Viticulture

Publié le 02/07/2017

Ampelys a organisé jeudi 22 juin sa cinquième édition consacrée à la pulvérisation. L’idée est d’informer les clients sur les techniques à adopter. Des ateliers et des démonstrations ont permis de dynamiser les explications données.

Cette soirée s’est déroulée sur le domaine Koeberle-Bleger à Saint Hippolyte auprès des clients d’Ampelys du Centre Alsace. La société organise chaque année cette manifestation sur une zone géographique différente afin de toucher l’ensemble de sa clientèle. L’idée est de l’informer, mais également de l’intéresser à l’évolution des techniques de travail. « Nous considérons que nous ne sommes pas de simples technico-commerciaux. Nous sommes là pour expliquer à nos clients comment appliquer les produits, à quel moment et à quel endroit. Nous sommes une coopérative au service de nos adhérents. Ces soirées permettent d’apporter de l’intelligence mutuelle. Ce sont des moments privilégiés qui créent des liens et apportent des informations techniques servant à tout le monde au niveau professionnel », explique Emmanuel Kippelen, animateur des ventes chez Ampelys. Cette année, trois ateliers étaient proposés. Les clients agriculteurs, divisés en trois groupes, se sont retrouvés sur chaque atelier pendant une demi-heure. Le premier, consacré au poudrage, était animé par les entreprises Siegwald et Getade. La première a présenté une nouvelle technique de poudreuse de la marque Hervé. Ces poudreuses ont un groupe d’air avec un monobloc qui apporte une vraie robustesse, un système de turbine de diamètre 400 qui est simple, une enveloppe de lignes aérodynamique en polyéthylène, un distributeur d’air avec des sorties proportionnelles et une grille de protection aux normes européennes. La cuve est également en polyéthylène, le châssis coupé au laser et peint au four, la commande est manuelle par câble depuis le tracteur avec ouverture et fermeture individuelles pour chaque sortie. Ces poudreuses ont une précision de réglage, une simplicité d’utilisation pour toutes les poudres (soufre trituré ou fluido, argile, chaux, etc.) et un excellent rapport qualité-prix. La seconde propose, elle, des poudreuses avec un concept de système de diffusion de volet qui fait contre-pression. Cela permet de baisser les doses et de poudrer avec une juste dose au bon endroit. Différentes compétences Dans le second atelier, la société Syngenta a pris le temps d’expliquer l’importance du soufre dans tout ce travail qu’est la pulvérisation. Et, dans le troisième atelier, animé par la société De Sangosse à l’aide d’une remorque de démonstration, différents modèles de buses ont été mis en valeurs. La qualité de la pulvérisation et des adjuvants ont été différents selon les buses, tout comme la taille des gouttelettes sur les feuilles. « Nous sommes sur cette opération comme un chef d’orchestre. Nous montrons que notre métier est un rouage de différentes compétences, de répartition des rôles. Nous prenons le temps d’expliquer avec l’aide de nos partenaires et par le biais de démonstrations », précise Emmanuel Kippelen. Des propos complétés par Jean-Marc Muller, responsable technique chez Ampelys. « L’idée est de montrer qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais agriculteur, mais qu’il est nécessaire de bien connaître son matériel et de savoir l’utiliser au bon endroit, au bon moment. C’est un sujet porteur car les professionnels ont soif d’acquérir de nouvelles connaissances. » Après un repas champêtre convivial pris en commun, la soirée s’est poursuivie avec l’observation nocturne de la qualité de la pulvérisation par fluorescence.

Publié le 01/07/2017

À Reichsfeld, Bernard et Arthur Bohn s’adressent à une clientèle de connaisseurs séduits par leurs vieux millésimes et des vins ciselés par de longues vinifications.

