Viticulture

Syndicat des Vignerons Indépendants d’Alsace (Synvira)

Des fêtes œnotouristiques pour valoriser l’image

Publié le 22/05/2017

La dégradation des ventes en vin d’Alsace s’accélère, et le vignoble peine, malgré ses disponibilités en vin, à retrouver les marchés. Le Synvira préconise de hiérarchiser l’offre. Et il poursuit ses efforts œnotouristiques avec les événements du printemps que sont le Pique-nique du vigneron et l’Apéro gourmand.

C’est à l’hôtel Sofitel de Strasbourg « où beaucoup de vignerons indépendants sont mis en avant » que le président du Syndicat des Vignerons Indépendants d’Alsace (Synvira), Pierre Bernhard, a souhaité faire un point d’actualité syndicale et annoncer les opérations œnotouristiques à venir, que sont l’Apéro gourmand, le Pique-nique du Vigneron Indépendant. « Sur nos parcelles touchées - pour l’instant les contre-bourgeons n’ont pas redémarré -, il faut encore attendre les chaleurs pour voir si ça repousse, a introduit Pierre Bernhard. Et cela fait deux années de suite que nous avons des dégâts de boarmie. » Une situation qui fait augmenter le coût de la bouteille au vu de l’importance des charges fixes. « Ce qui est clair, c’est que beaucoup de domaines sont en difficultés suite à ces problèmes climatiques récurrents. Il risque d’y avoir des regroupements pour faire face à des situations de trésorerie difficiles. On a des phénomènes climatiques qu’on n’avait pas il y a 15 ans : sécheresses, grêles, gelées, vents, tempêtes. Tel que c’est parti aujourd’hui, avec des récoltes qui font le yo-yo, la situation devient compliquée. » 18 doléances Les vignerons craignent de se « retrouver dans la situation délicate que vivent d’autres filières de l’agriculture ». Ils viennent d’adresser aux pouvoirs publics un cahier de 18 doléances notamment sur le poids des réglementations et les successions, « pour permettre de pérenniser les domaines ». Et ils attendent toujours de l’Europe qu’ils puissent expédier librement du vin aux particuliers, sans démarches administratives douanières qui découragent tout commerce. Et ils souhaiteraient aussi ne pas être freinés dans leurs projets œnotouristiques, actuellement plafonnés à 50 000 € ou 30 % des bénéfices agricoles. Mais le Synvira dispose de forces vives en réserve, et notamment son groupe des Jeunes - une cinquantaine sur un potentiel de 90 -, « courageux, qui veulent avancer, et qui croient au succès des vins d’Alsace. Prenons garde de ne pas les écœurer ! », s’exclame Pierre Bernhard. Filière des vins d’Alsace : - 11 % de chiffre d’affaires Quand on regarde les chiffres du vignoble alsacien au 15 mai (- 7,1 % sur 12 mois, avec des disponibilités en progression de 