Grandes cultures

Fertilisation

Des pistes pour du blé

Publié le 12/07/2022

Dans un contexte de prix des engrais azotés de synthèse élevé et de volonté de réduction de l’impact des pratiques agricoles sur l’environnement, le Comptoir agricole cherche des solutions alternatives pour fertiliser les cultures. Deux pistes sont travaillées : les biostimulants, et la valorisation des gisements de matière organique.

Non seulement les engrais azotés de synthèse sont chers, mais aussi leur usage peut être associé à des risques de volatilisation, d’émission de Gaz à effet de serre (GES), de lessivage. Pour en utiliser moins, une piste consiste à appliquer en parallèle un biostimulant, censé aider les plantes à absorber l’azote. Pour vérifier les allégations des fabricants, le Comptoir agricole a testé deux produits dans une parcelle située à Ebersheim, sur la variété Filon. Après un maïs grain, dans un sol de limons sableux, la dose d’azote à apporter, calculée par la méthode du bilan, s’élève à 145 uN. L’essai comporte différentes modalités : un témoin, la dose calculée, ainsi que des doses plus importantes, plus faibles, additionnées ou non de biostimulants. Clément Weinsando, technicien de développement au Comptoir agricole souligne : « C’est important de tester ces produits avec différentes doses d’azote car si on sature la culture en fertilisation chimique, on risque de ne pas voir l’effet des biostimulants ». Le premier biostimulant testé est le blueN (Corteva, Symborg), un produit à base de Methylobacterium symbioticum, qui s’applique sur la partie aérienne. En effet, les bactéries doivent pénétrer dans les feuilles par les stomates, pour ensuite nourrir la plante en azote grâce à des échanges gazeux (les bactéries captent l’azote atmosphérique, le transforment en ammonium, qui entre dans la composition des protéines). Ce mode de pénétration implique des conditions d’application strictes : « Le matin, 2 h après le lever du soleil et jusqu’à midi, sur des plantes non stressées, en conditions poussantes, après des températures minimales de 10 °C pendant sept jours, du stade épi 1 cm au stade épi 4 cm ». Or, cette année, au stade épi 1 cm, il faisait encore trop froid. Le produit a donc été appliqué tard, par rapport aux préconisations du protocole. À quelques jours de la moisson, à l’œil nu, difficile de voir un quelconque effet de ce produit, mais les experts du Comptoir agricole pensent qu’un apport de blueN peut faire économiser 15 à 20 unités d’azote. Un autre produit testé, développé par la société Fertiline, n’a pas encore de nom, mais on sait qu’il contient aussi des bactéries, cette fois Azospirillum brasiliense, plus adaptées aux températures basses, mais dont le facteur limitant est les températures élevées. Son principe d’action est similaire au précédent, puisque les bactéries captent l’azote de l’air pour le restituer aux plantes. Mais, contrairement au précédent, ce produit s’applique au sol. En effet, ces bactéries ont besoin d’exsudats racinaires pour se multiplier. Se faisant, elles captent l’azote atmosphérique, qui passe aux plantes par les racines. Les modalités d’application optimales ne sont pas encore déterminées. A priori plus il est positionné tôt, mieux c’est, ce qui fait pencher pour une application à l’automne. Mais comme ces bactéries sont en compétition avec celles naturellement présentes dans le sol, le risque de les voir disparaître au cours de l’hiver n’est pas négligeable, ce qui fait plutôt pencher pour une application en sortie d’hiver. Dans l’essai d’Ebersheim, ce produit a été testé avec des apports d’azote de 90 et 115 uN, soit inférieurs à la dose calculée. « Nous allons comparer les courbes de réponse pour déterminer si ce produit a un effet sur le rendement et/ou la teneur en protéines », indique Clément Weinsando. Dernier produit testé, Actiwave, de Valagro, un engrais foliaire qui a été appliqué le 17 mars, après le premier apport d’azote et en complément de diverses doses d’azote inférieures ou égales à la dose cible. Ce produit comporte notamment de la bétaïne, de l’acide alginique et de la caïdrine, un dérivé de la vitamine K1. « Il est censé permettre d’optimiser l’efficience de l’azote », indique Clément Weinsando. Matières organiques : « Il y a une forte demande, tout le monde achète ». Autre levier actionné par le Comptoir agricole pour répondre à la problématique des engrais chers : la valorisation de la matière organique. Richard Macé, responsable commercial de la coopérative, pose : « Avec les problématiques sur le gaz et les engrais azotés de synthèse qui découlent du conflit en Ukraine, il y a des difficultés d’approvisionnement en marchandise, y compris organique. L’azote est rare et cher. Mais de nouveaux flux d’approvisionnement se mettent en place ». Devant des tas de fumier de volaille, de porc et de bovin, en provenance, notamment, de Hollande et d’Allemagne stockés au silo d’Ebersheim, il précise : « Nous nous tournons vers un approvisionnement régional en matière organique. Mais pour construire un prix il faut du volume, et le prix change toutes les semaines. Il y a une forte demande, tout le monde achète ». Une fois la matière organique obtenue, il faut aussi pouvoir l’épandre de manière optimale. Le Comptoir agricole s’est donc rapproché de la société Alsace Épandage. Cette entreprise familiale, gérée par Ludovic Holleville depuis un an, effectue des prestations d’épandage dans le Grand Est. L’entreprise dispose de machines d’épandage Terra Gator, qui permettent de limiter le tassement grâce notamment à trois roues motrices. « Nous sommes équipés pour l’épandage de chaux et nous allons nous équiper pour l’épandage de compost », précise Ludovic Holleville. Bientôt, trois machines de ce type seront en action, ce qui va permettre de décupler les prestations d’épandage de matière organique, en partenariat avec le Comptoir agricole.

