Barrage agricole de Breisach
La prise en main des crues du Rhin
Barrage agricole de Breisach
Publié le 31/05/2018
Créé après la Seconde Guerre mondiale pour relever le niveau de la nappe phréatique, le barrage agricole de Breisach aura une nouvelle mission dans les années à venir : gérer différemment les crues du Rhin. Les travaux débuteront à l’automne prochain.
Le barrage agricole de Breisach a été réalisé par l’Allemagne en 1965. Il appartient au Land de Bade-Wurtemberg qui assure l’ensemble des opérations d’aménagement, d’entretien et d’exploitation. Toutefois, l’utilisation du barrage pour la rétention des crues du Rhin est un projet transfrontalier qui engage les deux pays. Les différents aménagements du fleuve réalisés à partir du XIXe siècle ont permis de développer la navigation, de protéger les populations, les habitations ainsi que les terres cultivables des inondations, d’assurer la production électrique. Mais ils ont également eu pour effet l’augmentation du débit de pointe des crues et une exposition aux inondations plus importante des populations situées à l’aval du Rhin (du côté Allemand, au nord de Strasbourg). « L’objectif est de pouvoir utiliser le barrage de Breisach en tant que retenue d’eau afin d’écrêter les crues du Rhin, expose Marc Lebeau, responsable de l’unité fonctionnelle pour les projets transfrontaliers chez Voies navigables de France (VNF). Jusqu’à présent, c’est le Rhin qui décidait de sa hauteur. Une nouvelle hauteur de retenue d’eau a été décidée, dans le prolongement des premiers accords entre la France et l’Allemagne de 1982. Demain, ce ne sera plus le Rhin qui sera responsable de la hauteur de la retenue du barrage, mais l’homme. Ceci nous permettra d’intervenir à meilleur escient. » Ainsi, 270 millions de m3 d’eau sur le Rhin supérieur entre Bâle et Worms pourront être retenus. En d’autres termes, le barrage agricole Breisach retiendra, pour une crue donnée, plus d’eau qu’auparavant. Côté allemand, cela se concrétise par la mise en place de prises d’eau sur le Rhin pour diriger l’eau vers le polder au sud de Breisach. 77,6 % du volume de rétention sera stocké sur le territoire allemand. Côté français, outre l’eau stockée sur la retenue du barrage, l’île du Rhin, à quelques kilomètres au sud du barrage, sera inondée plus souvent, mais toujours pour des crues importantes du fleuve. Les deux côtés du Rhin mettent en place des solutions correctrices pour supprimer les risques de remontées d’eau dans les sous-sols des communes riveraines en limitant les remontées d’eau phréatique. La principale mesure consiste à mettre en place des puits de pompage destinés à rabattre le niveau de la nappe phréatique. En France, 19 puits de pompages seront mis en place : 10 à Vogelgrun et 9 à Geiswasser. Ces pompes permettront d’éviter l’arrivée d’eau dans 62 caves à Vogelgrun et dans 6 sous-sols de Geiswasser. L’eau pompée sera refoulée principalement dans le Grand Canal d’Alsace. Ces nouvelles installations permettront d’éviter les dégâts causés par les crues dites bicentenalles, survenant en moyenne tous les 200 ans. La dernière date de mai 1999 à Bâle. Quatre puits de pompage seront mis à l’essai en automne 2018. L’installation des 19 pompes et des réseaux d’évacuation des eaux pompées débutera fin 2019-début 2020. Le nouveau réglage du barrage de Breisach permettant de retenir plus d’eau sera testé lorsque les installations des deux côtés du Rhin seront opérationnelles (pas avant 2022). Le coût du projet est estimé, pour la partie des interventions en France, à une vingtaine de millions d’euros, supportée par le Land de Bade-Wurtemberg qui met à disposition de la France les sommes nécessaires aux aménagements sur la rive française.












