Élevage

Publié le 09/01/2018

La conjoncture se retourne. Mais les bénéfices de ce mieux se font toujours attendre sur la feuille de paie des producteurs.

S’il fallait un symbole pour résumer l’année laitière 2017, le beurre fait parfaitement l’affaire. Il occupe la une de l’actualité pendant tout l’automne. « La pénurie de beurre » alimente copieusement les conversations ! Une demande de 70 000 t n’est pas satisfaite en Europe. La cotation de la matière grasse autrefois décriée, aujourd’hui réhabilitée par des besoins mondiaux, flambe. Elle s’envole jusqu’à 6 900 €/t avant de retomber à 5 000 € à la mi-septembre. Rappelons qu’en 2016, la même tonne s’échangeait encore 2 500 €… Les rayons des grandes surfaces sont quasiment vides ; les professionnels ont toutes les peines du monde à être livrés. À qui la faute ? À la grande distribution qui n’a voulu revoir ses tarifs d’achat à la hausse en cours d’année ? Aux industriels qui ont préféré vendre sur les marchés plus rémunérateurs ? Tout ce monde se renvoie joyeusement la balle. Les producteurs contemplent ces échanges un brin désabusés, parfois énervés, s’en allant expliquer eux-mêmes aux consommateurs sur les lieux de vente les raisons de cette situation. L’argent du beurre est la deuxième polémique de l’année. Au printemps, alors que le cours de la matière grasse est en pleine ascension, les éleveurs mettent une première fois la pression sur les distributeurs et les transformateurs qui s’accusent mutuellement de ne pas répercuter vers la base la hausse des cours du lait. À la mi-juin, les producteurs syndiqués interpellent les grandes enseignes. Ils bloquent plusieurs usines dans l’ouest en réclamant une revalorisation des 1 000 litres de 305 à 350 €. Chacun y va de son initiative pour calmer le jeu. Lidl France demande aux pouvoirs publics d’assurer aux éleveurs « un revenu minimum garanti, fruit de leur travail ». Sodiaal annonce le 14 juin qu’elle redistribue à ses membres 25 M€ au titre de l’exercice 2016. Collecte dynamique en fin d’année En France, la collecte est léthargique durant les huit premiers mois de l’année. Elle se situe quasiment en permanence sous la courbe de l’année précédente. En Alsace, la zone Sodiaal enregistre un recul d’environ 2 % qui reflète l’impact de la qualité plus que moyenne et de la quantité des fourrages, récoltés à l’automne 2016. De leur côté, les adhérents d’Alsace Lait remplissent leurs engagements trimestriels et s’apprêtent à livrer 142 Ml sur l’année. Dans les deux cas, la distribution de la nouvelle récolte donne un coup d’accélérateur, tant aux volumes traits qu’à leur qualité. La collecte française bondit d’au moins 5 % avec de meilleurs taux. Elle enregistre 9 % de hausse au quatrième trimestre chez les producteurs alsaciens collectés par Sodiaal. Sur l’année, le taux de matière grasse recule de 0,2 g/l, alors que le taux protéique augmente de 0,3 g/l. Les germes totaux sont largement dans les clous à moins de 50 000 GT pour 97 % de la collecte, mais le dénombrement cellulaire reste toujours préoccupant. Certains éleveurs restent à l’écart de cette reprise. Ils habitent les vallées vosgiennes de Masevaux ou de Munster où la sécheresse leur enlève l’herbe sous les pieds. La première coupe se limite à 50 % de la normale. Et il n’y a guère de repousse. Les difficultés de trésorerie restent fréquentes même si le prix s’améliore doucement au fil des mois. Chez Sodiaal, il gagne environ 15 % pour déboucher sur un prix de base A de l’ordre de 317 €/1 000 l. Toutes primes comprises, l’année s’achemine vers les 324 € à 38/32 (1). Pour sa part, Alsace Lait se rapproche d’un niveau moyen proche des 340 €/1 000 l payés au producteur. Début décembre, le spot se situe entre 340 et 360 €/1 000 l. Les analystes mettent en garde contre la persistance de cette tendance en 2018. Car si le beurre atteint des sommets, la poudre à 0 % ne cesse de dégringoler jusqu’à 1 475 €/t en novembre. En cas de mise en marché, le prix du lait 2018 doit en toute logique s’en ressentir. Le souci est que l’Europe est prête à entamer ses 350 000 t stockées à l’intervention, un volume auquel s’ajoutent 50 000 t de stockage privé. Sans même encore savoir combien et à quel prix ces volumes seront vendus, il y a toutes les chances que cette offre pénalise le niveau de prix du lait en 2018. Avec les laits non OGM et de pâturage, des opérateurs cherchent à développer de nouvelles filières qui répondent aux demandes de la distribution et qui laissent espérer un prix supérieur.

