Grandes cultures

Association des producteurs de céréales et oléagineux

Des leçons à tirer après une campagne éprouvante

Publié le 08/01/2022

Le 16 décembre, l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco) se retrouvait enfin en présentiel pour son assemblée générale annuelle. Un moment attendu qui a permis de tirer les leçons d’une année 2021 éprouvante pour l’ensemble de la filière haut-rhinoise avec une campagne de maïs grain passée à deux doigts de « l’accident industriel ».

L’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco) a enfin pu tenir son assemblée générale en présentiel le 16 décembre dernier à Sainte-Croix-en-Plaine. Un soulagement pour son président, Thomas Obrecht, heureux de retrouver physiquement ses collègues céréaliers, mais aussi heureux de terminer une année 2021 qui aura donné des sueurs froides à l’ensemble de la filière. Cela avait tout d’abord démarré avec la récolte de céréales d’hiver et des colzas, minée par le gel, l’excès d’eau et, au final, une hétérogénéité en qualité et quantité « qui en a surpris plus d’un ». Si le soja a ensuite « bien survécu » dans son ensemble avec une récolte réalisée dans les temps, c’est la moisson du maïs grain qui a donné du fil à retordre. « Les anciens diront que c’était normal il y a trente ans. Mais pour moi, c’est une première », témoigne Thomas Obrecht. Les « limites » de la tardivité L’accident industriel n’est en effet pas passé loin avec une récolte bien plus tardive que les années précédentes, un taux d’humidité très limite par endroits, et un rendement globalement moyen. « Et cela ne reflète pas la grande diversité des résultats qu’on a pu observer entre le Jura alsacien et le Ried », précise-t-il. Heureusement pour les céréaliers, la « chance » a un peu souri, permettant d’amortir des résultats moins bons qu’à l’accoutumée : l’augmentation du prix de vente des céréales, liée à la hausse des cours mondiaux, a permis de « masquer » le désagrément du rendement, de la qualité et des frais de séchage. « Nous devons cependant être plus que jamais vigilants. Le vécu de cette année doit nous obliger à prendre la bonne direction et les bonnes décisions », prévient le président. L’une d’elles concerne le choix des variétés à implanter. Les très tardives, plébiscitées ces dernières années par bon nombre de maïsiculteurs, ont probablement montré leurs limites en 2021 sous les effets d’une météo globalement plus froide et pluvieuse que les campagnes précédentes. « Cette année, beaucoup d’agriculteurs ont très mal dormi à cause des variétés très tardives qu’ils avaient semées », observe Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis - Institut du Végétal. Conséquence : des taux d’humidité élevés dans beaucoup de parcelles, entraînant de fait une hausse exponentielle des coûts de séchage. « À 30 % d’humidité en 2021, cela représentait 378 euros la tonne », note Didier Lasserre. Et ceci dans un contexte où le coût de l’énergie continue de progresser d’année en année. « Le problème est que nous sommes en concurrence avec des pays qui ne sèchent pas leur maïs, ou très peu. Cela constitue un avantage concurrentiel très important sur notre maïs alsacien », continue l’ingénieur d’Arvalis. Malgré ces déboires, la plante majeure dans la SAU alsacienne a encore largement de l’avenir dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. « Notre territoire est fait pour ça, c’est indéniable. Ce n’est pas pour rien que nous avons d’excellents rendements. On s’est peut-être dit que le climat serait toujours favorable. Cette année nous a prouvé que non. Il n’y a rien de dramatique à mon sens. Par contre, cela doit nous inciter à réfléchir différemment. Des variétés précoces G2 semées fin mars, début avril, avec un engrais starter, une floraison en juin, pourraient être intéressantes dans certaines parcelles. C’est en tout cas un challenge intéressant », pointe Didier Lasserre. Sans qualité, plus de débouchés Pour Thomas Obrecht, il est désormais impératif de rester « raisonnable » collectivement sur le choix des variétés implantées. « C’est la filière maïs tout entière qui en dépend, pour nos céréaliers, nos éleveurs, et pour l’ensemble des professionnels qui gravitent autour. Nous devons être capables d’offrir des produits d’une qualité irréprochable aux marchés. Nous devons tous être responsables. » Chez les industriels, en effet, le maïs livré doit respecter un cahier des charges très strict. « Et quand ce n’est pas le cas, ils ne sont pas contents et nous le disent, explique Michèle Waegele la directrice générale d’ECU, la société de commercialisation commune à la Coopérative Agricole de Céréales et la ZG Raiffeisen. Cette année, nos clients hollandais nous ont demandé, en début de campagne, des analyses d’aflatoxines de nos maïs. C’est la première fois qu’on nous le demande car il y a eu un scandale en Hollande en 2020. On doit donc être encore plus vigilants sur la qualité de nos céréales. » Quand la qualité n’est pas là, la confiance s’en va. « On se retrouve avec des semouliers qui résilient leurs contrats. Ils se tournent alors vers d’autres marchés et reviennent difficilement en arrière du moment que la logistique est bien établie », prévient Michèle Waegele. « Heureusement, nous avons plusieurs leviers à activer pour assurer la qualité de nos maïs : le climat, des terres fertiles, l’irrigation, une technicité éprouvée. Mais c’est vrai que le choix variétal joue beaucoup. La situation s’est beaucoup dégradée à cause d’indices de plus en plus tardifs qui ont un impact direct sur le risque mycotoxines et l’humidité. Quand on voit ce qu’on perd en euros/tonne à l’arrivée, comme cela s’est produit en 2014 par exemple, on peut légitimement se demander si le risque en vaut le coup », ajoute la directrice générale d’ECU.

