Grandes cultures

Publié le 24/02/2022

L’interdiction des néonicotinoïdes remet la betterave au cœur de la recherche sur les phytovirus. Les spécialistes ont du pain sur la planche, entre amélioration des connaissances sur la maladie et des méthodes de détection, élaboration des méthodes de lutte… Mais, petit à petit, à pas de loups, la recherche avance pour cerner la maladie.

Directrice de recherche à Inrae de Colmar, Véronique Brault travaille sur la transmission des virus des plantes par les pucerons. La lutte contre la jaunisse de la betterave à l’aide des néonicotinoïdes a un temps écarté cette culture de son champ d’action. Mais l’interdiction de cette solution chimique remet la betterave au cœur des investigations des instituts de recherche. En effet, pour trouver des solutions alternatives à cette matière active, le Gouvernement, les acteurs de la filière betteravière et les instituts de recherche, ont mis en place, et financent, un vaste plan de recherche, le Plan national de recherche et innovation (PNRI). Il comprend 23 projets de recherche, dont Provibe (pour Protection contre les virus de la betterave), qui fait intervenir cinq partenaires : les centres Inrae de Colmar, de Bordeaux et de Montpellier, le CNRS - Institut de biologie moléculaire des plantes de Strasbourg, et l’Institut technique de la betterave (ITB). Pendant trois ans, quatre équivalents temps plein s’attellent à mener à bien plusieurs objectifs.     Une maladie, quatre virus, des vecteurs, un hôte Le premier consiste à « approfondir les connaissances sur la maladie », pose Véronique Brault. En effet, la jaunisse résulte d’interactions complexes entre un agent pathogène (les virus), un vecteur (les pucerons), et un hôte (les betteraves). Et « pour trouver de nouvelles cibles afin de lutter contre cette maladie, il est important de connaître contre quoi on lutte ». Certaines connaissances sont désormais bien assises. « On sait que la jaunisse est causée par quatre virus. Celui de la jaunisse grave de la betterave, BYV ; les polérovirus, responsables de la jaunisse modérée, BMYV et BChV ; et le virus de la mosaïque de la betterave, BtMV », rappelle la chercheuse. Bien qu’appartenant à trois familles différentes, ces virus ont pour point commun de n’être transmis que par des pucerons, ce qui ne facilite pas la tâche des chercheurs. « Nous sommes face à un pathosystème très intéressant, car chaque virus se caractérise par un mode d’acquisition et de transmission particulier », poursuit la spécialiste. Les pucerons peuvent acquérir les virus, donc devenir vecteur, quand ils piquent la feuille, ou qu’ils aspirent la sève. Par exemple, les pucerons doivent ingérer la sève pour acquérir les polérovirus. Alors qu’il suffit que les pucerons goûtent la plante pour devenir porteurs du BtMV. Quant au BYV, les pucerons doivent se nourrir de la plante pour acquérir le virus, mais un temps relativement court d’ingestion (quelques heures) suffit. Par ailleurs, si les polérovirus pénètrent dans les cellules du puceron, qui devient porteur toute sa vie (quelque trois semaines) sans toutefois les transmettre à sa descendance, les autres virus restent à l’extérieur des cellules de leur hôte. « Ils ne sont capables de transmettre le virus que durant quelques heures à quelques jours ». Il est également acquis que le puceron vert du pêcher, puceron très prévalent dans la nature et présent sur de nombreuses cultures, peut être vecteur des quatre virus et donc potentiellement les transmettre simultanément à une plante. Les observations de l’ITB ont démontré qu’en 2019, sur 100 plantes infectées, 2 % l’étaient pas plusieurs virus. Un pourcentage qui est passé à 86 % en 2020, année de très forte pression de la maladie, pour retomber à 30 % en 2021. Premier constat : la co-infection est un phénomène très aléatoire, et qui mérite d’être approfondi « afin de déterminer si les efforts peuvent être concentrés sur un seul virus, ou pas », argumente la chercheuse. En effet, il peut y avoir un effet de synergie entre les virus dans la plante, avec une hausse des dégâts. Ou, au