Chambre d'agriculture

Quelles perspectives pour l’agriculture alsacienne ?

« Se projeter pour écrire l’avenir »

Publié le 01/12/2016

Ne pas se laisser tétaniser par la crise, telle est l’injonction lancée par Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. C’est pourquoi il a inscrit à l’ordre du jour de la session du 25 novembre un point consacré aux projets et aux perspectives de l’agriculture alsacienne.

« La crise doit nous inciter à nous remettre en cause, à explorer de nouvelles solutions, à nous engager dans de nouveaux projets. » Pour Laurent Wendlinger, le rôle de la Chambre d'agriculture est aussi de s’inscrire dans une réflexion professionnelle à moyen terme. D’où l’idée d’interroger les agriculteurs alsaciens sur leurs attentes, leur vision de l’avenir, leurs projets. Les résultats de cette enquête ont été présentés par Emmanuel Mollard, du service politiques publiques et services aux collectivités de la CAA. Et là, belle surprise ! Malgré les difficultés, les agriculteurs gardent leur esprit d’entreprise. Ils sont lucides et confiants, ce qui ne les empêche pas de faire des projets, d’avoir envie d’investir. « Un signe qui ne trompe pas : 85 dossiers ont été déposés et agréés dans le cadre du plan bâtiment, preuve que les éleveurs croient en l’avenir de leur production », souligne Laurent Wendlinger. Autre signe encourageant, plusieurs filières spécialisées offrent de réelles opportunités de développement. La betterave à sucre, le tabac, le houblon recrutent de nouveaux planteurs. Même chose pour le maïs semences et le tournesol semences. « Même en élevage, il y a des opportunités à saisir, notamment en volaille, et une nouvelle dynamique se fait jour dans la production porcine. » Laurent Wendlinger cite aussi l’agriculture biologique, où les projets de conversion se poursuivent à un rythme soutenu, et l’éclosion de magasins de vente directe, dans un cadre individuel ou collectif. La viticulture n’est pas en reste : jamais elle n’a autant investi dans la modernisation de ses structures, grâce aux fonds du Feaga. « Se servir de 2016 pour bâtir les années à venir » « Si la prudence et le réalisme économique doivent toujours guider nos actions, force est de reconnaître que l’agriculture alsacienne offre des perspectives diverses et variées », affirme Laurent Wendlinger. Ce ne sont pas Albert Binder, Sébastien Stoessel ou Denis Digel qui le contrediront ! Ils ont témoigné de leur envie d’entreprendre. « Antifatalistes. » C’est ainsi que se définissent les frères Binder à Sessenheim. « Tabac, asperge, maïs semences, betterave à sucre, énergie photovoltaïque, nous avons toujours cherché à nous diversifier », explique Albert Binder. Pour réussir, ils misent sur leur réactivité et leur capacité de travail, mais aussi sur le progrès technique et des coopératives solides et porteuses de projets. Président du service élevage, Sébastien Stoessel produit des céréales, du lait et des poules pondeuses. « Par les temps qui courent, pas évident de garder la gnaque ! » Mais certains secteurs se portent bien, comme la montagne qui a depuis longtemps misé sur une stratégie centrée sur la transformation, en accord avec la demande du marché. Il voit de l’avenir pour la filière porcine, qui a investi dans le bien-être animal, ainsi que la production ovine ou caprine, source de diversification à moindres frais. Pour accompagner ces porteurs de projets, le Plan bâtiment s’est ouvert aux petites filières, comme la volaille et le porc. Une ouverture qui a contribué à les renforcer. Sébastien Stoessel a salué les équipes techniques de la CAA, ainsi que la Région et l’État qui ont fait en sorte qu’aucun dossier ne soit laissé au bord du chemin. « Nous devons nous servir de 2016 pour bâtir au mieux les années à venir », a-t-il conclu. Le Cœur paysan ouvre ses portes le 7 décembre Président des Maraîchers réunis de Sélestat, une coopérative tournée vers la vente en gros à la grande distribution et aux grossistes, Denis Digel est également présent toutes les semaines sur le marché de Sainte-Marie-aux-Mines. La vente directe, il maîtrise… Le maraîcher souligne un paradoxe : la demande est de plus en plus locale, alors que l’offre est de plus en plus mondiale, avec des prix étriqués. Comment répondre à cette demande locale dans les territoires ? « Les distributeurs profitent de l’aubaine, usurpant notre plus-value. Elle arrive même à mettre la main sur notre envie de produire et de nourrir les citoyens. » En réaction, les points de vente directe se multiplient. « Il faut s’efforcer de répondre à cette demande locale sur les marchés, dans les cours de ferme, faire gonfler l’offre, saisir toutes les opportunités de s’approprier la plus-value. » Lui-même s’est engagé dans un point de vente collectif à Colmar, route de Neuf-Brisach : avec cinq autres agriculteurs, il a acheté un ancien supermarché et l’a transformé en un magasin de producteurs où une trentaine d’agriculteurs individuels et de structures collectives proposeront leurs produits, conventionnels et bios. Le Cœur paysan ouvre ses portes le 7 décembre. Autre filon à exploiter : « Les collectivités demandent de plus en plus de proximité. C’est une vraie aubaine, même si les marchés publics sont compliqués. »

