Viticulture

Gestion écologique du cavaillon, sous le rang de vigne

Partage d’expérience autour de la piloselle

Publié le 10/06/2017

Sujet agronomique innovant s’il en est, la piloselle comme alternative au désherbage de la vigne, peut aujourd’hui profiter à bien des vignerons, pour répondre à des situations viticoles précises, notamment en coteaux. Et ce, grâce à l’expérience innovante partagée des vignerons de Westhalten et quelques autres en Alsace.

La piloselle est cette petite plante rampante aux vertus allélopathiques, c’est-à-dire qui empêcherait la levée des graines d’autres herbes. Ces propriétés sont mises à profit par des vignerons qui la plantent sur le rang de vigne. Installée durablement, mais non sans une certaine pratique à acquérir, elle permet d’éviter d’avoir recours aux herbicides ou aux techniques de buttage et débuttage. En Alsace, cette piloselle a fait l’objet d’essais à plus ou moins grande échelle, individuels ou collectifs. Quelques techniciens-conseils en viticulture, promoteurs de la piloselle depuis le début des années 2010 étaient réunis autour d’une table le 24 mai dernier au Petit Wettolsheim chez Jean-Marc Buecher, avec quelques viticulteurs alsaciens, qui ont testé ou testent la piloselle - Michel Ottermann des domaines Schlumberger, Pierre Isner, Jean-François Lallemand, Frédéric Schermesser, pour le GIEE de Westhalten, ainsi que Jean Masson, un chercheur de l’Inra. Ils ont partagé leur expérience, avant et après avoir visité les parcelles plantées de piloselle sur le rang de vigne. Motivés par des alternatives écologiques « Il y a cinq ans, on avait tenté de trouver une solution pour ne plus avoir à désherber ou tondre le cavaillon, dans des terrains inaccessibles et les vignes en espalier », introduit Michel Fritsch, technicien conseil d’AB2F. « Aujourd’hui, le retour technique nous l’avons, mais il nous manquait un regard comparatif global. Et c’est l’Inra, avec le GIEE de Westhalten, qui serait capable de nous donner ces données chiffrées objectives, servant de base de réflexion à des viticulteurs intéressés par la piloselle, et nous permettant de continuer de proposer des solutions », poursuit-il. Michel Ottermann, des domaines Schlumberger, souhaitait pour sa part installer la piloselle notamment sur les talus du domaine, lourds à gérer, et sur des vignes en dévers, également techniquement très contraignantes. L’objectif pour Pierre Isner était cependant de répondre aux prescriptions d’Écophyto, de réduction en herbicides, trouvant que l’alternative du désherbage mécanique dégrade le bilan carbone, représente une « contrainte de temps, d’énergie et de coûts ». Quant à Jean-François Lallemand, il s’agissait surtout « de retenir la terre du cavaillon en forte pente ». En effet, quand la bande désherbée un peu large se conjugue au passage de la roue, peuvent alors survenir des érosions par ravines au niveau du passage de roues, explique-t-il. Enfin, Jean-Marc Buecher à Wettolsheim, en bio sur son domaine, cherchait un mode de conduite écologique du cavaillon, notamment sur ses vignes en espalier du grand cru Hengst, dont la gestion en dévers, requiert extrêmement de technicité. Une mise en œuvre précautionneuse Michel Ottermann, assisté du technicien-conseil Stéphane Freyermuth, a été l’un des tout premiers en Alsace à installer la piloselle sur ses talus. S’il se montre satisfait, en revanche pour les cavaillons en dévers, ça a été plus compliqué. La piloselle s’installe par plantation : « L’expérience montre qu’on peut implanter une vingtaine d’ares à deux planteurs en une matinée, plus un préparateur de plants, puis c’est un îlot qu’il faut entretenir », explique Jean-François Lallemand. « Il faut se donner les moyens d’y arriver. Une fois le tapis obtenu, c’est plus cool », poursuit-il. Puis « l’entretien consiste à extirper les adventices résiduelles, tels les géraniums. Contre le trèfle, le meilleur moyen c’est la fauche. » « Si la zone n’est pas propre, la plante s’installe mais ne prend pas le dessus. En talus, on est moins exigeant sur la propreté. On a planté à une densité de 50 cm en quinconce », ajoute Michel Ottermann. Une