Grandes cultures

Publié le 03/10/2022

Jeudi 8 septembre, le Comptoir agricole organisait une visite de sa vitrine variétale située à Artolsheim. Une opportunité de découvrir les fruits du travail de sélection variétale réalisé par les différents semenciers. Mais aussi d’évoquer un sujet d’inquiétude : l’expansion et l’installation de la chrysomèle.

Chez KWS, Hervé Rigaud vante les qualités d’hypolito, « un inteligens en plus précoce », donc une variété rustique, avec un bon PMG et une tige solide qui autorise une fauche tardive. Il préconise de la semer à une densité comprise entre 85 000 à 95 000 grains/ha selon que la parcelle soit irrigable ou non. Lidéa, une des deux marques issues du rapprochement d’Euralis et Caussade, propose notamment INDEM668, au gabarit court, au PMG élevé, au grain denté présentant une vitesse de dessiccation élevée. L’autre marque issue de ce rapprochement, Caussade semences pro, commercialise notamment expertize, une variété qui fait de gros épis, courts, avec un bon PMG et une bonne tenue de tige. Autre variété intéressante, anakin, également valorisable en fourrage. LBS Seed a élaboré deux variétés qui sortent bien dans les essais. LBS 3759 se situe à la charnière des groupes G2 et G3, et LBS 4988 est un G4. Avec LBS 3759, c’est plutôt l’optimum économique que le rendement qui est visé, même si, avec un épi homogène et un bon PMG, son rendement est satisfaisant. LBS 4988 se caractérise par un bon gabarit, une bonne tenue de tige et un bon staygreen, le tout doublé d’une bonne programmation et d’un PMG intermédiaire. Tolérance aux stress hydrique et thermique Chez Dekalb, citons DKC5404 et sa belle vigueur au départ, DKC5182 et sa bonne programmation, DKC5016, particulièrement bien adaptée à la modulation des densités de semis intraparcellaires. DKC4728 se situe en fin de G3 avec un potentiel de G4 et une bonne vigueur au départ. Elle est adaptée aux semis précoces, et permet d’éviter que les périodes de fortes chaleurs ne correspondent aux périodes de sensibilité du maïs au stress thermique. DKC4416 est également intéressante car tolérante au stress hydrique, avec un bon potentiel, essentiellement lié au PMG. DKC4598 est le 4*4 de la série, avec un démarrage rapide, mais une dessiccation qui l’est moins. Chez Semences de France, c’est williano qui est mise en avant, pour son bon potentiel, ses gros épis, et sa bonne valeur alimentaire en fourrage. Quant à bcool, elle est à la fois souple, rustique, et tolérante au stress hydrique. Syngenta propose surtout des variétés précoces, dans les groupes G0 à G2. Parmi elles, citons SY enermax, pour la régularité de son rendement, contrairement à SB1830, qu’il s’agit de réserver aux terres à bons potentiels, tout comme SC3320. Chez Pioneer, c’est la gamme aquamax qui est mise en avant. En effet, ces variétés sont particulièrement adaptées aux étés secs qui se profilent. Elles ont été sélectionnées pour faire du rendement même en situation de stress hydrique. Dans cette gamme, P0710 se caractérise par de gros grains sur une petite rafle, ce qui assure une dessiccation rapide en fin de cycle. Citons encore P9889, la variété passe-partout, et P9960, davantage destinée aux situations irriguées.

Publié le 14/09/2022

Les maïsiculteurs irrigants ont irrigué quasiment en non-stop, durant cette campagne 2022. Débutée le 10 juin, l’irrigation a démarré quelques jours plus tôt qu’une année standard. Elle a fini le 10 août, soit dix à vingt jours plus tôt qu’à l’accoutumée. Jonathan Dahmani et Patrice Denis, conseillers irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), pensent que cette année de fortes chaleurs et de sécheresse va « marquer ».

