Élevage

Dans le cadre du « Mois de la bio » en Grand Est

La conversion doit être un projet professionnel réfléchi

Publié le 22/11/2017

Une journée technique sur l’élevage de bovins lait en agriculture biologique a été organisée jeudi 16 novembre à Ranspach-le-Haut à l’initiative de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace et de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Les participants ont reçu le témoignage de la famille Schmitt. Leur exploitation, la ferme de la Petite Prairie, après une période de conversion, va livrer son lait bio à partir de janvier 2018.

Se convertir en bio. Certains le font. D’autres y pensent, mais ne savent pas toujours comment réaliser leur conversion. Cette journée technique avait pour objectif de répondre à leurs questions. Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), a ouvert cette journée. Elle est bien placée pour témoigner. Agricultrice en Alsace Bossue, elle fait partie d’un petit groupe qui, il y a 25 ans, a opté pour le bio. À l’époque, il s’agissait d’une véritable « révolution » dans la campagne alsacienne. « Aujourd’hui, dans mon secteur, une exploitation sur trois est en bio. Et de nombreux autres professionnels nous observent, regardent ce que nous faisons, comment nous évoluons », témoigne Véronique Klein. Elle est convaincue que le bio a sa place partout, à partir du moment où le projet de conversion est réfléchi et a un sens économique au côté d’un idéal de vie. « Comme en Alsace Bossue, l’agriculture biologique a bien évidemment sa place dans le Sundgau. D’autant plus que la demande de lait bio est là. Et qu’elle répond à des enjeux importants comme la qualité de l’eau. » En 2016, le chiffre d’affaires du bio était de 7 milliards d’euros avec une croissance qui dépassait les 20 %. Une croissance qui s’explique par une demande toujours plus importante des consommateurs en quête de sécurité alimentaire, de respect de l’environnement, ou encore de bien-être animal. En Alsace, on dénombre ainsi 656 fermes bios pour 22 660 hectares, soit 6,7 % de la surface agricole utile (SAU) en janvier 2017. « Nous pouvons encore progresser et atteindre rapidement les 10 %. Mais, cette augmentation doit se réaliser dans le respect de chacun. Nous ne sommes pas là pour opposer les agricultures. Nous avons tous été en conventionnel. Certains ont simplement passé un cap. D’autres ne l’ont pas fait. Et d’autres ne pourront peut-être pas le faire pour des raisons économiques, philosophiques ou géographiques. L’agriculture biologique ne dénigre personne. Nous allons construire ensemble, évoluer ensemble sur des techniques nouvelles qui sont déjà connues ou qui vont arriver », a précisé l’élue. Les nouvelles conversions concernent principalement les grandes cultures et l’élevage. « Cette dynamique s’est poursuivie en 2017 avec plus de 60 nouveaux engagements recensés entre janvier et août 2017. Dans ce contexte porteur pour l’agriculture biologique, il est essentiel de travailler ensemble. C’est aussi pour cela que nous organisons de nombreuses communications comme le « Mois de la bio ». C’est la première action commune, à l’échelle du Grand Est, du réseau des Chambres d’agriculture et des groupements de producteurs bios, explique Camille Fonteny, de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). Des collectes qui offrent des débouchés Après une matinée en salle, les participants ont visité l’exploitation de la famille Schmitt, la ferme de La Petite Prairie à Ranspach-le-Haut. Installé sur la ferme familiale depuis 1982, Pierre Schmitt a expliqué son parcours. « J’ai toujours travaillé en construisant un projet cohérent au niveau du territoire. Mais, c’est vrai que depuis dix ans, je réfléchissais à une autre façon de faire. Je ne me satisfaisais plus de mon système de travail. Peu à peu, je me suis renseigné. J’ai également beaucoup écouté, observé