Viticulture

Publié le 13/04/2017

Bien analysés, les chiffres de la comptabilité classique permettent de dire la pertinence de ses choix techniques et de mesurer sa performance commerciale.

« Quand je demande à un viticulteur comment il a fixé son tarif de vente, il y a souvent un blanc… ». Sébastien Weber, expert-comptable à Colmar, parle d’expérience. La réalité, c’est qu’il s’agit régulièrement de prix déterminés « à la louche ». « La pression concurrentielle du marché ou celle exercée par les collègues, fait que le prix affiché ne correspond pas forcément au coût de revient réel d’une bouteille » explique Sébastien. « Pourtant, la méthode de calcul du prix de revient peut être autre chose qu’une contrainte. C’est un indicateur dont le chef d’exploitation devrait se servir. Comment par exemple répondre à un appel d’offre si on ne sait pas si on perd ou si on gagne de l’argent ? L’objectif est donc de savoir comment l’entreprise se situe en coût global et/ou en coûts liés aux différents stades de la production. Mais chaque cas est un cas particulier car chaque domaine a son propre fonctionnement et ses particularités, comme l’importance du fermage ou de la sous-traitance, le choix d’inscrire les terres au bilan ou pas. Mais en tout état de cause, celui qui analyse ses coûts, analyse l’organisation de son entreprise ». La démarche prônée par Sébastien Weber s’appuie sur les chiffres comptables disponibles car ils sont les plus simples à mettre en œuvre. Elle prend en compte l’intégralité des charges figurant en classe 6. Signalons que ces charges comprennent la rémunération effectivement versée au chef d’exploitation et le cas échéant aux jeunes retraités. Elle doit au minimum se référer au prix d’une prestation extérieure. Le stock apparaît pour sa part en valeur réelle et non fiscale, ce qui permet par exemple d’intégrer la participation du conjoint à l’activité. Il revient ensuite au viticulteur de « découper » l’exploitation en postes importants. Le minimum semble être de quatre, à savoir les coûts de culture et de récolte, la vinification et la conservation, le conditionnement et pour finir la commercialisation. Il ne reste ensuite qu’à pousser (ou non) le détail, au choix, sur un ou plusieurs de ces postes. Sébastien Weber conseille de regrouper les charges par catégorie comme le matériel, le bâtiment, la main-d’œuvre… « C’est du découpage analytique. Les bons chiffres sont dans les bonnes cases. Avec à l’arrivée, un coût de mise en marché à l’hectolitre » dit-il. En revanche, « prendre la seule somme des charges globales et la diviser par le nombre de bouteilles est trop simpliste. Cette méthode n’intègre notamment pas le volume qui peut être cédé en vrac ». Un seuil et un instrument de contrôle La bonne tenue de la comptabilité est le préalable à une exploitation efficace des chiffres. Plus elle est détaillée au départ, plus il est aisé de scinder les postes et plus cela sera utile. Des comptes analytiques spécifiques à l’exploitation peuvent être créés à cette fin. Avec ce type d’outil, il est possible de descendre jusqu’à un coût à la parcelle. Cette information est notamment pertinente si l’objectif est de valoriser les vins selon une grille différente. « Beaucoup de domaines ne détaillent pas assez. L’appel à un prestataire extérieur est souvent un domaine qui reste trop flou » note Sébastien. Pour avoir une bonne vision du coût, certaines dépenses comme les frais administratifs sont à forfaitiser, mais des charges comme la création d’étiquettes ou l’établissement d’une marque sont à étaler sur plusieurs années. S’il existe deux structures juridiques, il préconise une approche globale via les comptes consolidés, ce qui n’empêche nullement ensuite le calcul spécifique, le cas échéant d’une activité négoce. « Le calcul du coût de revient est à la fois un système d’information et le seuil en dessous duquel il ne faut pas aller. Le prix d’un vin n’est qu’un élément d’une stratégie de vente. Ce n’est pas la solution car il y aura toujours un opérateur prêt à se positionner moins cher que vous » résume Sébastien Weber. Au contact du marché, d’autres paramètres influencent la définition des prix de vente, notamment le volume de récolte, la possibilité de valoriser la qualité et/ou le terroir, l’approche commerciale. « Connaître le coût de ses vins et la marge contributive par client permet de trancher une situation où il faut décider si l’on accepte de perdre de l’argent sur une entrée de gamme car on en gagne sur le haut de gamme » souligne l’expert-comptable. L’information fait également prendre conscience de la nécessité d’augmenter son prix de manière régulière sous peine d’avoir des surprises si l’on cumule des prix stables sur plusieurs années. Dernière recommandation de Sébastien Weber : garder la même méthode de calcul sur la durée, même si elle comporte des imperfections, car la variation du prix de revient est aussi un instrument de contrôle de l’évolution des conditions d’exploitation, par produit ou par centre d’activité !

