protection des cultures

Chez Corinne Diemunsch à Balbronn

Soigner la vigne par les plantes

Publié le 17/11/2017

Tanaisie, achillée, absinthe, reine-des-prés, saponaire, rue, bardane… : l’exploitation viticole de Corinne Diemunsch - Domaine de Gunterhof - n’a vraiment rien de commun. Depuis 2013, cette viticultrice produit des plantes aromatiques, tandis que ses raisins bios sont livrés à la cave du Roi Dagobert.

L’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) proposait une journée de rencontre avec Corinne Diemunsch qui soigne ses vignes par les plantes et qui a fait de la production de plantes séchées pour le soin de la vigne et des cultures, sa deuxième activité. Un événement auquel tous les vignerons du Grand Est étaient conviés. Nul n’est prophète en son pays, ce dicton n’a jamais résonné aussi fort, jeudi 8 novembre vu l’intérêt suscité par cette formation auprès des vignerons lorrains, qui sont venus en force en Alsace : 18 participants sur les 25 présents. Après la présentation des installations, le séchoir et la pièce de stockage, des locaux bien ventilés mais plutôt sombres pour préserver les propriétés des plantes séchées, les vignerons avaient rendez-vous à la cave du Roi Dagobert, pour deux heures d’introduction à l’usage des plantes. Un propos de Corinne Diemunsch, inspiré par le formateur Éric Petiot, qui s’est voulu très modéré. Ces préparations peu préoccupantes tombent sous le coup d’une législation contraignante sur la communication des pratiques phytosanitaires alternatives aux produits de synthèse. « Je peux commercialiser des plantes, mais je ne peux pas vendre des préparations et en revendiquer des effets, faute d’AMM (autorisation de mise en marché). » Pour les usages, il existe une bibliographie abondante… Pour être efficace, la phytothérapie des vignes s’inscrit dans une approche viticole globale. Les méthodes sont douces et peu agressives pour la terre et la plante : les vignes sont taillées en Guyot-Poussard de manière à ce que les mutilations de la taille entravent au minimum les flux de sève. La fertilisation vise à nourrir la vie microbienne des sols, mais pas à perfuser les vignes d’azote minéral. Corinne Diemunsch applique par exemple des oligoéléments et du saccharose. Et s’agissant des travaux des sols, selon l’approche de la trophobiose de Francis Chaboussou, il n’y a pas de remuage de la terre après la mi-juillet pour ne pas provoquer de minéralisation des sols. Et d’une manière générale, elle n’utilise pas d’outils de travail des sols à dents animées telles que la herse rotative et la fraise. « J’aime bien varier les plantes » Corinne Diemunsch centre la protection de sa vigne autour du cuivre, avec un premier traitement à la très très faible dose de 50 g/ha en Cu métal dès le stade 2 feuilles, et du soufre Thiovit. « Mes plantes « premiers secours » sont l’ortie, la consoude, la prêle, la fougère et l’achillée. » Les traitements s’appliquent autant au sol que sur la plante. Le bouillon moléculaire élaboré à partir de décoction ou d’infusion « est reconnu par la plante, et est donc très assimilable ». Ces applications de plantes exercent « un effet nutritif, SDN, biostimulant ou phytostimulant, et créent une atmosphère défavorable à l’implantation des maladies. Les plantes que j’utilise sont l’ortie, la reine-des-prés, la prêle, l’origan, la consoude, la tanaisie. » Et contre les insectes, la tanaisie, la lavande, la menthe, l’absinthe, la rue, la santoline, et la fougère sont appliquées pour leur effet insectifuge : « J’aime bien varier les plantes et apporter des éléments différents, des phénols différents. »      

Betteraves sucrières

Tous contre la cercosporiose !

Publié le 05/10/2017

Le service agronomique de Cristal Union et l’équipe agrobetteravière de la sucrerie d’Erstein, en collaboration avec les sociétés SESVanderHave et Syngenta, ont organisé une rencontre technique sur le thème de la cercosporiose dont la virulence croît chaque année en Alsace depuis quatre ans. Plus d’une centaine d’adhérents sont repartis avec de nouvelles clés pour maîtriser cette maladie en Alsace.