Schistes et grès. Voilà les deux atouts de Bernard Bohn. Il les exploite depuis 1982, l’année de son installation sur 4,5 ha en Gaec avec son père. Au fil des ans, l’arrêt de plusieurs viticulteurs du voisinage lui permet de presque doubler la surface et d’accéder à 3 ha de grès et autant de schistes. Ces deux ensembles sont en pente, parfois forte. « Tout est mécanisable. Mais les travaux y nécessitent le double de temps qu’en terrain plus favorable. C’est pourquoi, plutôt que de faire des hectares et de faire cracher des hectolitres, j’essaye de valoriser au mieux » explique Bernard. Il prône l’enherbement naturel car « il faut laisser faire les plantes qui se sont adaptées au sol et au climat, qui respectent la faune et la flore qui s’y invitent ». Avec l’arrivée cette année d’Arthur, 26 ans, le fils de Bernard qui a fait ses gammes pendant cinq ans chez des propriétaires conduisant leurs vignes en bio à l’étranger et en Alsace, le domaine s’apprête à entamer sa conversion. Les disques doubles associés à une rasette tiennent la corde pour désherber le cavaillon. Le rolofaca continuera d’être utilisé sur des herbes montées en graine. Le systémique jusque-là positionné avant fleur sera abandonné. Si en 2016 le domaine a tutoyé les 75 hl/ha, le rendement moyen habituel est plus proche des 50-55 hl/ha. Bernard utilise un pressoir mécanique de 35 hl qui « laisse plus de matière ». Il se refuse à enzymer et à levurer des jus sulfités à 1,5 g/hl en moyenne. Il fixe sa durée de débourbage entre douze et dix-huit heures car il ne recherche pas des moûts à la clarté absolue. Il élève ses vins dans des fûts et des cuves équipées de drapeaux. À 18-20°, il ralentit un peu les fermentations pendant un à deux jours avant de laisser les vins faire à leur guise, mais sans toutefois les voir dépasser 25°. « Je les suis méticuleusement au jour le jour » assure Bernard. « Je veux des vins qui expriment le terroir et le raisin ». Bernard a une carte fournie. Il produit un sylvaner macéré quatre semaines sans pigeage, embouteillé non filtré, un riesling maturé en barriques de chêne, d’acacia et de châtaigner, un crémant chardonnay pinot noir 2007 non dosé, plusieurs vins nature depuis 2010. Il adore assembler à l’image de cuvées comme les Collines (sylvaner/muscat), l’Eternel (riesling/pinot gris/pinot noir), ou la Délicieuse (gewurztraminer/pinot gris). Il mise sur les élevages longs : par exemple quatorze mois en barrique pour son pinot noir Roches rouges, trente-six mois de lattes minimum pour ses quatre crémants. Le sucre résiduel sur l’étiquette « Ma passion, c’est de créer » glisse Bernard, approuvé par Arthur qui a déjà signé quelques vins du tarif 2017. Père et fils sont d’avis que dans la situation de leur domaine, à l’écart du passage, il leur faut ne pas tomber dans les vins ronds et faciles, mais rester sur le sec pour s’adresser à un public de connaisseurs, amateur de vins de garde. Ils y sont aussi incités par leurs crus. « Un vin de schiste, c’est bon au bout de sept à huit ans » calcule Bernard. « Quand on connaît le potentiel qu’un tel vin a à perdre par une vente prématurée, on le garde pour le proposer au client quand il arrive au sommet ». La preuve figure sur la carte. Elle comporte pour plus de la moitié des millésimes remontant à 2010 ou plus anciens. Cette politique de mise en marché pousse Bernard à boucher ses vins uniquement avec du liège ou un bouchon verre. Pour être clair aux yeux de ses acheteurs, il fait aussi figurer le nombre de grammes de sucre résiduel sur l’étiquette, mais il a cessé de le faire pour l’acidité, en raison de la confusion que fait l’acheteur entre tartrique et sulfurique. Le domaine vend son pinot blanc en raisin et du sylvaner en vrac. Il écoule 70 % de ses bouteilles au caveau, ouvert uniquement sur rendez-vous à des clients venus par le simple bouche-à-oreille. Le solde part par expédition, dont un petit courant d’exportation vers Taïwan. Aujourd’hui, Bernard et Arthur veulent porter leur nombre moyen de bouteilles vendues à 50 000 par an. Ils peuvent compter sur le tout nouveau caveau en bois lamellé collé qu’ils ont en grande partie construit eux-mêmes. Le clou de cet espace est sans conteste le puits qui perce son centre sur une profondeur de deux mètres. Une table ronde en verre ne cache rien de son pourtour piqué de bouteilles vides, sauf la rangée du bas, faite de bouteilles pleines, recouvertes d’un film noir. Arthur se consacre largement au développement des ventes. Il a déjà commencé à animer des dégustations privées et se multiplie sur les réseaux sociaux. Il envisage aussi de se rendre sur l’un ou l’autre salon, un circuit qui n’avait pas été retenu jusqu’à présent.

Publié le 17/06/2017

Les deux tiers du matériel végétal utilisé par les viticulteurs alsaciens sont des clones certifiés. Leur production obéit à des règles strictes pour garantir un plant sain à leurs utilisateurs.