contraire, un phénomène d’antagonisme, avec une inhibition des virus entre eux. Pour répondre à ces interrogations, Inrae et l’ITB ont inoculé de manière contrôlée des plantes avec des pucerons porteurs de virus avec sept des quinze combinaisons virales possibles. Puis, les effets de ces infections sur le poids du pivot et sur sa richesse en sucre ont été étudiés. Tous les virus doivent être combattus Les premiers résultats confirment que le virus BYV est le plus dommageable pour la betterave, puisqu’il entraîne une réduction du poids du pivot de 52 %, contre 27 % pour les polérovirus et 14 % pour le BtMV. En outre, BYV est responsable d’une baisse de la teneur en sucre de 4 %, alors qu’aucune variation significative de la teneur en sucre n’a été mise en évidence avec une infection par les polérovirus, et qu’elle augmente de 6 % suite à une infection avec le BtMV. En outre, « il semble qu’il n’y ait pas d’effet aggravant des co-infections. Les effets sur le poids du pivot et la richesse en sucre sont équivalents à ceux entraînés par le virus le plus dommageable », annonce Véronique Brault. Par contre, les chercheurs ont mis en évidence qu’en présence des polérovirus ou du BtMV, l’accumulation du BYV dans les plantes est amplifiée, ce qui suggère qu’il se disséminerait d’autant mieux. Conclusion de Véronique Brault : « On ne peut pas écarter une famille de virus de la recherche. Car si l’accumulation du BYV est favorisée par les autres, sa transmission aussi ». En outre, si BYV est le plus agressif, les plus prévalents sont les polérovirus. Améliorer les techniques de détection de la maladie Le projet Provibe vise également à mettre au point de nouveaux outils de détection et de suivi de la maladie, que ce soit pour évaluer l’efficacité des méthodes de lutte, savoir si des pucerons sont porteurs, aider à prendre des décisions… « Nous sommes capables de détecter la présence des quatre virus, en une réaction, mais qui nécessite des équipements de biologie moléculaire », indique Véronique Brault. Il s’agit donc d’analyses coûteuses, réalisables uniquement en laboratoire. Aussi l’Inrae de Colmar s’attache à mettre au point une technique d’analyse moins coûteuse et réalisable avec un minimum d’équipement. La technique utilisée, baptisée RT-Lamp (pour amplification isotherme médiée par boucle de transcription inverse), est une sorte de PCR allégée. Elle présente de nombreux avantages : peu d’équipements, une lecture par coloration simple (jaune il y a du virus, rouge il n’y en a pas), très sensible, et qui fonctionne aussi bien sur du broyat de puceron que de plante… Pour l’instant la technique a été mise au point pour deux des quatre virus. Pour les autres, il faut encore peaufiner le mode opératoire. La prémunition, ou la vaccination du règne végétal Les équipes de Provibe évaluent en outre une méthode de lutte envisageable : la protection croisée, ou prémunition, qui ressemble à une vaccination des plantes contre les virus. Elle part du constat que, dans la nature, certaines plantes ne développent aucuns symptômes alors que les individus alentour sont affectés. Chez certaines espèces, il a été prouvé que ces plantes asymptomatiques sont protégées grâce à leur infection préalable par un autre virus, proche du virus pathogène, mais moins virulent. Une infection qui a pour effet de renforcer les réactions de défense de la plante, qui est ensuite capable de mieux se défendre contre le virus dommageable. La prémunition est d’ores et déjà utilisée comme méthode de lutte, par exemple pour protéger la tomate et les citrus contre certains de leur virus. « Comme certaines betteraves ne développent pas de symptômes de jaunisse, nous avons cherché à déterminer si cela découlait d’un phénomène de prémunition. Des analyses, réalisées par l’ITB, ont mis en évidence que ces individus asymptomatiques sont aussi infectés par les virus. Nous avons donc formulé l’hypothèse qu’il existe un cocktail viral qui empêche l’extériorisation des symptômes », raconte Véronique Brault. Pour vérifier cette hypothèse, l’ADN du virome des plantes symptomatiques