Grandes cultures

Coopérative Agricole de Céréales

Pour des cultures durables ET rentables

Publié le 05/07/2018

Le 13 juin, la Coopérative Agricole de Céréales a organisé une visite d’essais de culture d’automne à Chavannes-sur-l’Étang. L’occasion de découvrir les derniers travaux effectués par la coopérative en matière de variétés et de fertilisation. Un travail de fond motivé par un double objectif essentiel : assurer des revenus pérennes aux agriculteurs tout en minimisant l’impact des pratiques sur l’environnement.

Rentabilité et durabilité. Deux mots qui résument assez bien la politique de développement que la Coopérative Agricole de Céréales (CAC) s’est fixée pour les prochaines années. Comme les autres entreprises de la filière, elle doit aujourd’hui répondre à une double équation : minimiser l’impact environnemental des pratiques agricoles tout en assurant un revenu pérenne et rémunérateur aux exploitants. « On a des solutions qui existent. Mais c’est à nous de les faire connaître et reconnaître », estime le président de la CAC, Jean-Michel Habig. C’est dans cet état d’esprit que le groupe coopératif a organisé, le 13 juin dernier à Chavannes-sur-l’Étang, une visite d’essais réalisés sur des cultures d’automne. Un rendez-vous articulé autour de plusieurs ateliers thématiques. Le « meilleur potentiel » sans prendre de risque Le premier, sur les variétés, a mis en relief une problématique nouvelle pour les producteurs d’orge : l’interdiction du Gaucho à compter des prochains semis. Pour lutter contre la Jaunisse Naissante de l’Orge (JNO) véhiculée par le puceron, il va falloir utiliser des insecticides foliaires. Au regard des essais effectués par la CAC, les résultats ne sont, pour le moment, pas très concluants. « Avant, on avait des semences enrobées avec le Gaucho. On ne s’occupait pas vraiment des pucerons. Maintenant, toute la stratégie va être à refaire », explique Joris Cuny, technicien du service Expérimentation et Marketing de la CAC. Un « grand bouleversement » s’annonce donc pour l’automne prochain. « Il faudra surveiller davantage les parcelles et appliquer un ou plusieurs traitements insecticides », prévient Joris Cuny. Une autre solution pour prévenir ce risque de JNO serait d’opter pour une variété résistante au virus. Sauf que les premières variétés qui sortent ne sont résistantes qu’à un type de virus. « Et si le virus mute, retour à la case départ. » Alors oui, l’orge est loin d’être la culture la plus représentée en Alsace. Mais comme le souligne si justement Joris Cuny, une JNO peut faire baisser le rendement de moitié. Le plus gros des essais effectué par la CAC autour des cultures d’hiver concerne bien évidemment le blé. Dans toutes les variétés disponibles sur le marché, il faut réussir à extraire celles qui présentent le meilleur potentiel pour le climat et les sols alsaciens. Pour leurs essais, les techniciens de la Coopérative Agricole de Céréales se basent sur trois critères. En premier, la note fusariose. « On commence à s’y intéresser à partir de 5, 5,5 sur 10. Les meilleures étant notées à 6 actuellement », détaille Joris Cuny. L’indice de précocité est le deuxième critère de sélection. « On veut des blés qui commencent tard au printemps mais qui terminent très vite à cause des problèmes d’échaudage. » Puis vient en troisième la note septoriose qui doit au moins être de 5 ou 5,5 sur 10, sachant que les meilleures variétés sont notées 8 à l’heure actuelle. Mais si une variété présente tous les bons paramètres une année N pour être testée, ce n’est pas forcément le cas l’année suivante. « Ces notes évoluent au fil du temps. Plus une variété est utilisée, plus la septoriose sera en mesure d’être présente, et donc de s’adapter. » Le blé étant destiné à la meunerie, les techniciens de la CAC doivent accorder la plus grande attention au choix des variétés qui seront soumises aux essais. « Pour chacun d’entre eux, nous testons les mycotoxines ainsi que le taux de protéines. Nous étudions également beaucoup le milieu afin d’adapter la variété à la météo et au contexte », poursuit le technicien de la CAC. Comme l’indique Jean-Michel Habig, il faut arriver « au meilleur potentiel » sans prendre de risque pour l’adhérent. « C’est grâce à ces essais qu’on y arrive. » Rien ne sert de surfertiliser Une fois les variétés choisies, il faut tester les différentes manières d’en obtenir les meilleurs résultats avec une fertilisation maîtrisée et efficace. La fameuse « bonne dose, au bon endroit et au bon moment » prônée par le président de la CAC, celle qui permettra de diminuer l’impact environnemental tout en assurant à l’agriculteur des rendements et une qualité élevés. Mais avant de parler de modulation et de pilotage de la dose d’azote par drone, il faut déjà mesurer la courbe de réponse à la dose d’azote pour chaque variété et dans des conditions de sol homogènes afin de pouvoir identifier tel ou tel facteur et son influence. Sur cette parcelle