Chambre d'agriculture

Journée de l’économie alsacienne

Simplifier pour mieux coopérer

Publié le 16/09/2017

Les chambres consulaires de la région ont débattu de la coopération transfrontalière au palais des congrès de Strasbourg, mercredi 6 septembre. Un mot d’ordre dans la bouche de presque tous les intervenants : simplifier les règles.

« Nous avons largement de quoi faire pour améliorer les performances économiques de l’Alsace au sein de l’Europe. » À condition de simplifier les règles qui régissent les échanges sur le territoire européen, selon Jean-Luc Heimburger, président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI). Devant un parterre d’officiels, les présidents des trois Chambres - commerce, métiers et agriculture - ont défendu une vision commune de la coopération transfrontalière. Tous s’accordent sur les bienfaits de l’appartenance à l’Union européenne (UE). L’Alsace au sein du Grand Est se trouve ainsi dans une meilleure position pour travailler avec l’Allemagne et la Suisse, estime Bernard Stalter, de la Chambre des métiers. Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture, a souligné de son côté l’importance du bassin de consommation rhénan. Plus de six millions de clients potentiels. Mais il y a bien des choses qui ne vont pas. « Nous atteignons les limites du système ultralibéral, a jugé Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. D’un côté on nous impose un marché mondial dérégulé, d’un autre on exige des produits de qualité à bas coûts » avec toutes les normes qui vont avec. Une équation insoluble pour le représentant syndical. Le représentant de l’artisanat a de son côté mis en garde contre les risques de concurrence déloyale entre pays membres de l’UE. « Il ne faut pas nationaliser la politique agricole » Là dessus, la députée européenne Anne Sander s’est montrée claire. Pour elle, il faut encourager la mobilité européenne, tout en renforçant les contrôles. Une allusion à peine voilée à l’affaire des travailleurs détachés, qui mobilise les dirigeants européens depuis quelques semaines. Dans un autre registre, selon la responsable politique, l’agriculture doit bien gérer le Brexit. « La sortie du Royaume-Uni de l’UE va entraîner une baisse des budgets. Mais il ne faut surtout pas nationaliser la politique agricole. » Franck Sander est arrivé sur scène accompagné de deux jeunes en cours d’installation sur l’exploitation familiale. Quelles sont leurs préoccupations sur l’Europe ? Pour Étienne Losser, la priorité concerne le droit à l’expérimentation. Il aimerait avoir des possibilités élargies, notamment sur les OGM. Pour Justine Masseran, il s’agit de soutenir les agriculteurs afin qu’ils puissent vivre correctement. Son objectif à moyen terme : moderniser la ferme pour avoir une meilleure qualité de vie. Mais cela passera inévitable par des investissements. En fin de séance, les trois présidents de Chambre ont signé une motion dans laquelle ils s’engagent à détecter et signaler les asymétries au niveau des règles et normes européennes. Un pas de plus vers la simplification, synonyme de prospérité économique.

Concours général agricole 2017

Les médaillés alsaciens récompensés

Publié le 09/08/2017

La remise des diplômes aux producteurs alsaciens médaillés lors du Concours général agricole de Paris a eu lieu le 2 août sur le stand PHR/EAV - Groupama - Chambre d'agriculture d’Alsace de la Foire aux vins de Colmar.

Après avoir décroché 236 médailles lors du Concours général agricole (CGA) de Paris au mois de février, les producteurs alsaciens lauréats ont reçu leurs diplômes lors d’une cérémonie organisée le 10 août sur le stand PHR/EAV - Groupama - Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Un concours qui a lieu tous les ans, au mois de février, lors du Salon de l’agriculture, et qui est piloté en Alsace par les équipes de l’AVA, de la Chambre d'agriculture et de Jean Deffinis, commissaire régional du CGA. Les 236 médailles obtenues cette année (soit 61 % des médailles récoltées dans la région Grand Est) sont réparties entre 22 entreprises viticoles, 25 agriculteurs et artisans et 6 distillateurs. Ce sont encore les vins, avec 186 médailles, qui représentent la plus grosse proportion de médailles (95 en or, 70 en argent et 21 en bronze). Dans cette catégorie, ce sont la Maison Cattin (19 médailles), la cave de Beblenheim (16 médailles), la cave vinicole les Faîtières d’Orschwiller et les vins Henri Ehrhart d’Ammerschwihr (15 médailles chacun) ont été les plus récompensés. « Mais au regard de la taille de ces entreprises et de la difficulté d’être primé lors de ce concours, chacun d’entre vous est honoré par le même mérite », tient à préciser le président de la CAA, Laurent Wendlinger. Chez les distillateurs, le palmarès est en baisse par rapport à 2016 avec 15 médailles (contre 26 l’an passé). Le premier lauréat est la distillerie artisanale Hepp avec 5 médailles (4 en or et 1 argent). Le whisky alsacien a été primé par trois médailles d’or. À noter que pour le concours 2017, les IGP kirsch, quetsche, framboise, mirabelle et whisky apparaissent pour la deuxième fois dans le règlement national. Il faut aussi saluer la performance des « autres produits transformés » qui ont obtenu 35 médailles, soit 8 de moins qu’en 2016. Ils représentent 21 % des médaillés de cette cuvée 2017, avec une augmentation du nombre de médailles pour les knacks. Cette année, deux lauréats (la cave vinicole les Faîtières d’Orschwiller et la brasserie Matten à Mattzenheim) ont été honorés par le Prix d’excellence remis en janvier 2017 par le ministère de l’Agriculture. « À la différence des médailles qui récompensent le niveau qualitatif d’un produit, le Prix d’excellence distingue la régularité dans l’excellence d’un producteur ou d’une entreprise. À travers ces deux entreprises, c’est aussi la bière alsacienne et le vin alsacien, deux breuvages essentiels, qui sont honorés », souligne Laurent Wendlinger.

