Stratégie
En transition vers plus d’agronomie
Stratégie
Publié le 26/04/2018
À Gambsheim, François Jung s’escrime à inscrire son exploitation dans les contraintes environnementales et sociétales en travaillant de plus en plus ses choix agronomiques.
Soixante-huit hectares en 1984, quatre-vingt-neuf aujourd’hui. Entre ses débuts et aujourd’hui François Jung n’exploite en tout et pour tout que vingt-et-un hectares de plus. « La commune compte cinq agriculteurs à temps plein et plusieurs double-actifs. Les deux gravières situées sur le ban consomment chacune un hectare par an » explique-t-il. L’impossibilité d’accéder à du foncier supplémentaire a logiquement influencé ses choix. À commencer par le matériel. Depuis dix ans, François possède une moissonneuse-batteuse en copropriété avec trois collègues. « Avant, chacun avait la sienne. L’actuelle a été renouvelée il y a cinq ans. Elle récolte 320 ha. Les chantiers sont communs. Les coûts sont calculés à l’hectare. Pour la main-d’œuvre, nous considérons que la part de travail de chacun est équivalente ». La copropriété est encore de règle pour un vibroculteur, un combiné de semis de 4 m, une herse. « On ne peut plus acheter du matériel performant individuellement » remarque François qui regrette cependant que dans une autre époque son cousin et lui aient investi chacun séparément dans un séchoir à maïs. François appuie également sur d’autres leviers. En 2010, il infléchit son assolement pour laisser une plus grande place au blé. « Je peux semer un engrais vert à dominante de trèfle et de phacélie pour une dizaine d’espèces au total. Je le conserve aussi longtemps que possible. Cette année, je l’ai broyé en février. Je passe ensuite les disques ou le déchaumeur avant de semer maïs ou betterave. Ce choix est très positif. C’est devenu ma tête de rotation. Depuis que le gel hivernal s’est fait plus rare, mes sols se travaillaient de plus en plus difficilement. En huit ans, j’ai obtenu une structure de sol plus soufflée. La vie microbienne a repris » constate François. La prochaine étape pourrait être le semis direct, à tout le moins une technique simplifiée. « Je suis en phase de transition. Je ne laboure plus depuis cinq ans. À la place j’utilise une charrue déchaumeuse qui se contente de travailler à 15 cm. Mes terres sont plus homogènes ». Prudence avec le marché à terme L’objectif de François est d’insister sur l’agronomie afin de diminuer sa fumure de fond dans l’immédiat et l’engrais azoté à terme. Actuellement il mise à l’hectare sur 70 P, 80 K et 200 pour 130 q de maïs grain, 60 P, 60 K et 170 N pour 90 q de blé, 120 P, 240 K et 150 N pour 90 t de betteraves. Il espère pouvoir réduire ces doses d’ici cinq ans. « Quand je me suis installé, l’engrais devait servir à alimenter la plante. Aujourd’hui il doit me permettre de nourrir mon sol » commente François. Quand il traite, il baisse automatiquement sa dose d’un tiers. Il faut dire qu’il met à profit les enseignements qu’il a tirés d’un stage bas volume auquel il a participé en 2007. Aujourd’hui, il passe trois herbicides sur maïs et quatre sur betteraves. Il bine si les conditions de l’année l’autorisent. Il utilise deux fongicides sur blé, trois sur betteraves notamment pour contenir la cercosporiose. « Le bio m’interpelle. Il me faudrait quatre à cinq ans de transition. Mais je ne suis pas économiquement prêt » poursuit François. « Ces dernières années n’ont pas été bonnes. En 2014, 2015 et 2016, j’ai juste pu payer mes charges. C’est mon épouse, qui travaille à l’extérieur, qui fait vivre ma famille. Pas moi. À l’avenir, je m’attends à ne faire aucun bénéfice une année sur deux ». François n’a aucune influence sur le prix de la betterave, mais « 25 €/t, c’est le seuil à partir duquel on peut basculer en maïs ». Il essaye de tirer son épingle du jeu dans la vente de ses céréales. Il écoule généralement ses 600 t de maïs en stock en trois fois en fonction de ses besoins en trésorerie. Il consulte quotidiennement les cours en ligne. Il a suivi une formation pour se positionner sur le marché à terme en blé, mais refuse pour l’instant de s’y engager. « Cela demande un important suivi. C’est une nouvelle activité » estime-t-il. Alors il se contente du prix payé par l’organisme stockeur auquel il livre. Dans ces conditions, il ne se voit pas investir lourdement, par exemple dans un nouvel atelier ou dans un tracteur de tête. Dans les dix ans qui le séparent de la retraite, l’objectif de François est plutôt de limiter son nombre d’heures de travail en « diminuant le nombre de passages et en ne visant pas partout le rendement maximum ». « Installer un jeune sera délicat » juge-t-il. « Le revenu n’est plus suffisant. L’orientation actuelle de la politique européenne laisse seulement à une exploitation comme la mienne le choix de devenir une très grosse structure ou de passer à la double-activité ».












