Élevage

Société d’exploitation de l’abattoir de proximité du Haut-Rhin

Efficacité, réactivité, vigilance

Publié le 20/12/2017

L’assemblée générale de la société d’exploitation de l’abattoir de proximité du Haut-Rhin s’est tenue lundi 18 décembre à Sainte-Croix-en-Plaine. Si l’activité poursuit sa progression, elle demande une réorganisation pour être plus efficace et répondre à de nouveaux appels d’offres. Dans le même temps, la situation financière s’améliore.

Le travail ne manque pas à l’abattoir départemental à Cernay. Une bonne nouvelle pour ses seize salariés. Mais également pour les éleveurs qui lui sont fidèles et pour les actionnaires et partenaires tels que le Conseil départemental du Haut-Rhin et la Chambre d'agriculture Alsace. Néanmoins, cette hausse de l’activité engendre des contraintes. Les utilisateurs doivent respecter le fonctionnement des lieux pour le rendre plus efficace. C’est en substance le premier message lancé lors de cette réunion par Denis Nass, président de la société d’exploitation. « Il faut que les utilisateurs soient plus rigoureux dans leurs déclarations pour venir faire abattre à Cernay. C’est en effet compliqué d’organiser le travail. La moitié des usagers ne réservent toujours pas, malgré tous nos appels et efforts de communication. Nous allons donc changer les règles de fonctionnement », explique Denis Nass. Aussitôt dit, aussitôt fait. L’assemblée générale a approuvé le principe d’instaurer une taxe de 20 € par animal non réservé. Une pénalité qui doit aider à faire comprendre à tout le monde que la réussite passe par la cohérence. D’autant que l’activité devrait poursuivre sa croissance. « L’abattoir est un outil indispensable pour les éleveurs et pour le développement de la filière courte. Nous devons continuer à pouvoir installer des jeunes et préserver l'élevage dans le département. Face aux demandes et exigences sociétales, nous devons également évoluer avec elles. Nous allons pouvoir et devoir répondre à de nouveaux appels d’offres dans les cantines des établissements scolaires notamment. Le bio va prendre de l’importance tout comme les produits de proximité. Nous voulons proposer, par exemple, une forme de steaks hachés car il y a de nouveaux marchés à prendre. Pour y parvenir, il faut que nous soyons structurés. 2018 sera l’année du changement dans l’intérêt de l’abattoir, de nos territoires et des consommateurs », ajoute le président. Désendettement en cours Une efficacité nécessaire pour rendre également optimale le fonctionnement financier de l’abattoir. Les comptes, arrêtés au 31 décembre 2016, laissent apparaître une gestion saine, mais toujours difficile à appréhender. L’abattoir a terminé avec une trésorerie de 6 000 €. La société d’exploitation est à 45 jours de délai de paiement et doit composer avec 100 000 € de créances qui étaient encore réceptionnées. « Nous sommes raisonnablement optimistes, mais prudents. Le chiffre d’affaires a progressé de 2 %, soit 1 055 000 € de chiffre d’affaires en 2016 contre 1 030 000 € en 2015. Le résultat d’exploitation est de 16 000 €. Nous avons donc gagné de l’argent sur cet exercice comptable alors que nous en avions perdu (18 000 €) sur l’exercice précédent. Ce résultat a servi pour rembourser un peu de la dette. Le résultat net est positif à 2 334 €. Et pour 2017, l’outil est également en équilibre. À la fin du mois de novembre, le tonnage de produits abattus est en augmentation tout comme le chiffre d’affaires à 862 000 €. Le mois de décembre sera donc du bonus », poursuit Denis Nass. Prudent, il a néanmoins fait approuver par l’assemblée générale une augmentation des tarifs aux usagers de l’ordre de 2 % pour améliorer la rentabilité. « À partir de maintenant, les utilisateurs doivent savoir que nous demandons un paiement comptant. Dans le même temps, nous avons rappelé au personnel la nécessité d’un travail de qualité. Les usagers doivent être satisfaits en quittant l’abattoir », précise Denis Nass. La CAC dans le capital ? Pour accélérer le désendettement, la société d’exploitation de l’abattoir de proximité du Haut-Rhin cherche de nouveaux partenaires pour entrer dans son capital. La coopérative agricole de céréales (CAC) pourrait le devenir. Présent à l’assemblée générale, le nouveau président de la CAC, Jean-Michel Habig, s’est montré ouvert au dialogue. « L’abattoir, c’est un dossier dont on parle depuis un moment. J’ai bien entendu votre appel. Nous l’étudions. Mais nous voulons des éléments complémentaires. Pour la coopérative agricole de céréales, il ne serait pas possible d’entrer au capital juste pour éponger une dette. Ce n’est pas une solution. Il faut donc se donner les moyens pour travailler ensemble et que vous soyez convaincus par l’arrivée de la CAC pour aller dans une gestion commune », a réagi Jean-Michel Habig. Pour sa part, le vice-président du Conseil départemental du Haut-Rhin Rémy With, présent avec son collègue Daniel Adrian, a rappelé son soutien aux éleveurs, au monde agricole en général et à l’abattoir de Cernay. « Le département va continuer à être votre partenaire concernant la partie immobilière de l’outil », a précisé Rémy With. La fin de l’assemblée générale a permis au président Denis Nass de remercier tous les partenaires de l’entreprise. « À commencer par AS Compta qui a accepté d’abandonner pour plus de 20 000 € de créances et qui nous a toujours été fidèle ».