Chambre d'agriculture d’Alsace

Une « identité » à prendre en compte

Publié le 15/03/2017

Pour les élus de la Chambre d'agriculture d’Alsace, la politique agricole de la région Grand Est ne pourra pas se faire sans prendre en compte les identités territoriales « fortes » des anciennes régions administratives.

Quelle place pour l’agriculture alsacienne dans la région Grand Est ? Quid de ses spécificités, de ses terroirs, de sa marque dans un territoire plus grand que la Belgique ? Depuis la réforme territoriale et la loi NOTRe, ces interrogations agitent la profession agricole et viticole, qu’elle soit bas-rhinoise ou haut-rhinoise. Comme le souligne justement le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Laurent Wendlinger, lors de la dernière session du 10 mars, « les cartes ont été rebattues » au niveau des compétences entre les collectivités et du périmètre de la Région. « C’est un changement important avec la fusion de trois anciennes régions fort différentes d’un point de vue agricole, et avec des politiques de soutien qui étaient spécifiques à chaque territoire », rappelle l’élu de la CAA. Pour la collectivité présidée par Philippe Richert, l’enjeu est conséquent : l’agriculture dans le Grand Est, c’est 3 millions d’hectares, 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 49 000 exploitations et 104 000 actifs permanents. « L’agroalimentaire est le premier employeur de la région », résume Anne-Sophie Bonnin, adjointe à la direction de l’agriculture et de la forêt de la Région. Inscrire l’irrigation dans le projet agricole de demain Derrière ces chiffres éloquents, il s’agit surtout de faire converger trois entités distinctes vers une base « commune ». Pour y arriver, la Région veut mener cette nouvelle politique de manière « constructive » en y associant l’ensemble des organisations agricoles, syndicales, économiques et institutionnelles. « L’idée est de créer une politique Grand Est tout en conservant des spécificités plus locales. Tout ne sera pas figé dans le marbre », explique Patrick Bastian, conseiller régional, et lui-même exploitant agricole dans le Bas-Rhin. Avec Anne-Sophie Bonnin, ils ont profité de la session de la CAA pour présenter aux élus agricoles alsaciens les quatre « priorités » listées par la Région en matière d’agriculture et de viticulture : la compétitivité et la modernisation de l’ensemble de la chaîne alimentaire, le développement des marchés régionaux, l’innovation, et l’installation des jeunes. De grandes orientations « intéressantes » sur le papier mais qui sont pour le moment incomplètes pour de nombreux élus de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Fabien Metz regrette ainsi que l’irrigation, ce « superbe outil de compétitivité », n’apparaisse pas dans la brochure présentant la politique agricole du Grand Est. « Ce serait regrettable que cette pratique ne soit pas soutenue par la Région. L’irrigation permet d’assurer le développement des exploitations et de maintenir leur compétitivité. C’est une source de progrès qui permet de répondre à de nouvelles attentes. Après les deux années que l’on vient de connaître, caractérisées chacune par une forte sécheresse, nous n’avons plus le droit à l’erreur », fait-il remarquer. Face à ce manquement, Patrick Bastian ne se dérobe pas, au contraire. Pour lui, l’irrigation est l’une des « plus belles assurances » à mettre en place dans la région Grand Est dans les années à venir. « Cela a été dit aux assises des fruits et légumes : il faudra réellement l’inscrire dans le projet agricole de demain. » Poursuivre la communication sur les territoires La « diversité », qu’elle soit celle des modèles de production ou des destinations des produits, est le maître mot utilisé par Jean-Michel Schaeffer pour décrire ce que doit - et devra être - la politique régionale du Grand Est. « Nous devons trouver une complémentarité intelligente entre cette nouvelle collectivité territoriale et les identités régionales historiques. L’Alsace, pour ne citer qu’elle, est un atout pour la production locale comme pour les marchés export. » C’est dans cet esprit que la profession agricole a créé la marque « Savourez l’Alsace – Produit du Terroir », en collaboration avec la Région Alsace, l’Aria Alsace et Alsace Qualité. « Avec cette marque, on veut créer une stratégie pour apporter le vrai produit alsacien de nos fermes aux assiettes des consommateurs. Mais sans budget et sans suivi, on ne pourra pas le faire », prévient-il. C’est grâce à cette mise en avant du territoire que la filière alsacienne des fruits et légumes a pu retrouver un second souffle ces dernières années. Et si un projet de filière Grand Est a été déposé, il est essentiel pour Pierre Lammert, de poursuivre la communication sur les