2018 restera douloureusement dans nos mémoires après les attentats qui ont endeuillé Strasbourg et l’ensemble de notre pays. En cette période de fêtes, l’Alsace a été touchée au cœur avec le symbole de son marché de noël. Face à ce drame, l’actualité agitée des dernières semaines peut sembler parfois bien décalée.
Mais force est de reconnaître que le malaise incarné par les « gilets jaunes » reste bien présent dans notre société. Les réseaux sociaux et les chaînes d’information alimentent en continu les inquiétudes et les colères qui se répandent sur les ronds-points, et bien au-delà.
Les agriculteurs ne sont pas épargnés, loin s’en faut, par ce sentiment d’abandon, voire parfois de déclassement. Aux difficultés économiques et climatiques s’additionnent des critiques souvent injustifiées de leurs pratiques, de leur façon de produire, de leur mode d’élevage. Les agriculteurs vivent difficilement cette remise en cause systématique de leur métier alors qu’ils soignent et nourrissent leurs animaux avec passion, et qu’ils cultivent leurs champs avec raison.
Il est malheureusement plus facile de faire la « une » de l’actualité en déversant de la peinture rouge devant une boucherie plutôt que de montrer le travail quotidien des éleveurs. Tout comme il est plus facile de passer au « 20 heures » en saccageant les Champs-Élysées que de manifester pacifiquement devant une préfecture. Il faut bien reconnaître que cette société de l’image instantanée et du direct peut poser un vrai problème pour le bon fonctionnement de notre démocratie et de nos institutions ! Nous l’avons tous constaté ces dernières semaines.
Nos gouvernants doivent redonner du sens au dialogue social, ils doivent davantage considérer les corps intermédiaires, écouter et entendre leurs propositions.
Et des propositions, la profession agricole alsacienne en a de nombreuses, pour trouver les bonnes solutions aux vrais problèmes des agriculteurs.
Nos filières d’élevage doivent être soutenues et accompagnées en priorité pour éviter la décapitalisation et le découragement. La Région Grand Est s’est positionnée pour accompagner les éleveurs qui ont dû recourir à des achats de fourrage suite à la sécheresse. Les Départements aussi, ont affirmé leur volonté d’accompagner ces difficultés climatiques. La Chambre d’agriculture s’est engagée à assurer le rôle de « guichet unique » pour aider les éleveurs à monter leur dossier de demande. Les éleveurs concernés peuvent s’adresser dès aujourd’hui à leur ADAR ou au service Économie.
Nous attendons toujours du Ministère de l’agriculture le classement de nos prairies en calamités agricoles… Il est nécessaire à l’avenir de se prémunir davantage contre ces aléas climatiques. L’assurance récolte doit évoluer pour devenir une vraie garantie de revenu en cas de coup dur. L’épargne de précaution doit être développée, avec une vraie politique fiscale adaptée.
L’irrigation constitue aussi une réponse pertinente, pour sécuriser les rendements et la qualité de nos productions. Nous devons avoir une politique ambitieuse d’accès à l’eau, y compris avec du stockage en l’absence de ressource disponible. Il faudra aussi stocker davantage de fourrages les bonnes années pour puiser dans les réserves quand c’est nécessaire. De nouveaux dispositifs ont été finalisés dans le « plan bâtiment » pour vous aider à investir dans ce sens. Mais il est évident que ces investissements ne sont possibles que si les revenus le permettent.
Après plusieurs années compliquées, il faut que l’agriculture puisse retrouver des perspectives économiques plus favorables sur le moyen et le long terme.
Nous faisons collectivement des efforts depuis de nombreuses années pour améliorer nos pratiques, réduire les fuites de nitrates et l’utilisation de produits phyto. La Chambre d’agriculture s’emploie au quotidien pour vous accompagner, avec le concours de toutes les organisations professionnelles et économiques de ce territoire qui sont bien conscientes que nous devons travailler de concert, pour préserver nos sols, préserver la qualité de l’eau et notre environnement en général.
Nous travaillons pour mettre au point des techniques alternatives, pour développer l’agriculture biologique, mais toutes ces évolutions demandent du temps, des efforts d’adaptation et des moyens d’accompagnement. Nous fondons beaucoup d’espoirs dans la recherche, l’innovation, le numérique pour trouver des solutions, pour éviter les impasses techniques ou économiques.
Il faudra aussi nous mobiliser au niveau de l’Europe pour prendre les bonnes décisions sur la nouvelle PAC 2020. Le projet qui est aujourd’hui sur la table n’est pas satisfaisant ! Il faut maintenir un budget ambitieux et renforcer les outils de gestion du marché en cas de crise. Il n’est pas normal que tous les grands pays développés, USA en tête, protègent leurs agriculteurs contre les aléas du marché et qu’en Europe, on laisse libre cours à l’ultra libéralisme économique. Les agriculteurs français et européens ne peuvent pas lutter à armes égales avec des pays moins disant au niveau social, réglementaire et environnemental !
Nous avons besoin de plus d’Europe, de plus de protection, de plus de considération et surtout de moins de technocratie !
Nous devons redonner du sens et des perspectives pour l’agriculture de notre pays. L’agriculture reste un moteur de l’économie française et la garante du dynamisme de nos territoires.
Nous devons surtout retrouver de la confiance.
L’agriculture alsacienne dispose de solides atouts avec des filières diversifiées et un vaste bassin de consommateurs. De vraies opportunités de développement existent dans les filières longues ou courtes, dans le bio ou le conventionnel.
Avec Jean-Paul Bastian, dont nous saluons la mémoire, nous pouvons légitimement être fiers d’avoir construit une Chambre d’agriculture qui a su s’organiser au niveau de l’Alsace dès 2013, qui a su se remettre en cause et s’adapter aux évolutions institutionnelles. Nous sommes fiers d’avoir pu, avec tous les élus, avec l’ensemble de nos cadres et collaborateurs, insuffler cette dynamique qui a permis à la Chambre d’agriculture de se restructurer, de rester performante au service des agriculteurs et des viticulteurs de notre territoire.
Nous vous souhaitons une excellente année 2019 avec beaucoup de satisfactions professionnelles et personnelles. Que cette nouvelle année soit pour vous et vos proches, source de joie, de bonheur, de santé et de réussite.