« Puisque les variétés sont plus tardives, aujourd’hui, on peut dire qu’on est plus précoce qu’en 2003, sur l’irrigation et la maturité », estime Patrice Denis, conseiller irrigation à la CAA, basé à Obernai. 2022 sera une année « marquante », selon lui, au même titre que 2003, caniculaire et très sèche. Les agriculteurs ont débuté l’irrigation du maïs le 10 juin, cette campagne, soit quelques jours plus tôt qu’à l’accoutumée, pour finir le 10 août, dix à vingt jours plus tôt qu’une année standard. Et les irrigants n’ont quasiment pas eu de pause. À part fin juin, où des orages avaient balayé presque toute l’Alsace (40 mm relevés à Gambsheim, par exemple), les maïsiculteurs équipés et autorisés ont arrosé non-stop. Fin juin, certains avaient donc juste fermé les robinets une semaine à dix jours. « Les températures élevées à très chaudes ont fait beaucoup de mal au maïs non irrigué », constate Jonathan Dahmani, conseiller irrigation à la CAA, basé à Sainte-Croix-en-Plaine. Selon lui, il y a quatre catégories de maïsiculteurs : les irrigants bien équipés, les irrigants qui disposent de matériel d’appoint, les non-irrigants qui dépendent de la réserve en eau dans le sol (pour qui cet été a été catastrophique), et les irrigants qui ont subi des restrictions préfectorales car sur des rivières affectées par la sécheresse. « C’est très difficile pour la dernière catégorie car ils ont perdu le bénéfice de ce qu’ils avaient pu produire, grâce à l’irrigation », sait Jonathan Dahmani. Dans le Haut-Rhin, pour la première fois, des niveaux de crise ont été atteints ; dans le Bas-Rhin, en 2020, une partie de la Bruche était déjà en crise. Cette année, la Lauch et la Fecht, dans le Haut-Rhin, ont particulièrement subi la sécheresse. Dans le Bas-Rhin, la Bruche, toujours. « Les niveaux de restriction, cette année, n’avaient jamais été atteints auparavant. C’est une année très particulière », observe Patrice Denis. Des rendements hétérogènes « Les rendements passeront du simple au quintuple, selon les situations, de 20 à 160 q/ha », table Patrice Denis. Les stades sont arrivés rapidement : par exemple, la floraison, fin juin et début juillet, alors qu’elle a lieu vers le 14 juillet, d’habitude. « Et cette avance, on l’a gardée. Elle s’est même amplifiée », ajoute le conseiller irrigation. Fin juillet, l’humidité du grain flirtait avec les 70 %. « Puis, on a perdu un point par jour », note Jonathan Dahmani. Au 10 août, quand la plante avait atteint le stade nécessaire pour arriver à maturité sans eau, entre 45 et 50 % d’humidité étaient mesurés dans les grains. Sur les 150 000 ha de maïs alsacien, seuls 60 000 ha sont irrigués, soit un gros tiers. « La majeure partie du maïs n’est pas irriguée, en Alsace », pointe Patrice Denis. Et seuls 17,3 % de la SAU totale sont irrigués en Alsace, rappelle-t-il encore. Mais, puisque ce sont majoritairement des champs de maïs (89 % de toutes les cultures irriguées en Alsace, selon les chiffres de 2020), l’image du maïs gourmand en eau est répandue. Or, si le maïs est arrosé, c’est qu’il ne pleut pas assez au moment où il a besoin d’eau pour se développer… Et c’est en été. Rien de sorcier. Sur les 7 000 exploitations alsaciennes, on compte 1 500 irrigants, soit 21 % des agriculteurs. Les deux tiers sont Haut-Rhinois. 82 millions de m3 sont prélevés pour l’irrigation, en Alsace, provenant à 90 % des eaux souterraines. Devant l’agriculture, l’industrie et les canaux, - voire l’énergie et l’eau potable, dans le Bas-Rhin -, sont bien plus consommateurs d’eau, selon les derniers chiffres publiés dans la presse locale alsacienne, provenant d’Eau France.

Publié le 31/07/2022

Le mois de juillet 2022 s’annonce comme le 3e le plus chaud depuis que les données météorologiques sont enregistrées en Alsace. Il est aussi extrêmement sec. Végétation et animaux d’élevage sont mis à mal par ces conditions extrêmes. Les agriculteurs tiennent comme ils peuvent.