et asymptomatiques a été analysé. « À l’échelle du génome, nous n’avons mis en évidence aucune différence majeure. Mais le CNRS va poursuivre ces travaux pour analyser les viromes gènes par gènes ». Quoi qu’il en soit, l’acquisition des phytovirus passant nécessairement par un puceron vecteur, la technique de la prémunition semble a priori difficile à mettre en œuvre pour la betterave. « Ce n’est pas la piste la plus prometteuse, concède Véronique Brault. Mais nous poursuivons les investigations car elles vont nous permettre de comprendre ce qui fait l’agressivité des virus, quelles sont les protéines qui sont responsables de leur pouvoir pathogène et de leur symptomatologie » Et c’est important ! Car c’est l’externalisation des symptômes qui semble dommageable. « Une betterave qui est infectée mais sans symptômes, c’est peut-être acceptable. En tout cas plus qu’une betterave symptomatique », pointe la chercheuse. Concentrer les efforts sur la lutte précoce En attendant d’en savoir plus, les équipes de Provibe avancent une autre hypothèse pour expliquer l’existence de ces betteraves asymptomatiques. « Il est possible qu’elles correspondent à celles qui sont infectées à des stades végétatifs plus avancés ». Une hypothèse qui a été vérifiée en inoculant des betteraves à différents stades. Conclusion : « Plus la betterave avance en âge, plus les pucerons ont du mal à inoculer les virus, ou plus la betterave développe une résistance aux virus ». Les chercheurs ne savent pas encore complètement expliquer ce phénomène. Il est sans doute lié à l’évolution des propriétés physiques des feuilles, qui se renforcent avec le temps, ainsi qu’à celle de la composition chimique de la sève. « En outre, plus les plantes sont développées, plus elles sont robustes, et potentiellement capables de mettre en place des mécanismes de défense. » Quoi qu’il en soit, ce résultat suggère que les efforts doivent porter sur la protection précoce des betteraves. Il apparaît aussi certain que, sans les néonicotinoïdes, la lutte contre la jaunisse de la betterave sera « plus complexe », car elle reposera sur « une combinaison d’approches ». Elle sera aussi plus fine.    

Publié le 18/01/2022

Les pucerons vecteurs de la jaunisse ont tendance à se nourrir préférentiellement des betteraves les plus fragiles, jeunes ou chétives. En favorisant la croissance des jeunes betteraves et en obtenant une levée régulière, le risque d’une nuisibilité forte de la jaunisse est limité.

Alors que la dérogation pour pouvoir continuer à utiliser des néonicotinoïdes pour protéger les betteraves contre la jaunisse arrive à mi-parcours, Michel Butscha, responsable technique du service betteravier de la sucrerie d’Erstein, a fait le point sur l’état des connaissances qui doivent permettre d’élaborer des méthodes de lutte alternatives. Contrairement aux autres régions françaises, les betteraviers alsaciens ont d’ores et déjà moins semé de betteraves traitées aux néonicotinoïdes en 2021 : elles représentaient 42 % de la surface pour Erstein. Bonne nouvelle pour les betteraviers alsaciens, l’Inrae de Colmar fait partie des organismes de recherche qui travaillent sur la question. « Cela nous permet d’échanger avec les chercheurs, de faire remonter des observations de terrain », se félicite Michel Butscha. Les chercheurs de l’Inrae de Colmar participent notamment au projet Modefy, initié par le groupe Deleplanque, avec un travail de criblage des betteraves et de sélection des variétés les plus tolérantes aux pucerons vecteurs de la jaunisse. « Un autre volet de recherche consiste à mieux connaître la biologie et la vie des pucerons afin de déterminer quand ils piquent, quand ils se nourrissent, et comment les virus se transmettent aux plantes ». L’azote : un coup de pouce à utiliser avec parcimonie Les connaissances sur la maladie ont déjà bien progressé. Par exemple, il est acquis que le puceron noir est peu vecteur mais qu’il constitue un bon indicateur de l’arrivée des pucerons verts qui, eux sont vecteurs. On sait aussi que le virus BYV est le plus agressif. Le BMYV l’est