Publié le 07/04/2017

À Saint-Hippolyte, Sylviane et Nicolas Simmler ont fait le choix de ne pas faire de concession à la matière qui donne leur charpente à leurs vins. C’est la condition de pouvoir les valoriser sur un domaine de taille modeste.

Ce n’est pas une surprise. Pour Nicolas et Sylviane Simmler, les millésimes 2013, 2014 et 2015 n’ont pas été les plus prolifiques de leur carrière. Cette succession de petites récoltes et la nécessité de vendanger un peu plus, incitent Nicolas à passer de une à deux arcures en 2016. La mesure produit son effet. Le domaine frôle les 80 hl/ha. Sa plus grosse vendange depuis son installation en 1990. Une bonne nouvelle ? À la fois oui et non aux yeux de Nicolas. Oui, parce que ce volume lui redonne de l’air. Non, car si la qualité rentrée n’est pas mauvaise, il ne s’en satisfait pas. « J’ai opté pour la production de vins de terroir, concentrés, donc à petits rendements. En année normale, le rendement d’exploitation n’excède pas 50 hl/ha » dit-il. Fidèle à sa ligne, Nicolas fait des choix radicaux l’hiver dernier. Il vend très tôt les deux tiers de sa récolte 2016 en vrac en direct chez un négociant, au lieu de 30 % habituellement. Il vinifie son pinot blanc en tranquille plutôt qu’en effervescent, car il le juge « trop court en bouche ». Il fait l’impasse sur son pinot noir haut de gamme « Cerisier des oiseaux » et son gewurztraminer vieilles vignes. « Je préfère ne pas vendre plutôt que de proposer des vins qui ne me plaisent pas et avec lesquels je cours le risque de me faire perdre des clients » justifie-t-il. À presque 7 ha depuis peu, sans muscat ni sylvaner dans l’encépagement, Nicolas estime être à la tête d’une entreprise dont la taille se maîtrise. Il n’est pas tenté par le bio tant que la reconnaissance est liée à une charge administrative qu’il juge trop lourde. Nicolas travaille donc en raisonné. Il passe un outil à dents dans des vignes enherbées un rang sur deux. Il désherbe le cavaillon. Il traite avec le duo cuivre/soufre, sauf en 2016 où la pression mildiou l’a fait utiliser trois fois des produits de synthèse sur dix interventions au total. Nicolas effeuille manuellement l’intégralité de sa surface en deux fois. Il vendange uniquement à la main des raisins qui finissent sur un pressoir mécanique de 22 hl. « Pour limiter au plus la trituration sur la cage, je pratique des temporisations qui maintiennent la pression. Le jus est extrait au bout du troisième programme. Il est récupéré dans une maie refroidie à 10-12°. Je débourbe entre dix et quarante-huit heures. Je n’utilise ni enzyme, ni levure. Je peux attendre le départ en fermentation pendant sept jours, mais en 2016 je suis monté à quinze jours ! ». Nicolas vise la production de vins secs, avec, par exemple, des rieslings à 2-3 g/l de sucre restant. Des foudres neufs en chêne des Vosges En 2015 et en 2016, le domaine a dû investir coup sur coup dans un hangar à matériel de 225 m² à la suite de la reprise d’un bâtiment de stockage par son propriétaire et dans de la cuverie. Nicolas a remplacé des cuves en béton verré et en acier émaillé arrivées en bout de course par des foudres neufs en chêne des Vosges de 21, 27 et 32 hl. Ce changement le ravit. « Je voulais du bois pour faire des vins plus ouverts. J’ai choisi des capacités identiques à mes cuves inox. Comme les deux types de cuve se font face, il m’est facile d’en permuter les vins au bout de trois mois. De plus, l’opération les oxygène » commente-t-il. Deux autres foudres sont commandés. Travaux compris, Nicolas et Sylviane ont réglé une facture de 37 000 €, allégée pour les seuls fûts par 35 % d’aide de l’Union européenne. Nicolas dispose d’une seconde cave équipée de trois cuves à chapeau flottant de 22, 40 et 45 hl. Elle est réservée au pinot noir issu d’une macération entre huit et quinze jours. Nicolas inscrit trois rouges sur sa carte. « Le rendement de 35, de 55 ou de 65 hl/ha fait la différence de qualité. Le rouge, c’est ma signature. Je suis en rupture » précise-t-il. Sylviane et Nicolas révisent leur tarif chaque année. Ils vendent actuellement la plupart de leurs vins entre 8 et 9 €. « Nous ne pouvons pas descendre ces prix. Nos marges sont trop réduites et les charges progressent en permanence. Nous devons donc proposer des vins irréprochables. C’est d’autant plus nécessaire car nous ne sommes pas seuls de la même appellation sur la douzaine de salons auxquels nous participons en France et en Belgique ». Nicolas place également ses vins lors de soirées à thème gastronomiques qu’il anime et dans l’un ou l’autre restaurant. Le caveau reste le débouché des deux tiers des bouteilles environ. Aménagé dans une ancienne cave à pomme de terre, il mélange bois massif et murs en pierre. Deux grosses poutres qui barrent le plafond et un puits de six mètres lui donnent du cachet. Il est directement accessible depuis la place de l’hôtel de ville, en plein centre, où la difficulté principale est de se garer. « C’est un handicap. Mais les clients qui veulent nos vins se débrouillent toujours » relativise Nicolas.