de Chavannes-sur-l’Étang, une quarantaine de modalités ont été testées. La référence, c’est le témoin zéro avec la dose d’azote calculée (trois apports d’ammonitrate). « Avec cette dose N, on a l’optimal en termes de peuplement et d’aspect de la végétation, d’un point de visuel du moins. Après, c’est le comptage et l’analyse de la qualité qui déterminent les choix », explique Christian Jenn, responsable Innovation, Marketing et Solutions Adhérents (IMSA) à la CAC. À ce niveau, ce dernier constate des écarts entre ce qui est obtenu suite à des essais et le blé collecté. « En essai, avec la dose N, on obtient un taux de protéines de 12,7 %. En collecte, on n’est pas à ce niveau-là. Avec des années difficiles, on a tendance à surfertiliser au premier apport. L’objectif c’est de dire qu’on va compenser avec plus de végétation et plus de tallage. Le problème c’est qu’après on a plus assez d’azote pour terminer le cycle alors que le calcul de la dose est bon. Nous, en essai, on garde toujours une cinquantaine d’unités d’azote pour le troisième apport », développe Christian Jenn. Car au vu des essais menés par la CAC, rien ne sert de mettre plus d’azote que la dose N. En revanche, l’ajout de soufre au premier apport fait gagner en moyenne trois quintaux. « Nos quatorze essais vont tous dans le même sens. » Les essais effectués par la CAC en matière de fertilisation azotée permettent de dresser un autre constat : dans le cas d’un premier apport en ammonitrate suivi de deux apports avec de l’urée, on observe une perte de rendement de 2,6 q et une augmentation de protéines de 0,7. Avec deux apports d’ammonitrate et un dernier apport d’Utec, le bilan est plus positif avec un gain de 2,4 q et 0,2 de protéines. La même référence en sous-fertilisation à N-30 donne un gain de 4,7 q et de 0,2 en protéines. Si ces chiffres semblent bons, la courbe des produits nets de fertilisation montre néanmoins que le plus gros gain financier s’établit à la dose N. Atteindre « l’optimum » grâce au drone Maintenant qu’on y voit un peu plus clair sur le type de variétés ou la nature d’azote à utiliser, il est temps d’aller un peu plus dans le détail de chaque parcelle. Contrairement à ces essais menés volontairement dans des conditions homogènes, les sols habituellement pratiqués par les céréaliers haut-rhinois se caractérisent par une grande hétérogénéité. C’est là que la modulation de la dose d’azote par drone démontre tout son intérêt. Et rien ne vaut une démonstration réelle pour en appréhender le fonctionnement. Contrairement aux drones équipés de petites hélices que l’on retrouve un peu partout aujourd’hui, celui utilisé par la CAC se présente sous la forme d’une aile fixe avec un rotor à l’arrière. « On a la légèreté et la rapidité en même temps », souligne Nicolas Kress, responsable Terrain et télépilote du drone à la coopérative. L’engin peut voler jusqu’à 150 mètres d’altitude maximum. Il dispose d’une autonomie de quarante minutes environ, ce qui lui permet de faire 70 à 75 hectares en une seule fois. À chaque passage, il fait quatre photos (verte, rouge, infrarouge et proche infrarouge) sous plusieurs angles du même morceau de parcelle. Le tout est ensuite combiné dans une synthèse qui sert de base à la préconisation. Deux cartes peuvent être émises, une simplifiée et une détaillée. Tout dépend de l’offre à laquelle l’agriculteur aura souscrit. Les cartes peuvent être ensuite chargées dans le smartphone ou la console du tracteur si le tracteur est équipé en géolocalisation. Sur les quarante exploitations qui utilisent actuellement ce service au sein de la CAC, seules trois sont équipées en modulation automatique. « D’autres agriculteurs sont sûrement équipés mais ne le savent pas. Notre travail est de nous mettre en relation avec les concessionnaires et les constructeurs pour avancer là-dessus », indique Emmanuelle Gaering, chargée de projet solutions adhérents à la CAC. Cette modulation de dose par drone se scinde en deux vols : au stade « épi 1 cm » et au stade « 2-3 nœuds ». L’analyse faite par l’engin est complétée par des appels aux différents agriculteurs pour savoir si de la pluie était tombée au moment du deuxième apport. « Comme ça, on peut savoir si l’engrais a été assimilé par la plante. On peut ainsi estimer les unités encore disponibles dans le champ. Dans cet exemple, on va aller de 35 à 59 unités d’azote dans la même parcelle. La modulation vaut clairement le coup dans le cas présent. En ajustant ainsi, on pourra économiser l’engrais et atteindre les rendements et taux de protéines espérés », ajoute Emmanuelle Gaering.

3e édition d’Agriculture de demain

« Se projeter vers l’avenir »

Publié le 09/06/2018

La troisième édition d’Agriculture de demain a été inaugurée en grande pompe le 30 mai dernier au lycée agricole d’Obernai. Élus et responsables professionnels ont salué unanimement une manifestation qui se veut un « tremplin » pour l’avenir de la profession agricole.

