Syndicat betteravier d’Alsace
Un dossier chasse l’autre
Syndicat betteravier d’Alsace
Publié le 02/06/2022
Défendre les moyens de production et le revenu des betteraviers constitue les missions de la CGB Alsace. Il y a des victoires, mais encore de nombreux combats à mener. Le syndicat reste donc mobilisé pour défendre les intérêts des planteurs, qu’ils aient les moyens de protéger leurs cultures contre la jaunisse de la betterave, mais aussi qu’ils puissent faire face à la flambée du coût des engrais et de l’énergie.
« Je suis serein et rassuré quant à l’avenir. Cette année, nous aurons certainement des betteraves payées à 35 €/t, donc pourquoi pas 40 €/t l’année prochaine ? » a lancé Franck Sander, président du Syndicat betteravier d’Alsace et de la Confédération générale des planteurs de betteraves, pour faire la transition entre l’assemblée générale de la section d’Erstein de Cristal Union et celle du syndicat. « Durant la campagne 2021, la betterave a repris des couleurs », s’est félicité Joseph Behr, directeur du syndicat. À 89,4 t/ha de betterave à 16, le rendement se situe au-dessus du rendement moyen des cinq dernières années, et place la section d’Erstein en deuxième position après l’Aube sur le podium de la productivité. Particulièrement humide, la campagne 2021 s’est traduite par « des économies de tours d’eau » mais aussi une tare terre assez élevée, liée à des sols humides, des durées de stockage au champ courtes, qui n’ont pas permis aux silos de toujours suffisamment ressuyer. La campagne a été riche de quelques rebondissements pour le syndicat, entre l’épisode de gel, qui a donné droit à des indemnisations, l’évolution de la réglementation sur les néonicotinoïdes, avec l’interdiction de semer du maïs après des betteraves protégées avec des NNI, ce qui constitue un handicap certain en Alsace. « Heureusement, il est possible d’implanter du soja », rappelle Joseph Behr. Il a espéré que les planteurs aient rapidement accès aux variétés rendues tolérantes à des herbicides, car elles doivent permettre de réduire le recours aux produits phytosanitaires, donc les IFT, donc de lever un point de blocage pour l’accès à la certification HVE de certains agriculteurs. Joseph Behr a également évoqué la mise en œuvre des écorégimes à partir de 2023 : « Le syndicalisme a obtenu que la betterave fasse l’objet d’un bloc à part entière et ne soit pas noyée dans les cultures de printemps. Ainsi, avoir 10 % de betteraves dans son assolement permettra de gagner des points. » Autre sujet qui occupe le syndicat : la refonte de l’assurance climatique. À partir de 2023, la gestion des risques reposera sur plusieurs niveaux, dont « des outils d’épargne de précaution qui permettront de lisser la fiscalité tout en constituant une épargne ; une Caisse activable en cas de coup dur… » Jaunisse, charges : la vigilance s’impose Pierre Raye, directeur de la CGB, a souligné que la filière contribue à conforter deux souverainetés « alimentaire et énergétique ». S’il estime que « les fondamentaux sont solides pour aller chercher une valorisation renforcée de la betterave », il constate aussi que l’envolée du coût des engrais va constituer un enjeu majeur. « Leur surcoût est estimé à 7 €/t, sous réserve de disponibilité », indique-t-il. Des mesures sont prises, comme « une cellule de suivi et de sécurisation au niveau du ministère de l’Agriculture ». En outre, des « négociations bilatérales engrais contre grains sont engagées entre un certain nombre de pays », rapporte-t-il. Sur le dossier des néonicotinoïdes, qu’il qualifie de « sprint de fond », il indique : « La deuxième année de dérogation a été difficile à obtenir en raison de pressions interministérielles fortes. » Réjouissance en demi-teinte pour cette campagne : « L’arrivée des pucerons s’est faite conformément aux modèles, ce qui prouve qu’ils sont pertinents. » Alors que deux tiers des betteraves ne sont plus protégées par des néonicotinoïdes en Alsace, « il faut être très vigilant », a indiqué Franck Sander. « L’épidémie de Covid-19 a commencé à reposer la question de la souveraineté alimentaire. Puis la guerre en Ukraine a remis le sujet au centre des débats. Mais, entre les deux crises, les consommateurs avaient oublié leurs craintes. Cela montre qu’il faut faire en sorte que ces sujets restent sur la table même hors temps de crise », a-t-il averti. Autre constat : le marché du bio fléchit, la vente directe aussi. « Cela montre qu’il y a d’autres modèles, territoriaux, comme ceux des filières betteravières et céréalières, qui sont aussi souhaitables et durables que ceux qui nous ont été vendus comme des solutions supérieures, et qui ont été subventionnés », analyse Franck Sander. Qui considère : « Il va falloir produire. Pour assurer la stabilité des pays d’Afrique du Nord. Pour piéger du carbone dans de la biomasse. » Cela passera notamment par le progrès génétique, dont les nouvelles techniques de sélection NBT (New Breeding Techniques). Il a mis en garde contre un possible effet ciseaux si les prix des denrées agricoles venaient à s’écrouler alors que les charges resteraient élevées. « Cela pourrait être fatal à certaines exploitations. »