12 %), « les baisses significatives de ventes affectent moins les vignerons indépendants », précise Pierre Bernhard. Mais plutôt certains gros marchés d’entrée de gammes, « confrontés à la concurrence des pays limitrophes qui ont des coûts de production moindre », analyse le Synvira. Explication : « J’ai vu à Prowein des pinots blancs en flûte rhénane, étiquetés pinot blanc en français. Nous ne sommes pas capables de vendre ces vins à 2,50 € la bouteille. » Clairement, la mise d’origine en flûte et la mention du cépage ne sont plus des éléments identitaires du vin d’Alsace. « Les derniers chiffres montrent que la filière des vins d’Alsace a perdu 11 % de chiffre d’affaires sur un an (NDLR : évalué en 2015 à 540 millions d’euros). Il semble que les vignerons indépendants sont moins affectés, car ils se situent sur des micromarchés. » Pour sortir de l’ornière, les Vignerons Indépendants comptent bien justifier leurs efforts de qualité et valoriser leurs vins avec la « hiérarchisation », c’est-à-dire l’obtention d’une reconnaissance des vins de terroirs, notamment en premier cru. « La notion de premier cru est déjà bien connue même à l’export, c’est très clair pour l’acheteur, ça va nous aider à mieux positionner nos vins, explique Pierre Bernhard. À la foire aux vins, nous faisons goûter les vins par terroir, ce qui attise la curiosité des consommateurs. » Premiers crus : éviter le cas Vallée noble Une première étape a été franchie avec le vote en assemblée générale de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA). « Le schéma nous convient, mais des ajustements restent à faire, sur la strate communale et futur premier cru. Nous souhaitons que la différence du terroir soit reconnue et que ça ne dépende pas de divers critères de recevabilité, tels que le nombre minimal de vignerons, la surface minimale, le type de cépage autorisé sur le lieu, etc. La commission d’enquête a compris notre démarche », explique Bernard Jantet, directeur du Synvira. « On ne souhaiterait pas que des lieux-dits connaissent la même destinée que l’appellation communale Vallée noble (2004) : finalement aujourd’hui il n’y a pratiquement plus de maisons qui la revendiquent, parce que les critères définis sont trop restrictifs. » Il sera également important aux yeux des Vignerons Indépendants d’adapter « la communication à la strate et par rapport aux terroirs ». En attendant, le Synvira poursuit son activité en soutenant les opérations œnotouristiques que sont l’Apéro gourmand le 26 mai prochain, et le Pique-nique du Vigneron Indépendant, les 3, 4 et 5 juin, au même moment que le slowUp de la route des vins, de quoi passer un superbe week-end œnotouristique en Alsace.