Publié le 29/12/2017

Antoine Gérardy et Émilie Lehmann, étudiants au lycée d’Obernai, ont fait un stage en Nouvelle-Zélande, en juin 2017. Ils en tirent de nombreux enseignements sur les méthodes de travail de ce pays aux conditions propices à l’élevage. Entre vêlage groupé et vertes prairies, surprises garanties.

À nous les grands espaces. Début juin, Antoine et moi sommes arrivés chez Barry et Olivia Steiner, sur l’île nord de la Nouvelle-Zélande. Un stage de quatre semaines entre la 1re et la 2e année de BTS Analyse, conduite et stratégie d’entreprise agricole au lycée d’Obernai. À l’élevage Steiner, pas de traite pour nous. Toutes les vaches sont taries. Par ailleurs, même en plein hiver les bovins sont à la pâture, par - 5 °C et sous la pluie. Il faut donc bien gérer son système. Barry fonctionne, comme tous les agriculteurs néo-zélandais, sur le système du rotational grazing, ou pâturage tournant. En clair, il valorise chaque paddock au moment le plus intéressant. Ses vaches broutent ainsi de l’herbe d’assez bonne qualité. L’éleveur fait aussi des économies puisque ses bêtes n’ont presque pas besoin de compléments alimentaires. Les terres sont plutôt fertiles du fait de la roche volcanique et il pleut assez régulièrement. Ce qui garantit une pousse de l’herbe toute l’année. Autre particularité locale, législative cette fois, les agriculteurs ne perçoivent pas d’aides de la part du gouvernement néo-zélandais. En contrepartie ils ne sont soumis à aucune réglementation stricte. Libre à eux de gérer leur exploitation comme bon leur semble. Ainsi, l’alimentation du bétail reste surtout basée sur l’herbe, mais elle varie puisqu’on trouve de l’ensilage de maïs dans la région de Waikato, tandis qu’il n’y en a pas du tout dans la région de Bay of Plenty, où se trouve Barry. Ce qui s’explique par la grande différence de climat entre le nord plutôt tropical, et le sud plus froid. Plusieurs visites d’exploitation, une observation des systèmes Au cours de ces cinq semaines dans le pays nous avons eu la chance de voir différentes exploitations. Des « petites » (200 vaches laitières) aux « moyennes » (1 200 vaches), le tout en système de traite différent. Un point commun entre ces fermes : l’absence d’étable qui engendre un pâturage tout au long de l’année. Et aussi, toutes livrent leur lait à la société Fonterra. En effet, 92 % de la production laitière néo-zélandaise est vendue à Fonterra. De ce côté-ci du globe, la vente directe fait grise mine. En général, les exploitations moyennes en Nouvelle-Zélande sont génératrices d’emploi. Avec une division du travail assez poussée. Par exemple, certains salariés sont affectés uniquement à la traite. D’autres vont chercher les vaches et les divisent en lot avant de les ramener une fois la traite effectuée. Une main-d’œuvre très internationale, composée de nombreux Pakistanais et Indiens. Les woofers complètent les équipes. Les woofers, quèsaco ? Ce sont principalement des jeunes en voyage qui troquent quelques heures de travail à la ferme contre le gîte et le couvert. Les contrats à l’amiable vont de quelques jours à plusieurs mois. Très développé en Nouvelle-Zélande, on retrouve ce système en Australie, en Amérique du Sud ou encore en Espagne. Minda : l’application du pâturage tournant Retour chez Barry et Olivia. Ils travaillent avec Minda, une application qui permet de gérer le pâturage tournant et de suivre précisément la consommation des vaches. L’outil est assez simple d’utilisation et donne de nombreuses astuces. Il aide l’agriculteur à calculer la quantité de matière sèche (MS) par hectare grâce à des photos. Lors du paramétrage de l’application, nous avons mesuré tous les paddocks afin d’en évaluer la quantité de MS présente à l’hectare. L’application a déterminé pour nous les paddocks les plus pourvus en matières sèches et donc lesquels pouvaient être pâturés en premier. L’objectif de Barry et Olivia ? Augmenter le potentiel de leurs vaches. Pour le moment elles tournent autour de 15 litres/jour (5 500 l/an en moyenne). Durant notre période de stage, un nouveau réservoir à lait plus grand est arrivé. Une nouvelle laiterie a été construite, premier pas vers de meilleurs rendements.

Publié le 27/12/2017

Après ses réunions de section, Élitest tenait son assemblée générale le vendredi 8 décembre dans les locaux de la Chambre d'agriculture d’Alsace à Sainte-Croix-en-Plaine. La coopérative a présenté des projets innovants, dont Génosanté, pour une sélection génomique maîtrisée et valorisée.

