Élevage

Mois de la bio. Au Gaec de Rosen-Guth à Dettwiller

Concilier robot et pâturage en bio

Publié le 18/11/2017

Même s’ils pratiquaient déjà un élevage extensif, la conversion du Gaec de Rosen-Guth à l’agriculture biologique a bouleversé les assolements, l’alimentation et les pratiques d’élevage. Grâce à des portes intelligentes, ils arrivent à concilier robot de traite et pâturage des vaches, un élément fondamental en agriculture biologique.

Le Gaec de Rosen-Guth est situé à Dettwiller. Plus précisément sur les hauteurs de Rosenwiller, pas très loin de l’autoroute A4 et de la LGV Est européenne depuis qu’une sortie d’exploitation a été réalisée en 1987. À l’époque, la SAU était de 90 hectares, et 50 vaches laitières (VL) produisaient quelque 300 000 l de lait par an. Guillaume Guth a rejoint l’exploitation familiale en 2009. Au départ avec un plan d’installation en conventionnel. Mais la conjoncture en lait bio est bonne, une aide à la conversion incitative est en place… Aussi les agriculteurs procèdent-ils à une étude d’impact de la conversion à l’agriculture biologique, qui s’avère intéressante. La décision est prise en quelques semaines. « Nous pratiquions déjà un élevage extensif et, sortir avec le pulvérisateur, ce n’était vraiment pas ce que j’aimais faire… », argumente Guillaume Guth. « C’était un choix de conversion rapide, confirme Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il a été stimulé par plusieurs facteurs : une coopérative demandeuse, ce qui représente l’assurance d’être collecté et de bénéficier d’un accompagnement, des parents qui n’étaient pas réticents, un mode d’élevage déjà assez extensif, herbagé, avec des vaches pas trop poussées. » La principale difficulté, c’est que les vaches ne pâturaient plus du tout. « Or, même si le cahier des charges de l’agriculture biologique ne donne pas d’objectif chiffré, le pâturage est une obligation », indique Philippe Le Stanguennec. « Nous avons donc recommencé à faire pâturer les vaches en implantant 10 ha de pâture derrière l’étable. Et nous avons ensemencé progressivement de plus en plus de prairies temporaires autour de l’exploitation », rapporte Guillaume Guth. « Au début, c’était une contrainte, reconnaît-il. Mais plus maintenant. Certes c’est du travail, il faut déplacer les clôtures, changer les batteries. Mais nous y trouvons du plaisir et de l’intérêt. » Tant et si bien qu’ils seraient encore prêts à développer la surface pâturée s’ils n’étaient pas coincés par la ressource en foncier. Pas de traite, pas de pâture En 2011, face à la perspective de devoir travailler seul sur l’exploitation - son frère, Jérémy, ne l’a rejoint qu’en 2016 -, Guillaume Guth procède à une extension et à un réaménagement de l’étable afin de faciliter le travail. Les génisses rejoignent le bâtiment principal, le sens des logettes