Publié le 21/05/2017

Jeudi 4 mai, à l’École de Management de Strasbourg, des experts ont partagé leurs recherches sur le thème du vin et du numérique. Leur propos ? L’avenir de l’industrie vinicole passera par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

« En 2025, la France ne sera plus sur le podium mondial de production et de consommation de vins, » commence Nadia Lelandais. Le constat de cette experte en stratégie est glaçant. Il lance en tout cas les débats, ce jeudi 4 mai, l’École de Management de Strasbourg (EM). Des spécialistes de la commercialisation des vins français s’étaient réunis pour réfléchir aux solutions qui nous éviteront le naufrage. D’après eux, l’industrie vinicole doit se tourner vers de nouvelles techniques de marketing et de vente. Il y va de sa survie ! Un contexte global en mouvement L’économie viticole française est en train de couler. La consommation domestique est en chute libre et les nouveaux marchés seront difficiles à séduire. C’est ce qui ressort d’une étude dirigée par Nadia Lelandais, intervenante professionnelle à l’EM. « En 30 ans, la consommation annuelle de vin des Français est passée de 80 à 30 litres par personne. » En parallèle, de nouveaux marchés émergent de par le monde. Selon la spécialiste, « d’ici dix ans, on comptera 90 millions de consommateurs réguliers aux États-Unis, sans compter la Chine qui progresse très vite ! » Dès lors, comment séduire ces publics porteurs ? Ultra-connectés, ils consomment moins mais exigent de la qualité et plus d’information sur les produits qu’ils achètent. Arnaud Tarry, fondateur d’une start-up de vente de vins en ligne, détaille les nouveaux usages. « Aujourd’hui on observe une tendance forte vers les circuits courts, la vente en ligne et sur smartphone, ainsi qu’une diminution des intermédiaires (la fameuse ubérisation des services). » Si l’industrie du vin veut sauver sa peau, elle doit s’adapter aux pratiques du XXIe siècle. Des initiatives… peu nombreuses Arnaud Tarry l’a bien compris. Wine Cluster, son tout nouveau site web, propose de mettre en relation le consommateur directement avec le vigneron. Afin d’éliminer des intermédiaires et de créer une relation plus authentique, de proximité. On vous l’a dit, l’ubérisation est en marche ! Toujours dans le domaine de l’authenticité, le site sommelierparticulier.com va plus loin. Mathieu Lasne-Villoing, son cofondateur, se présente au public de l’amphithéâtre. « On propose à nos clients des conseils téléphoniques personnalisés de la part de sommeliers reconnus. » Puisque la dégustation de vins en ligne n’existe pas encore, autant se faire conseiller par des pro. Comme au restaurant en somme. Pourtant, ces initiatives sont trop peu nombreuses. Selon le patron de Wine Cluster, il y aurait « seulement 70 projets innovants en France ». Ridicule, comparé aux milliers de start-up dédiées à la gastronomie et aux sorties qui voient le jour tous les ans. Autre comparaison non moins alarmante, les sommes investies. « Ici, personne ne se lance dans des innovations car la marge sur les vins est faible, explique Mathieu Lasne-Villoing. Aux États-Unis, un projet de plateforme de vente en ligne vient de recueillir près de 80 millions d’euros ! » Et c’est bien là que le bât blesse. La France se fait distancer par des concurrents plus réactifs. Il va falloir écoper, et vite ! Trois ans pour réagir Arnaud Tarry donne trois ans à l’industrie vinicole pour se mettre à niveau. Passé ce délai, il sera trop tard… « Les pays qui investissent massivement dans les nouvelles techniques de communication et de vente vont mettre en place des plateformes où se concentreront les marchés émergents, anticipe-t-il. Ne comptez pas sur eux pour vous inviter à participer. » Éviter que se créent des monopoles du commerce en ligne. Ne pas devenir inaudible et surtout invisible. Voila les vrais défis qui se posent aux professionnels du vin. Un retard insurmontable ? Pas selon Nadia Lelandais. Pour elle, la solution passera par la mutualisation des moyens. « Il faut se réunir et réfléchir ensemble à des projets innovants, afin de créer un écosystème favorable aux inventions », argumente-t-elle. Producteurs, chercheurs, institutions, fournisseurs… L’ensemble des maillons de la chaîne doit travailler main dans la main. Et à ce sujet, il y a des raisons d’être optimiste. « La filière est déjà organisée collectivement, via les associations de viticulteurs et les interprofessions », relève cette fine connaisseuse du monde des vins. Un atout capital, à condition d’être disposé à mettre des sous sur la table. Pour Arnaud Tarry, l’équation est simple. « Aujourd’hui il faut investir quelques dizaines de milliers d’euros, l’an prochain ce sera plusieurs centaines de milliers et dans deux ans, des millions. Passé 2020, ça ne servira plus à rien de s’affoler car notre retard sera devenu irrattrapable. » Alors, investir ou mourir ? Il va falloir se décider rapidement. Le compte à rebours a commencé…

Publié le 19/05/2017

Fin 2016, 278 domaines alsaciens avaient reconverti en bio ou en biodynamie 2 339 ha de vigne et s’étaient engagés pour 77 ha supplémentaires. Comment gérer ce passage ?