Tour de plaine vidéo

Blé, soja, colza, maïs, betteraves et vignes... Un tour de plaine non exhaustif en Alsace.

Publié le 13/09/2019

Début septembre, le semencier Pioneer a organisé une série de rencontres en Alsace. Objectif : faire le bilan de la campagne écoulée, présenter des nouveautés, échanger sur les problématiques émergentes et les solutions qui s’offrent aux agriculteurs.

2018, 2019, ce n’est pas avec deux années qu’on construit une série statistique. Il n’empêche. Les étés alsaciens semblent devenir dangereusement chauds et secs. Certes le maïs est une plante tropicale, qui résiste bien à la chaleur, et l’eau n’est pas rare en Alsace. Mais tout de même : cultiver du maïs sera sans doute moins facile à l’avenir. D’autant que les modifications climatiques n’impactent pas uniquement les cultures, mais aussi leurs ravageurs. Cette année a par exemple été marquée par des dégâts de taupins et la présence de mouche des semis. Normal : le printemps a été froid, le maïs a stagné et les ravageurs en ont profité pour se sustenter. Il y a aussi eu pas mal de dégâts d’oscinies, toujours parce que le maïs est resté assez longtemps au stade 2-3 feuilles. Parallèlement, le panel de solutions de lutte chimique se restreint. « Il ne reste quasiment plus que le Force contre les ravageurs du sol, et le Korit contre les corbeaux », indique Christophe Wolff, ingénieur technique terrain chez Pioneer. Et encore ces solutions ne sont que partiellement efficaces : « Le Force en enrobage ne couvre qu’un niveau d’infestation de 5 %. S’il est supérieur, il risque d’y avoir quand même des dégâts, sauf à compléter la lutte avec des microgranulés. Quand le maïs pousse bien, l’enrobage suffit généralement, mais ce n’est pas toujours le cas, et c’est difficilement prévisible ! », constate Christophe Wolff. Dans la série des ravageurs du maïs, il note encore la présence de charbon, dont le développement est lié au stress causé par la canicule, et qui est favorisé par les sols saturés en eau, donc par l’irrigation. Le rhizoctone s’installe au stade 4-5 feuilles au niveau du système racinaire qui se nécrose, entraînant un risque de verse accru en fin de cycle. La chrysomèle a pour la première fois causé des dégâts, « notamment dans une parcelle située à Petit Landau », précise Christophe Wolff. Enfin certains secteurs, comme celui de Schleithal, sont victimes de coups de feu fusariens. Aquamax pour contrer le stress hydrique C’est dans ce contexte d’incertitudes climatiques que Pioneer propose la gamme Aquamax, constituée de variétés qui procurent 5 % de rendement en plus que le témoin du marché en condition de stress hydrique, et 2 % de rendement en plus que le témoin du marché en l’absence de stress hydrique. De telles variétés ont été obtenues en travaillant notamment la structure racinaire, la capacité photosynthétique, avec un feuillage développé, présentant un bon stay green, favorable au remplissage, et un système stomatique efficace. Pour tirer un maximum de bénéfices de l’investissement dans cette génétique, la densité de semis doit être modulée en fonction des conditions, soit augmentée en conditions irriguées ou de bonne réserve utile, mais diminuée dans les terres séchantes. La gamme s’étoffe d’ailleurs cette année. La variété P9889, relativement tardive, affiche en outre un grand gabarit, une très bonne tenue de tige et une bonne tolérance à l’helminthosporiose. La variété P9300, un peu moins tardive, présente aussi un gabarit intéressant. Premium pour sécuriser l’implantation Autre solution développée par Pioneer : la gamme Premium. Il s’agit de semences de qualité supérieure, obtenue par triage des lots de semences afin de sélectionner ceux qui présentent les meilleurs taux de vigueur, associés à un traitement de semences à action biostimulante. Résultat : « Une levée rapide, régulière, sans manques et avec moins de petits pieds », décrit Christophe Wolff. Il précise : « La gamme Premium permet de garantir le potentiel de rendement. Elle n’apporte pas de rendement en plus, mais elle permet de le préserver. » Ainsi, les comptages réalisés en 2017 ont mis en évidence que la gamme Premium a permis de sauver en moyenne 4,7 % de rendement par rapport à des variétés classiques. Certes, il y a un écart de prix entre la gamme Premium et les doses classiques, de l’ordre de 26 €/ha, mais qui s’avérerait payant, en particulier lors des années difficiles : « Les comptages réalisés en France en 2017 permettent de conclure à une récupération de 53 € de chiffre d’affaires par hectare avec la gamme Premium. » Ensilage m3 : économiser des céréales Enfin, Pionner propose des hybrides m3, spécialement développés pour l’ensilage. Plusieurs caractéristiques sont travaillées : la stabilité de rendement dans tous les environnements, le développement racinaire en conditions froides, la flexibilité de l’épi, l’activité photosynthétique à maturité physiologique, la digestibilité des fibres à maturité physiologique, l’endosperme farineux, la quantité d’amidon dégradable par vache. Il s’agit de variétés précoces à très précoces, comme P8888, qui affichent un bon stay green et une dessiccation lente. Ces variétés peuvent être ensilées jusqu’à 37-40 % de MS contre 32-33 % MS pour des maïs classiques, ce qui permet de gagner de la matière sèche et de l’amidon. En effet, le fait de récolter une plante mature permet d’accumuler de l’amidon, puisque le remplissage des grains s’effectue en fin de cycle. Ce qui doit permettre d’économiser des céréales dans la ration.

Pages

Les vidéos