est modifié pour permettre un raclage automatique… Et c’est dans la même optique de diminuer la charge de travail qu’il investit dans un robot de traite Delaval. Les vaches circulent alors librement entre l’étable, la pâture et le robot, ce qui ne va pas sans occasionner quelques difficultés : « Quand on ouvrait les portes de l’étable, toutes les vaches sortaient, et le robot était quasiment inutilisé pendant cinq heures. Or comme il était déjà un peu limite par rapport à la taille du troupeau, il aurait mieux valu qu’il fonctionne tout le temps. Car si on doit tout le temps pousser les vaches pour qu’elles aillent au robot, on perd l’avantage du gain de temps qu’il est censé apporter ! » En 2015, le stade de 90 vaches pour un robot est atteint. Pour le désengorger, Guillaume Guth investit dans un second robot et, pour rationaliser le déplacement des vaches, dans des portes intelligentes. Elles permettent de donner accès ou non aux vaches au pâturage en fonction du délai avant la prochaine traite : si sa dernière traite remonte à trop longtemps, la vache n’aura pas accès à la pâture tant qu’elle ne sera pas retournée au robot pour se faire traire. Leur circulation reste donc libre, mais contrôlée. Du méteil pour l’autonomie fourragère La SAU et l’assolement actuel de l’exploitation ne permettent pas d’atteindre l’autonomie fourragère. Les agriculteurs achètent donc de l’herbe sur pied et des céréales à une exploitation de Weyersheim. Pour accroître l’autonomie fourragère de l’exploitation et mieux compléter le maïs ensilage, Guillaume Guth a essayé cette année sur 10 ha une double culture : du méteil (200 kg de semences fermières de triticale + 50 kg de pois fourrager), suivi d’un maïs ensilage. « L’avantage d’un méteil par rapport à un ray-grass, c’est qu’il va couvrir le sol sans consommer la réserve en eau qui doit bénéficier au maïs », indique l’éleveur, qui avance un second argument : les prairies qui souffrent de manière de plus en plus récurrente de la chaleur et du manque d’eau en début d’été. Le méteil étant récolté avant, il constituerait une forme d’assurance. Pour cet essai, le méteil a été fauché et ensilé le 1er juin, puis le maïs a été implanté au strip-tiller derrière : « J’avais peur d’assécher le sol en le travaillant », témoigne Guillaume Guth. Avec 17 tonnes de MS/ha (10 pour le méteil, 7 pour le maïs), l’essai est concluant. Ainsi les agriculteurs prévoient de réitérer l’expérience cette année, mais sur 30 ha et en enrichissant le méteil avec de la féverole afin d’améliorer la teneur en matière azotée totale (MAT) du fourrage. Un « challenge personnel » que Philippe Le Stanguennec encourage pour des raisons avant tout économiques : « Par rapport au conventionnel, les prix des correcteurs azotés ou du soja bios sont doublés. » Retrouvez aussi notre reportage vidéo :  

