Travaux de saison

Publié le 25/10/2016

Cette année, les prairies sont passées de l’état de marécage à celui de steppes arides. Et le maïs ensilage, après avoir végété sous l’eau, a failli griller au soleil. Les silos sont néanmoins remplis, et plutôt bien. Quant au foin, il faut bien s’en accommoder…

Il paraîtrait qu’il va faire froid cet hiver… Quelle bonne nouvelle ! Parce que c’est par l’hiver dernier doux qu’ont commencé les turpitudes traversées par les prairies alsaciennes en 2016 : « Avec la douceur hivernale, elles ont commencé à pousser tôt, puis, il ne s’est quasiment jamais arrêté de pleuvoir. Si la récolte n’a pas été faite le 7-8 mai, l’un des seuls créneaux qui s’est ouvert, elle s’est éternisée », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Ce n’est finalement que fin juin-début juillet que les foins ont pu être rentrés. Et quel foin ! Dépassé en stade, souvent couché par les excès d’eau, donc maculé de terre… Et puis, brusquement, tout s’est inversé. Une chose incroyable s’est produite : il s’est arrêté de pleuvoir ! Complètement. Si bien que « ceux qui avaient pu faucher en mai ou en juin ont encore eu de belles repousses, mais si les foins ont été faits mi-juillet, il n’y a pas eu de repousse, ou très petite, car après le 15 juillet, il n’y a quasiment plus eu de pluie », indique Laurent Fritzinger. Le coup de chaud de fin août-début septembre a fini de rendre les repousses misérables. « C’est dommage parce qu’au départ toutes les conditions étaient réunies pour faire une récolte de regain superbe. Mais finalement les prairies ont grillé parce que toute l’eau du printemps était inaccessible aux prairies qui puisent l’essentiel de leur ressource en eau dans les dix premiers centimètres du sol. Il y a donc eu très peu de repousses estivales et automnales. » Autre conséquence du manque d’eau : dans les prairies pâturées, l’herbe ne pousse plus depuis mi-août. Les conditions permettent aux bêtes de rester à la pâture, qu’elles n’abîment pas, mais il faut compléter leur alimentation en les affourageant avec le foin de piètre qualité récolté précédemment. Fauché avec un mois de retard, au moins ne fait-il pas défaut. Mais, à lui seul, il ne nourrit pas suffisamment les bêtes et il faut donc compléter les rations avec de l’énergie : « Certes il remplit la panse, mais il ne nourrit pas plus, voire moins, qu’une bonne paille », assène Laurent Fritzinger. Ensilage de qualité Pour le maïs ensilage, le scénario est relativement similaire, mais pas les conséquences. Leur démarrage les pieds dans l’eau s’est traduit par des décalages de semis, des pertes de pieds, et surtout dans les zones où il se fait traditionnellement beaucoup de maïs ensilage, rapporte Laurent Fritzinger. Au final, 10 à 30 % de rendement en moins, et des maïs au gabarit plutôt court du fait de leur végétation durant le mois de mai. Du coup, bon nombre d’éleveurs ont dû ensiler plus de parcelles que d’habitude pour remplir leurs silos, ou acheter du maïs ensilage pour compléter leur propre récolte. Autant de maïs qui va manquer à la collecte de maïs grain. La qualité de ce maïs ensilage, récolté dans de bonnes conditions, est satisfaisante, avec un bon rapport épi-plante entière.

Publié le 22/10/2016

« La betterave peut se refaire à l’automne », dit l’adage. Encore faut-il que les conditions météorologiques le lui permettent. Malheureusement ça n’a pas été le cas. Comme les autres cultures, la betterave affiche des rendements en baisse et n’a pas pu exprimer son potentiel.

Cette année, le transport des betteraves a démarré le 21 septembre, deux jours plus tard, le 23 septembre, l’usine Cristal Union d’Erstein produisait ses premiers cristaux de sucre. Trois semaines après, le service agrobetteravier dresse un premier état des lieux : « Les résultats sont inférieurs à nos prévisions. Nous estimons désormais la récolte à 80 t/ha à 16°, contre 95 t/ha à 16° en moyenne ces cinq dernières années, soit une baisse de production de 15 % par rapport à une année moyenne », indique Laurent Rudloff, responsable du service. Une estimation qui cache d’importantes disparités en fonction des secteurs, de la structure du sol, de la pression en maladies, rhizoctone et cercosporiose. Eau : le manque a suivi l’excès Cette contre-performance s’explique par une succession de facteurs pénalisants : excès d’eau au printemps, manque d’eau en été, puis en automne, ce qui a empêché les betteraves de poursuivre leur croissance, et enfin, tout dernièrement, des températures plutôt froides pour la saison qui, elles aussi, bloquent la croissance des tubercules… « Un tel cumul de problèmes, c’est un phénomène rare », commente Michel Butscha. Ces facteurs pénalisants se retrouvent jusqu’à l’arrachage puisque, d’abord compacté par les excès d’eau printaniers, les sols ont ensuite durci sous l’effet du manque d’eau. Du fait de leur faible enracinement, les betteraves sortent néanmoins assez bien, de terre, sans trop de casse. C’est plutôt le matériel d’arrachage qui souffre, certaines pièces s’usant prématurément. « La tare terre est faible, par contre nous retrouvons beaucoup de feuilles sèches dans les silos, ainsi que des betteraves atteintes de rhizoctone brun », indique Michel Butscha. Encore des désagréments liés aux conditions difficiles de l’année. Moins de pulpes Le volume de betteraves à ramasser étant plus faible, la campagne s’annonce plus courte que d’habitude. « Nous avons déjà trois jours de chargement d’avance, donc nous prévoyons que la campagne sera terminée avant Noël », estime Laurent Rudloff. La baisse de rendement n’aura pas d’autre effet sur l’usine qu’une campagne écourtée. Par contre la disponibilité en pulpe sera moindre, « et encore plus sur la seconde partie de campagne », annonce Laurent Rudloff. Une filière tournée vers l’avenir Cette campagne en demi-teinte ne doit cependant pas décourager les planteurs : le groupe Cristal Union poursuit sa politique de développement, qui va se traduire en Alsace par une hausse de la surface betteravière de plus de 10 % en 2017 par rapport à 2016 (après une hausse de 6 % qui avait porté la sole betteravière à 6 750 ha en 2016). Une hausse obtenue grâce à la conclusion de contrats avec de nouveaux coopérateurs, mais aussi par le développement de la sole allouée à la betterave par des coopérateurs historiques. « Certes la betterave a souffert cette année, comme toutes les autres cultures, mais nous voulons continuer à aller de l’avant, en tirant les enseignements de cette campagne pour continuer à améliorer la performance, grâce à la génétique, les techniques de production et ainsi faire s’exprimer tout le potentiel de cette culture », affirme Laurent Rudloff.

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