aussi, mais moins, et toutes les formes du virus ne sont pas transmises de la même manière. Les pucerons ont tendance à s’attaquer aux betteraves les plus jeunes et chétives. « Il y a donc tout intérêt à avoir des plantes les plus développées possible lors de l’arrivée du vol des pucerons », souligne Michel Butscha. Comment ? En améliorant la vigueur au départ, donc en soignant le lit de semence, en semant à une profondeur adaptée, pour obtenir une levée homogène. Une protection complémentaire en positionnant du Force 1,5 G dans la ligne de semis présente également un intérêt indirect. « La téfluthrine va protéger les plantules des ravageurs du sol et a un effet phytotonique qui peut stimuler leur pousse, donc faire gagner quelques jours », indique Michel Butscha. Un effet qui peut être renforcé avec un traitement des semences au Rampart (penthiopyrade). « Cette protection fongicide remplace le traitement Vibrance pour lutter contre les attaques précoces de rhizoctone brun et de pythium, toujours dans le but de garder des plantules vigoureuses à l’arrivée des pucerons », précise Michel Buscha. Autre précaution utile : un apport d’azote, de l’ordre de 30 à 40 u/ha au moment du semis, « surtout dans les parcelles non labourées où la dégradation des pailles en surface peut mobiliser de l’azote, ce qui risque de pénaliser les betteraves », pointe Michel Butscha. Cette année, étant donné le prix des engrais, les analyses de reliquat sont plus que jamais pertinentes, afin d’apporter la juste dose d’azote. Si la betterave semble peu sensible à la forme d’azote apportée, « des essais suggèrent une meilleure valorisation des apports d’engrais localisés », rapporte Michel Butscha, qui conseille aussi de réaliser des analyses de sol afin de connaître la fertilité réelle de la parcelle et d’ajuster les doses de fumure de fond aux exportations de la culture en place. Miser sur les auxiliaires en relais de la chimie Pour les semis de 2022, une option consiste à semer des betteraves F8 (protégées avec 8 g de téfluthrine), et à surveiller de près l’arrivée des pucerons afin de déclencher les traitements au plus tôt, pour être le plus performant possible. « Le suivi terrain sera renforcé en avril pour bien déterminer l’arrivée des pucerons dans les betteraves alsaciennes et lancer les avertissements. » Les spécialités les plus efficaces pour lutter contre les pucerons sont Teppeki et Movento. Et la stratégie la plus pertinente, surtout sur des betteraves chétives ou à croissance lente, consiste en un traitement très précoce, suivi d’un deuxième assez rapproché. Cela permet de laisser la place aux auxiliaires après la protection chimique, ces derniers arrivant en général 10-15 jours après les ravageurs dans les parcelles, à condition qu’ils n’aient pas été éradiqués par des traitements à large spectre. Désherbage : la mécanisation pour réduire les IFT Les programmes de désherbage élaborés par les services techniques de la sucrerie intègrent de plus en plus d’interventions mécaniques, que ce soit du binage, ou des passages de herse étrille, même si cette technique peut « perturber la ligne de semis et conduire à des levées échelonnées », pointe Marion Humbrecht, responsable relations culture à la sucrerie d’Erstein. Cette stratégie doit notamment permettre à la sucrerie d’accompagner ses adhérents qui souhaitent atteindre la certification HVE. Pour ce faire, les agriculteurs peuvent aller chercher des points en matière de gestion de la fertilisation, de l’irrigation, de la biodiversité et de la protection des plantes, ce qui suggère de réduire l’IFT, notamment en actionnant le levier du désherbage mécanique. Les essais menés par Cristal Union mettent en évidence que les stratégies qui combinent un traitement en plein, deux binages et trois traitements localisés permettent d’atteindre une bonne efficacité, de préserver le rendement, et de diviser l’IFT par deux. À noter que la labellisation HVE sera valorisée financièrement par Cristal Union, ce qui contribuera à rentabiliser les investissements dans les outils de désherbage mécanique.    

Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace

Bien se former pour bien informer

Publié le 14/01/2022

La deuxième session de formation du Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace s’est terminée début décembre. À travers elle, des agricultrices et agriculteurs bas-rhinois et haut-rhinois ont pu apprendre les bases de la communication, de la pédagogie, mais aussi de la prévention des risques nécessaires au bon accueil de scolaires dans leurs exploitations. Retour d’expériences.  

Julie Fritsch Steib, agricultrice à Horbourg-Wihr : « Les enfants sont plus naturellement à l’écoute » « Je me suis inscrite à cette formation car le métier d’agriculteur est très méconnu. Pour inverser cette tendance, je me suis dit que ça serait bien de commencer par les enfants en leur expliquant et montrant concrètement ce que nous faisons. Ce sont les futurs consommateurs. Ils sont naturellement plus à l’écoute, ils sont là pour apprendre et emmagasinent des connaissances. Dans cette formation, j’ai appris des astuces pour leur parler, avec quels outils, comment faire pour qu’ils retiennent des informations et posent des questions. On peut leur expliquer des choses sans qu’ils soient influencés par la société qui les entoure, tandis que des adultes peuvent rester enfermés dans leurs croyances. La communication, c’est un métier et demande de l’apprentissage au préalable. C’est donc normal d’être rémunéré pour ses visites, c’est un vrai travail. »     Géraldine Uhl, agricultrice à Illhaeusern : « Je veux transmettre un message » « Je me suis inscrite au réseau Savoir Vert car je veux transmettre un message, apprendre aux enfants ce qu’est un légume, la saisonnalité. On n’apprend pas la communication dans nos études, à transmettre efficacement nos savoirs. Là, j’ai participé à une formation labellisée, qui va devenir un gage de qualité pour la population qui nous entoure. En guise de support pédagogique, j’ai créé une roue des saisons sur laquelle il faut essayer de placer les légumes. Mon objectif est aussi de faire comprendre le développement d’un légume, ses besoins en eau, soleil et engrais. Pour ça, l’idée est que les enfants manipulent chacun un godet de terre avec une petite plante, et repartent avec chez eux pour l’entretenir et la voir pousser. Je vais déjà commencer par la classe de maternelle de ma première fille. Je suis en contact avec la maîtresse que je n’ai pas eu besoin de convaincre. La prestation sera offerte pour cette école, car c’est celle de mon village. Ça me fait plaisir de lui offrir. Par contre, ça sera payant pour les autres écoles autour, comme pour mes confrères qui se sont inscrits dans cette démarche. »     Élodie Naegel, agricultrice à Bouxwiller (Haut-Rhin) : « Il faut utiliser des mots simples » « La ferme du Luppachhof était déjà une ferme pédagogique depuis vingt ans, en partenariat avec une association. Le partenariat a pris fin et nous avons souhaité, avec mon compagnon, Luc Diemer, conserver cette valeur ajoutée. Quand j’ai appris l’organisation d’une formation Savoir Vert, j’ai sauté sur l’occasion pour continuer dans cette voie. Par rapport à avant, les accueils qu’on réalise maintenant sont moins artificiels, on parle plus de notre métier. Avant, ça ressemblait plus à un zoo où les choses étaient mises en scène plutôt que montrées réellement. Pour parler aux enfants, il faut utiliser des mots simples et des outils ludiques qui vont leur permettre de comprendre ce que fait notre exploitation, et comment elle le fait. Nous avons la chance d’avoir une bonne réputation auprès des écoles grâce à tous les accueils réalisés ces vingt dernières années. Pour autant, c’est bien qu’on soit payé pour cette activité, c’est un boulot comme un autre. Nous avons racheté la ferme. Beaucoup d’argent en sort, pas beaucoup y entre. Du coup, cela apporte un petit coup de pouce bienvenu. »       Jean Becker, agriculteur à Ingwiller : « Cela s’inscrit dans la continuité pédagogique des élèves » « J’étais auparavant formateur en CFPPA. Intégrer le