mes collègues, pris des renseignements ici et là. Avant de passer en bio, il faut en effet se poser les bonnes questions. L’installation de ma fille, Émilie, en 2012, conjointe à la construction de l’atelier de transformation, a été importante dans ce parcours. Et, début 2016, il y a eu la première collecte de lait par Biolait. C’est cette possibilité de valoriser notre lait en bio qui nous a poussés définitivement à convertir notre exploitation entièrement en bio », précise Pierre Schmitt. Une exploitation qui compte 40 vaches laitières montbéliardes pour 420 000 litres de lait, soit une moyenne laitière de 7 500 l. « En bio, je compte me maintenir entre 6 et 7 000 tonnes », ajoute aussitôt l’éleveur. La SAU de 58 ha se compose d’une grande partie de prairies permanentes et temporaires. Le reste des cultures se répartit entre du méteil (12 %), du blé ou soja en culture de vente (10 %), du maïs ensilage (7 %) ou encore de l’avoine (3 %). « Nous avons choisi d’être autonomes en alimentation pour le troupeau en axant sur l’herbe et la pâture. Avec d’autres agriculteurs du village, nous avons également réaménagé le territoire grâce à des échanges parcellaires. Et, l’opportunité d’une subvention de l’Agence de l’eau, nous a décidé d’optimiser et de sécuriser la conduite du système fourrager avec le séchage en grange », poursuit Pierre. 90 % du lait est livré en laiterie. Les 10 % restants sont transformés à la ferme en yaourt et en fromage blanc, vendus en direct sur les marchés ou à la ferme. Une activité lancée lors de l’installation d’Émilie qui a investi récemment dans une nouvelle yaourtière pour travailler plus sereinement tout en préservant sa qualité de vie. Ce parcours professionnel de 35 années satisfait Pierre. « Il y a désormais moins de travail au champ, moins de frais de gasoil et moins de stress au quotidien. Je ne pratique plus aucun traitement phytosanitaire et j’ai des variétés de cultures que je trouve plus résistantes aux maladies. Et en bio, les charges en achat de produits sont moins importantes. Je n’ai pas encore suffisamment de recul pour dresser un bilan définitif. D’autant que dans le secteur, et dans ma filière, personne ne travaille de cette façon. Mais je suis désormais davantage à l’aise dans mon métier d’agriculteur », conclut l’exploitant. Préparer, construire, laisser mûrir L’exploitation de la famille Schmitt termine cette période de conversion en janvier prochain. Un exemple parmi d’autres qui est suivi avec attention par la CAA et l’Opaba. Au nom de cette dernière, Julie Gall a profité de cette journée pour rappeler qu’en Alsace, la sensibilisation à la bio a été organisée dès 2010 par le pôle conversion des deux entités. « Et depuis cette année, des sessions de formation sont organisées pour aider les producteurs à mieux s’informer. Les porteurs de projet y voient les bases de l’agriculture biologique avec l’intervention d’un organisme certificateur, puis les dispositifs d’accompagnement, les démarches administratives et l’état des filières bios en local. La prochaine session de formation est prévue le 11 décembre prochain. L’accompagnement se poursuit ensuite de façon individualisée. Il peut aller jusqu’à la réalisation d’une étude technico-économique simulant l’impact du passage en bio sur le système et ses résultats économiques », plaide Julie Gall, qui coordonne ce pôle conversion. Elle insiste sur le temps de réflexion de chaque professionnel souhaitant se convertir. « Il peut aller de un à dix ans. Il faut sentir la chose, puis construire un projet mûr et le porter ensuite. Il y a certes des aides à la conversion, mais le projet professionnel doit être bien préparé », ajoute-t-elle. Alain Marcillet et Pascale Knepfler, de la CAA, ont ensuite évoqué les impacts possibles sur les systèmes d’exploitation après une conversion en bio en répondant aux questions des éleveurs présents.

