Vendanges 2018
Des pistes pour recruter ses saisonniers
Vendanges 2018
Publié le 07/09/2018
Entre la précocité des vendanges à des dates où moins de personnes sont disponibles, la nécessité de renouveler ses équipes, et parfois le manque de sérieux des candidats, recruter ses vendangeurs ressemble de plus en plus à un casse-tête. Comment les trouver et les garder ? Voilà quelques exemples de stratégies déployées par des vignerons indépendants.
Activer les réseaux de contacts personnels et publics. Le traditionnel bouche-à-oreille semble encore avoir de beaux jours devant lui pour faire passer le message à la famille élargie et aux connaissances diverses et variées. « J’avais cette année cinq personnes à renouveler sur douze. J’ai pu renouer contact avec d’anciens vendangeurs perdus de vue depuis deux ou trois ans. Ils ont accepté. Et l’oncle de mon salarié s’est proposé pour remplacer une défection de dernière minute » indique Matthieu Kuhn, co-gérant du domaine Antoine Stoeffel à Eguisheim. La plupart se rassurent avec ces « circuits courts ». A défaut d’obtenir toute la main-d’œuvre souhaitée, s’adresser à Pôle emploi est une solution qui, de l’avis général, « donne plutôt satisfaction ». « J’ai embauché deux personnes par ce biais il y a deux ans et elles se sont bien intégrées au groupe » juge Peggy Schwartz, du domaine Racème à Blienschwiller. Le succès paraît en revanche plus inégal si l’on utilise le canal des réseaux sociaux. Bien évaluer la motivation des candidats. Peggy est attentive à leur comportement, à leur posture, à leur attitude, à leur regard. Sont-ils plutôt individualistes ? Ou prêts à s’entraider ? Se présentent-ils par envie de travailler ou se sont-ils seulement déplacés pour satisfaire l’injonction de Pôle emploi ? « J’explique les règles. Je préviens que le travail est physique, fatigant. Je scrute les réactions. Cette année, j’ai vu beaucoup de personnes entre 35 et 55 ans motivées par la vigne, le vin et la région » poursuit Caroline Moritz, du domaine Moritz à Andlau. « J’ai besoin de collaborateurs. Les jeunes retraités constituent une bonne cible. J’essaye de retenir des gens qui ne sont pas contraints par la perspective de gagner de l’argent » ajoute Armand Landmann, vigneron indépendant à Nothalten. « Il faut pouvoir compter sur les personnes qu’on retient » résume Simone Geiger, qui recrute depuis quarante ans les vendangeurs de l’Eàrl du Felsberg à Bernardvillé. En 2018, son équipe de quatorze coupeurs et porteurs est complète. À l’invitation du Synvira, elle s’est rendue à la séance de mise en relation viticulteurs/vendangeurs organisée le 22 juillet à Barr. Pour anticiper l’avenir car « certains de mes vendangeurs ont dépassé 70 ans et pensent à se désister. Il faut de nouvelles têtes. Une à deux chaque année est un bon rythme » estime-t-elle. « Je propose ma bonne humeur ! » Mutualiser ses vendangeurs. S’organiser entre viticulteurs est un bon moyen de s’assurer des saisonniers nécessaires sur la période des vendanges. Pierre Bernhard, vigneron indépendant à Châtenois, s’est entendu avec un collègue qui coupe beaucoup de raisins à crémant avant de poursuivre en récolte mécanique. Pierre a repris ces personnes début septembre. « Ce sera une équipe efficace dans les coteaux » évalue-t-il. Armand Landmann a conclu le même accord pour sept des douze vendangeurs qui débutent la saison chez un ami. Caroline Moritz a pour sa part contacté plusieurs de ses collègues dont elle a su qu’ils avaient refusé des candidats. Elle a noté leur téléphone. À moyen terme, elle se verrait bien partager le quotidien des vendanges avec des woofers, logés et nourris sur place. Créer un cadre qui donnera envie de revenir. « J’aménage les horaires. Quand la température atteint les 28°, la journée se termine à 13 h 30 » souligne Pierre Bernhard. Pour trouver ses quinze coupeurs et porteurs, Peggy Schwartz s’est résolue à proposer un hébergement à cinq d’entre eux, soit le maximum qu’elle peut loger. « Ce sont des jeunes de Strasbourg et de plus loin qui n’ont pas le permis et qui ne roulent pas sur l’or. Je veux leur éviter des frais, ne serait-ce que de camping. L’avantage est qu’ils sont sur place » dit-elle. Le domaine Geiger n’héberge plus, mais « la difficulté de recruter fera peut-être qu’on y reviendra » avance Simone. Caroline Moritz n’a aucune possibilité d’hébergement mais encourage toute son équipe à pratiquer le covoiturage. « Pour qu’ils apprennent à se connaître. Pour créer du lien » glisse-t-elle. On l’aura deviné, « l’ambiance » est le point clé à maîtriser. « C’est ce que je propose en même temps que ma bonne humeur » rigole Armand Landmann. « Les petites anecdotes à raconter, c’est primordial » enchérit Matthieu Kuhn. « La présence dans l’équipe d’anciens qui se connaissent est un plus. Sans convivialité, c’est triste » lance Pierre Bernhard. La pause de 9 h ou de 9 h 30 ainsi que le déjeuner ne sont pas à négliger. Pierre organise ce dernier dans sa cave climatisée et commande chez le traiteur. Le domaine Geiger embauche spécialement une cuisinière. Mathieu Kuhn ne défalque rien de la fiche de paie de ses vendangeurs pour le repas de midi. Une majorité de viticulteurs clôture leur séquence vendanges par un dîner où les petits plats sont mis dans les grands. « Un beau repas dont on se souvient avec plaisir, ça compte pour un vendangeur » conclu Pierre.












