14 cents de plus d’une année sur l’autre. La filière régionale se situe 6 cents au-dessus du prix français. La stabilité du prix de l’aliment engraissement entre 226 et 230 €/t se répercute favorablement. La marge par truie gagne 150 € pour atteindre les 912 €. La mauvaise qualité des céréales dans les ateliers qui valorisent leurs propres récoltes par la fabrication à la ferme dégrade en revanche l’indice de consommation (IC) de 0,1 point, autrement dit de 60 € par truie. Cette pénalité devrait être rapidement effacée par la qualité récoltée au champ en 2017. Segmenter l’offre au consommateur Ces prix plus rémunérateurs étaient indispensables aux éleveurs et aux abatteurs. Mais redonneront-ils confiance à une filière française en plein doute ? Rien n’est moins sûr. Certes il y a eu un effet « porc français » qui s’est traduit par une baisse des importations de 10,7 % en 2016. Elle s’est accompagnée d’une augmentation des exportations de 4 %. Mais le prix français se caractérise toujours par son décalage négatif d’environ 10 centimes comparé aux prix allemand rendu abattoir à 56 TMP. Les organisations de producteurs bretonnes ne se sont toujours pas regroupées (comme elles en avaient l’intention) pour être aussi bien en ordre de marche que leurs concurrents. L’offre produits aux clients n’a toujours pas été modernisée alors que la segmentation semble vitale pour reconquérir des consommateurs qui mangent de moins en moins de viande. D’ailleurs de janvier à octobre 2017, les achats de viande de porc des ménages français reculent de 5,2 %, un phénomène général à l’Europe. À cela s’ajoute le débat sur le type d’élevage souhaité par la société, le bien-être et la santé animale, autant de thèmes sur lesquels les éleveurs sont sur la défensive. Conséquence de cette ambiance lourde : sur le premier semestre, les abattages français se replient de 3,9 %, et le poids produit baisse de 4,7 %. Certes, les perspectives à dix ans du marché mondial de la viande brossées par l’OCDE et la FAO demeurent favorables à la production. La consommation est attendue en hausse de 1,5 % par an. Mais elle concernera avant tout les pays en développement et la viande porcine ne fait pas partie de celles que le consommateur entend plébisciter… Les deux organisations envisagent un niveau de prix inférieur ou égal à 2016, n’évoluant que marginalement à la hausse…

BOVINS VIANDE

Des prix en nette hausse

Publié le 09/01/2018

Une fois n’est pas coutume, les prix remontent. Toutes les catégories d’animaux en profitent.

De 8 à 19 cents au kilo : voilà le niveau de gain des cours des différents animaux sur les dix premiers mois de l’année 2017. Dans le détail, le jeune bovin R gagne 15 cents à 3,80 €/kg et même 3,98 € en classement U. Ce dernier bondit même à 4,17 € à la mi-novembre. La vache O passe à 3,23 € au lieu de 3,04 € en moyenne 2016 ; sa collègue classée R est payée en moyenne 3,82 €. À 3,96 €, la génisse progresse le moins, mais s’apprécie néanmoins de 8 cents. À partir de février, le broutard profite de l’absence de creux sur les cours du JB et suit la tendance. Entre mars et fin octobre, il s’échange entre 2,60 et 2,76 €/kg. Dans l’Union européenne, les cotations bovines sont en moyenne supérieures de 5,8 % en septembre 2017 comparé à septembre 2016. Maintien du coût alimentaire Ces hausses mettent du baume au cœur des éleveurs à la suite d’une année 2016 beaucoup plus difficile. Comment s’expliquent-elles ? Essentiellement par une baisse de l’offre qui permet au marché de retrouver de la fluidité. Sur les six premiers mois de l’année, les abattages baissent de 3 % dans l’UE. Sur la période de janvier à octobre, il se tue par exemple en France 1,8 % de JB viande et 3 % de JB lait de moins. De plus leur poids de carcasse diminue de 2 %. L’aide de 150 € attribuée aux JB de races à viande ou mixte de moins de 360 kg de carcasse vendus entre janvier et avril 2017 limite les quantités de viande bovine mises en marché. Elle soutient par ricochet les cours des vaches de début et de moyenne gamme. Les engraisseurs alsaciens bénéficient d’un décalage de la hausse du prix des broutards ainsi que de la stabilisation du prix des céréales et des pulpes. Leurs charges d’alimentation se maintiennent pour les plus de 15 000 JB qu’ils produisent habituellement par an. La bonne qualité des ensilages d’herbe et de maïs laisse entrevoir une amélioration des croissances qui se répercutera à la fois sur le coût de production et la marge. La prévision de prix, notamment en JB, pour le début de 2018 reste optimiste, au moins jusqu’au printemps. Elle évoluera en fonction du risque sanitaire lié à la diffusion de la fièvre catarrhale ovine (FCO) et de la tenue des courants d’exportation vers l’Algérie et la Turquie. Comme le dynamisme du marché du broutard vers l’Italie n’incite pas à engraisser, voilà un dernier élément qui milite pour donner du crédit à cette analyse de l’Institut de l’élevage.

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