Publié le 16/11/2017

En moins de trois ans, la quasi-totalité du troupeau de vaches laitières du Gaec des collines, à Roderen, a été décimé sans qu’aucune explication rationnelle n’ait pu être fournie à ce jour. Et ce, malgré des études indépendantes récentes qui « laissent supposer » une contamination due à des nanoparticules de titane.

La résolution du mystère devra encore attendre. Trois ans plus tard, Pascal Wolfersperger, agriculteur à Roderen, ne sait toujours pas ce qui est arrivé à son cheptel de vaches laitières quasiment entièrement décimé par un mal non identifié à ce jour (voir encadré). Pourtant, de nouveaux « éléments de réponse » étaient présentés le 10 novembre lors d’une conférence de presse organisée par l’association Pingwin Planet, la Confédération Paysanne d’Alsace et l’association ACCES (Actions Citoyennes pour une Consommation Écologique et Solidaire). Le journaliste indépendant allemand - et chimiste de formation - Michael Loeckx a résumé deux années de recherche et d’investigation qu’il a menées parallèlement aux analyses régulières réalisées sur la ferme par différents organismes (CAC, Chambre d'agriculture, services de l’État…). Selon les résultats obtenus par des scientifiques suisses qui se sont penchés sur la question, d’importantes quantités de nanoparticules de titane auraient été retrouvées dans tous les échantillons de lait, d’herbe et de foin. « Au vu de tous ces résultats, on peut avancer qu’au cours de cette période d’observation, une contamination continue en dioxyde de titane a été présente », révèle Michael Loeckx. Pour corroborer cette hypothèse, le journaliste allemand rappelle les résultats d’une analyse supplémentaire du sol entreprise en 2016 par la CAC. Comme le révèle le rapport d’analyse, 2,558 g titane/kg de terre ont été retrouvés. Le maire de Roderen, Christophe Kippelen, relativise : « C’est une analyse qui n’a eu lieu qu’une seule fois à un endroit donné. Elle n’a pas été faite ailleurs. Cette quantité de titane observée est si forte que, si elle était due à une pollution atmosphérique, on retrouverait dans le sol autour de Thann tout le titane émis par l’usine Cristal depuis 1926. » Dans le cas présent, l’usine chimique aurait tout du responsable parfait aux yeux des associations ACCESS et Pingwin Planet. Ce dont elle se défend au travers d’un communiqué diffusé en début de semaine. Elle rappelle que « l’usine répond à l’ensemble des normes environnementales et de sécurité en vigueur » et conteste « formellement les accusations engageant sa responsabilité dans le décès de bovins à proximité ». Cristal se dit également « particulièrement surpris qu’aucun autre cas de décès d’animaux ne soit connu à proximité du site ». Rien de « significatif » pour l’Ineris Même si les suppositions vis-à-vis de la responsabilité de Cristal sont fortes, Michael Loeckx tient tout de même à tempérer le bilan de ces deux années de recherche. « Ces résultats ne prouvent rien à l’heure actuelle. On est incapable de dire si ce sont ces nanoparticules de titane qui ont tué les vaches. D’autres analyses sont en cours pour aller plus loin encore dans l’élucidation de ce problème. » De ce fait, la réunion prévue - de longue date - lundi dernier dans les locaux de la sous-préfecture de Thann en présence des services de l’État était fortement attendue. En effet, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), avait été mandaté en juillet dernier pour analyser de son côté les niveaux de nanoparticules de titane présentes sur l’exploitation de Pascal Wolfersperger. Comme le souligne le journaliste d’investigation allemand, « en chimie, si on ne recherche pas quelque chose précisément, on ne le trouvera pas ». Et l’Ineris n’a rien trouvé de significatif comme le révèle le communiqué diffusé mardi par la préfecture du Haut-Rhin : « les analyses d’air, d’eau, de sols, les autopsies vétérinaires, les recherches sur les fourrages et l’alimentation en eau n’ont pas mis en évidence des concentrations susceptibles d’être la cause des symptômes observés ». Présent à cette réunion, Christophe Kippelen souligne également que les concentrations retrouvées sont « à peu près équivalentes » à celles relevés sur le Gaec Reber, l’élevage laitier le plus proche situé à Aspach-le-Haut. Élevage qui n’a pas eu à déplorer de morts mystérieuses de ses bovins… Du coup, l’enquête continue. L’Ineris a demandé à confronter les résultats obtenus par Michael Loeckx afin d’étudier la méthodologie utilisée (par qui et avec quels moyens), ainsi que les chiffres obtenus. Les conclusions de cette nouvelle investigation devraient être connues lors de la prochaine réunion prévue début 2018 à la sous-préfecture de Thann.

Producteurs de lait de l’association des huit cantons

Les yaourts « A Güeter ! » font leur foire

Publié le 15/11/2017

Une cinquantaine de producteurs d’Alsace et de Lorraine ont lancé il y a quelques semaines « A Güeter ! »*. La nouvelle marque de yaourts est disponible dans les enseignes de la grande distribution où ils connaissent un beau succès. Les professionnels seront présents à la foire de la Sainte-Catherine d’Altkirch pour les faire déguster au grand public.