Publié le 20/12/2017

Alsace Volaille réunit 35 éleveurs alsaciens de volailles label rouge. La filière, qui vient de fêter ses 30 ans sous signe officiel de qualité, continue à se développer : 21 nouveaux bâtiments sont en projet, dont 16 dédiés au poulet jaune. Une demande de label rouge est en cours pour la race cou nu noir, dont la production pourrait démarrer en Moselle fin 2018.

La filière Alsace Volaille a fêté les 30 ans de l’obtention du label rouge, vendredi 1er décembre dans les locaux de la Région à Strasbourg. Il a fallu cinq ans à l’association pour obtenir ce signe de qualité, a rappelé son président, Jean-Michel Schaeffer, dont le père fait partie des cinq éleveurs pionniers qui ont lancé la démarche de certification (les autres sont Jean-Pierre Fix, Michel Gintz, Daniel Pflug et Paul Schiellein). Depuis janvier 1987, la filière a connu un développement continu : 35 éleveurs sont aujourd’hui impliqués dans la production de volailles label rouge, qui nécessitent un temps d’élevage deux fois plus long qu’une volaille standard. Ils produisent 1,2 million de poulets annuellement. Le nombre de bâtiments augmente régulièrement : 90 bâtiments sont consacrés à cette production et 21 nouveaux sont en projet. Les volailles d’Alsace ont obtenu une IGP (indication géographique protégée) en 1994 et le label rouge s’est étendu aux volailles festives (chapons et dindes noires), puis aux découpes de volailles dix ans plus tard. Celles-ci constituent depuis le « levier de croissance de la filière », précise Jean-Michel Schaeffer. Cous nus jaunes, cous nus noirs Un nouveau cahier des charges a été mis en place pour le poulet cou nu jaune en 2016. 16 bâtiments sur les 21 en projet seront d’ailleurs consacrés à cette production. Et bientôt, grâce à un partenariat avec la Chambre d’agriculture de Moselle, une production de poulets cous nus noirs va voir le jour. Alsace Volaille, qui se chargera d’accompagner les éleveurs mosellans, espère décrocher un label rouge pour cette production en 2018, ce qui constituerait « un vrai élargissement de toute la gamme label rouge ». Maillon essentiel de la filière volaille de qualité, les éleveurs sont entourés de nombreux partenaires : les Couvoirs de l’Est à Willgottheim, qui fournissent les poussins, les fabricants d’aliments (Sanders Nord-Est et Lorial-Costal), les abatteurs (René Meyer et Siebert) et les metteurs en marché. Ils sont accompagnés depuis le début par la Chambre d’agriculture d’Alsace. Jean-Michel Schaeffer souligne l’importance du partenariat entre les différents maillons de la filière. « C’est dans la confiance qu’on a construit notre développement. Il est essentiel de garder cette confiance et de maintenir un esprit collectif », dit-il. Et d’insister sur la nécessité de préserver les liens avec les réseaux de distribution qui perçoivent mieux que quiconque les attentes des consommateurs, en perpétuelle évolution. Un vecteur de valeur ajoutée Évoquant les États généraux de l’alimentation, le président d’Alsace Volaille constate que la production sous signe de qualité reste un vecteur de valeur ajoutée. Toutefois, « on sent au niveau du consommateur une volonté d’acheter local, mais aussi de consommer à l’extérieur, c’est une vraie évolution ». La montée en puissance des attentes sociétales n’est pas nouvelle, précise Thomas Kelhetter, du service élevage de la Chambre d’agriculture d’Alsace, animateur d’Alsace Volaille. Les préoccupations des consommateurs, qui étaient centrées sur l’environnement dans les années 1980, ont évolué vers le bien-être animal, l’antibiorésistance et plus récemment vers les questions éthiques liées à l’animal. La consommation de viande est remise en question. « Nous ne pouvons pas ne pas prendre en compte cette évolution pour l’avenir de la filière », juge Thomas Kelhetter. Un récent sondage, détaillé par l’animateur de l’association, a mis en évidence différentes pistes d’action pour les filières d’élevage : donner la priorité à l’accès au plein air, renforcer la réglementation en matière de bien-être animal et de sécurité sanitaire des produits, augmenter la part du bio et celle des produits sous signes officiels de qualité. « Cette étude permet d’alimenter la réflexion et de trouver des pistes de progrès pour la filière, estime Thomas Kelhetter, qui insiste sur la nécessité d’instaurer un dialogue avec la société. « Même pour construire un poulailler, il faut vaincre les peurs par rapport aux nuisances ». Et si le poulet label rouge répond à de nombreuses attentes des consommateurs, la filière ne doit pas moins « communiquer de manière plus dynamique ». À cet égard, Alsace Volaille se réjouit du lancement prochain par le Synalaf (Syndicat national des labels avicoles de France) d’une grande campagne de communication cofinancée par l’Union européenne. Ce coup de pouce vient en renfort des aides apportées par la Région Grand Est pour la modernisation des bâtiments d’élevage et pour celle des industries agroalimentaires, dont le détail a été apporté par Patrick Bastian, président de la commission agricole de la Région.

