Grandes cultures

Publié le 01/02/2019

Lors de sa journée technique maïs organisée au début du mois de janvier, Arvalis-Institut du végétal a présenté les nouveautés intéressantes et les préconisations pour la campagne 2019 en matière de variétés, de fertilisation, de protection contre les ravageurs et de désherbage.

Variétés de maïs grain Comme chaque année, Arvalis conseille les agriculteurs en matière de choix variétal en privilégiant le compromis productivité-précocité, en regardant les résultats entre lieux pour les variétés nouvelles mais aussi entre années pour les variétés plus anciennes. Parmi les facteurs à analyser on ajoute la tenue de tige, la tolérance aux maladies comme la fusariose sur épi ou l’helminthosporiose, voire la vigueur de départ pour les zones difficiles. Pour l’Alsace, les choix de variétés sont résumés dans le tableau ci-dessous. Lutte contre les ravageurs Les solutions pour maîtriser les taupins, ravageurs du sol, qui attaquent les jeunes plantes de maïs s’amenuisent d’année en année. Avec la disparition des insecticides de la famille des néonicotinoïdes (Sonido), les restrictions d’usage du Force 1,5 G en microgranulés (possibilité un an sur trois, plus de diffuseur pour application à 3 cm de profondeur) et la faible efficacité du Force 20 CS (traitement de semences), l’agriculteur aura le choix entre Belem/Daxol, Furi Geo, Karate GR et Trika Expert pour lutter contre les taupins. À noter qu’avec la disparition des produits systémiques, il n’y a plus de solutions pour combattre les mouches dont l’oscinie. La pyrale a été plus virulente en 2018 avec un vol précoce mais qui s’est prolongé au cours de l’été. Outre les solutions classiques et bien connues que sont les trichogrammes, les insecticides Coragen ou pyréthrinoïdes, il existe maintenant sur le marché des produits à base de Bacillus thuringiensis, bactérie pathogène de la pyrale. Sans être vraiment nouvelle, cette solution « plus écologique » a montré une efficacité satisfaisante en situation peu attaquée mais s’avère largement insuffisante si la pression est forte. Elle doit aussi être appliquée au pic de vol, c’est-à-dire le plus souvent à l’enjambeur. Fertilisation azotée de la culture Une multitude de nouveaux fertilisants et autres biostimulants sont proposés sur le marché chaque année. Le gain obtenu avec ces produits est le plus souvent assez faible, car il n’est pas facile de déplafonner des rendements très élevés comme c’est le cas en Alsace. Néanmoins, certains permettent d’améliorer la vigueur au démarrage, de précocifier un peu le cycle, ce qui se traduit par une humidité plus faible à la récolte ou encore de grappiller quelques quintaux. Parmi les nouveautés, citons le Maïster qui, sur 17 comparaisons pluriannuelles Arvalis, permet un gain de rendement de 2,25 % pour une humidité légèrement diminuée de 0,23 point. Ce produit appliqué en foliaire entre 4 et 8 