Imaginez une pyramide. À son sommet, les têtes de clone. Il s’agit de types génétiques sélectionnés pour la plupart dans le vignoble alsacien sur leurs caractéristiques, agronomiques, œnologiques et sanitaires. Ils sont envoyés au conservatoire des variétés de l’IFV du Grau-du-Roi (Gard) où ils sont plantés dans des sables, à l’écart du vignoble. C’est comme cela par exemple que depuis 2008 le riesling s’est enrichi de sept nouveaux clones. À côté de l’historique 49 ont pris place le 1089, le 1090, le 1091, le 1092, le 1094, le 1096 et le 1097. Ce « réservoir » méditerranéen alimente une parcelle située dans le Bas-Rhin et géré par le Service prospection et multiplication de matériel clonal (SPMC) du Civa. Elle se compose de douze cépages, habituels (sylvaner, riesling, etc.) et moins classiques (savagnin rose, chardonnay, chasselas…) de l’appellation Alsace. Elle fournit le matériel végétal de base à la plantation de vignes mères productrices de greffons certifiés. Elles sont un support pour produire du bois qui, une fois multiplié par greffage en pépinière sera vendu aux viticulteurs. Une vigne mère se conduit comme n’importe quelle autre. Avec en plus un objectif de qualité du greffon. « Il faut viser un bois bien aouté, sans symptômes de maladie tel que l’oïdium ou l’excoriose. L’objectif est de récolter des bois ayant une bonne mise en réserve d’un diamètre compris entre 8 et 12 mm. C’est la dimension qui permet au pépiniériste d’avoir une bonne compatibilité entre greffon et porte-greffe. Une vigne qui a un bon équilibre n’a pas de problème de taille de greffon » rassure Arthur Froehly, ingénieur responsable du SPMC, qui organise la production de ce matériel végétal. Tout greffon garantit bien entendu la souche et l’absence de viroses et de maladies. « L’aspect sanitaire est prioritaire. Toutes les parcelles sont visitées chaque année par le SPMC, les techniciens de la chambre d’agriculture et le syndicat des pépiniéristes. Chaque pied suspecté de jaunisse, d’enroulement ou de court-noué est répertorié, prélevé, analysé. Les pieds positifs à la jaunisse sont arrachés. Ceux révélant de l’esca ne sont pas récoltés, mais recépés ou arrachés. S’il est détecté un symptôme d’enroulement ou de court-noué, c’est la parcelle entière qui est radiée définitivement du parc de vignes mères. Toutes ces précautions donnent l’assurance qu’aucun greffon contaminé n’ira plus loin » précise Arthur. En 2016, seuls 2 % des pieds étaient en moyenne touchés par l’esca, aucun par le court-noué et quatre présentaient des indices de bois noir. Toutes les parcelles sont piégées pour surveiller scaphoïdeus titanus, la cicadelle vecteur de la flavescence dorée. En périphérie des vignes mères, le SPMC tient également à l’œil les populations de cochenilles, tenues pour responsable de la dissémination du virus de l’enroulement. En production depuis 1975 Sous la tutelle de FranceAgriMer, le SPMC gère la production en répartissant entre les viticulteurs sous contrat avec lui, les commandes des pépiniéristes passées en décembre. Les greffons sont récoltés en janvier et février. Ils sont conditionnés en fagots obligatoirement liés avec une ficelle de palissage et identifiés par un passeport phytosanitaire européen qui les trace et leur permet de circuler. Ces 200 sarments présentent chacun au moins dix à douze yeux greffables, soit un potentiel d’environ 2 000 pieds. Depuis 2016, le SPMC les centralise à 0° pendant une semaine sous un hangar à Colmar afin d’y contrôler la qualité des bois et l’étiquetage. « Auparavant, les greffons étaient directement livrés au pépiniériste. Ce nouveau dispositif leur procure plus de sécurité qu’un contrôle aléatoire sur fagots » juge Arthur. En 2017, quelque 4 millions de greffons doivent être produits. 90 % ont été livrés en Alsace, 5 % ailleurs en France et 5 % (essentiellement du chardonnay et du pinot blanc) à l’étranger. Une parcelle de vigne mère peut-être mise en sommeil à condition que toutes les interventions soient enregistrées. Les premières parcelles alsaciennes produisent depuis 1975. « Il suffit de remplacer les pieds trop âgés avec du matériel de base » signale Arthur Froehly. Les viticulteurs candidats à fournir de telles surfaces n’ont qu’une seule motivation : rendre service à la filière. Le SPMC est constamment sur la brèche pour en recruter de nouveaux. « Le parc de vignes mères vieillit et nous avons des clones récents pour lesquels il faut produire des greffons » explique Arthur. Après 2020, l’offre s’élargira à six nouveaux clones de pinot gris, d’autres de pinot blanc et d’auxerrois. En avril-mai, le SPMC a planté dans le Bas-Rhin 70 ares de vignes mères de sylvaner 487, de pinot gris 457 et de gewurztraminer 643. Ils entreront en production en 2020.

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