synthèse et un guide à venir La réussite de la colonisation des cavaillons par la piloselle a connu plus ou moins de réussites et d’échecs, résume Jean Masson, qui a suivi le groupe de vignerons à Westhalten, dont le ban comprend à ce jour 16 hectares implantés de piloselle. « On a mesuré la vitesse de colonisation sur l’ensemble des parcelles. En fonction de conditions pédoclimatiques, on peut arriver jusqu’à 80 % de colonisation en 18 mois. Cependant, les parcelles qui accusent un retard de colonisation - entre 20 et 40 % de couverture à 18 mois - peuvent le récupérer. » Ensuite, poursuit-il, pour atteindre de 80 à 95 % de surface du cavaillon colonisée, « c’est là qu’interviennent les soins apportés avec la fauche et en extirpant les quelques adventices ». Une fois cette attention apportée en troisième année, la piloselle est installée durablement. Le groupe de vignerons de Westhalten a même adapté un outil de fauche à rotofil constitué de satellites, à l’assiette inclinable pour les cavaillons en dévers… L’ensemble de ces expériences, partagées dans le GIEE de Westhalten, font l’objet de rédaction d’une synthèse des échecs et réussites sur l’implantation de la piloselle, et de la rédaction d’un guide de pratiques, explique Jean Masson. À Wettolsheim, Jean-Marc Buecher, plus esseulé, mais parmi les précurseurs, a procédé différemment en tentant quelques innovations personnelles avec son fils Steeve, qui avait imaginé un ingénieux système de semis de graines enrobées et épandues en voie liquide sur le rang : « Notre objectif était de garder le sol propre le temps que la graine de piloselle germe et s’installe. On avait identifié l’outil, et on avait même testé différents enrobages. » L’idée étant qu’il est toujours moins fastidieux de semer que de planter des plants. Car, « c’est pénible à planter », prévient Jean-François Lallemand. Quant au taux de germination, il est bas et aléatoire, d’où le risque d’une colonisation irrégulière… « On avait différents essais avec différents terreaux, avec des échecs et des réussites. » Aujourd’hui, si les principaux obstacles techniques ont été levés, subsistent encore quelques interrogations et des volontés d’innovation, par exemple pour développer une planteuse de piloselle, peut-être par transfert de techniques d’outils implantation utilisés en maraîchage… Ou encore d’apprécier l’effet de concurrence de la piloselle sur la vigne en d’autres situations pédoclimatiques. C’est en partageant que les vignerons de Westhalten se sont rassurés… Une viticulture qui ose, mais qui veut s’appuyer sur des résultats Il est bien possible que le sujet de la piloselle aurait été abandonné s’il n’y avait pas eu « au départ dans ce projet une vocation de partage », et la volonté de co-construire « de l’innovation à partir de savoirs et de mobilisation des acteurs au sens large dans leur diversité de pensées, explique Jean Masson. On est en présence d’une viticulture qui ose, mais elle est confrontée à un besoin de confirmation, de vérification, de reconnaissance de résultats chiffrés pour aller plus avant dans le changement de pratiques… » Un sujet innovant comme la piloselle, requérant de la technicité et de l’observation, était au départ constitué de bouts d’informations. L’écueil réside dans « l’assemblage illégitime d’informations qui aboutit à faire prendre un risque à celui qui réunit les informations pour expérimenter dans sa parcelle. Si ça marche, tout va bien, si ça ne marche pas, alors on aurait dit que la piloselle c’est nul ! C’est ce que nous vivons en permanence sur bien d’autres sujets », explique Jean Masson. « L’âme du projet n’était pas de proposer une solution clé en main. Maintenant on aboutit à des résultats et on voudrait les partager. La profession pourrait en profiter, surtout pour ne pas reproduire les erreurs que nous avons commises », estime Jean-François Lallemand. « Aujourd’hui, nous avons cinq ans de recul, il sera un peu plus aisé de communiquer sur la piloselle avec une certaine confiance. Et il nous semble qu’elle peut répondre à des problématiques viticoles précises », résument Michel Fritsch et Éric Baumer.