La cercosporiose. C’est la bête noire des betteraviers alsaciens. Car la maladie est désormais très présente sur l’ensemble du territoire, et particulièrement dans les secteurs irrigués. En outre, les fortes attaques de 2016 et 2017 ont mis à jour des souches de champignon résistantes aux fongicides. L’homologation du cuivre pour lutter contre la maladie aide beaucoup les betteraviers. Mais il faut aller plus loin, notamment en matière de génétique. « De nouvelles variétés arrivent sur le marché, avec des différences de comportement importantes. Il nous a donc paru important de faire le point sur la maladie », indiquait Michel Butscha, adjoint au responsable du service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein, en préambule de cette rencontre technique. Des outils de suivi de la maladie existent, comme CercoTOP, mais « doivent encore être optimisés pour accroître leur précision dans la détermination de l’apparition de la maladie, ce qui permettra d’améliorer le positionnement des traitements parfois trop tardifs ». En effet, pour lutter efficacement contre la cercosporiose, il s’agit de commencer à traiter avant même l’apparition des symptômes : « Si on voit des taches, il est trop tard, on ne fera plus que courir derrière la maladie », commente Michel Butscha. Autre problème : la cercosporiose n’est pas le seul ennemi de la betterave. « On ne peut pas relâcher la pression sur les autres parasites. Il s’agit donc de privilégier des variétés qui cumulent plusieurs tolérances », estime Michel Butscha. Et donc aussi accepter la baisse du potentiel de rendement de ces variétés multitolérantes. « C’est un virage à prendre pour être plus serein à l’avenir. Car sachant que la multiplication des traitements n’est pas une solution envisageable, ce n’est que par la génétique que la lutte progressera », estime Michel Butscha. Qui déroule une série de scénarios, avec des variétés plus ou moins tolérantes, des stratégies de traitements plus ou moins coûteuses et plus ou moins efficaces. Et dont il ressort que la marge est plus intéressante dans les stratégies utilisant des variétés tolérantes à la cercosporiose. Car leur moindre productivité est compensée par des traitements moins coûteux et/ou par une perte de rendement imputable à la cercosporiose moins importante qu’avec une variété sensible. Résistance multigénique Camille Barre, sélectionneuse au sein de la société SESVanderHave, a détaillé le mode d’action de l’agent pathogène, qui entre dans les plantes en passant par les stomates, puis se développe entre les cellules. Avec la lumière et la chaleur, le champignon va produire de la cercosporine, une phytotoxine qui va tuer les cellules des feuilles. Le champignon se développe d’abord dans les feuilles les plus anciennes, puis sporule et s’attaque aux feuilles nouvellement émises par la betterave. Mais pour produire de nouvelles feuilles, la betterave puise dans ses réserves, d’où les pertes de rendement enregistrées. Pour élaborer de nouvelles variétés, combinant tolérance à la cercosporiose et rendement, la société SESVanderHave met à profit les avancées permises par les nouvelles technologies. Les notations sont effectuées à partir d’images acquises par des caméras embarquées dans des drones. La présence de gènes de résistance dans le matériel végétal est vérifiée par des analyses moléculaires, ce qui permet d’accélérer le cycle de sélection. « Notre objectif est d’aboutir à une résistance multigénique, avec plusieurs gènes qui font barrière à l’agent pathogène. Il s’agit d’une résistance plus stable, plus difficile à contourner, mais aussi plus lente à transférer », indique Camille Barre. C’est pourquoi regrouper des gènes de résistance dans du matériel végétal constitue l’un des axes de travail du projet Aker, qui vise à améliorer la compétitivité de la betterave. Une résistance aux strobilurines exponentielle Si la lutte génétique progresse, la lutte chimique reste un complément indispensable. Il est donc nécessaire de gérer les problèmes de résistance aux fongicides afin de maintenir la productivité de la culture. « Des isolats de l’agent pathogène résistants à différentes familles chimiques existent naturellement, indique Frédéric Cannaert, chef de marché betterave chez Syngenta. C’est la pression de sélection exercée par certaines pratiques agricoles qui peut faire basculer l’équilibre entre les différents isolats, conduisant au développement de résistances et à une baisse d’efficacité des fongicides. » Un phénomène qui peut être accéléré par une mauvaise utilisation des fongicides. Il s’agit donc de veiller à les utiliser « au bon moment, à la bonne dose, à la bonne cadence, et avec une bonne qualité de pulvérisation ». (NDLR : lors de cette réunion, les coopérateurs ont d’ailleurs pu observer, grâce à un dispositif de démonstration, comment optimiser la qualité de pulvérisation et limiter les effets de la dérive.) Malgré ces mesures de précaution, la résistance de l’agent de la cercosporiose aux strobilurines est exponentielle : « De 9 % d’isolats résistants en 2013, nous sommes passés à 88 % d’isolats résistants en 2017 », indique Frédéric Cannaert, sachant que les prélèvements sont effectués là où des cas sont soupçonnés. Afin d’élargir l’éventail des solutions de lutte chimique, Syngenta a déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché pour un produit phytosanitaire associant deux formes de cuivre à d’autres matières actives présentant différents sites d’action dans la cellule. Un produit qui pourrait être commercialisé en 2019, voire avant. Un paquet génétique lourd à porter Ce produit, qui vient d’obtenir une dérogation temporaire pour cet usage, a d’ailleurs été testé cette année dans un essai portant sur la stratégie de lutte fongicide réalisé à Schoenau. Si l’essai a confirmé l’efficacité du produit, il n’en reste pas moins que son application correspond à une forte dose de cuivre, dont le devenir dans le sol pose question. Des alternatives au cuivre ont donc été testées, avec parfois des résultats encourageants, constituant autant de pistes à creuser. Conduits par William Huet, responsable du département agronomie et services aux adhérents du groupe Cristal Union, les planteurs ont ensuite pu visiter la plateforme qui présente plus de 88 variétés : « Cette parcelle a dû être traitée, sinon on n’aurait rien vu tellement la pression en cercosporiose était importante, a-t-il indiqué. Il faut surtout regarder ce qui a été perdu au niveau des feuilles, parce qu’une betterave peut être verte parce qu’elle a émis de nouvelles feuilles. Mais cela se traduira par une perte de richesse. » Au fil des variétés, il commente : « En plus d’être tolérante à la cercosporiose, la variété idéale devrait aussi l’être au rhizoctone, à la rhizomanie, aux nématodes… Ça fait un paquet génétique lourd à porter. »

