Grandes cultures

Publié le 07/06/2018

Dans cet épisode climatique orageux long et précoce, le Haut-Rhin a subi deux épisodes particulièrement violents avec de la grêle et des vents violents.

Entre Muntzenheim et Wickerschwihr Le 31 mai dans le secteur de Muntzenheim-Wickerschwihr. Les conséquences sont lourdes aux champs avec des cultures ravagées. Entre Altkirch et Burnhaupt le Bas Les fortes précipitations dans le secteur de Burnhaupt-Altkirch ont été particulièrement intenses avec jusqu’à 105 mm d’eau relevés à Gildwiller et 100 mm à Bretten tombés en 1 h 30. Les agriculteurs dans ce secteur ont des plans d’actions de prévention : remise en herbe de certaines parcelles cultivées, coordination entre agriculteurs pour des cultures d’hiver et de printemps en alternance, non-labour. Ces mesures ont très certainement permis d’éviter le pire mais au-delà de 40 mm les inondations et la boue sont inéluctables.  

Publié le 05/06/2018

La culture du colza associé est l’une des applications des utilisations des plantes compagnes qui commence à être bien maîtrisée par certains agriculteurs. Gilles Sauzet, ingénieur à Terres Inovia, était invité à la rencontre annuelle du réseau Base Alsace pour dresser l’état des lieux des acquis sur cette technique et évoquer quelques pistes pour aller plus loin.

« Avant de savoir faire du colza associé, il faut savoir faire du colza », prévient Gilles Sauzet, ingénieur à Terres Inovia. Cette technique a été développée par des agriculteurs du centre de la France - où la culture du colza est essentielle dans les rotations - et qui ont voulu faire évoluer leurs pratiques vers une agriculture plus durable car ils étaient de plus en plus confrontés à des impasses techniques. L’idée de base, c’est d’associer le colza à des légumineuses, dont on espère une destruction hivernale par le gel. Les bénéfices attendus sont l’introduction d’azote symbiotique, l’augmentation de la densité racinaire, la compétition avec les adventices, la perturbation des ravageurs, la limitation de l’hydromorphie. Mais la technique comporte des risques. Le plus important étant la compétition qui va s’installer entre la légumineuse et le colza pour les éléments naturels. Compétition qui doit rester modérée afin de ne pas pénaliser le rendement du colza. L’autre difficulté, c’est de maintenir un couvert en place sur une longue durée, sans qu’une espèce ne prenne le dessus sur l’autre, et en arrivant à maîtriser sa vigueur, en culture comme en interculture. Une question d’équilibre Réussir un colza associé, c’est donc une question d’équilibre. Et de respect de la physiologie de la culture et de sa plante compagne. « De la levée au stade B4, le colza doit absolument dominer sur la parcelle, car il n’est pas encore en phase de croissance active », illustre Gilles Sauzet. Pour choisir la légumineuse à lui associer, il est préférable de retenir une espèce qui pourra fleurir avant l’hiver, car elle sera alors plus sensible au gel et à la diminution de la durée du jour, ce qui facilitera sa destruction. Le colza et sa plante compagne gagnent aussi à avoir des enracinements différents. « Il faut associer des espèces complémentaires », résume Gilles Sauzet. Qui déconseille l’usage du pois, de la lentille et de la gesse, sensibles au champignon pathogène tellurique Aphanomyces. Le semis doit être précoce, d’autant plus que le sol est superficiel, avec des variétés non élongantes, et à une densité relativement réduite, poursuit l’expert. Deux méthodes de semis sont envisageables : en un passage avec deux trémies ou en deux passages. L’implantation, une étape essentielle Le retour du colza sur les parcelles a tendance à sélectionner des adventices, notamment le géranium. Le semis direct a donc été testé car, sans flux de terre, il peut permettre d’en limiter la levée. La comparaison de modalités en semis direct non désherbé, en travail du sol désherbé et en travail du sol non désherbé montre que le semis direct tient la route en termes de rendement. Et que le colza supporte une certaine pression en géraniums si sa vigueur est suffisante. « Dès qu’on atteint 1,5 kg de biomasse, colza + couvert, par mètre carré au 1er décembre, on constate une nette diminution du taux de couverture des