Grandes cultures

Publié le 11/01/2019

L’année 2018, ni franchement loupée, ni complètement réussie laisse à une majorité d’agriculteurs une impression d’avoir fait du sur place. Pluviométrie déficitaire, températures en hausse ont fortement joué sur les rendements sauf pour les maïs irrigués, les céréales à paille, les oléagineux, la pomme de terre, les fruits, le houblon, le tabac et surtout la vigne. Les producteurs de viande bovine et porcine continuent à réclamer des prix qui couvrent leurs charges, alors que les producteurs de lait doivent composer avec une récolte de fourrage fortement affectée par la sécheresse.

  Regard 2018    

Publié le 09/01/2019

Il n’y avait que le maïs pour réussir un tel exploit : malgré quasiment deux mois sans précipitations et des températures estivales largement supérieures à la moyenne, le rendement départemental moyen, à 98 q/ha, n’est en baisse que de 7 % par rapport à la moyenne des 11 dernières années. Évidemment, cette moyenne cache des disparités. Et évidemment les meilleurs rendements ont été obtenus en situation irriguée.

Le début de la campagne 2018 laissait préfigurer de sa fin : « Les semis ont été effectués à des dates classiques et de manière très groupée, du 10 au 20 avril, dans de bonnes conditions », rappelle Pierre Geist, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Ils ont été suivis par des levées homogènes. Les désherbages ont été plus ou moins efficaces en fonction de l’occurrence de précipitations. La floraison a été précoce et les maïs ont localement souffert du manque d’eau. Les chantiers d’ensilage ont débuté mi-août, suite à une dessiccation rapide et précoce. De même, la récolte du maïs grain a été très précoce et effectuée dans des conditions optimales. La campagne se solde par un rendement bas-rhinois de 98 q/ha, en baisse de 7 % par rapport à la moyenne des 11 dernières années. Il a été de 117 q/ha dans le Haut-Rhin, ce qui conduit à un rendement alsacien moyen de 113 q/ha : « 2018 reste donc une bonne année avec des disparités », commente Pierre Geist. Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, complète : « 2018 a été l’année des extrêmes, avec du 0 q/ha comme du 180 q/ha. Le maïs est une plante tropicale qui aime avoir la tête au soleil et les pieds dans l’eau. Ce qui a été le cas en situation irriguée. » Autre particularité de l’année, les maïs ont été rentrés particulièrement secs, d’où une baisse des frais de séchage. Or, « à 15 à 20 €/t, le séchage représente le poste de charges le plus important de la production de maïs, indique Didier Lasserre. Il y a donc intérêt à faire du maïs le plus sec possible, ce qui va à l’encontre de la tardification des variétés. Par contre, il existe du maïs dry, qui affiche un rendement moindre, mais qui nécessite moins de séchage. » En lien avec la dessiccation rapide des grains, un certain nombre d’agriculteurs ont pu constater un égrainage important lors de la récolte. Mais pour les conseillers agricoles, ce phénomène est à relativiser : « Mieux vaut peut-être perdre de 1 à 3 q/ha que de récolter humide et avoir des frais de séchage conséquents », estime Pierre Geist. Et Claire Buy, conseillère agricole à la CAA, note : « De l’égrainage il y en a toujours, mais cette année il s’est vu car les conditions ont permis aux graines de germer. » Pyrale : pression en hausse « La pression en pyrales augmente depuis ces trois dernières années, constate Pierre Geist, qui rappelle que le seuil de traitement est fixé à 0,3 - 0,4 larve par pied. » La campagne écoulée a été marquée par la précocité du vol des pyrales. Les agriculteurs ont parfois dû faire des impasses sur le traitement lorsque les maïs étaient trop hauts pour intervenir, d’où des pontes et des dégâts. Pierre Geist préconise donc de prévoir une protection dans les parcelles à risque par des trichogrammes ou des produits chimiques lors de la prochaine campagne. Chrysomèle : elle est partout L’insecte ravageur est désormais présent partout, « pas forcément beaucoup, mais partout », précise Didier Lasserre. En 2018, la population a encore progressé de manière généralisée sur le territoire, même si la plupart des captures se font le long du Rhin. Arvalis-Institut du végétal a élaboré une grille de décision, qui se fonde sur la densité de population du ravageur et l’intensité du stress hydrique car, si les conditions sont sèches, le maïs est davantage exposé au risque de stress hydrique si son système racinaire a été affaibli par le ravageur. « La chrysomèle ne sera plus éradiquée du territoire, note Didier Lasserre, par contre il est possible de freiner sa progression. Et le moyen de lutte le plus efficace reste la rotation, qui revient à couper les vivres du ravageur. » Pour la prochaine campagne, les agriculteurs volontaires vont être équipés de pièges afin de mieux appréhender la dissémination de l’insecte sur le territoire. Autant de soja que de betterave Comme pour le maïs, le rendement en soja a été intimement lié à l’irrigation ou à son absence : de 15 à 30 q/ha en moyenne en situation non irriguée, il passe à 35 à 45 q/ha en moyenne en situation irriguée. Les surfaces continuent de progresser : le soja couvre désormais 6 000 ha en Alsace, soit autant que la betterave. « Cette année le soja a permis de dégager une marge brute de 730 €/ha pour un rendement de 30 q/ha », indique Pierre Geist.