feuilles contient de l’azote, du phosphore, des oligoéléments et un filtrat d’algues. Du côté de l’injection d’azote, sujet largement étudié ces dernières années par Arvalis et ses partenaires techniques français et allemands, la méthode est maintenant « mûre ». Suite aux études mises en œuvre dans le cadre du projet Interreg Innov.AR soutenu par l’Union européenne, le constructeur Rauch va proposer à la commercialisation un outil d’injection d’engrais solide. La méthode a été testée sur plus de 500 hectares en 2018. Elle donne globalement de bons résultats des points de vue agronomique et de la qualité de l’air en évitant la volatilisation de l’engrais. Thomas Munsch, d’Arvalis, a présenté les résultats 2018 du site de Rumersheim-le-Haut. Dans cet essai, si 12 % de l’azote apporté en surface sous forme d’urée a été volatilisé, il n’en a rien été de l’azote enfoui par injection un interrang sur deux, alors que le binage n’a permis de réduire les pertes que de 4 %. On a toutefois remarqué dans le Bas-Rhin une sensibilité à l’érosion en cas de fortes pluies juste après l’apport, car le sol est légèrement travaillé sur le sillon et peut être entraîné dans la pente. Maîtrise des mauvaises herbes Didier Lasserre a ensuite fait le point sur les « nouveautés » herbicides et leur intégration dans les programmes de désherbage du maïs. S’il n’y a pas, à proprement parler, de nouveaux herbicides, les firmes proposent de nouveaux mélanges et de nouvelles formulations qui permettent d’affiner encore la maîtrise des adventices. Citons Callisto Plus et Predomin, spécialités qui visent à combattre à la fois les dicotylédones difficiles et le liseron. L’emploi du S-métolachlore, herbicide décrié parce qu’on le retrouve quelquefois dans les eaux souterraines, est ajusté pour la prochaine campagne. On conseille de ne pas l’utiliser à plus de 1 000 g/ha dans la plupart des situations en l’associant à d’autres herbicides. Le métolachlore est particulièrement utile pour gérer le désherbage et d’éventuelles situations de résistance. Comme il vaut mieux prévenir que guérir, on cherchera à mieux l’utiliser. En commençant par exemple à le substituer par d’autres mélanges dans les zones de captage. Enfin, les appréciations sur les herbicides récents que sont le Calaris, le Capreno et le Souverain s’affinent pour une bonne utilisation. Pour finir, Lucile Pligot a fait un zoom sur les nouvelles méthodes de désherbage non chimiques. Testés sur la Digiferme de Sainte-Hilaire-en-Woëvre, le robot Dino et le désherbeur électrique de Zasso ont donné satisfaction. Les vidéos présentées illustrent bien le caractère innovant de ces techniques. Le désherbage électrique provoque la destruction totale des plantes touchées (parties aériennes et racines). Pour l’instant adapté à un désherbage total en remplacement du glyphosate, l’appareil sera testé en 2019 sur divers couverts et diverses utilisations.