Publié le 31/05/2017

À Pfaffenheim, Alice et Étienne Zink stockent leurs vins jusqu’à dix ans avant de les mettre sur leur carte. Le meilleur moyen selon eux de ne pas décevoir leur clientèle.

Comme les dix générations qui l’ont précédé, Étienne Zink n’aime pas brûler les étapes. Il rejoint son père Pierre-Paul sur le domaine en 2004. Il ne gère d’abord que la vigne avant de reprendre progressivement la main en cave et enfin à la vente. Étienne ne se fixe pas d’objectif de rendement. Il constate que ses parcelles majoritairement situées en coteau avec de bonnes réserves hydriques restituent entre 35 et 45 hl/ha en grand cru, autour des 70 hl/ha en appellation Alsace. Il les conduit sur une arcure « en raisonné, tendance bio » ce qui lui laisse la possibilité d’un systémique. 70 % des cavaillons reçoivent un désherbant, 30 % sont nettoyés à la débroussailleuse. Le rang alterné tous les cinq ans est travaillé, non pas à la herse rotative, mais avec des disques qui sont « plus souples » et « ne créent pas de semelle de labour ». Étienne passe la sous-soleuse après les vendanges et mise sur le gel hivernal pour émietter les mottes. Deux équipes de vendangeurs interviennent à l’automne. En cave, Étienne sulfite en moyenne à 2 g/hl et fait débourber entre vingt-quatre et quarante-huit heures. Il levure rarement. Il enzyme les seuls jus qu’il prévoit de vendre en vrac afin que les vins soient bien clairs. Il a pour ligne de produire « les vins les plus secs possible, qu’on peut boire tous les jours ». Un sylvaner, un pinot blanc ou un riesling qu’il met sur sa carte est à 0 g de sucre. Un muscat en affiche de 5 à 8 g, un pinot gris et un gewurztraminer de 8 à 12 g. « Les vins d’Alsace ne sont pas des vins d’apéritif » argumente-t-il. Étienne utilise principalement ses cuves inox de 6 à 80 hl pour les opérations de base. Il fait confiance à des fûts de 12 à 50 hl pour l’élevage de l’ensemble de ses vins pendant neuf à dix mois, voire jusqu’à douze ou vingt-quatre mois. « Le bois est plus intéressant pour les vins de garde. C’est un matériau noble qui est plus en rapport avec ma philosophie de vie » juge Étienne qui laisse vieillir toute sa gamme. Avant de figurer sur la carte, les vins de cépage attendent au moins deux à trois ans, le crémant trente mois ou plus, le grand cru au moins quatre ans. Certains ont de plus de dix ans et dorment toujours en cave. Fin 2016, Étienne achevait par exemple d’écouler un riesling VT 1997. « Je ne vends que des vins à maturité. Mes clients sont habitués à cette qualité. Elle doit être au rendez-vous quel que soit le moment de l’acte d’achat. Je ne me vois pas leur dire que tel ou tel millésime était moins bon » justifie Étienne. Un partenariat gagnant-gagnant Pierre-Paul puis Étienne, ont progressivement mis en place cette politique de vieillissement. « Cela revient à une réserve qualitative. Mais il faut s’en donner les moyens » commente Étienne. Le plus important est de rendre l’arbitrage qui décidera si un vin rentre (ou non) dans la rotation en fonction de sa qualité, de sa date de maturité, de la prévision de vente, du volume disponible… « Le client doit avoir l’assurance qu’il achète toujours une qualité optimale. C’est notre fonds de commerce. Gagner un peu moins d’argent parce que l’on vend un vin en vrac, ce n’est pas une perte. C’est un investissement dans la crédibilité du domaine » analysent Étienne et Alice, son épouse. Le couple écoule ainsi sa production auprès d’une clientèle attirée par le bouche-à-oreille aussi bien en France (40 %) qu’à l’étranger (60 %) depuis les années soixante-dix/quatre-vingt. « Nous livrons des commandes groupées et quelques restaurateurs. Nous ne participons qu’à un seul salon dans les Hauts-de-France » confesse Étienne. Étienne travaille méthodiquement à l’export. Son but est d’y construire des partenariats solides. Plutôt que de pratiquer le « largage d’échantillons », il réalise un gros travail de sélection des importateurs qu’il démarche. « J’analyse si mon offre a sa place, si elle est adaptée au pays et à chaque client. Je n’y vais pas avec mon tarif sur lequel j’applique une réduction. Le prix que je propose tient compte de mon environnement concurrentiel et de celui de mon acheteur. Cela demande beaucoup de temps. Mais quand je prends rendez-vous, il n’y a pas de raison que l’affaire ne se fasse pas, car c’est du gagnant-gagnant. C’est clair entre nous. Cela aboutit à des relations saines et sereines ». Étienne projette de s’intéresser à de nouveaux marchés. Il y présentera des bouteilles au visuel moderne validé fin 2016 au terme d’un processus de dix-huit mois avec l’objectif de « communiquer sur un concept, pas seulement emballer un vin ». La nouvelle étiquette adopte une découpe. Elle a la forme de deux gouttes. Elles rappellent un sablier et symbolisent le temps qui passe, le temps nécessaire à ce que les vins du domaine atteignent leur maturité.

L'épamprage selon la méthode Simonit et Sirch

Dans la continuité de la formation taille, méthode Simonit et Sirch, fin novembre 2016, Vitisphère Alsace proposait vendredi 19 mai une formation à l'épamprage répondant aux mêmes principes et dispensée par un intervenant de la filiale française Simonit et Sirch : Maîtres tailleurs de vignes.

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