Moulin des Moines

Une floconnerie locale

Publié le 11/07/2022

D’ici quelque temps, d’importants travaux vont débuter sur le site du Moulin des Moines, à Krautwiller. L’entreprise investit dans une nouvelle unité de production, d’où sortiront flocons d’avoine et couscous bio. L’approvisionnement local sera privilégié, grâce à la contractualisation des relations entre les producteurs et le moulin, en partenariat avec le SDEA.

Actuellement, le Moulin des Moines commercialise déjà des flocons d’avoine. Mais l’avoine, cultivée en Lorraine et en Bourgogne, est floconnée en Allemagne, avant de revenir dans le circuit de distribution de l’entreprise. Ces flocons sont donc certes bios, mais leur bilan carbone peut être amélioré. De son côté, le SDEA a la volonté de mettre en place de nouvelles filières afin d’encourager le développement de cultures à Bas niveau d’impact (BNI). Les deux entités se sont donc rapprochées autour du projet de développer la production d’avoine locale. La céréale, en effet, est « très peu exigeante en produits phytosanitaires et en azote », pointe Bernard Nicollet, chef de projet au Moulin des Moines. À l’heure actuelle, le niveau de valorisation de l’avoine n’encourage pas sa culture, face au blé ou au maïs, mais grâce à la construction d’une floconnerie locale et à la contractualisation des relations entre les producteurs et le moulin, les porteurs du projet veulent assurer un débouché rémunérateur aux producteurs. Dans ces conditions, l’avoine devrait faire son trou dans le paysage agricole alsacien, notamment dans « les terres plus pauvres ». Le Moulin des Moines va donc investir 6 M€ dans une extension, qui comprendra des silos, une ligne de production de flocons d’avoine, et une autre de couscous. L’avoine brute sera dans un premier temps décortiquée. Une opération qui génère 50 % de déchets, qui seront transformés en biogaz dans l’unité de méthanisation Metachrist à Woellenheim. Le grain décortiqué passe sur une table densimétrique, à raison de 1 t/h, afin de trier les grains selon leur calibre. Ils subissent une phase de vaporisation, qui consiste à augmenter leur teneur en eau pour leur donner davantage d’élasticité. Ensuite, les grains passent entre deux rouleaux qui les écrasent et leur donnent leur forme de flocons. Ils sont séchés, refroidis et retamisés, afin de produire des flocons d’avoine gros, moyen, baby. Le procédé consomme pas mal d’énergie, notamment pour la vaporisation et le séchage. Le moulin, qui veille à rationaliser sa consommation d’énergie (il produit de l’énergie grâce à une turbine alimentée par la Zorn et des installations photovoltaïques), investira donc aussi dans une centrale à vapeur, électrique ou au gaz, précise Bernard Nicollet. Doubler la production de flocons d'avoine Actuellement, le Moulin des Moines commercialise quelque 600 t/an de flocons d’avoine. Un volume que les meuniers souhaitent doubler grâce à leur investissement. Pour ce faire, il est prévu de commercialiser des flocons d’avoine nature, et d’élaborer toutes sortes de recettes de muesli à base de flocons d’avoine. Particulièrement nourrissante, avec un goût neutre, l’avoine est intéressante pour différents publics : les personnes âgées, qui ont tendance à perdre l’appétit, les malades du cancer, dont les traitements rendent parfois l’alimentation difficile alors que, pour résister aux traitements, le corps doit être bien soutenu. Mais aussi les bébés, ou encore les sportifs, à la recherche d’aliments riches en énergie à diffusion lente. Le couscous figure aussi déjà dans la gamme des produits élaborés par le Moulin des Moine. Mais, pour l’instant, il est produit en Italie. Le moulin va donc aussi ancrer cette production localement. « Cela fait partie du métier de meunier. Le savoir-faire et le procédé sont connus », indique Bernard Nicollet. Dans un premier temps, le blé dur ne viendra pas d’Alsace, car les surfaces consacrées à cette production sont trop faibles. Mais, « avec l’évolution de la météo et des coûts de transport, il est possible que cela évolue », pointe Bernard Nicollet. qui mise sur une mise en service des nouvelles infrastructures pour mars 2023.