adventices », précise Gilles Sauzet. Autre enseignement, l’association semble surtout limiter les levées d’adventices à levée tardive (type gaillet), et avoir moins d’effet sur les adventices à levée précoce (type géranium). La biomasse perturbe les ravageurs L’association d’un colza et d’une légumineuse constitue également une réponse agronomique à la problématique des insectes d’automne, grosses altises et charançon du bourgeon terminal, qui développent des résistances totales aux insecticides. Une plante attaquée à l’automne se traduit au printemps par un port buissonnant, car la présence de larves dans la tige principale induit des ramifications qui partent au ras du sol. Or, le taux de plantes buissonnantes diminue quand la biomasse fraîche augmente. « On retrouve le seuil de 1,5 kg de biomasse, colza + couvert, par mètre carré au 1er décembre, qui est plus facile à atteindre en colza associé que seul. » De l’azote pour tous Un des objectifs recherchés dans l’association d’un colza et d’une légumineuse est l’introduction d’azote symbiotique par cette dernière. « Mais tant que la légumineuse n’est pas détruite, il n’y a pas de restitution. Et il n’est pas sûr que l’azote de la légumineuse profite au colza », note Gilles Sauzet. Reste qu'« à l’automne nous n’avons jamais observé de carence azotée sur colza associé, contrairement au colza seul ». Un phénomène qui s’explique par la différence de prospection racinaire des deux espèces : « La réalisation d’un profil permet de constater que le système racinaire du colza est constitué d’un pivot qui n’émet de racines secondaires que s’il rencontre un obstacle. Ces dernières sont donc peu présentes sur les 10-12 premiers centimètres. C’est exactement l’inverse de la féverole, dont le système racinaire colonise préférentiellement les 10 premiers centimètres du sol. » Ces deux systèmes racinaires qui se complètent conduisent à une meilleure prospection de sol, améliorant aussi son aération et la minéralisation. Ce phénomène se vérifie dans les mesures de la teneur en azote des plantes, qui est plus élevée pour un colza associé que pour un colza seul. La destruction de la légumineuse représente un apport de quelque 15 unités d’azote au colza au printemps. Et, si on apporte de l’azote minéral marqué au colza, on constate que le colza associé présente un meilleur Coefficient apparent d’utilisation (CAU) que le colza seul. Un phénomène qui s’explique par le meilleur enracinement du colza associé, qui lui confère une meilleure capacité d’absorption de l’azote provenant de l’engrais. À noter que la quantité d’azote redistribuée par la légumineuse dépend de la quantité de matériel végétal qui entre en contact avec le sol : « La féverole et la lentille présentent des rapports C/N équivalents et devraient donc présenter des redistributions équivalentes. Or celle de la féverole est moins importante que celle de la lentille. » Un phénomène qui s’explique par le fait que la féverole perd ses feuilles mais sa tige reste dressée, alors que la lentille entre entièrement en contact avec le sol. De l’association à la couverture Une fois la culture du colza associé maîtrisée, l’étape suivante pourrait être le semis direct sur couverture végétale permanente (SCV). D’emblée, Gilles Sauzet prévient : « En tant que tête d’assolement, le colza reçoit la couverture en premier, d’où un risque important de concurrence si le couvert est trop vigoureux. C’est possible, mais ce n’est pas simple. Et il est préférable de partir de parcelles propres. » Il préconise donc de choisir des variétés d’espèces de couverture à croissance lente, qui couvrent l’interculture sans concurrencer le colza. Différents types de couverts sont envisageables, comme une céréale (avoine, orge, blé précoce) associée à du pois, la première servant de tuteur au second. Une option cependant inenvisageable en cas d’infestation de la parcelle par du ray-grass ou du vulpin, car une application d’anti-graminées détruirait aussi le couvert. De nombreuses pistes restent à explorer. Car cette technique laisse présager d’une réduction des charges de production, d’un gain de produit brut et d’un bilan qui serait aussi positif quant aux émissions de gaz à effet de serre et au stockage de carbone.