L’essentiel pour démarrer un atelier poules pondeuses en bio

« Si vous construisez mal votre projet, vous allez au casse-pipe »

Publié le 30/11/2017

Comment démarrer son atelier de poules pondeuses bio ? Quelles sont les difficultés auxquelles s’attendre, et quelles sont les contraintes réglementaires à respecter ? Le 6 novembre dernier, le pôle conversion bio de la Chambre d'agriculture d’Alsace et l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace ont apporté des éléments de réponse lors d’un atelier organisé dans le cadre du Mois de la bio en Grand Est.

Parmi toutes les productions bios qui se développent aujourd’hui en France, celle de l’œuf est certainement la plus dynamique. Selon des études récentes, 49 % des consommateurs n’achètent que des œufs bios, soit plus que le lait. Et un tiers d’entre eux envisagent d’augmenter leur consommation à plus ou moins brève échéance. Des perspectives qui, chaque année, séduisent un nombre grandissant d’agriculteurs ou non, d’agriculteurs désireux de créer leur élevage biologique de volailles. En Alsace, seules 4,8 % des poules sont élevées selon ce mode de production. Un chiffre qu’Emmanuel Rieffel, chef de projet structuration aval des filières à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), tient à relativiser : « L’Alsace reste une petite région de production de volailles sur le territoire national. Nous sommes loin de la Bretagne ou des Pays de la Loire qui sont les plus gros producteurs. » Mais quelle que soit la région, les contraintes - drastiques - à respecter sont nombreuses pour quiconque souhaiterait franchir le pas de l’élevage de volaille bio. Comme le rappelle très justement Emmanuel Rieffel, « si vous construisez mal votre projet, vous allez au casse-pipe ». C’est pour éviter d’éventuelles mésaventures que la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA) et l’Opaba ont organisé récemment un atelier pour connaître « l’essentiel pour démarrer un atelier poules pondeuses en bio ». Étudier soigneusement son projet avant de se lancer En introduction, Emmanuel Rieffel souligne un élément important : être capable de prendre en compte l’ensemble de l’écosystème qui gravite autour de l’élevage. « Il faut par exemple réfléchir au mode de commercialisation souhaité. Pour les œufs bios, il faut savoir qu’aujourd’hui 57 % des achats se font dans les grandes surfaces, 12 % à la ferme, 10 % au marché, et 8 % en magasin bio. Ensuite, il faut s’interroger sur les possibilités de contractualisation, les différents metteurs en marché, etc. Il y a autant de niveaux d’interrogation qu’il y a de filières d’œufs bios en France. » Avant de se lancer, il conseille à chaque porteur de projet de bien connaître les finalités sur sa propre ferme : quid des possibilités techniques, économiques, écologiques et territoriales ? Quel est le partenariat proposé par le conditionneur ? « Il faut que vous sachiez ce que vous voulez faire. De la vente directe ? Un gros chiffre d’affaires ? Étudiez toutes les pistes. Est-ce que dans cinq ans par exemple, vous voudrez toujours travailler dans un petit bâtiment ? Il est vraiment essentiel de se renseigner auprès de conseillers indépendants, de faire une étude de marché, surtout pour un projet de vente directe. Il faut aussi se demander si, tôt ou tard, je pourrais alimenter mes volailles uniquement avec ce que je produis sur la ferme ? Il faut calculer son prix de revient avant de se lancer, et non pas s’arrêter à l’attrait économique de l’agriculture biologique. » L’autre point essentiel avant de se lancer dans une telle aventure est bien évidemment l’aspect réglementaire forcément important, agriculture biologique oblige. Avant de rentrer dans les détails, Sophie Delattre, chargée de mission agriculture biologique à la CAA, rappelle les grands principes de l’AB : l’interdiction de l’élevage hors sol, une autonomie alimentaire minimale et une obligation