Bilan de campagne

L’espoir de jours meilleurs

Publié le 01/12/2016

Les membres de la Chambre d'agriculture d’Alsace, réunis le vendredi 25 novembre à Schiltigheim, ont tiré le bilan d’une année agricole catastrophique.

« La récolte de blé 2016 a été la plus mauvaise en rendement depuis trente ans, souligne Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Celle du maïs est marquée par des résultats très moyens et une grande hétérogénéité. Confrontés à des prix des céréales particulièrement faibles pour la troisième année consécutive, les revenus des céréaliers sont en berne et les trésoreries asséchées, voire déficitaires. Seule note positive, la viticulture affiche un rendement moyen supérieur aux derniers millésimes et des raisins de belle qualité. Mais c’est sans aucun doute l’élevage qui connaît les difficultés les plus importantes, avec un prix du lait orienté à la baisse depuis des mois. « L’inquiétude des producteurs est bien réelle. » Les producteurs de viande souffrent à la fois de la crise et du dépôt de bilan de Copvial, qui se solde par de nombreux impayés. « Nous sommes au cœur d’une crise qui dure et qui fragilise les exploitations. Nous savons que les mesures gouvernementales ne seront pas à la hauteur des pertes subies. Dans ce contexte très difficile, nous devons tout faire pour passer le cap », insiste le président. Cela passe par une action déterminée de refinancement pour les exploitations à court de trésorerie et par la mise en place de la cellule départementale d’accompagnement « Réagir », avec le soutien de la Région Grand Est. « Grâce à une action concertée entre la Chambre d'agriculture, la MSA, les organisations professionnelles et économiques, les centres de comptabilité et les banques, nous espérons détecter le plus tôt possible les entreprises fragilisées et agir de façon coordonnée pour essayer de redresser l’équilibre de l’exploitation et éviter l’isolement de l’agriculteur. » Des entreprises fragilisées Le bilan dressé par Yves Jauss, directeur du pôle économie et entreprises de la CAA, confirme ces propos. Les réactions ne se font pas attendre. C’est Jacky Wolff qui ouvre le ban des interventions. Le monde du paysage a subi la crise de plein fouet, indique-t-il. « Ces derniers temps, les carnets de commandes se remplissent, mais le chiffre d’affaires des entreprises est en recul de 2 à 4 %. » Paul Fritsch, président de la Coordination rurale du Bas-Rhin, évoque le désarroi des agriculteurs qui, chaque jour, s’enfoncent un peu plus dans la crise. « Des solutions existent pourtant… » Pour Denis Ramspacher, administrateur de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), il faut faire en sorte que le marché intérieur soit le plus valorisant possible pour certaines filières. Pour d’autres, c’est l’international qui offre une plus-value intéressante, comme le montre l’exemple d’Alsace Lait. « Nous travaillons régulièrement avec nos collègues allemands pour éviter que de telles crises ne se reproduisent. » Il faut garder espoir : les cours des produits industriels (beurre, poudre de lait) se raffermissent, une embellie qui devrait se répercuter rapidement dans les exploitations. « Les cours devraient repasser au-dessus des 300 €/1 000 l. » Primes Pac : des retards intolérables « La moitié des agriculteurs de notre région gagnent moins de 4 200 €/an », affirme Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Climat, prix, charges, tous les facteurs sont dans le rouge. Autant de leviers sur lesquels il faut agir, en améliorant le dispositif d’assurance récolte, en introduisant un système de régulation, en gagnant en compétitivité. Mais ce n’est pas tout : de nombreuses exploitations souffrent d’une trésorerie exsangue, en raison du retard dans le paiement des aides Pac 2015. « Plus de 18 mois après la fin des déclarations Pac 2015, des centaines d’agriculteurs n’ont toujours pas perçu les subventions auxquelles ils ont droit. L’État se réfugie derrière le prétexte de « bugs » informatiques. » Dans de nombreuses exploitations, la situation des aides Pac 2016 n’est pas plus brillante. Pour protester contre ces retards inadmissibles, la FDSEA du Bas-Rhin a décidé de mobiliser ses troupes devant le siège de la DDT du Bas-Rhin à Strasbourg, le mardi 29 novembre (lire en pages 2 et 3). Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, dénonce « l’amateurisme des services de l’État. Des hommes et des femmes souffrent sur notre territoire à cause d’une Europe qui ne fonctionne pas, d’un ministre de l'Agriculture qui est déconnecté des réalités du terrain et qui continue à charger la barque », souligne-t-il. Le responsable syndical propose l’adoption d’une motion demandant que les aides spécifiques soient versées avant la fin de l’année et dénonçant l’acharnement de l’administration sur les contrats MAE. « Opérer des contrôles et prononcer des sanctions lorsque l’agriculteur n’est pas encore en possession de son contrat signé est simplement inadmissible. » Motion adoptée par les membres de la CAA. Les jeunes agriculteurs souffrent eux aussi de la léthargie de l’administration, explique Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin. Pour le versement de la dotation jeune agriculteur (DJA), les paiements de l’Agence de services et de paiement accusent plus d’un an de retard pour de nombreuses exploitations ! JA67 a mené récemment une action devant le siège de l’ASP, pour demander leur règlement avant la fin de l’année.