Publié le 24/01/2019

À Algolsheim, Laurence et Daniel Riess, sont installés sur une surface largement inférieure à 100 ha. Elle les incite à mutualiser leurs moyens avec deux autres exploitations.

L’assolement 2019 mis en place par Daniel Riess respecte l’obligation de trois cultures minimum. Mais il n’y a prévu aucun are de blé. Ce n’est pas qu’il y soit réfractaire. « C’est un choix d’organisation. Depuis dix ans, nous sommes trois exploitations de type familial à collaborer ensemble. Nous réunissons plus de 200 ha qui se répartissent entre ici, à proximité, et à une quinzaine de kilomètres. Nous nous efforçons de déplacer le moins possible le matériel en saison » explique Daniel. Cette stratégie commune est née il y a dix ans des relations que les trois agriculteurs entretenaient via le stockage du maïs en cribs. « Nous avons commencé par la récolte. Puis, il y a six ans, nous avons décidé de faire tous nos travaux de préparation du sol et de semis ensemble. Nous nous sommes partagé les investissements et avons choisi les modèles ensemble. Un de mes collègues a acheté un semoir huit rangs maïs grain et douze rangs soja. J’ai acquis une trémie frontale de 1 200 l. Ces matériels interviennent chez les trois comme une charrue six socs, un vibroculteur de 7,50 m ou un tracteur de 220 CV détenus en copropriété. À partir de cette année, nous traiterons en commun avec un enjambeur avec une rampe de 32 m. Ces machines sont sources d’économies. Chaque agriculteur seul, n’aurait pas pu se les payer ». Le principe de l’entraide régit actuellement ces relations. « Nous échangeons du travail ou du matériel. C’est un autre état d’esprit » précise Daniel. Des arrangements ont été conclus pour le fonctionnement. Daniel entretient par exemple l’élévateur, copropriété de ses deux collègues, pour compenser sa non-participation à son acquisition. La maintenance de la charrue est partagée entre les deux qui l’utilisent, en attendant que le dernier membre du trio s’y raccroche. Le nouveau semoir en remplace trois et travaille en prestation pour atteindre un total de 650 ha au total. Les recettes sont redistribuées au prorata de l’investissement de départ, de la main-d’œuvre fournie par chacun et de la surface travaillée. « Pour que ça marche, il ne faut pas d’égoïsme. Aucun ne doit vouloir profiter de l’autre » commente Laurence, l’épouse de Daniel. Les trois agriculteurs se réunissent trois fois par an et s’appellent plusieurs fois chaque semaine. Ils réfléchissent à une structure juridique qui commencerait par recevoir les gros matériels en dot et par encaisser les prestations. « Ce serait une sécurité pour tout le monde » estime Daniel. Herse étrille et bineuse « Les perspectives étant ce qu’elles sont dans les céréales, la mutualisation est une solution, surtout pour une exploitation de la taille de la nôtre » analyse Daniel. Depuis son retour en 1987 sur une exploitation de 35 ha, il n’a profité que d’un agrandissement, permis par le départ à la retraite de son oncle. « Sur vingt ans, j’ai même perdu 20 ares, une parcelle que j’ai cédée à un voisin » note Daniel. Sur ses terres plutôt caillouteuses ou alors sablonneuses, il implante du maïs propre à valoriser l’irrigation, du soja qui ne réclame pas une fumure classique et du tournesol semences qui, en plus de sa rentabilité, lui vaut des commentaires positifs de ses concitoyens qui trouvent « qu’il fait beau dans le paysage ». Daniel met en œuvre des pratiques raisonnées. Depuis dix ans, il utilise une herse étrille sur blé (il en avait 3,7 ha en 2018), orge et la passe deux fois en quarante-huit heures sur soja, « quand la plante ressemble à une petite boule ». Il l’a testée (avant d’arrêter) sur maïs grain au stade deux-trois feuilles. « Après la tige devient trop cassante et les pertes augmentent. Le plus compliqué c’est de trouver le temps » constate-t-il. Daniel bine encore deux fois son soja avant le stade genou et désherbe chimiquement le tour de sa parcelle. Depuis bien six ans, Daniel apporte des bactéries au sol sous forme de granulés en attendant d’essayer un apport en les mélangeant avec du sable et du lisier. « Elles remplacent ma fumure de fond pour un coût identique. Leur rôle est d’ameublir le sol et de favoriser l’accès des racines aux éléments nutritifs » remarque Daniel. « J’estime que ça marche. J’obtiens les mêmes rendements que mes voisins ». À la vente, il sécurise soja et tournesol par des contrats avec sa coopérative. Il déstocke son maïs cribs en juin, mais s’engage parfois bien avant. Il a ainsi déjà vendu la moitié de sa récolte 2018 à 194 €/t. « C’est plutôt un bon prix » juge-t-il.

Fertilisation et désherbage du maïs

Quoi de neuf pour 2019 ?

Publié le 17/01/2019

Certaines spécialités disparaissent, d’autres arrivent sur le marché, avec des atouts, des points faibles et leur lot de contraintes réglementaires. Les conseillers agricoles de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont fait le point lors d’une série de réunions techniques dédiées au maïs.