Zones non-traitées (ZNT)

Un arrêté pour clarifier les choses

Publié le 14/09/2017

Le 8 septembre, le préfet du Haut-Rhin a signé le nouvel arrêté définissant les zones non traitées (ZNT) à proximité des points d’eau. D’ici quelques mois, chaque commune du département disposera d’une cartographie « lisible » élaborée collectivement entre la profession agricole, les associations de protection de l’environnement et les services de l’État.

« Les agriculteurs pourront enfin faire la différence entre un cours d’eau et un fossé ! » Le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass, ne cache pas sa satisfaction à la vue de l’arrêté relatif à la définition des points d’eau signé le 8 septembre par le préfet du département, Laurent Touvet. Finies les approximations des cartes IGN qui « ne constituaient pas une référence parfaite en la matière ». D’ici quelques mois, chaque commune du Haut-Rhin disposera d’une cartographie très précise, réalisée au plus près du terrain, par celles et ceux qui l’arpentent au quotidien. Cet arrêté préfectoral - rendu possible par l’arrêté ministériel du 4 mai 2017 relatif à la mise sur le marché et à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques et de leurs adjuvants - est le fruit d’un consensus entre les organisations professionnelles agricoles (FDSEA, Ava), l’association Alsace Nature et l’État. Le public a également été consulté en amont sur le projet d’arrêté. Une quarantaine d’observations ont été formulées et « examinées avec soin ». « Il y a une volonté commune de travailler ensemble en écoutant l’opinion de l’autre », se félicite Laurent Touvet. Denis Nass voit dans ce travail collectif la validation des efforts entrepris par le monde agricole envers la protection de l’eau. « Viticulteurs et agriculteurs ont fait beaucoup de choses dans notre département. Cela montre que nous sommes sérieux dans ce dossier et nous continuerons à l’être pour le bénéfice de tous. » Un état d’esprit dont se félicite le président d’Alsace Nature, Daniel Reininger, qui souligne le fort « taux d’acceptation » des exploitants de l’arrêté de 2006 (annulé en juillet 2016 par le Conseil d’État pour vice de procédure) qui interdisait tout traitement à moins de cinq mètres d’un plan d’eau ou d’un cours d’eau. « À partir de maintenant, nous allons pouvoir mettre l’accent sur les zones les plus sensibles, là où la menace sur la qualité de l’eau est plus forte », poursuit-il. Bien sûr, certains secteurs susciteront davantage de débats que d’autres, notamment en montagne. Denis Nass en est conscient et compte bien faire le tour du département pour expliquer aux exploitants le rôle essentiel qu’ils ont à jouer dans ce travail d’identification. « Le plus important est que nous aboutissions à un document qui soit accepté de tous, à un outil qui permettra de savoir ce qu’on peut faire et ne pas faire », complète Daniel Reininger. Cette nouvelle cartographie va prolonger et valoriser un travail collectif - démarré il y a deux ans et bientôt terminé - de définition partagée des cours d’eau. Plus de 2 200 km (sur un total de 3 000 km) ont déjà été examinés par les équipes de la DDT et l’Agence française de la biodiversité. L’ensemble des partenaires du domaine de l’eau a été associé aux réunions d’examen de ce travail qui a abouti à la publication - sur le site internet de la préfecture du Haut-Rhin - de cartes représentant un linéaire de plus de 1 400 km. « Des expertises partagées complémentaires seront donc nécessaires pour évaluer le risque de transfert de pollution vers le milieu naturel depuis de simples fossés qui peuvent, à certaines périodes de l’année, contenir et entraîner de l’eau », développe Laurent Touvet. Cette nouvelle cartographie va également permettre de simplifier l’application de la réglementation. Ainsi, en chaque point du réseau hydrographique, l’agriculteur ou le viticulteur pourra savoir à quelles réglementations il est soumis : Loi sur l’eau, Zones Non Traitées, règles de « bonnes conditions agricoles et environnementales ».

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