Mois de la bio. Au Gaec de Rosen-Guth à Dettwiller

Concilier robot et pâturage en bio

Publié le 18/11/2017

Même s’ils pratiquaient déjà un élevage extensif, la conversion du Gaec de Rosen-Guth à l’agriculture biologique a bouleversé les assolements, l’alimentation et les pratiques d’élevage. Grâce à des portes intelligentes, ils arrivent à concilier robot de traite et pâturage des vaches, un élément fondamental en agriculture biologique.

Le Gaec de Rosen-Guth est situé à Dettwiller. Plus précisément sur les hauteurs de Rosenwiller, pas très loin de l’autoroute A4 et de la LGV Est européenne depuis qu’une sortie d’exploitation a été réalisée en 1987. À l’époque, la SAU était de 90 hectares, et 50 vaches laitières (VL) produisaient quelque 300 000 l de lait par an. Guillaume Guth a rejoint l’exploitation familiale en 2009. Au départ avec un plan d’installation en conventionnel. Mais la conjoncture en lait bio est bonne, une aide à la conversion incitative est en place… Aussi les agriculteurs procèdent-ils à une étude d’impact de la conversion à l’agriculture biologique, qui s’avère intéressante. La décision est prise en quelques semaines. « Nous pratiquions déjà un élevage extensif et, sortir avec le pulvérisateur, ce n’était vraiment pas ce que j’aimais faire… », argumente Guillaume Guth. « C’était un choix de conversion rapide, confirme Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il a été stimulé par plusieurs facteurs : une coopérative demandeuse, ce qui représente l’assurance d’être collecté et de bénéficier d’un accompagnement, des parents qui n’étaient pas réticents, un mode d’élevage déjà assez extensif, herbagé, avec des vaches pas trop poussées. » La principale difficulté, c’est que les vaches ne pâturaient plus du tout. « Or, même si le cahier des charges de l’agriculture biologique ne donne pas d’objectif chiffré, le pâturage est une obligation », indique Philippe Le Stanguennec. « Nous avons donc recommencé à faire pâturer les vaches en implantant 10 ha de pâture derrière l’étable. Et nous avons ensemencé progressivement de plus en plus de prairies temporaires autour de l’exploitation », rapporte Guillaume Guth. « Au début, c’était une contrainte, reconnaît-il. Mais plus maintenant. Certes c’est du travail, il faut déplacer les clôtures, changer les batteries. Mais nous y trouvons du plaisir et de l’intérêt. » Tant et si bien qu’ils seraient encore prêts à développer la surface pâturée s’ils n’étaient pas coincés par la ressource en foncier. Pas de traite, pas de pâture En 2011, face à la perspective de devoir travailler seul sur l’exploitation - son frère, Jérémy, ne l’a rejoint qu’en 2016 -, Guillaume Guth procède à une extension et à un réaménagement de l’étable afin de faciliter le travail. Les génisses rejoignent le bâtiment principal, le sens des logettes est modifié pour permettre un raclage automatique… Et c’est dans la même optique de diminuer la charge de travail qu’il investit dans un robot de traite Delaval. Les vaches circulent alors librement entre l’étable, la pâture et le robot, ce qui ne va pas sans occasionner quelques difficultés : « Quand on ouvrait les portes de l’étable, toutes les vaches sortaient, et le robot était quasiment inutilisé pendant cinq heures. Or comme il était déjà un peu limite par rapport à la taille du troupeau, il aurait mieux valu qu’il fonctionne tout le temps. Car si on doit tout le temps pousser les vaches pour qu’elles aillent au robot, on perd l’avantage du gain de temps qu’il est censé apporter ! » En 2015, le stade de 90 vaches pour un robot est atteint. Pour le désengorger, Guillaume Guth investit dans un second robot et, pour rationaliser le déplacement des vaches, dans des portes intelligentes. Elles permettent de donner accès ou non aux vaches au pâturage en fonction du délai avant la prochaine traite : si sa dernière traite remonte à trop longtemps, la vache n’aura pas accès à la pâture tant qu’elle ne sera pas retournée au robot pour se faire traire. Leur circulation reste donc libre, mais contrôlée. Du méteil pour l’autonomie fourragère La SAU et l’assolement actuel de l’exploitation ne permettent pas d’atteindre l’autonomie fourragère. Les agriculteurs achètent donc de l’herbe sur pied et des céréales à une exploitation de Weyersheim. Pour accroître l’autonomie fourragère de l’exploitation et mieux compléter le maïs ensilage, Guillaume Guth a essayé cette année sur 10 ha une double culture : du méteil (200 kg de semences fermières de triticale + 50 kg de pois fourrager), suivi d’un maïs ensilage. « L’avantage d’un méteil par rapport à un ray-grass, c’est qu’il va couvrir le sol sans consommer la réserve en eau qui doit bénéficier au maïs », indique l’éleveur, qui avance un second argument : les prairies qui souffrent de manière de plus en plus récurrente de la chaleur et du manque d’eau en début d’été. Le méteil étant récolté avant, il constituerait une forme d’assurance. Pour cet essai, le méteil a été fauché et ensilé le 1er juin, puis le maïs a été implanté au strip-tiller derrière : « J’avais peur d’assécher le sol en le travaillant », témoigne Guillaume Guth. Avec 17 tonnes de MS/ha (10 pour le méteil, 7 pour le maïs), l’essai est concluant. Ainsi les agriculteurs prévoient de réitérer l’expérience cette année, mais sur 30 ha et en enrichissant le méteil avec de la féverole afin d’améliorer la teneur en matière azotée totale (MAT) du fourrage. Un « challenge personnel » que Philippe Le Stanguennec encourage pour des raisons avant tout économiques : « Par rapport au conventionnel, les prix des correcteurs azotés ou du soja bios sont doublés. » Retrouvez aussi notre reportage vidéo :  

Publié le 16/11/2017

En moins de trois ans, la quasi-totalité du troupeau de vaches laitières du Gaec des collines, à Roderen, a été décimé sans qu’aucune explication rationnelle n’ait pu être fournie à ce jour. Et ce, malgré des études indépendantes récentes qui « laissent supposer » une contamination due à des nanoparticules de titane.