Institut français de la vigne et du vin - Inao

Un guide pour accompagner les viticulteurs vers l’agroécologie

Publié le 03/04/2017

Les responsables de l’IFV, du Civa et de l’ODG Ava ont présenté lundi dernier le « Guide de l’agroécologie et de la viticulture » destiné à tous les viticulteurs désireux d’approfondir leur démarche agroenvironnementale. Un document « pratico-pratique » qui doit permettre de réviser les itinéraires techniques tout en répondant aux attentes sociétales en matière d’environnement.

C’est un document qui permet à la viticulture « d’aller de l’avant ». Élaboré conjointement par l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) et par l’Inao, le « Guide de l’agroécologie en viticulture » a comme ambition de fournir des points de repère techniques à tous les vignerons désireux de faire évoluer leurs pratiques vers une démarche agroenvironnementale. « C’est aussi un bon moyen de répondre aux attentes sociétales en matière d’environnement et d’écologie », complète le président de l’IFV et président de la commission Environnement de l’Inao, Bernard Angelras. Un guide évolutif avec des solutions « régionales » Ce guide de cinquante pages, disponible gratuitement sous format papier ou numérique, est articulé autour de cinq grandes thématiques liées à la viticulture : la préservation et le développement de la biodiversité, la maîtrise et la réduction de la fertilisation, la limitation de l’usage des produits phytopharmaceutiques, une meilleure gestion de l’eau par les exploitations et l’utilisation d’un matériel végétal plus adapté à l’agroécologie. Le tout présenté sous un angle « pratico-pratique » tient à préciser Bernard Angelras. « Il s’agit de proposer des solutions simples et applicables de suite. » Et surtout pérennes d’un point de vue économique complète le directeur général de l’IFV, Jean-Pierre Van Ruyskensvelde : « Il faut agir avec pragmatisme. Ne plus avoir recours aux produits phytosanitaires est un défi individuel pour beaucoup de viticulteurs. À nous d’être au plus proche d’eux pour fournir les solutions les plus adaptées à leur contexte. » Ce guide a en effet vocation à s’enrichir progressivement avec des solutions proposées directement par les Organismes de Défense et Gestion (ODG) qui souhaitent se joindre collectivement à cette démarche agroenvironnementale. « Chaque région a ses spécificités. Elle doit pouvoir proposer et mettre en œuvre des solutions qui lui correspondent davantage. » Chaque ODG doit aussi pouvoir appliquer des mesures dites « mineures » sans l’avis d’une quelconque autorité extérieure. « La fin des herbicides, par exemple, n’est pas un sujet à débat », poursuit Jean-Pierre Van Ruyskensvelde. « L’Alsace a cette fibre écologique » Comme le souligne le président