Publié le 20/12/2018

Dans le cadre du mois de la bio, une cinquantaine de personnes a assisté à une journée d’information sur la conversion bio en grandes cultures, le 15 novembre à Schwindratzheim. Les animateurs de la Chambre d'agriculture ont rassuré ceux qui hésitent à se lancer.

Dépasser les peurs afin de sauter le pas de la conversion. Voilà l’objectif de la journée d’information organisée le 15 novembre à Schwindratzheim dans le cadre du mois de la bio. Cinquante personnes, dont de nombreux agriculteurs, ont répondu présent à l’appel de la Chambre d'agriculture et de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). « La bio c’est quoi pour vous ? » La question de Benoît Gassmann peut paraître simpliste. Mais elle a le mérite de lancer la discussion. Le conseiller bio a la Chambre d'agriculture privilégie les échanges directs aux présentations PowerPoint. Le format semble plaire à l’auditoire. Les réponses fusent. « La bio, ce sont des produits sains et moins de pollution », tente un jeune homme. « Ça demande plus de vigilance, d’observation et de technique », lance un autre participant. Pour répondre aux interrogations et aux doutes, Benoît Gassmann s’est allié à Julien Jacob. Ce jeune agriculteur de Wickersheim a amorcé sa conversion en 2017. « La bio a été un vrai tremplin dans le cadre de mon installation », témoigne-t-il. Bref, la preuve par l’exemple. Ainsi, le jeune paysan répond à toutes les craintes. La bio coûterait plus cher que l’agriculture conventionnelle ? Faux, rétorque Julien. « L’achat de matériel peut être subventionné à hauteur de 60 %, contre 40 % en conventionnel. » De plus, les économies sur les produits phytosanitaires compensent une bonne partie de l’augmentation des charges de main-d’œuvre. Le soja à 1 000 € la tonne La bio manquerait de débouchés ? Oui, mais la situation s’améliore à vitesse grand V. « La filière s’est structurée de manière impressionnante ces dix dernières années », insiste Benoît Gassmann. Le lait par exemple. Hélène Claire, de l’Opaba, prend le relais : « Biolait collecte dans le Haut-Rhin depuis 2015 et ils ne sont pas opposés à l’idée d’aller en Alsace du Nord. » Unicoolait s’y est déjà mis depuis plusieurs années en Alsace Bossue. L’agriculture biologique alsacienne cacherait même quelques pépites. Le soja en tête. « On fait du très bon soja bio, avec des taux de protéines intéressants », se félicite Benoît Gassmann. Résultat : la tonne de soja se vendrait environ 700 €. Les meilleurs stocks s’arracheraient même à 1 000 €. Autre préoccupation des agriculteurs : le désherbage. Pour apaiser les âmes sensibles, Benoît Gassmann diffuse une série de photographies de champs bios. Les parcelles apparaissent propres et bien entretenues. Le secret ? « Semer le plus tard possible », selon le conseiller Chambre. Fin octobre, voire mi-novembre, afin d’éviter les mauvaises herbes et les parasites. Mais le principal frein à la conversion reste la peur de l’inconnu. « Ça nous pousse à sortir de notre zone de confort », traduit un participant. Toutefois, les producteurs peuvent recevoir de l’aide et des conseils de la part de la Chambre d'agriculture et de l’Opaba. Les deux organismes proposent différentes sessions d’information. Elles sont générales ou spécialisées sur un type d’activité, en groupe ou individuelle, chacun y trouve son compte. De toute façon, Benoît Gassmann coupe court aux tergiversations. « En bio, on peut tout faire, il suffit de se lancer. » Avis aux volontaires !

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