La campagne 2018 signe l’arrêt de production pour l’Adengo, remplacé par l’Adengo Xtra, plus concentré. L’obligation de présence d’un dispositif végétalisé permanent (DVP) à proximité des points d’eau passe de 20 à 5 m. La restriction d’usage consistant à ne pouvoir l’utiliser qu’un an sur deux persiste. La Chambre d'agriculture a étudié diverses solutions alternatives au S-métolachlore dans le cadre de la gestion des graminées. Premier constat : « Une base racinaire reste nécessaire, à base d’Isard, Adengo, Atic aqua, Dakota P… » Parmi les différents programmes testés en pré-levée, ceux donnant les meilleurs résultats sont les combinaisons Atic aqua avec Adengo, ou Isard avec Adengo. En stratégie de pré-levée réduite puis de post-levée, il est possible d’appliquer du Dakota, puis d’effectuer un rattrapage adapté à la flore ou d’utiliser une combinaison d’Isard et d’Elumis, ou Callisto, ou Mondine. « En post-levée, la combinaison Elumis avec Isard fonctionne bien », poursuit Pierre Geist. La spécialité Calaris combine les matières actives terbuthylazine et mésotrion. Elle est homologuée à la dose de 1 l/ha, sous réserve de respecter un DVP à proximité des points d’eau de 5 m, et de ne pas dépasser une application tous les deux ans. « Son efficacité est limite sur sétaires, digitaires et panic, il convient donc de la mélanger à une autre spécialité », prévient Pierre Geist. La spécialité Capreno contient de la tembotrione et du thiencarbazone. L’obligation de respecter un DVP à proximité des points d’eau est de 20 m. Le point faible du Capreno : les véroniques et les mercuriales. Il convient donc également de le mélanger avec une autre spécialité au spectre d’action complémentaire. « Ce produit étant peu rémanent, il peut y avoir des relevées », prévient Pierre Geist. Les adjuvants sont des substances souvent déjà intégrées dans les formulations des spécialités phytosanitaires, dans l’objectif principal de renforcer l’action de (s) la matière (s) active (s), de différentes manières. « Par exemple, les huiles, qui accélèrent sa pénétration dans la feuille, sont préconisées avec les désherbants anti-graminées », illustre Pierre Geist. Les mouillants, qui ont pour effet d’étaler le produit, peuvent s’avérer utiles dans la gestion des graminées et/ou en traitement bas volume. Les sels corrigent les eaux dures et évitent une évaporation trop rapide du produit. Ils sont donc préconisés pour les applications en conditions séchantes, avec le glyphosate ou encore les sulfonylurées. Conclusion de Pierre Geist : « Les adjuvants peuvent être utiles en désherbage, mais s’avérer dangereux avec les anti-dicotylédones car ils peuvent engendrer un risque de phytotoxicité. Par contre, ils sont inutiles avec les fongicides. » Fertilisation azotée : des spécialités qui n’amènent pas toujours de gain d’efficacité Pour être valorisable par les cultures, l’azote contenu dans l’urée doit dans un premier temps subir une hydrolyse qui le transforme en ion ammonium, puis une nitrification qui le transforme en nitrate. Un processus qui peut se traduire par des pertes d’azote à différents niveaux, principalement la volatilisation de l’ammonium et la lixiviation des nitrates. « La volatilisation est favorisée par un pH basique et l’absence de couverts. La lixiviation a surtout lieu au printemps, elle est dépendante du type de sol », précise Claire Buy. Pour limiter ces pertes d’azote, les industriels ont mis au point certaines spécialités. C’est le cas de l’Alzon, qui doit freiner le processus de nitrification, donc étaler la production de nitrate. Il est alors conseillé d’apporter la dose totale au premier apport et de l’enfouir. L’Utec, une autre spécialité, agit en freinant l’hydrolyse ce qui doit avoir pour effet de réduire les pertes par volatilisation. Enfin, la spécialité Apex retarde toute la chaîne de réaction grâce à sa formulation. Les performances induites par ces spécialités ont été comparées à celles obtenues grâce à l’urée ou à l’ammonitrate seul (e) s, sans mettre en évidence de différence significative, « sachant que l’utilisation de ces spécialités entraîne un surcoût », note Claire Buy. Un autre essai mené sur l’effet du fractionnement de la fertilisation azotée a mis en évidence que le fait que l’urée soit apportée en deux fois ou tout au semis, n’entraîne pas de différence de rendement significative. « Par contre, il y a plus d’azote absorbé par la culture lorsque l’apport est fractionné, sans que cela se répercute sur le rendement. Il s’agit donc d’une consommation de luxe en conditions non limitantes », rapporte Claire Buy. Au final, la meilleure absorption de l’azote est obtenue en apportant la dose totale à 6-7 feuilles, ce qui représente toutefois un risque de brûlure, et requiert un enfouissement par binage s’il n’y a pas de précipitation annoncée dans les jours qui suivent, au risque de voir l’azote se volatiliser.

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