Frédéric Schmitt est vigneron indépendant sur 13 ha à Orschwihr. Il a commencé par en conduire 3 ha en bio en 2005. Il a étendu cette stratégie à tout le domaine en 2010 avant d’en demander la certification en 2013. « J’y suis allé tout seul. J’ai basculé progressivement pour avoir la maîtrise du travail du sol. Le secret est de disposer du matériel adapté à ses sols et à ses écartements afin d’entretenir le cavaillon. J’ai débuté avec des rasettes. Au bout de quatre à cinq ans, le manque de terre m’a fait acheter des disques crénelés avec lesquels j’ai réalisé un buttage d’hiver. Aujourd’hui, mon parc se compose en plus d’un vibroculteur, de deux décavaillonneuses montées sur châssis, de pattes d’oie et depuis 2012 d’un chenillard en poste inversé qui me permet de travailler en frontal, de réduire la pénibilité du passage et de limiter le tassement. La quatrième, la cinquième et la sixième année ont été les plus difficiles parce qu’il faut impérativement maîtriser la propreté du cavaillon quand la vigueur diminue. Sinon la concurrence de l’herbe poussant sur le rang devient trop forte ». La protection du vignoble a été plus aisée à assumer. « Il faut être plus attentif à la météo et plus réactif. Au cours d’une année classique, je réalise un traitement de plus qu’en conventionnel avec un résultat similaire et un coût de matières actives moins élevé qu’en conventionnel » note Frédéric. Depuis l’an passé, Frédéric convertit son domaine en biodynamie. « Je veux diminuer ma dose de cuivre, avoir une gestion plus globale de la vigne et renforcer les défenses naturelles de la plante. Le passage du bio en biodynamie est plus facile ». Frédéric reste toutefois prudent. Il garde son rythme : 3 ha au début, la totalité de la surface d'ici 2019. Pour s’assurer « d’une transition plus rapide », il a signé un contrat d’appui technique de trois ans avec Christophe Ehrhart, ancien codirecteur de la maison Josmeyer, consultant en biodynamie depuis 2016. « J’établis avec le viticulteur qui me sollicite un programme qui prend en compte le terroir, la vigne, l’objectif de production, l’équilibre économique du domaine avec une moyenne qui varie de 50 à 60 hl/ha. Il doit être motivé et avoir une capacité minimale d’investissement en matériel, même si pour démarrer des pulvérisateurs à dos suffisent. Dans tous les cas, celui qui s’engage dans cette voie doit être conscient que passer en biodynamie, c’est sortir de sa zone de confort » dit-il. La première étape d’une reconversion est de poser à l’échelle de la parcelle un diagnostic sur le matériel végétal en place, le fonctionnement de la vigne, sa vigueur, la structure du sol, les pratiques qui ont eu cours depuis dix ans. « Comprendre ce dont la vigne a besoin » Le sol est le point clé. « Le meilleur moyen d’évaluer la situation est de prendre sa pioche pour aller voir où sont les racines. Si elles courent superficiellement et en parallèle de la surface, il faut rééduquer la vigne, intervenir d’abord doucement en griffant le sol pour lui apprendre à descendre. C’est là qu’elle se mettra à l’abri du froid et qu’elle pourra mieux supporter des aléas de plus en plus marqués de la climatologie actuelle » explique Christophe. L’ouverture du sol est donc primordiale pour « que l’air et l’eau qui le font vivre puissent le pénétrer. Des essais ont montré qu’un sol optimisé absorbe jusqu’à 38 mm d’eau par heure alors qu’il ne peut en encaisser que 2 mm s’il est tassé. Un apport de 1-2 t/ha de compost peut être privilégié en sol léger alors que le travail du sol est davantage préconisé en sol lourd. La biodynamie réfute l’engrais minéral azoté. « La vigne a deux types de racines : l’une avec laquelle elle se nourrit, l’autre avec laquelle elle boit. Mais quand l’eau transforme l’azote assimilable en sel, ce second type de racine boit et mange en même temps. C’est l’excès » affirme Christophe. Très logiquement, les produits de synthèse sont jugés comme « incitant la vigne à ne plus mettre en œuvre ses propres mécanismes de défense. Elle ne fabrique plus d’exsudats qui poussent les racines à plonger dans le sol et de molécules complexes chargées de protéger les raisins en se fixant sur leur pruine ». Pour Christophe, la biodynamie, « c’est observer pour comprendre ce dont la vigne a besoin ». Mais il reste « à chaque viticulteur de se rendre disponible dans sa tête, de se faire sa propre opinion sur les choix à faire, de montrer les bons réflexes à bon escient en se disant que chaque millésime est un nouveau défi avec lequel il demande à la vigne de lui restituer le seul potentiel qu’elle est capable de donner ». Frédéric Schmitt estime que le bio lui a fait franchir un palier. Il constate : « lors d’une dégustation verticale, le changement se perçoit à partir de 2005, et se renforce ensuite de plus en plus ». Il attend de faire un pas similaire avec la biodynamie.

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