Association de la bourse de commerce de Strasbourg

Antoine Wuchner succède à Jean-Laurent Herrmann à la présidence

Publié le 02/06/2022

L’association de la bourse de commerce de Strasbourg, qui rassemble des acteurs du marché des céréales, a organisé sa traditionnelle journée des grains vendredi 6 mai à Strasbourg. L’occasion pour les différents maillons de parler business, bilan, perspectives, enjeux. Et cette année, d’entériner la succession entre Jean-Laurent Herrmann et Antoine Wuchner à la présidence de l’association.

L’association de la bourse de commerce de Strasbourg est une institution discrète, mais efficace. Elle regroupe des acteurs de la filière céréalière rhénane, ses adhérents venant aussi bien de France que d’Allemagne, de Suisse, du Luxembourg, de Belgique, ou encore des Pays-Bas. Ce sont des producteurs de semences et de produits phytosanitaires, des organismes stockeurs, des courtiers, des transporteurs, des transformateurs… « La bourse de commerce est une structure nous permettant de travailler sur des sujets transversaux, afin d’adopter des positions communes pour défendre les revenus de chaque maillon de la chaîne », indique le nouveau président Antoine Wuchner. Responsable d’Eurépi et de la filière houblon au Comptoir agricole, il a indiqué vouloir créer des groupes de travail pour capitaliser sur « l’intelligence et la volonté » des membres de l’association afin « d’apporter des réponses concrètes » aux thématiques qui seront portées par ces groupes de travail. Elles restent à affiner mais il sera question de compétitivité, de contraintes environnementales (lire encadré), de logistique, de nouvelles filières, sans oublier la loi Egalim 2… Egalim 2 : la filière céréalière amère La filière céréalière est particulièrement impactée par la loi Egalim 2. David Dutruch, courtier au sein de la société alsacienne Bloch & Rehs, spécialisée dans le courtage de céréales dans le bassin rhénan, explique en quoi la loi Egalim 2, telle qu’elle est écrite actuellement, est préjudiciable à sa profession. « Nous sommes des intermédiaires de commerce, indépendants des deux parties. Notre rôle est notamment de rapprocher l’offre des organismes stockeurs, négoces privés et coopératives agricoles ; de la demande des meuniers, semouliers, amidonniers, éthanoliers, fabricants d’aliments du bétail… », présente-t-il. 80 % des flux générés par l’activité de Bloch & Rehs transite en péniche sur le Rhin, dans un marché concurrentiel. David Dutruch replace son activité dans une perspective historique : « Avant d’être dématérialisées, les bourses de commerce étaient des lieux d’échanges physiques entre acheteurs et vendeurs. Leur dématérialisation s’est traduite par une plus grande visibilité des marchés. Aujourd’hui, tout le monde peut suivre comment les prix évoluent sur les marchés à terme, en fonction de l’offre et de la demande. Cela contribue à la grande volatilité des marchés des matières premières, dont les mouvements figurent parmi les plus compliqués à comprendre, car ils sont régis par de très nombreuses variables explicatives : la météo, les taux de change, la géopolitique … « Nous évoluons dans un monde de risques. Aussi des outils ont été mis en place pour transférer les risques. Quand nous établissons un contrat, nous spécifions pour quel produit, quelle quantité, quelle est la période d’exécution, nous fixons des conditions de paiement, un prix… Tout est noté, acté dans les contrats et, s’ils sont signés par les deux parties, c’est qu’ils conviennent à tout le monde. La loi Egalim 2 vient se greffer sur ce système, et dit qu’on peut revenir sur un prix qui avait été acté. Ce qui revient à dire que le contrat ne vaut rien », décrit David Dutruch. Il ne remet pas en question l’utilité de la loi dans d’autres filières, qui pâtissent de relations inégales avec la grande distribution. « Il y a eu des abus, et il faut agir pour mieux encadrer certaines pratiques, comme la vente à perte. Mais il y a le Code du commerce, des lois qui encadrent les relations commerciales et, dans la filière céréalière, des outils et des stratégies de gestion des risques qui existent et qui fonctionnent, comme des assurances, qui couvrent les risques de hausse et de baisse des prix. » Aussi, pour le courtier, dans la filière céréalière, la loi Egalim 2 « ne sert à rien ». Pire, « elle est néfaste car elle casse les contrats et les rapports de confiance en disant qu’il est possible de revenir en arrière ». La profession s’est donc adaptée, notamment en faisant des contrats pour des périodes d’exécution de trois mois au lieu de six, pour ne pas qu’un prix qui avait été acté puisse être révisé. Mais les courtiers français doivent expliquer cette spécificité française à leurs partenaires étrangers, ce qui complique les échanges. « Nous faisons tout pour ne pas perdre nos clients », indique David Dutruch, qui remarque, que la loi est « compliquée à mettre en place, et présente notamment de nombreuses zones d’ambiguïtés ».

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