Cultures associées de légumineuses à graines

À deux, on est plus fort

Publié le 05/06/2018

Les cultures associées de légumineuses à graines visent à proposer une alternative au soja importé pour l’alimentation animale en cultivant des légumineuses à graines indigènes associées à des céréales pour éviter la verse, la fertilisation azotée, et sécuriser le rendement. Maurice Clerc, ingénieur au FiBL, était invité à la rencontre annuelle du réseau Base Alsace pour partager l’expérience suisse en la matière.

La culture associée de légumineuse à graine est une technique culturale ancestrale, un temps reléguée au rang de pratique archaïque mais que certains agriculteurs redécouvrent. L’objectif est de proposer une alternative au soja fourrager, en cultivant par exemple du pois protéagineux ou de la féverole. Or en cultures pures, ces plantes ont tendance à verser avant la récolte et peuvent souffrir de la concurrence avec les adventices. D’où l’idée d’associer une légumineuse et une céréale, pour « obtenir un maximum de protéagineux dans le grain récolté, sans fertilisation azotée, sans verse, ni casse, avec peu de travail », indique Maurice Clerc, ingénieur au FiBL. 80 % de légumineuse/40 % de céréales Lors du semis, associer 80 % de légumineuse à 40 % de céréales en pourcentage de densité de semis en culture pure semble être un équilibre qui fonctionne dans la majorité des situations. Le semis s’effectue au semoir à céréales, en trouvant un compromis entre la date de semis et la profondeur de semis de chaque espèce. La culture gagne à recevoir du compost, et un passage de herse étrille si la météo le permet. La récolte doit être effectuée quand la légumineuse à graine est mûre. La moissonneuse-batteuse usuelle, équipée d’un tamis spécial, doit être réglée en fonction de la légumineuse pour ne pas casser les grains, quitte à avoir un peu de céréale non triée qui passe. « En général, l’association permet d’obtenir un rendement plus élevé qu’en culture pure », souligne Maurice Clerc. Qui évoque des optimisations possibles, par exemple grâce à des semoirs capables de semer chaque espèce à sa profondeur optimale. « Le principal problème, ce sont les variétés. Comme le soja a pris le dessus en alimentation animale, les sélectionneurs se sont désintéressés des autres légumineuses. Aujourd’hui, la sélection redémarre, mais il va falloir attendre dix ans pour avoir des variétés adaptées. » Avec du pois, de la féverole, du lupin Néanmoins, Maurice Clerc évoque plusieurs associations possibles. Avec le pois protéagineux d’abord, intéressant de par sa tolérance au froid et à l’humidité. Le pois protéagineux peut être associé à de l’orge d’automne. « S’il est peu vigoureux, il faut privilégier l’orge à deux rangs. Mais s’il est vigoureux, mieux vaut miser sur de l’orge à six rangs, plus haute et vigoureuse. Car l’effet tuteur de l’orge doit être suffisant pour éviter la verse, et une espèce ne doit pas étouffer l’autre. Il est aussi important que l’association laisse derrière elle un champ propre, pour ne pas avoir à multiplier les déchaumages après moisson et pouvoir semer rapidement un couvert végétal. » Autre association qui a été testée : pois fourrager - triticale, pour profiter de la résistance au froid du premier. « Mais les essais n’ont pas donné de résultat concluant. Le pois fourrager ne s’avère pas maîtrisable : soit il étouffe le triticale, soit il ne lève pas… C’est trop aléatoire. » L’association de la féverole et de l’avoine d’automne est intéressante : « L’avoine a un effet raccourcisseur sur la féverole, or peu de variétés de féverole sont résistantes à la verse. » Pour synchroniser la maturité des deux espèces, Maurice Clerc conseille de jouer sur la variété d’avoine car « il y a plus de choix qu’en féverole ». Et il précise : « Semer de l’avoine d’automne au printemps ne pose pas de problème. Elle fera moins de rendement que si elle avait été semée à l’automne, mais est aussi moins concurrentielle que l’avoine de printemps pour la féverole. » Les associations à base de lupin peuvent également être envisagées. « Le lupin peut être toasté et affiche une valeur alimentaire très proche de celle du soja. » Comme il n’existe pas de variété de lupin blanc résistant à l’anthracnose, les essais ont été menés avec du lupin bleu, moins productif. « Les associations lupin bleu et avoine ou triticale sont les deux qui ont le mieux fonctionné. » L’association avec du blé pêche par un effet insuffisant sur les adventices. Avec l’avoine rude, « l’effet propreté est bon, mais l’avoine était trop tardive ». Avec du soja Enfin, la légumineuse peut aussi être du soja. « Nous avons testé 25 plantes compagnes allant de l’avoine, à la caméline, au triticale, à la chicorée néozélandaise, une espèce très couvrante, trop même, puisqu’elle a aussi étouffé le soja, en passant par des mélanges de ces espèces. » Plusieurs enseignements peuvent en être tirés. Associer deux légumineuses n’a pas d’intérêt. La concurrence pour l’eau en année sèche constitue un frein. En outre, « la nécessité d’effectuer un sarclage de l’interligne et de la plante compagne sur la ligne et à proximité est rapidement apparue ». Mais même cette précaution prise, en année sèche, « le rendement décroche en association, et ceci d’autant plus que la culture associée est semée dense ». Depuis les premiers essais, la technique de semis a été améliorée, avec un semoir combiné qui permet de semer les deux espèces en même temps. En 2016, après des conditions de semis très difficiles, l’association soja-sarrasin a donné de bons résultats en termes de propreté. Puis, en 2017, le soja a levé dans des conditions très poussantes et a étouffé toutes les associations, sauf le sarrasin. Maurice Clerc analyse : « La densité de semis a été trop diminuée. L’optimum dépend de l’année, ce qui ne peut pas être anticipé. » La technique n’est donc pas encore au point, mais les travaux se poursuivent : irrigation, utilisation d’espèce compagne tapissante comme le gazon, amélioration variétale, apports de compost pour réduire le phénomène de fatigue des légumineuses. « Il y a encore beaucoup de choses à faire pour occuper tous les créneaux possibles, car il y a aussi des variétés alimentaires de pois, de lupin, de féverole, etc. », avance Maurice Clerc.

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