Betteraves à sucre
Cercosporiose : un développement fulgurant
Betteraves à sucre
Publié le 10/02/2017
L’un des principaux responsables des rendements betteraviers décevants de 2016 est la cercosporiose. Retour sur une année atypique, lors des récentes réunions d’information organisées par le service agrobetteravier de l’usine d’Erstein de Cristal Union.
Après un hiver marqué par l’absence de gel, un début de printemps correct malgré quelques sueurs froides pour gérer les repousses de couverts, la préparation des sols s’effectue dans de bonnes conditions à partir du 15 mars. Les semis débutent le 18 mars, dans la plus pure tradition betteravière. Entrecoupés par des périodes de pluies, ils s’achèvent finalement le 15 avril. Malgré une structure des sols grossière, les pluies d’avril favorisent un peuplement régulier, mais dans certains cas, l’abondance des précipitations entraîne l’apparition de croûtes. Si elle est propice à la prolifération des insectes du sol, dont les limaces et les scutigerelles - on constate aussi des dégâts de lièvres -, l’humidité favorise l’efficacité du désherbage. À partir de la fin avril, les choses se gâtent. Les violents orages de mai provoquent des inondations et des coulées de boue et l’on déplore un épisode de grêle dans le Kochersberg. L’humidité des sols persiste durant le mois de juin, et dans de nombreuses parcelles, on constate des stagnations d’eau. Conséquence : fin juin, les betteraves accusent un fort retard végétatif. « Il a plu », rappelle Aline Barbière, technicienne du service agrobetteravier de l’usine Cristal Union d’Erstein. Durant les six premiers mois de l’année, plus de 540 mm de pluie sont tombés. Il faut remonter en 1983 pour retrouver pareille situation, avec 519 mm. « La répartition de cette pluviométrie est rédhibitoire », ajoute-t-elle. « En raison de l’asphyxie des sols, du lessivage et du manque de disponibilité en azote et en soufre, les betteraves sont en état de faiblesse début juillet. » C’est un terrain extrêmement propice au développement des maladies, en particulier celui du rhizoctone brun. On constate une présence importante d’aphanomyces dans les limons blancs et les terres qui drainent mal. C’est ce qui explique le pourcentage important de betteraves malades à l’usine (environ 3 000 t). La bactériose fait son apparition en juin, suivi par la cercosporiose le 20 juin. « Le feu prend très vite malgré les traitements successifs et la réactivité des planteurs. » La situation est encore plus critique dans les terres légères. L’irrigation n’a pas permis de rattraper le retard végétatif des betteraves dans les situations de stress où la cercosporiose est apparue précocement. Pourquoi autant de cercosporiose ? La modélisation de la maladie a été mise à mal par ces conditions climatiques exceptionnelles, explique Aline Barbière : le déclenchement du premier traitement est calculé sur la base d’une somme de températures, la pluviométrie et l’humidité du feuillage n’étant prises en compte qu’à partir de la deuxième intervention (lire l’encadré). « Quand les traitements ont été déclenchés, il était déjà trop tard dans les zones sensibles. » La résistance récente de ce champignon aux strobilurines n’a rien arrangé… À la sortie du printemps, le sol est froid et trempé. Le retour de l’air chaud en juillet favorise l’évaporation et la formation d’humidité sur les feuilles, ce qui fragilise les plantes. Les températures élevées, la sécheresse et la cercosporiose de début septembre bloquent toute possibilité de croissance compensatrice des betteraves en automne. Alors que les parcelles saines enregistrent une baisse de 8 à 9 %, les parcelles touchées par la cercosporiose voient leur rendement chuter 15 à 18 %. « Les planteurs qui ont 20 à 35 % de rendement en moins cumulent toujours plusieurs facteurs, la cercosporiose ne faisant qu’aggraver les dégâts. » La cercosporiose complique également la récolte, car elle provoque le dessèchement des feuilles au sol. « Les feuilles mortes bourrent à l’arrachage et se retrouvent dans les tas de betteraves. » Ce qui explique le taux de tare plus élevé. Trouver des stratégies efficaces « Vous avez connu de grosses déceptions, voire des échecs, poursuit son collègue, Michel Butscha. Aussi devons-nous vous proposer des solutions. » Des solutions testées dans le réseau des plates-formes d’expérimentation du groupe Cristal Union. « Il y a quatre à cinq planteurs expérimentateurs réguliers en Alsace, que nous tenons à remercier. » Le premier critère de choix variétal est la tolérance à la cercosporiose. « En Alsace, cette maladie nous donne du fil à retordre, indique Michel Butscha. Il y a vraiment une répartition géographique de cette maladie, il faut en tenir compte au niveau variétal. » Ce fléau fait aussi des ravages dans d’autres pays européens, en particulier l’Autriche et l’Allemagne du côté de la Bavière, dont les méthodes de lutte sont très proches de celles préconisées dans la région. Le deuxième critère de choix est le barème de paiement qui récompense les fortes teneurs en sucre. « Nous allons dans ce sens en privilégiant le choix de variétés riches en sucre. Nous prenons également en compte la tolérance au rhizoctone brun, aux nématodes, à la rhizomanie. » Certaines variétés voient augmenter progressivement leur tolérance à la cercosporiose. Les semenciers utilisent plusieurs leviers pour faire progresser leurs variétés, indique Michel Butscha. « On le voit sur des variétés comme okapi, libellule ou papillon, dont la note de tolérance s’est améliorée. » Une nouvelle variété, auckland, s’est fait remarquer dans les essais par son bon comportement : « Elle est restée beaucoup plus verte et saine ». Le service agrobetteravier testera cette année d’autres variétés, très prometteuses. « Linotte et auckland se détachent nettement du lot. Linotte a un avantage, elle est très tolérante à la rhizomanie, même si elle est un peu juste en richesse. Les essais effectués en Limagne confirment ces affirmations. » Très logiquement, les variétés mises en avant cette année dans la brochure « Orientations agronomiques 2017 » sont samuela, auckland et linotte ans les zones à forte pression de cercosporiose (zones rouges), papillon et vulkania dans les zones orange avec une protection fongicide normale. Ces deux variétés peuvent également être plantées en zone rouge avec une protection fongicide renforcée. Dans les zones où la pression est moindre, des variétés comme tisserin et origan peuvent parfaitement convenir, précise encore Michel Butscha. « Selon la zone où vous vous trouvez, vous aurez deux choix de programme, en fonction de la pression des maladies. En clair, la protection dont vous avez besoin dépend de votre zone géographique et des variétés choisies (protection renforcée ou protection normale). »