À part un orage mercredi, qui s’est localement traduit par des dégâts de grêle sur les bans d’Ottrot, Bischoffsheim, Rosheim et Biederthal, Liebenswiller, Leymen et Neuwiller, il n’a pas plu au mois de juillet en Alsace. Rien. Nada. Pas une goutte. Soit 22 à 23 jours sans pluie. Ce qui n’est « pas dans les normales en Alsace », pose Christophe Mertz, météorologue à Atmo-Risk. Inévitablement, le mois de juillet va s’achever sur un net déficit en précipitations, «- 70 à - 90 % par rapport à la moyenne mensuelle ». À ce déficit hydrique s’ajoute un régime de températures élevées. « Nous avons échappé aux températures records de plus de 40 °C qui ont été enregistrées dans d’autres régions françaises, mais le mercure est monté jusqu’à 38-39 °C. Et puis, sur le mois, c’est la constance de cette vague de chaleur qui est marquante », pointe le météorologue. Cela se traduit par un nombre de jours où la température dépasse 30 °C, supérieur à la normale, avec pas moins de douze jours à plus de 30 °C. Les températures moyennes des maximales de l’après-midi sont aussi anormalement élevées : 29,8 °C. Ce qui place ce mois de juillet à la 3e place des mois de juillet les plus chauds depuis que les données météorologiques sont enregistrées en Alsace, après 2006 et 2015. D’ici la fin du mois, les températures ne devraient pas significativement baisser, mais rester tout de même à des niveaux plus raisonnables, avec des maximales oscillant entre 28 et 32 °C. Mais aucune précipitation significative n’est annoncée. #Sécheresse en #Alsace, toujours pas d'amélioration jusqu'au mois d'Août... Les modèles sont quasi unanimes, les quantités de pluie à prévoir ces 10 prochains jours resteront minimes et localisées... pic.twitter.com/ea1R69NrVI — ATMO-RISK (@atmorisk) July 25, 2022 Des maïs qui souffrent, d’autres qui résistent Dans ce contexte, la principale grande culture encore en place, le maïs, s’en sort relativement bien, selon les secteurs. Les précipitations du mercredi 20 juillet ont été les plus abondantes dans le secteur de Colmar, avec de l’ordre de 40 mm, ce qui a permis de lever le pied sur l’irrigation. Mais plus au nord et au sud de cet épicentre, les quantités reçues ont été bien moindres. Et, avec les températures élevées, ces maigres précipitations n’ont quasiment rien changé pour le maïs. Aussi, dans certains secteurs non irrigués, ils souffrent, avec des feuilles qui jaunissent, qui s’enroulent. Par contre, comme le cycle du maïs est très précoce, les températures caniculaires sont arrivées juste après la floraison. Jean-Louis Galais, responsable du service Productions végétales à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), n’est donc pas spécialement inquiet sur ce point. Une chose est sûre : les ensilages seront précoces. Animaux : baisse de production et surmortalité à la marge Les températures élevées ont des impacts sur les animaux, que ce soit lors des pics de très forte chaleur, ou du fait qu’ils soient exposés à une longue période de températures élevées. Il y a tout d’abord une baisse de production généralisée. En effet, toutes espèces confondues, la chaleur induit une baisse de la consommation d’aliment, qui se traduit par une baisse de la production de lait, une croissance plus lente des animaux. « Jusqu’à 36 °C, l’impact se limite à une baisse de la production. Au-delà, il y a un risque de mortalité », indique Arnaud Schmitt, docteur vétérinaire au sein du cabinet vétérinaire FiliaVet à Sélestat. Sachant que ce seuil ne correspond pas forcément à la température extérieure, mais à celle ressentie par les animaux. « Dans un bâtiment rempli d’animaux vivants, qui dégagent de la chaleur, la température peut monter très vite. » C’est ce qui explique que, dans les élevages de volailles, la mortalité est souvent plus élevée dans des bâtiments bien remplis d’animaux en fin de croissance que dans ceux abritant des poussins au démarrage, ou ceux où la densité est moins élevée. C’est ce qu’illustre l’expérience d’Alexandre Fornes, éleveur de poulets de chair dans deux bâtiments d’élevage d’une capacité de 12 000 poulets chacun. Mardi 19 juillet, au plus fort de la canicule, il a perdu 56 poulets dans un bâtiment qui en contenait 11 000. Dans le second bâtiment, seuls trois volatiles ont succombé à la chaleur. La seule différence entre les deux bâtiments était une densité de volatile moins élevée dans le second. Il faut souligner que les bâtiments en question sont modernes, aérés, ventilés, et que les volailles ont accès à un jardin d’hiver ainsi qu’à un parcours extérieur, comme le stipule le cahier des charges des établissements René Meyer de Wingersheim, que l’éleveur respecte strictement. Le cas d’Alexandre Fornes n’est pas isolé. « Malgré les précautions et les actions mises en œuvre par les éleveurs pour protéger leurs animaux, il a pu y avoir des pertes, notamment dans les élevages de volailles », rapporte Arnaud Schmitt. La société d’équarrissage Atemax, elle, n’a