territoires. « C’est ce qui compte pour les consommateurs, et cela doit être conservé », insiste le président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace. Vers une politique d’installation « plus attractive » Pour Franck Sander, ce qui compte, c’est que les produits des agriculteurs du Grand Est se retrouvent dans les assiettes des cantines de restauration hors domicile (RHD). Un dossier régulièrement mis en avant dans les discussions, tant le potentiel serait énorme aux yeux de la profession agricole. « Il serait temps qu’une garantie d’achat de produits locaux soit instaurée par la Région. Cela donnerait aux producteurs des contrats ficelés avec des prix garantis. Pour sortir de la crise, c’est plus de cela dont nous avons besoin que des aides de trésorerie. Nous préférons la voie économique aux subventions », tient-il à rappeler. Les plus jeunes, par l’intermédiaire du président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, Thomas Gillig, espèrent de leur côté que le montant des aides pour les projets d’installation soit harmonisé sur tout le territoire régional avec, encore une fois, la prise en compte des spécificités locales. « Tout cela doit permettre de trouver une nouvelle politique d’installation qui soit plus attractive pour tout le monde », poursuit-il. « Tout le monde » sous-entend aussi de ne laisser personne, ni aucune filière sur le bord de la route. Sur ce point, la communication de la Région reste encore très perfectible vu les « oublis » sur sa brochure. Les filières bois, horticulture et paysage ne sont ainsi pas citées, laissant planer le doute dans l’esprit de certains élus de la CAA à l’image de Paul-André Keller, surpris de ne pas voir apparaître les stations d’expérimentation horticoles de Wintzenheim et Roville-aux-Chênes. Un « oubli » qui n’en est pas vraiment un, tient à rassurer Patrick Bastian : « Ces filières ne sont bien évidemment pas mises de côté, elles font partie intégrante du projet agricole de la Région. Nous allons beaucoup travailler dessus au cours des prochains mois. » « Prudence » sur les reconversions bio De son côté, Véronique Klein, s’interroge sur la place de l’agriculture biologique dans le projet en question. Si la filière alsacienne est aujourd’hui assez dynamique (encore 53 conversions en 2016), tout est à « construire » dans le Grand Est. « Nous allons avoir besoin d’innovation technique et d’accompagnement pour les agriculteurs bios, ou ceux en conversion. Nous devrons vraiment être présents vu le chiffre d’affaires en constante progression de la bio sur le plan national. Bien sûr, ce n’est pas la solution à tous les problèmes économiques des agriculteurs. Mais la bio sera l’une des multiples composantes de l’agriculture de demain », annonce la présidente de la commission agroécologie à la CAA. Sur ce dossier, Patrick Bastian appelle à la prudence. Pour lui, cette reconversion « massive » vers la bio risque un jour de se retourner contre les agriculteurs, notamment dans les anciennes régions Lorraine et Champagne-Ardenne. « Il faudrait peut-être faire une pause des conversions dans ces deux régions. Pour le moment, les caisses sont vides ; les aides européennes à la conversion se font toujours attendre. Mais au-delà, ce n’est pas à travers des aides qu’on doit pouvoir fixer un prix. Il faut que les gens acceptent que la qualité a un prix. » Pour une culture de l’innovation Le représentant de la Coordination Rurale, Paul Fritsch dénonce pour sa part une stratégie axée sur « la productivité et la compétitivité ». « Toutes les aides apportées sont là pour booster la productivité, alors que nous devrions d’abord réguler notre production. Ce sont les filières qui doivent travailler pour les agriculteurs, et non l’inverse. Cela ne sert à rien de produire encore plus si on n’a pas la demande en face », souligne-t-il. Désireux d’écarter toute incompréhension à ce sujet, Patrick Bastian rappelle que « productivité ou compétitivité, ce n’est pas forcément plus de volume. Ce n’est pas ce qu’on veut faire. Ce qu’on recherche, c’est d’abord de meilleures conditions de travail, et une meilleure qualité de produit. » Une qualité qui ne pourra pas se faire sans une politique affirmée pour l’innovation considère la vice-présidente de la CAA, Danielle Bras. « Nous devrons améliorer nos concepts de production pour améliorer nos marges. Nous devons être capables de nous projeter dans un futur plus ou moins proche pour anticiper l’agriculture de demain. De ce fait, nous demandons que les efforts financiers de la Chambre régionale soient déployés dans l’ensemble de la région. Cette ambition de l’innovation doit être partagée par tous, et doit tenir compte des spécificités territoriales. »

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