Savoir Vert est la continuité de ce que je faisais, mais pour toucher cette fois un public plus jeune. Ce qui me plaît avec Savoir Vert, c’est que ce n’est pas une simple visite d’exploitation, cela s’inscrit dans la continuité pédagogique des élèves, de la maternelle au lycée. À chaque niveau, il y a des choses à apprendre. Les écoles sont très demandeuses, il y a beaucoup de projets pédagogiques autour des jardins, de la nature et des légumes. J’ai établi deux scénarios : l’un pour le cycle des légumes, et l’autre sur la connaissance du sol. Pour les plus jeunes, on joue sur les cinq sens. Il y a aussi des observations de profil de sol au programme pour voir comment évoluent les racines d’une plante. J’espère que les enfants seront vecteurs d’informations envers les adultes, mais ce que je souhaite en priorité, c’est qu’ils aient les bases pour appréhender cette agriculture si mal connue, où subsistent de nombreux a priori. La rémunération de cette activité est cohérente. Non seulement, cela valorise le temps qu’on lui consacre mais cela permet de faire vivre un collectif puisqu’une partie est reversée au réseau Savoir Vert. » Sébastien Stoessel, agriculteur à Feldbach : « L’accueil est mieux structuré qu’avant » « Avec le Savoir Vert, je m’inscris dans un cursus qui amène une vraie pédagogie, indispensable pour que les gens aient enregistré les informations à la sortie de la visite. C’est clair que c’est plus facile de s’adresser à un enfant qu’à un adulte. Mais il faut tout de même un cadre qui ne soit pas trop technique, il ne faut pas les perdre en cours de route. L’accueil est mieux structuré qu’avant. On accueille les élèves à la descente du bus, on leur explique ce qu’on va faire et comment on va le faire. Puis on démarre le cycle du lait en commençant par le veau et en terminant par la salle de traite. En passant par les enfants, on touchera d’office les familles qui sont derrière. Peut-être que cela convaincra les parents de venir à leur tour pour en savoir plus. Nous voulons montrer la réalité, pourquoi la ferme est ce qu’elle est aujourd’hui. Il y a cinquante ans, toutes les fermes étaient pareilles. Aujourd’hui, chacune est un modèle, avec sa configuration, son histoire. Avec Savoir Vert, on entre dans un autre schéma qui implique des journées de formation. Notre temps, c’est aussi de l’argent, il est donc logique que nous soyons rémunérés. Ce n’est pas un complément de revenu pour autant. Mais ça permet de compenser une matinée où je ne serai pas présent avec associés pour travailler sur la ferme. »     Élise Happel, agricultrice à Masevaux : « Beaucoup d’enfants ne connaissent plus le milieu rural » « Nous pratiquons la vente directe à la ferme. Parmi nos clients, nous avons des professeurs d’école qui font beaucoup de demandes pour faire des visites avec leurs élèves. Beaucoup d’entre eux n’ont plus de connaissances du milieu rural, c’est donc important de remettre certaines valeurs au goût du jour. Dans les visites qu’on organisait auparavant, on laissait plus d’autonomie aux enfants. Désormais, c’est moi qui propose les activités en respectant certaines bases pédagogiques. C’est d’ailleurs toute l’utilité de la formation Savoir Vert : on apprend à cadrer nos visites, à ne pas s’évader, à savoir quoi répondre aux questions qu’on nous pose, mais aussi à savoir ce qu’attendent les enseignants et l’Éducation nationale. Ce qui est aussi intéressant avec cette formation qui s’étale sur plusieurs jours répartis dans l’année, c’est la dynamique de groupe qui se crée. On découvre les idées des uns et des autres, ce qui facilite la mise en place d’actions pédagogiques dans nos fermes. Et vu le temps qu’on passe à faire et préparer ses visites, c’est normal qu’on soit rémunéré. Et si c’est gratuit, c’est aussi moins cadré, et donc moins pertinent pour les enfants. »     Johanna Trau, agricultrice à Ebersheim : « On montre une culture générale oubliée » « J’ai toujours eu la volonté d’accueillir des enfants à la ferme. J’ai pu constater par le passé le décalage existant