enregistré « aucune différence significative dans les enregistrements des enlèvements d’animaux trouvés morts entre ce mois de juillet et ceux des trois dernières années », rapporte Sophie Grégoire, directrice de la communication, qui précise que « nos statistiques sont complètes, exhaustives et régulières », mais qu’il faut les mettre en relation avec l’évolution du cheptel total. Néanmoins, ces données sont plutôt encourageantes, car elles tendent à démontrer que les mesures de surveillance et de protection des élevages mises en place par les éleveurs sont efficaces. Enfin, il existe aussi une mortalité secondaire liée aux fortes chaleurs, notamment pour les bovins : « Les organismes des animaux sont fatigués de lutter contre la chaleur. Ce qui fait qu’ils peuvent succomber à d’autres pathologies, comme des infections, qu’ils auraient surmontées sinon, du fait d’une altération de leur immunité », explique le vétérinaire. La baisse de production par contre, est quasiment inévitable, car les bovins sont pourvus de radiateurs internes, leur rumen, qui fait qu’ils entrent en stress thermique à partir d’un THI (Temperature humidity index) de 68, qui correspond à une température de 22 °C à une humidité relative de 50 %. Aérer, ventiler, soutenir Dans tous les cas, la baisse de production et la mortalité peuvent être limitées. La mesure de base consiste à bien concevoir les bâtiments, tant en termes d’orientation que de matériaux, de systèmes d’ouvertures, d’accès à l’eau et à la nourriture… Puis, « au regard des évolutions climatiques, investir dans des systèmes d’aération et de brumisation, ce n’est plus du confort mais une nécessité pour pouvoir continuer à produire dans des conditions à peu près normales. De plus en plus d’élevages sont équipés. Ceux qui ne le sont pas encore sont encouragés à le faire », poursuit Arnaud Schmitt. Pendant les épisodes caniculaires, les éleveurs peuvent soutenir leurs animaux par la diététique, par exemple en supplémentant l’eau d’abreuvement en réhydratants et/ou en vitamine C, « un antioxydant qui aide à passer le cap ». Il est aussi conseillé d’éviter de nourrir les animaux pendant les heures les plus chaudes, car la digestion augmente leur température corporelle et parce que l’apport de nourriture provoque des mouvements qui, eux aussi, contribuent à réchauffer l’atmosphère des bâtiments. « Mieux vaut donc nourrir les animaux le soir, lorsque la température redevient plus clémente », indique Arnaud Schmitt, qui précise que le cabinet vétérinaire a envoyé des mails avec des recommandations à ses clients en amont de l’épisode de très fortes chaleurs des 18 et 19 juillet. Enfin, face au constat de l’effet de la densité de population dans les élevages, l’abaisser de manière préventive en été pourrait devenir une piste à envisager. « Cela se fait déjà dans les bâtiments vieillissants d’élevage de poulets de chair. Mais, dans la plupart des situations, surtout si la reproduction se fait sur place, c’est difficile à gérer, car il faudrait anticiper la baisse de densité des mois avant, et aussi parce que faire repartir la reproduction à la hausse ensuite ne se gère pas si facilement. Ça peut donc se faire, mais à la marge, dans les systèmes sans reproduction. » Transports, risque d’incendies… La sécheresse a encore d’autres impacts sur l’aval des filières, notamment le transport fluvial, parce que le débit du Rhin est faible, ce qui impose aux transporteurs de revoir leurs volumes de cargaison à la baisse. Enfin, dans le sud de la France, en Gironde, dans l’Hérault, et même en Bretagne, la sécheresse s’est traduite par des incendies. Les surfaces brûlées en France ont atteint des records : « Avec plus de 40 000 ha de végétation brûlés, l’année 2022 bat des records de précocité et d’intensité depuis 2003, l’année de la grande canicule », a tweeté Serge Zaka, agrométéorologue à ITK. On y est ! L'incroyable percée des surfaces brûlées en France atteint des records ! Avec plus de 40000ha de végétation brûlés, l'année 2022 bat des records de précocité et d'intensité depuis 2003, l'année de la grande #canicule.#Gironde #Landes #incendies [1/2] pic.twitter.com/fVRi5FWqZx — Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) July 20, 2022 Les agriculteurs ont été sur le front avec les pompiers pour combattre ces incendies, utilisant tracteurs et tonnes à lisier pour épandre de l’eau afin de freiner la propagation des flammes. Les agriculteurs se mobilisent aux côtés des pompiers pour arroser les pistes ! Bravo ! ??#jaimelespaysans #agriculteur #agriculture #agricultrice #eleveur️ #gironde #feu #incendie #testedebuch #landiras #mobilisation #aide pic.twitter.com/wtTsIsfr2v — Jaime Les Paysans (@JaimeLesPaysans) July 19, 2022 Le rôle de l’agriculture, et plus particulièrement du pastoralisme comme moyen de prévention contre les incendies, a également été mis en avant sur les réseaux sociaux.

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