La résolution du mystère devra encore attendre. Trois ans plus tard, Pascal Wolfersperger, agriculteur à Roderen, ne sait toujours pas ce qui est arrivé à son cheptel de vaches laitières quasiment entièrement décimé par un mal non identifié à ce jour (voir encadré). Pourtant, de nouveaux « éléments de réponse » étaient présentés le 10 novembre lors d’une conférence de presse organisée par l’association Pingwin Planet, la Confédération Paysanne d’Alsace et l’association ACCES (Actions Citoyennes pour une Consommation Écologique et Solidaire). Le journaliste indépendant allemand - et chimiste de formation - Michael Loeckx a résumé deux années de recherche et d’investigation qu’il a menées parallèlement aux analyses régulières réalisées sur la ferme par différents organismes (CAC, Chambre d'agriculture, services de l’État…). Selon les résultats obtenus par des scientifiques suisses qui se sont penchés sur la question, d’importantes quantités de nanoparticules de titane auraient été retrouvées dans tous les échantillons de lait, d’herbe et de foin. « Au vu de tous ces résultats, on peut avancer qu’au cours de cette période d’observation, une contamination continue en dioxyde de titane a été présente », révèle Michael Loeckx. Pour corroborer cette hypothèse, le journaliste allemand rappelle les résultats d’une analyse supplémentaire du sol entreprise en 2016 par la CAC. Comme le révèle le rapport d’analyse, 2,558 g titane/kg de terre ont été retrouvés. Le maire de Roderen, Christophe Kippelen, relativise : « C’est une analyse qui n’a eu lieu qu’une seule fois à un endroit donné. Elle n’a pas été faite ailleurs. Cette quantité de titane observée est si forte que, si elle était due à une pollution atmosphérique, on retrouverait dans le sol autour de Thann tout le titane émis par l’usine Cristal depuis 1926. » Dans le cas présent, l’usine chimique aurait tout du responsable parfait aux yeux des associations ACCESS et Pingwin Planet. Ce dont elle se défend au travers d’un communiqué diffusé en début de semaine. Elle rappelle que « l’usine répond à l’ensemble des normes environnementales et de sécurité en vigueur » et conteste « formellement les accusations engageant sa responsabilité dans le décès de bovins à proximité ». Cristal se dit également « particulièrement surpris qu’aucun autre cas de décès d’animaux ne soit connu à proximité du site ». Rien de « significatif » pour l’Ineris Même si les suppositions vis-à-vis de la responsabilité de Cristal sont fortes, Michael Loeckx tient tout de même à tempérer le bilan de ces deux années de recherche. « Ces résultats ne prouvent rien à l’heure actuelle. On est incapable de dire si ce sont ces nanoparticules de titane qui ont tué les vaches. D’autres analyses sont en cours pour aller plus loin encore dans l’élucidation de ce problème. » De ce fait, la réunion prévue - de longue date - lundi dernier dans les locaux de la sous-préfecture de Thann en présence des services de l’État était fortement attendue. En effet, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), avait été mandaté en juillet dernier pour analyser de son côté les niveaux de nanoparticules de titane présentes sur l’exploitation de Pascal Wolfersperger. Comme le souligne le journaliste d’investigation allemand, « en chimie, si on ne recherche pas quelque chose précisément, on ne le trouvera pas ». Et l’Ineris n’a rien trouvé de significatif comme le révèle le communiqué diffusé mardi par la préfecture du Haut-Rhin : « les analyses d’air, d’eau, de sols, les autopsies vétérinaires, les recherches sur les fourrages et l’alimentation en eau n’ont pas mis en évidence des concentrations susceptibles d’être la cause des symptômes observés ». Présent à cette réunion, Christophe Kippelen souligne également que les concentrations retrouvées sont « à peu près équivalentes » à celles relevés sur le Gaec Reber, l’élevage laitier le plus proche situé à Aspach-le-Haut. Élevage qui n’a pas eu à déplorer de morts mystérieuses de ses bovins… Du coup, l’enquête continue. L’Ineris a demandé à confronter les résultats obtenus par Michael Loeckx afin d’étudier la méthodologie utilisée (par qui et avec quels moyens), ainsi que les chiffres obtenus. Les conclusions de cette nouvelle investigation devraient être connues lors de la prochaine réunion prévue début 2018 à la sous-préfecture de Thann.

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