Lundi 4 mars, les élus à la Chambre d'agriculture d’Alsace ont intronisé la nouvelle équipe chargée de piloter la politique agricole locale jusqu’en 2025. Sans surprise, Denis Ramspacher et Denis Nass ont été élus par leurs pairs président et 1er vice-président de l’institution.
L’un vient du Kochersberg, l’autre du Sundgau. L’un était 1er vice-président de la Chambre d'agriculture, l’autre venait de quitter la présidence de la FDSEA du Haut-Rhin. En janvier, ils ont remporté les élections Chambre à la tête d’une liste d’union FDSEA, Association des viticulteurs d'Alsace, Jeunes Agriculteurs. Le duo Denis Ramspacher-Denis Nass a pris les rênes de la chambre consulaire, lundi 4 mars.
Soyons honnêtes, le vote de lundi était une formalité pour les deux homonymes. C’est peu dire. Denis Ramspacher remporte la présidence par 54 voix contre 4 pour son seul opposant, Paul Fritsch, de la Coordination rurale. Denis Nass rassemble 52 voix sur son nom pour le poste de 1er vice-président. Pas de surprise dans cette assemblée largement dominée par la FDSEA, les JA et l’AVA (48 des 66 sièges). Détail important, le Bas-Rhinois s’est engagé à céder sa place à son bras droit à mi-mandat. Une alternance instaurée en 2013, lors de la création de la Chambre alsacienne. « C’est la clé de voûte de notre organisation », a même insisté le nouveau patron.
Et le nouveau président de la Chambre d' #agriculture #Alsace est Denis Ramspacher. Élu pour 6 ans avec 54 voix sur 60 votants.Denis Naas vice-président @EAVPHR #lagricultureelleassure pic.twitter.com/JIoeUsLi05
— Germain Schmitt (@germain_schmitt) 4 mars 2019
Gouvernement agricole et nouvelles Adar
Le responsable a ensuite déroulé son programme pour la mandature 2019-2025. Il s’articule autour de trois thématiques centrales : économie, environnement et communication. Une commission dite « stratégique » donnera l’orientation à prendre dans chaque domaine. C’est là la grande nouveauté de la Chambre version Denis (au pluriel). « Ces commissions seront plus politiques et aborderont les sujets de manière transversale », précise André Jacob, directeur de l’organisme. De petits ministères en somme.
Quels sujets aborderont ces comités de travail ? La commission économie « traitera de la performance des exploitations, de la valeur ajoutée de nos productions, des circuits de proximité, de la bio, des stratégies de filières, de la Pac… », égrène Denis Ramspacher. Le groupe environnement se chargera des questions de transition énergétique et de la protection des ressources naturelles. Et le président d’ajouter : « Nous y aborderons la méthanisation, les problématiques phytosanitaires, l’érosion ». Enfin, la commission communication va travailler sur l’image de la profession vis-à-vis du grand public. « C’est une de nos priorités pour les six prochaines années », affirme Denis Nass.
Ce gouvernement agricole comptera sur l’appui de dix-sept commissions plus spécialisées. Dix d’entre elles s’organisent autour de thématiques comme la viticulture, les grandes cultures, l’installation, l’urbanisme ou la montagne. Elles superviseront les actions de la Chambre dans leurs domaines. « Cinquante salariés travaillent sur l’élevage, il faut une certaine coordination pour être efficaces », complète André Jacob. Les sept comités restants représentent les différentes régions d’Alsace. Plus proches du terrain, ils devront faire remonter les doléances des agriculteurs et adapter l’action de la Chambre aux spécificités locales.
La nouvelle présidence veut appliquer son programme au plus vite. Ainsi, les commissions seront constituées dans les prochaines semaines. Un séminaire de travail est programmé pour le 8 avril afin de définir une feuille de route pour chaque groupe de travail. André Jacob approuve ce rythme : « L’idée c’est de déboucher rapidement sur des actions concrètes ».
À ce titre, Denis Nass a annoncé la création d’antennes décentralisées de la Chambre dans le Haut-Rhin (Adar). Ces succursales fonctionnent comme des Chambres d’agriculture locales, avec un président, un directeur (dites plutôt responsable), des adhérents… Elles restent sous l’autorité de la maison mère, mais travaillent de manière autonome. Elles disposent de leur propre équipe de conseillers, proposent des formations et assurent le suivi technique et économique des fermes affiliées. Aujourd’hui, seul le Bas-Rhin dispose de ce type de structures. À Haguenau, Truchtersheim, Schirmeck et Obernai. Dans le Haut-Rhin, trois simples guichets (Colmar, Altkirch et Gunsbach) complètent le maillage territorial de la Chambre.
L’ouverture fait débat
La plénière a approuvé toutes ces dispositions à la quasi-unanimité. Le grabuge entre majorité et opposition a vraiment démarré lors de l’élection du bureau de la Chambre. Seize noms, tous issus de la liste FDSEA-AVA-JA. « Je suis déçu qu’il n’y ait pas d’ouverture au sein du bureau, c’est la politique de l’écrasement », allume Paul Fritsch, de la Coordination rurale. Il plaide pour une meilleure représentation de son syndicat et de la Confédération paysanne « qui rassemblent, à eux deux, près de 35 % des voix en Alsace ». Fin de non-recevoir de la part de Denis Ramspacher : « Je n’ai jamais vu un président élu nommer un Premier ministre d’opposition. »
L’opposition a aussi tiqué sur un autre élément. Plus question de noms, mais de prénoms ici. Seules trois femmes figurent sur la liste du bureau. « Trois sur dix-huit ce n’est pas normal, tempête Frédérique Giovanni, de la Confédération paysanne. Vous parlez de moderniser l’agriculture, mais on en est encore loin. » Denis Ramspacher justifie ce déséquilibre par le faible nombre de sièges disponibles. La réforme électorale de juillet 2018 a en effet ramené de 24 à 18 le nombre de membres pouvant siéger au sein du bureau. En clair, les négociations pour attribuer les postes ont été encore plus difficiles que d’habitude. « Je sais bien, mais je ne vous lâcherai pas avec ça », enfonce l’élue haut-rhinoise, très remontée. Elle renonce cependant à se présenter en candidat libre.
La responsable Conf' peut se consoler. Sa sortie a tout de même produit des effets. Danielle Bras, Véronique Klein et Élodie Gerum ont été élues à l’unanimité.