de l’ODG Ava, Jérôme Bauer, l’Alsace n’a pas attendu ce guide pour mettre en pratique des mesures agroenvironnementales, à l’image de l’enherbement. Sans parler de la viticulture biologique qui représente plus de 14 % du vignoble, ainsi que toutes les exploitations qui mènent une conduite raisonnée de leurs pratiques. « Mais le souci, c’est que presque personne ne le sait. On ne communique pas assez auprès des consommateurs pour leur dire ce que l’on fait de bien. Nous ne devons plus avoir honte. Nous avons des IFT basses en Alsace, il est temps de le faire savoir », souligne le viticulteur d’Herrlisheim-près-Colmar. « C’est vrai, l’Alsace a cette fibre écologique », continue le président de la Station régionale IFV Alsace, Jean-Daniel Héring. « Et grâce à ce guide, elle s’enrichit. Nous montrons ce qui existe, et ce qui est fait. » Pour le président du Civa, Didier Pettermann, ce guide est un « commencement » et une évolution « formidable » pour la viticulture, notamment alsacienne, « Nous avons le vignoble le plus propre de France. Nous allons pouvoir communiquer plus facilement sur nos pratiques et notre volonté de défendre l’environnement. » Derrière les bonnes pratiques viticoles, il y a aussi - et surtout - les paysages qui font le bonheur de millions de touristes chaque année, notamment en Alsace. « C’est important de les préserver, tant pour les générations à venir, que pour nos cartes postales. Dans cette optique, la viticulture a un grand rôle à jouer », note Jean-Daniel Héring. Un « virage » pour la viticulture Bernard Angelras le reconnaît : avec ce guide, l’Inao et l’IFV ne « réinventent pas l’eau chaude ». Qui plus est, les ODG n’ont absolument aucune obligation de le mettre en place ; tout est basé sur le volontariat. « Nous constatons néanmoins que les gens qui ne croyaient pas à l’agroécologie sont aujourd’hui étonnés de l’ampleur que c’est en train de prendre. C’est un enjeu que nous devons être capables de porter pour l’ensemble de la viticulture française. Quand on sait se retrouver, on est efficace. Et le fait que cela soit officialisé par l’Inao est un signe fort pour le collectif. Si on relève ce défi agroenvironnemental, cela montrera que la viticulture sait s’organiser autour des vignerons pour la préservation son environnement », témoigne le président de l’IFV. L’Alsace saura-t-elle faire consensus sur ce sujet ? Des discussions « auront lieu », indique Jérôme Bauer. « C’est en tout cas du bon sens d’aller dans ce schéma-là. C’est un virage pour la viticulture française et alsacienne », estime le président de l’ODG Ava. « Ce qui est sûr, c’est que nous avons devant nous une nouvelle génération plus marquée par les questions environnementales. »

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