L’histoire démarre en mars 2016. Lors de l’assemblée générale des producteurs de lait des huit cantons, les éleveurs cherchent de nouvelles pistes de valorisation pour leur lait. Ils sont confrontés à la crise économique du secteur et entendent pérenniser leur activité, prendre leur destin en main. Le président de l’association, Michel Rohrbach, du Gaec de Wittelsheim, vient devant ses adhérents avec une idée. Plus exactement avec un pot de yaourt où le logo de l’association est posé dessus. Les discussions démarrent. « Nous avons échangé et beaucoup travaillé. Nous avons monté un projet : celui de lancer notre propre yaourt. Nous avons réalisé des études de faisabilité, mais également des études économiques et techniques. Nous avons travaillé avec la centrale Système U et notre coopérative de lait, Eurial qui est située entre Metz et Nancy. Cela a eu une première conséquence positive. Toute la filière était réunie et a discuté ensemble », explique Michel Rohrbach. Des discussions qui ont permis d’avancer en commun et de faire mûrir le projet. À tel point que les adhérents de deux associations de producteurs, celle des huit cantons et celle de Vézelise en Meurthe-et-Moselle, ont finalement déposé leur propre marque « A Güeter ! ». Une marque, un produit qui se différencie de tous les autres. « Nous avons établi un cahier des charges : un pot en verre, très peu d’emballage et surtout un produit de qualité avec du vrai lait, de la crème, pas de conservateur. Du coup, le yaourt est très onctueux. C’est un produit très solide qui ne ressemble à aucun autre. Son nom, nous l’avons choisi pour valoriser notre terroir, notre histoire, nos racines », ajoute Michel Rohrbach. 50 000 pots de yaourts vendus en octobre Ce yaourt régional « Grand Est » a vocation à se développer sur cette zone géographique. « Il y a ici le même type de consommation. C’est notre territoire. Nous avons choisi de nous intéresser en premier lieu aux grandes et moyennes surfaces (GMS). Trois d’entre elles ont accepté dès le départ : Super U, Cora et Leclerc. Depuis, nous avons eu de nouveaux contacts. Ici dans le Grand Est, mais également jusqu’à Paris. Dans ce premier temps, nous allons tout d’abord travailler sur notre bassin et nous ferons le point en 2018 où nous aurons une stabilité de nos produits », avance Michel Rohrbach. Pour le moment, le succès est réel. Les consommateurs sont au rendez-vous. Pour le seul mois d’octobre, 50 000 pots de yaourts ont été vendus. Essentiellement sur le Haut-Rhin. « Nous commençons seulement à communiquer et à mener des actions dans le Bas-Rhin et en Lorraine. Jusqu’à présent, les consommateurs nous suivent. Et ils le font car ils sont satisfaits de la qualité de nos yaourts. Nous recevons même des cartes postales de remerciements. À la date d’aujourd’hui, nous sommes capables de répondre à la demande. Après, nous allons voir dans le temps si le succès reste de cette importance », complète Michel Rohrbach. Des dégustations Outre le produit, les producteurs laitiers complètent leur offre par une démarche atypique dans le secteur laitier : celle d’aller au contact des consommateurs. À cet effet, ils ont suivi deux jours de formation spécifique sur l’animation de stands. Depuis, ils proposent chaque semaine des animations dans différentes grandes surfaces afin de présenter leur démarche aux consommateurs. Pour les repérer, rien de plus simple car les tabliers roses flashy ne passent pas inaperçus ! À chaque fois, les éleveurs sont là, en duo. « Nous voulons créer une relation sincère entre producteurs et consommateurs. Nous comptons d’ailleurs sur ces animations pour que les gens nous indiquent quel parfum ils souhaiteraient que nous lancions à l’avenir… », relève Michel Rohrbach, qui défend le circuit court, mais aussi la qualité haut de gamme de ces yaourts constitués de lait, de crème et de fruits. Les producteurs sont présents, souvent le samedi, dans les GMS de la région, mais également sur différents événements agricoles ou non. On les a retrouvés récemment à la foire Simon et Jude à Habsheim. Et ils seront présents jeudi 23 novembre à la foire de la Sainte-Catherine d’Altkirch. « Nous y serons avec notre laiterie. Nous avons choisi d’agrandir notre stand pour l’occasion, juste en dessous du parc matériel. Nous ferons déguster toute la journée au public nos yaourts. Évidemment nous serons équipés de nos tabliers roses. C’est nécessaire d’être là », complète Michel Rohrbach. Une aventure professionnelle et humaine qui soude les éleveurs, qui leur permet de sortir de leur travail quotidien et qui, en définitive, et ils l’espèrent tous, leur permettra d’obtenir un retour économique intéressant. Des nouveaux produits en 2018 Les producteurs ont également créé une page Facebook pour une communication virale. Sur cette page, ils donnent rendez-vous à leurs clients le 2 décembre prochain. Ce jour-là, ils mettront en avant trois magasins dans le Haut-Rhin où il sera possible de déguster en avant-première cinq nouveaux produits : un yaourt nature et les autres fruités. « Nous souhaitons que les consommateurs nous aident à trouver celui qu’ils veulent que nous produisions. De ce sondage, nous en sortirons deux en 2018. Cette démarche est nécessaire. Les consommateurs sont demandeurs. Ils veulent être impliqués et associés dans ce projet. Dans le même temps, nous n’oublions nos valeurs agricoles », conclut Michel Rohrbach.

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