entre des écoliers des villes et la réalité de l’agriculture, mais aussi leur attrait pour ce milieu. Alors, quand l’opportunité Savoir Vert s’est présentée, je n’ai pas hésité. Le point fort de cette formation est qu’elle cadre bien les choses, avec l’objectif de montrer notre métier tel qu’il est vraiment, contrairement aux fermes pédagogiques que j’ai toujours perçues comme des zoos agricoles. Il y a une grande différence entre caresser un lapin parce qu’il est doux et mignon, et apprendre le lien entre ce que l’agriculteur fait, comment il le fait, et ce qui termine dans l’assiette des consommateurs. Outre le fait d’apprendre à être plus pédagogue avec les enfants, cette formation est aussi un partage d’expériences et de visions entre agriculteurs. On s’inspire les uns les autres, ce qui nous permet d’avoir un panel d’offres plus important à proposer aux classes. On montre une culture générale qui a été oubliée au fil du temps. C’est une communication positive qui permet aux enfants de repartir de nos fermes avec une bonne image de notre métier. Et ça, ça fait du bien au moral ! » Tania Kempf, agricultrice à Ebersheim : « Les enfants repartent avec le sourire jusqu’aux oreilles » « Je me suis inscrite à Savoir Vert car j’aime bien présenter ce que je fais, le métier d’agriculteur qui est mal vu et qui est pourtant très honorable. Avec cette formation, j’ai appris à mieux structurer mes visites. Ça sera mieux dirigé par le message que je veux transmettre. Les enfants sont un public moteur, c’est un peu eux qui montrent la voie, c’est l’avenir. Et puis ils sont entiers, à l’écoute. Quand ils arrivent, ils se pincent le nez parce que cela ne sent pas très bon, et ils repartent avec le sourire jusqu’aux oreilles, reconnaissants de ce qu’ils ont vu et entendu. Ils sont vraiment à l’écoute. On a créé plusieurs ateliers : une maquette pour faire sentir toutes les odeurs de la ferme, des jeux pour apprendre le vocabulaire, pour montrer ce qu’est une vache, comment elle est nourrie, traitée, etc. De base, je suis un peu timide et nerveuse quand je parle en public. À la base, je suis factrice. Aujourd’hui, je reprends l’exploitation même si cela fait trente ans que je m’occupe de la comptabilité. Mais sur les aspects techniques, j’ai besoin d’avoir des gens autour de moi pour me rassurer. J’ai parfois peur de dire des bêtises. Heureusement, les enfants sont plus innocents et nous accueillent tel qu’on est. »     Laure Fritsch, agricultrice à Mittelhausen : « Le but est d’intéresser les enfants » « Aujourd’hui, dans mon village, il y a beaucoup d’habitants qui viennent de la ville et qui n’ont jamais vu une vache ou un tracteur de près. On a régulièrement des problèmes de voisinage. On essaie de dialoguer mais les gens qui râlent le plus sont aussi les plus fermés. Une culture générale a disparu. Avec Savoir Vert, on permet aux enfants d’y accéder à nouveau. C’est un public plus à l’écoute et ouvert. J’avais déjà accueilli des petits groupes via les fermes ouvertes organisées par la FDSEA. Mais là, c’est différent. Non seulement, on est rémunéré, ce qui est logique au regard du temps consacré, et les visites sont mieux structurées. Nous avons travaillé sur plusieurs supports pédagogiques : des sacs à toucher, des boîtes à odeurs, des panneaux, des petits ateliers de transformation, des jeux… La communication n’est pas notre métier de base. Il y a beaucoup à apprendre. Le but est d’intéresser les enfants, pas de mettre en place une visite monotone. Par le jeu, ils vont apprendre et comprendre pas mal de choses. On a organisé des premières visites en allemand, avec la classe bilingue du village, pour apprendre le vocabulaire. L’institutrice a été très réceptive à ce projet. J’ai contacté d’autres écoles dans les villages voisins, mais avec la crise sanitaire, beaucoup ne savent pas s’ils peuvent venir ou pas. Mais ils sont globalement demandeurs de ce type d’activité, comme les périscolaires et les centres aérés d’ailleurs. »

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