Génosanté : au-delà d’indexer plus facilement mâles et femmes, cette approche permet de sélectionner de nouveaux critères, notamment sur la santé des vaches laitières. L’enjeu pour les éleveurs est de s’assurer de l’intérêt économique et technique du critère sélectionné et de la fiabilité de résultat qu’il apporte avant d’utiliser ces nouvelles informations. « Le programme Génosanté propose de véritables index, validés par un protocole scientifique rigoureux. Il mise sur des compétences collectives pour reproduire à titre privé la même chaîne d’indexation que les index publics. Cela va de la collecte de données à l’édition de véritables index, caractérisés par un coefficient de détermination et une héritabilité mesurés. Les index de résistance aux lésions infectieuses et ceux résistants aux lésions non infectieuses proposés aujourd’hui respectent cette philosophie pour apporter un progrès génétique maîtrisé et une capacité fine de conseil en élevage pour diagnostiquer les causes de boiteries et y remédier », explique Philippe Sibille, directeur d’Élitest. En données de base, ce sont 126 772 performances et 11 459 génotypages qui ont déjà été effectués avec ce programme. Sept lésions ont pu être caractérisées, dont trois infectieuses (dermatite digitée, limace, érosion de la corne du talon) et quatre non infectieuses (bleime circonscrite, bleime diffuse, ouverture de la ligne blanche, ulcère de la sole). Des corrélations légèrement négatives ont cependant été observées entre les deux groupes de caractères. Élitest s’est également engagé dans deux démarches : Rians, permettant une augmentation de la matière grasse en deuxième année ; et Herbo Pack, avec des partenaires comme Charal pour le croisement sur laitières, la valorisation du produit et un cahier des charges génétique pour cinq races. Avec la Chambre régionale d’agriculture Grand Est et l’Association de production animale de l’Est (Apal), une réflexion est en cours sur l’avenir de la production de la viande dans la région. Proposer de nouvelles offres Damien Tiha, président d’Élitest, a insisté sur la nécessité de faire évoluer la coopérative, à l’image de l’élevage qui est en pleine mutation. Pour répondre aux demandes de ses adhérents, notamment en matière de transformation, il y a une véritable nécessité de proposer de nouvelles offres et de nouveaux services, tout en restant dans le cœur de métier : la reproduction. « Nous observons une demande toujours plus forte sur des races comme la brune, la normande ou encore la jersiaise pour les taureaux laitiers, la blanc bleu, la limousine ou encore des croisés pour les taureaux allaitants. Nous devons répondre à ces demandes car, dans le même temps, nous avons constaté une baisse d’activité. Les inséminations artificielles premières (IAP) ont reculé de près de 5 % sur l’exercice écoulé. Depuis 2010-2011, année de fusion de notre coopérative, la baisse moyenne est de 0,15 % par an. Elle concerne aussi bien les allaitantes (- 8,3 %) que les laitières (- 4,2 %). En Alsace, la diminution est cependant moins importante (- 3,7 %) que dans d’autres départements du Grand Est. Par ailleurs, nous constatons une baisse du nombre d’adhérents et du nombre moyen d’IAP par adhérent sur cette même période. Il faut réagir. Proposer de nouveaux services, s’adapter à toutes les demandes, innover », insiste Damien Tiha. Élitest a adhéré à Brune Génétique Services et propose des offres spéciales pour la jersiaise et la normande, ou répond aux attentes de la filière viande en accompagnant les démarches des éleveurs. « Nous avons segmenté nos offres, nous les avons renouvelées en développant de nouveaux caractères, et nous nous sommes intéressés à la semence sexée et au croisement industriel. Enfin, nous avons misé sur de nouveaux services pour accompagner fortement cette reproduction. Je pense notamment au suivi reproduction, aux outils de monitoring, au programme sanitaire d’élevage (PSE) pour la maîtrise des cycles, au génotypage ou encore au sexage », ajoute Damien Tiha. Le suivi reproduction a concerné pour 2016-2017 pas moins de 19 654 femelles dans 203 élevages. Cette expertise au service des éleveurs s’appuie sur l’ensemble des services proposés (PSE, monitoring, Nutral, échos, palpers), et renforce la technicité et le savoir-faire des inséminateurs formés. De nouveaux développements sont à prévoir, comme le sexage de l’embryon, la caractérisation génétique simple ou encore le génotypage de l’embryon. Pour la race prim’holstein, ce travail a permis de placer quatre nouveaux taureaux dans la gamme. Xavier Wagner, directeur de l’application Applifarm, a présenté les fonctionnalités de ce service qui vise à valoriser les données en services pour améliorer la performance de l’élevage et la qualité de vie de l’éleveur. L’application sera officiellement lancée au courant du mois de janvier 2018.

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