Qu’elle soit technologique, numérique, organisationnelle et/ou circulaire, l’innovation est partout. Elle représente un enjeu majeur pour l’agriculture et constituait le thème de la session de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA) vendredi 16 mars à Sainte-Croix-en-Plaine.
Le président de la CAA Laurent Wendlinger fixe les objectifs : « A l’heure de la réforme de la politique agricole commune, nous devons avoir le premier objectif de protéger notre modèle agricole et alimentaire. C’est la seule politique européenne vraiment commune. Elle doit le rester. Que ce soit la question du glyphosate, celle de la qualité de l’eau souterraine, ou encore celle de l’usage des produits phytosanitaires, nous devons continuer, avec nos partenaires, à trouver des solutions pérennes et préparer une feuille de route et un plan d’action. Ce ne sera pas forcément avec les solutions d’hier que l’on relèvera les défis de demain. C’est, au contraire, avec de nouvelles techniques, de nouvelles pratiques, avec de l’innovation, que nous pourrons promouvoir des solutions qui permettront de concilier durablement production et préservation des ressources ». L’innovation concerne toutes les productions agricoles, toutes les filières ; elle est présente partout. Le monde agricole doit l’intégrer dans son fonctionnement de tous les jours pour préparer son avenir et assurer sa pérennité.
« Construire, ensemble, des perspectives »
Maximin Charpentier, président de la Chambre d'agriculture de la Marne, en charge de l’innovation, de la recherche et du développement (SC IRD) à la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage) a présenté les axes du projet stratégique des Chambres d’agriculture : assurer le renouvellement des générations, le développement de l’emploi et des compétences ; développer la recherche et le développement, l’innovation et la bio économie au service de la compétitivité et de la préservation des ressources naturelles ; développer le potentiel technique et économique des filières existantes, et accompagner l’émergence de nouvelles filières ; promouvoir une agriculture au service de la dynamique des territoires, facteur d’attractivité de la région.
Pour y parvenir, les Chambres d’agriculture ont revu leur organisation et rassemblé les compétences de façon transversale. Des prestations telles que le conseil, la formation, l’animation, certaines études sont développées en commun. Les métiers du réseau sont nombreux et variés : les chambres comptent 573 ingénieurs et techniciens autour de 50 groupes de métiers nationaux qui vont des grandes cultures à l’élevage en passant par le contrôle de performance, l’agro environnement, l’installation, le conseil d’entreprise ou encore l’économie, l’urbanisme, la viticulture, les légumes. Le plus gros poste concerne les grandes cultures. « Les Chambres y consacrent 113 ingénieurs et techniciens pour la production de 180 essais analytiques. On y trouve également deux fermes pilotes, des « essais bandes », des flashs et guides techniques, des conseils collectifs, de la formation. Les thématiques sont nombreuses. Elles concernent l’économie évidemment, mais également les sols, le climat, l’eau, l’énergie, l’air, la biodiversité, l’agriculture biologique. À travers nos expertises, nous optimisons le travail des agriculteurs en animant notre réseau et en proposant des bases de données ouvertes au plus grand nombre », précise Maximin Charpentier. L’élevage et la viticulture sont également deux autres secteurs d’activité très importants. Le conseil d’entreprise et l’installation mobilisent 74 conseillers dont trois spécialisés en macroéconomie.
« Nos objectifs sont clairs pour cette feuille de route. Nous voulons construire ensemble des perspectives à moyen terme pour nos métiers, nos activités et nos mandants. Nous voulons également bénéficier de la taille du Grand Est pour construire une stratégie de développement et créer des alliances. Nous souhaitons nous appuyer sur la puissance du réseau pour soutenir l’innovation ascendante et descendante tout en rendant lisibles et visibles nos actions. À court terme, il s’agit de monter des projets ensemble, de construire des services, d’apporter de nouvelles méthodes de travail. Ensuite, il s’agira de coordonner le réseau, de le structurer et de le rendre fiable. Il permettra, à terme de préparer le futur de nos domaines de travail. Nous devons également nous appuyer sur l’agriculture numérique par le biais d’une agriculture de précision avec des outils tels que les capteurs, les guideurs, « Mes Parcelles ». Le tout, dans une méthode de gouvernance claire et partagée où le Bureau de la Chambre pilote l’ensemble du projet, le directoire et son comité de gestion fixent les orientations et valident le budget. Où des commissions régionales proposent des projets et remontent des besoins. Où des Chambres départementales remontent ces besoins et ces projets en les préparant et en manageant les équipes. Ce plan d’action doit permettre de mobiliser le plus grand nombre pour, au final, proposer des stratégies d’ensemble de nos Chambres » conclut Maximin Charpentier.
Des outils numériques, des opportunités énergétiques
Danielle Bras, présidente de la commission « grandes cultures », a détaillé les ambitions de la CAA en matière d’agriculture numérique comme le « réseau de stations météo connectées alsacien, en partenariat avec les principaux opérateurs que sont la Coopérative Agricole de Céréales, le Comptoir agricole, Armbruster, la sucrerie d’Erstein ou encore l’Agaja. Il s’agit de proposer une offre commune pour l’équipement des agriculteurs. Une base qui serait utilisable part tous pour proposer des services dans le cadre d’une gestion globale animée par la CAA ».
Des outils d’aide à la décision seront également développés pour la protection des cultures. Dès ce printemps, la Chambre va utiliser « Prévi-LIS/OptiProtect » d’Arvalis, qui calcule chaque jour une prévision des stades et des risques de maladies sur les blés tendres. La Chambre compte également aider les agriculteurs à anticiper les conséquences du changement climatique avec l’outil informatique « CliA-XXI ». Il simule les effets probables du changement climatique sur les principaux indicateurs pour l’agriculture (pluviométrie, températures, jours de gel, etc.) à vingt et cinq ans. Cet outil permet de préparer des stratégies d’adaptation. « À l’automne 2018, nous comptons constituer un groupe d’agriculteurs pour réfléchir et tester des solutions d’adaptation et d’atténuation possibles. La Chambre participe également à une étude sur les adaptations spontanées des éleveurs laitiers à ce changement climatique. Et, en complément, nous avons un outil appelé « Oracle », géré par la Crage, qui mesure les effets actuels du changement climatique ».
La chambre entend également se positionner sur les nouvelles énergies, en renforçant les actions tant dans la production que dans la gestion des déchets. « Nous voulons valoriser en agriculture les projets de géothermie profonde. Il y a des opportunités en Alsace et des études sont en cours. De grandes quantités d’eau à basse température sont disponibles pour valoriser les serres chauffées, la production de microalgues, la pisciculture ou encore la production d’insectes. Nous voulons également mieux soutenir la méthanisation agricole en favorisant les initiatives de porteurs de projets. Enfin, nous voulons relancer le photovoltaïque agricole. La Chambre d'agriculture diffuse pour cela des références objectives et indépendantes. Elle anime un observatoire où 122 installations sont référencées. Elle accompagne les projets innovants et elle aide les producteurs pour les appels d’offres », conclut Danielle Bras.