« Nous devons aller dans le sens du raisonné, de l’acceptable, pour laisser des perspectives heureuses aux prochaines générations. » Premier à prendre la parole lors de l’inauguration du salon Agriculture de demain, le maire d’Obernai, Bernard Fischer, donne le ton. Pour lui, cette manifestation créée en 2014 est là pour apporter des réponses à des enjeux « planétaires » comme la qualité des sols. Une problématique que la profession agricole a prise à bras-le-corps ces dernières années et qui dispose encore de grandes marges de manœuvre. Pour le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Laurent Wendlinger, la situation est simple : l’agriculture se trouve aujourd’hui à un tournant de son existence. « Les capteurs, la robotique vont révolutionner notre méthodologie. L’évolution technologique qui frappe à nos portes va nous permettre de pratiquer une agriculture plus efficiente, plus respectueuse de l’environnement et aussi plus efficace pour nos agriculteurs. C’est une évolution qui va répondre aux attentes sociétales. » C’est aussi une évolution qui n’a pas d’étiquette accrochée à son dos. À ce salon, on ne parle pas d’agriculture biologique contre un modèle plus conventionnel. Les solutions présentées se veulent transversales. Un élément essentiel aux yeux de Maurice Meyer, président d’Alsace Bio : « Nous sommes ici pour voir ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous différencie. C’est comme ça que notre agriculture pourra évoluer. » À condition de sensibiliser les jeunes générations le plus tôt possible. C’est pour cette raison que la manifestation est organisée depuis ses débuts dans l’enceinte et à proximité des lycées agricoles (Rouffach en 2014 et 2016, Obernai cette année). « Pour nos élèves, c’est une manière d’apprendre autrement. On montre, de manière concrète, ce qui est de l’ordre du réalisable et de l’ordre du non réalisable », souligne le président du lycée agricole d’Obernai, Franck Sander. Reste à profiter de la dynamique existante autour de cette manifestation pour faire des émules dans toute la région. C’est en tout cas l’attente glissée par le président de la Chambre d'agriculture de région Grand Est, Jean-Luc Pelletier. « Ce salon permet à tous les agriculteurs de s’améliorer. Je souhaite qu’il prenne de l’ampleur à l’échelle de notre grande région qui devra résoudre deux défis majeurs : améliorer les revenus de nos agriculteurs tout en répondant aux attentes des consommateurs. » Le député de la sixième circonscription du Bas-Rhin considère pour sa part que ce salon permet à toute la profession de se projeter dans l’avenir. « Il n’y a pas de secteur qui changera plus que l’agriculture. Il y aura des réflexions différentes avec des manières de produire différentes. Mais l’objectif restera le même : nourrir vos concitoyens et continuer à enrichir l’économie. Et nous avons un défi ici, en Alsace, c’est de trouver les voies du développement tout en consommant moins d’espace. Cette réflexion démarre ici. »

Publié le 09/06/2018

La troisième édition du salon Agriculture de demain a refermé ses portes sur un bilan qualitatif unanimement reconnu, mais quantitativement plus mitigé. La manifestation a en effet accueilli à peine plus de 1 000 professionnels aguerris ou en devenir, étudiants ou personnes en reconversion. Et ce, malgré un programme de conférences et d’ateliers de haut vol, un pôle diversifié d’une cinquantaine d’exposants et une météorologie très favorable.

Le thème de cette troisième édition sur la fertilisation était porteur, explique Maurice Meyer, directeur d’Alsace Bio, société partenaire et co-organisatrice de la manifestation. Tous les partenaires ont porté l’événement de façon active, en diffusant très largement les invitations dans leurs réseaux et cela, à l’échelle du Grand Est. On aurait donc pu s’attendre à une fréquentation bien supérieure à celle de 2016. Ce désintérêt montre à l’évidence le malaise croissant d’un secteur en souffrance… Sur les quelque 1 000 professionnels qui ont fait le déplacement sur la manifestation, beaucoup venaient des différents départements de la Région Grand Est (Moselle, Haute-Marne, Vosges), quelques-uns d’Allemagne et de Suisse… d’autres arrivant même de Chine. En effet, une délégation de cinq représentants de l’Université d’agriculture de Pékin était présente les deux jours, d’une part pour y présenter une conférence passionnante sur le développement de l’agriculture biologique en Chine (lire ci-dessous) ; d’autre part pour participer aux différents ateliers démonstrations proposés, qu’ils ont suivis avec attention et intérêt. Un nombre important d’élèves et étudiants étaient également au rendez-vous. Organisé cette année pour la première fois à l’échelle de la Région Grand Est, Agriculture de demain est un rendez-vous professionnel bisannuel, porté par les Chambres d’agriculture Alsace et Grand Est, Arvalis-Institut du végétal, l’Organisation professionnelle de l’agriculture en Alsace (Opaba) et Alsace Bio. « Nous restons convaincus que ce type de manifestation très pointue tant dans le choix des thèmes que dans la qualité de ses intervenants est important pour les professionnels du secteur. Reste à savoir comment l’adapter au mieux pour les motiver à venir plus nombreux. C’est notre prochain défi… nous avons deux ans pour y réfléchir », conclut Maurice Meyer.

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