Chambre d'agriculture d’Alsace

Un budget 2017 de plus en plus contraint

Publié le 01/12/2016

La Chambre d'agriculture d’Alsace vient d’adopter son budget prévisionnel 2017. La baisse drastique des dépenses de fonctionnement, due notamment au transfert de personnels vers la Chambre régionale d’agriculture du Grand Est, ne compense pas celle des recettes, impactées par le recul des subventions de l’État et des Conseils départementaux.

« Nous avons transféré au 1er juillet vers la Chambre régionale Grand Est (Crage) le personnel affecté aux différentes missions régionales, soit huit salariés », annonce le président Laurent Wendlinger, en ouvrant la session de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) le vendredi 25 novembre, en présence des représentants des collectivités territoriales et de l’État. Cette évolution et le départ du directeur général adjoint, Gilles Neusch, ont entraîné une réorganisation des services, avec un nouvel organigramme. Dans la foulée, la gouvernance de certaines commissions a été revue : Christian Schott succède à Franck Sander à la présidence de la commission formation, Danièle Bras remplace Claude Gebhard à la tête de la commission grandes cultures. Enfin, Christophe Rue remplace Clarisse Sibler à la présidence de la commission circuits courts. La coordination entre les deux structures, la Chambre interdépartementale (CAA) et la Chambre régionale (Crage), n’est pas chose facile, mais les élus veillent à ce que le nouveau système soit le plus efficace possible au service de l’agriculture de ce territoire et, surtout, qu’il ne génère pas de surcoûts budgétaires. Le budget, justement, était l’un des thèmes de cette session. « La situation est de plus en plus tendue, avec des recettes en baisse et la nécessité d’agir fortement sur le niveau des dépenses pour maintenir des équilibres acceptables », souligne Laurent Wendlinger. Il rappelle que la régionalisation de 2013 a permis de réaliser des économies déterminantes pour la maîtrise des charges. Une décision courageuse, mais insuffisante, vu l’évolution de la situation. « L’État nous a ponctionné 1,6 million d’euros de fonds de roulement en 2015, soit le tiers de nos réserves. Les recettes de l’imposition n’ont pas augmenté depuis cinq ans - elles ont même baissé de 2 % en 2016. » Par ailleurs, la réforme territoriale et la loi NOTRe ont eu raison du partenariat historique avec les deux Conseils départementaux, dont les enveloppes financières ont été revues à la baisse. Malgré cet environnement contraint, la CAA a décidé de ne pas augmenter les tarifs de ses prestations pour 2017. André Jacob, directeur général de la Chambre d'agriculture, revient sur le budget rectificatif 2016 de la CAA, revu à la baisse suite à la régionalisation de certaines compétences au niveau du Grand Est. Avec 17,35 M€, les dépenses restent supérieures aux recettes, et le résultat d’exploitation est négatif, à - 208 000 €. « Avec les dotations aux amortissements de 570 000 €, nous dégageons une capacité d’autofinancement de 330 000 € qui nous permettra de financer le projet de