de parcours. « Il faut convertir une surface équivalente à 20 % de la ration annuelle des poules en plus du parcours », précise-t-elle. Pour 4 000 poules qui consomment chacune 41 kg d’alimentation par an, c’est une notion à « bien calculer ». Une alimentation qui doit être en théorie à 100 % bio, et issue principalement de l’exploitation. En cas d’indisponibilité en bio, il est possible de recourir à 5 % d’alimentation non bio et garantie sans OGM. « C’est une dérogation valable jusqu’à la fin de l’année. Pour le moment, on ne sait pas si elle va être reconduite », prévient Sophie Delattre. En plus de bien manger, les volailles doivent avoir accès à un parcours « facile d’accès » et abrité, et bénéficier d’une surface de 4 m2 chacune. Le bâtiment ne doit pas héberger plus de 3 000 poules et doit être éclairé au maximum pendant 16 heures afin de laisser un repos nocturne de 8 heures aux animaux. Une production « technique » et exigeante Chez José Pflieger, à Spechbach-le-Bas, les 2 000 poules bios sont hébergées dans un bâtiment divisé en deux espaces de 1 000 poules. Installé depuis 1989 et converti à la bio en 2011, José Pflieger décide d’augmenter sa production d’œufs bios en 2013 lors de l’installation de son fils Jérémy. « On voulait avoir la possibilité de proposer des œufs à nos clients tout au long de l’année. » 80 % sont écoulés en vente directe à la ferme ou sur des marchés à raison de 30 centimes par œuf, le reste est commercialisé en grandes surfaces à 26 centimes par œuf. L’alimentation des volailles est automatisée, contrairement au ramassage et au conditionnement qui se fait entièrement à la main, à raison de deux à trois heures par jour. Pour nourrir les poules, ils ont fait le choix d’acheter des rations prêtes à l’emploi plutôt que de les élaborer eux-mêmes. « C’est très compliqué à faire. On n’a pas assez de protéines. Du coup, on préfère passer acheter ce qu’il nous faut directement à la minoterie Dornier, située dans le Doubs. » Concernant l’achat des poulettes, José Pflieger conseille d’y penser au moins un an à l’avance. « C’est le temps qu’il faut à des poules pour être prêtes à pondre. » Il faut bien anticiper le moment où l’on va recevoir son nouveau lot. En effet, comme le souligne Christian Schleiffer, qui élève 9 000 volailles bios à Uhrwiller, il faut avoir des œufs quand la demande est là. « Si on prévoit son nouveau lot avant les grandes vacances, c’est mort. La vente d’œufs est basse pendant cette période. En revanche, il ne faut pas manquer des périodes comme Pâques et Noël où la consommation d’œufs est très forte. » L’éleveur bas-rhinois pratique l’agriculture biologique depuis 2014. Enfin, en partie seulement, puisque l’autre part de son activité est consacrée à l’engraissement de bovins en conventionnel. Son bâtiment est divisé en salles qui hébergent chacune 2 750 volailles environ. Ceci génère une très grosse production livrée à 95 % à un collecteur. « Nous avons un contrat de plusieurs années pendant lesquelles nous nous engageons à livrer un certain volume. » De ce fait, Christian Schleiffer a comme projet d’ajouter 6 000 volailles supplémentaires en 2018 pour répondre à la demande croissante en œufs bios. Malgré les contraintes réglementaires et les investissements consentis, il ne regrette en rien le fait de s’être lancé dans l’élevage de poules pondeuses bio. « C’est une production très technique et du coup très intéressante », témoigne-t-il. En revanche, il tient à attirer l’attention sur un élément essentiel : le vide sanitaire et le nettoyage. « Il ne faut pas les prendre à la légère. Ils nécessitent du temps et doivent être faits au bon moment. Dans notre cas, il faut dix à quatorze jours à trois pour effectuer ces opérations, entre le nettoyage intégral de tous les éléments du bâtiment et la désinfection réalisée par une entreprise spécialisée. »

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