Suite à un épisode de mortalité survenu en été 2014 dans les ateliers d’engraissement spécialisés, Marc Peterschmitt, vétérinaire à Comptoir Élevage, a mené une étude sur les problèmes de calculs urinaires des bovins à l’engraissement.
En été 2014, plusieurs cas de mortalité sont survenus dans des ateliers d’engraissement de bovins alsaciens, suite à des problèmes de calculs urinaires (urolithiase). « Un cas sur 1 000, ce n’est pas grand-chose, mais ce qui était inquiétant, c’était la gravité des lésions observées à l’abattoir », explique Marc Peterschmitt, vétérinaire à Comptoir Élevage (anciennement Copvial). Pour comprendre ce phénomène, une étude a été menée d’août 2014 à janvier 2016. Le vétérinaire a rendu compte des résultats lors d’une réunion technique organisée le 20 janvier au CFPPA d’Obernai, en présence de 70 engraisseurs spécialisés d’Alsace et de Lorraine.
Les mâles d’abord
L’étude a d’abord montré une prédisposition sexuelle aux urolithiases : « Les mâles sont beaucoup plus concernés que les femelles. » Et parmi les mâles, les jeunes bovins sont nettement plus affectés. Encore faut-il distinguer les différentes races d’animaux : les jeunes bovins de race à viande le sont plus que les jeunes bovins mixtes, ceux-ci étant eux-mêmes plus concernés que les jeunes bovins de race laitière. « Le charolais est n° 1 sur le podium », précise encore Marc Peterschmitt.
La prévalence lésionnelle sur les jeunes bovins charolais est la suivante : un sur deux est atteint de cystite, trois sur quatre présentent du sable dans les urines, un sur deux des calculs urinaires et enfin un sur dix présente des lésions de cystite très sévères. Les cas de subocclusion (énormément de calculs et de sable dans la vessie) suivent la prédisposition raciale, mais Marc Peterschmitt constate que même dans ces situations, le jeune bovin « semble bien vivre avec ses calculs ».
Le vétérinaire s’est également posé la question d’une prédisposition géographique aux urolithiases. Il a constaté que les animaux engraissés dans le Bas-Rhin présentaient plus de cystite que ceux engraissés en Moselle, en Meurthe-et-Moselle et dans la Meuse. « Le phénomène s’aggrave en allant vers l’Est », indique Marc Peterschmitt qui constate en parallèle que « les urines sont de plus en plus basiques en allant vers l’Est ». En Alsace même, la fréquence des lésions est plus importante dans le Ried. Ce que le vétérinaire explique en partie par la dureté de l’eau.
Marc Peterschmitt avance également un effet saison : les animaux abattus entre avril et septembre présentent plus de lésions que ceux abattus en période hivernale. Le stress hydrique en serait la cause : « Les besoins en eau des animaux sont supérieurs en été, mais ils ne s’abreuvent pas forcément suffisamment à cette période. Ceux qui sont abattus en hiver ont potentiellement la capacité de dissoudre leurs calculs. »
Le vétérinaire a aussi comparé les jeunes bovins engraissés dans les ateliers spécialisés et ceux engraissés dans les élevages naisseurs d’origine. Il en ressort que les jeunes bovins engraissés dans les ateliers spécialisés sont « significativement plus atteints que les autres ». Or, une grosse proportion des engraisseurs spécialisés sont dans le Ried et distribuent des rations avec des pulpes de betteraves et du maïs.
Abreuvement : pas seulement une question de débit
S’agissant de l’abreuvement, le vétérinaire estime que les abreuvoirs à niveau constant sont « inadaptés pour les jeunes bovins en finition ». On leur préférera les abreuvoirs à palette. Les éleveurs qui ont eu des problèmes d’urolithiase en 2014, notamment ceux qui ont eu des cas mortels, avaient des débits d’abreuvement largement inférieurs à la moyenne des élevages audités. Mais le débit n’est pas le seul paramètre à contrôler : « Le nettoyage et la surveillance des abreuvoirs doivent être quotidiens », insiste Marc Peterschmitt. Il faut aussi veiller à ce que la compétition autour de l’abreuvoir ne soit pas trop forte car « un animal qui ne boit pas, ne mange pas et ne croît pas ». Pour cela, il faut prévoir un abreuvoir pour dix animaux, avec un débit minimum de 10 litres/minute. L’accessibilité des abreuvoirs est un autre point de vigilance. Les besoins d’un bovin en finition sont en effet de l’ordre de 40 litres d’eau/jour.
S’agissant de l’alimentation, Marc Peterschmitt constate que « plus il y a de pulpes dans la ration, plus les lésions d’urolithiase sont fréquentes ». En revanche, il ne semble y avoir aucune corrélation entre le taux de matière sèche des pulpes et la gravité des lésions. La part de maïs dans la ration étant, en tout cas dans les élevages alsaciens, inversement proportionnelle à celle des pulpes, une ration riche en maïs se traduit par moins de lésions. Pour ce qui est de l’ensilage d’herbe et de luzerne, le vétérinaire juge que les plantes fourragères basses semblent poser plus de problème en raison de leur contamination par la terre. Enfin, « plus la ration est énergétique, plus le GMQ est élevé, plus le risque de lésions sévères est important ». Pour autant, il ne semble pas y avoir de lien entre le type de correcteur énergétique et le niveau de lésions.
L’alimentation joue un rôle
Pour compléter son analyse, Marc Peterschmitt a étudié la prévalence lésionnelle de l’atelier d’engraissement du lycée agricole d’Obernai. Il s’agissait d’effacer l’effet race et l’effet élevage et de se concentrer sur l’incidence de l’alimentation. Le lycée agricole d’Obernai distribue deux types de ration : une ration mélangée avec 51 % de pulpes de betteraves et une ration maïs. Tous les animaux sont soumis aux mêmes conditions d’abreuvement : de l’eau du réseau avec un abreuvoir pour 17 animaux. La ration mélangée est un facteur de risque plus important, indique Marc Peterschmitt. En étudiant les résultats des pesées, il apparaît que les animaux ayant les lésions les plus marquées grandissent mieux au départ, mais que leur GMQ chute après 14 mois. Les croissances cumulées, quant à elles, « sont dans un mouchoir de poche ».
Pour finir, Marc Peterschmitt évoque quelques leviers d’action pour réduire l’impact des urolithiases dans les élevages. La maîtrise des struvites en fait partie, de même que celle de l’abreuvement. Il importe aussi de limiter les contaminations en terre des matières premières et d’être vigilant quant à l’âge d’abattage des animaux.