modernisation du restaurant d’entreprise. » Les charges de personnel, le poste le plus important, sont en baisse significative du fait du transfert de huit agents à la Crage et de la réduction d’effectif (non-renouvellement des départs à la retraite et des CDD). Les charges de fonctionnement s’inscrivent, elles aussi, à la baisse, de même que les subventions. La Chambre d'agriculture est traditionnellement financée par trois types de recettes : l’imposition, les subventions et les prestations. « C’est par ce dernier point que nous pouvons augmenter nos recettes », poursuit André Jacob. Car le produit de l’imposition est en baisse, tout comme les subventions, comme le signalait précédemment Laurent Wendlinger. La régionalisation se poursuit « Pour 2017, les contraintes restent les mêmes, mais sur une année pleine. » Une réforme imposée par la Direction générale des finances publiques (DGFIP) entraîne une nouvelle distribution du budget au sein des masses budgétaires, prévient André Jacob : la masse « prestations de services » est noyée dans une masse « autres produits » ; par ailleurs, une distinction est opérée entre les subventions de l’État et les autres subventions. Le budget prévisionnel se caractérise par une baisse substantielle des charges de personnel. Elles représentent 60 % des dépenses qui frôlent les 17 M€. Cette baisse s’explique par les réductions d’effectifs, le personnel de la CAA s’élevant désormais à 185 ETP. Les charges de fonctionnement s’inscrivent, elles aussi, à la baisse du fait de la prise en charge par la Crage de l’opération « Salon de l’agriculture ». « Outre ces effets mécaniques, la Chambre d'agriculture mène une politique volontariste de réduction des dépenses, notamment au niveau des frais de location et de déplacement. » Malgré ces efforts, le budget de fonctionnement affiche un résultat négatif de 286 000 €. Côté recettes, André Jacob relève la baisse des subventions de l’État, elle aussi liée aux transferts de compétences à la Crage, ainsi que la baisse importante des subventions des deux Conseils départementaux. « De ce fait, notre addiction aux subventions est moindre », explique le directeur général. Seul élément dynamique, l’augmentation des prestations de service, avec le lancement de nouvelles prestations en direction des collectivités et la montée en puissance de Mes P@rcelles. André Jacob annonce une étape supplémentaire dans la régionalisation des Chambres d’agriculture : « L’ensemble des fonctions support - relations humaines, comptabilité, etc. - sera transféré à la Crage en cours d’année. Cela donnera lieu à un budget rectificatif. » « Nous avons rarement connu une telle baisse des moyens, souligne Jean-Paul Bastian, vice-président de la CAA. Cela nous oblige à nous recentrer sur les priorités tout en continuant à être présents sur des dossiers comme l’innovation, les nouvelles technologies. » Pour lui, il faut tout faire pour garder une Chambre d’agriculture relativement importante et avoir un projet d’avenir, malgré l’environnement contraint.

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