Viticulture

Publié le 15/03/2017

La commune de Ribeauvillé, les viticulteurs en exploitant le ban, une association de sauvegarde faunistique et la Chambre d’agriculture ont un plan pour favoriser la biodiversité de la faune et de la flore. Leur exemple pourrait faire école ailleurs dans le vignoble.

Ils sont une bonne quinzaine de viticulteurs à se presser en ce début d’après-midi de février autour d’une remorque chargée d’une échelle et de trente nichoirs à oiseaux couchés à plat. Leur mission est simple : poser les abris. Francis Fischer, président du syndicat viticole de Ribeauvillé, est satisfait de la participation à cette opération collective de pose. « Dix m’ont appelé pour s’excuser. Cela montre leur intérêt pour le projet » dit-il. La séance de travail est précédée d’un petit cours d’ornithologie dispensé par Joël Brun, vice-président de Sentinelle nature Alsace (SNA). « Depuis que la surface de vergers a régressé, l’avifaune ne dispose plus de beaucoup d’abris naturels. Les populations diminuent alors que les oiseaux sont utiles. Un rougequeue à front-blanc est un très bon insectivore. Il revient au nid avec une proie toutes les minutes et demie ». Avec Charles Metz, son acolyte, Serge a observé le milieu et défini les meilleurs endroits où installer des nichoirs, numérotés pour l’occasion afin de prévenir leur vol. Le groupe se divise. Au Sauweid, Frédéric Schwaerzler, technicien à la Chambre d’agriculture, déplie une carte maison du ban communal établie sur la base d’une photo aérienne. Sa légende indique les pierriers, les haies, les murets, les ripisylves et donne l’emplacement des perchoirs à rapace et des nichoirs. L’un des membres du groupe appuie l’échelle contre un arbre. Il le fixe autour du tronc au moyen d’un fil de fer passé dans une gaine électrique qui vient s’accrocher sur les vis équipant les deux côtés du nichoir. « La pose est un peu tardive. Novembre convient mieux. Cela laisse plus de chances de nidification au printemps » signale Joël. Un abri en place nécessite un minimum d’entretien. « Une fois que les petits sont partis, il faut penser à nettoyer. Il peut y avoir des morts par écrasement ou de faim, comme en 2016 où la météo n’a pas été favorable à la prolifération des chenilles. Un cadavre attire la vermine. Dès lors l’endroit n’est plus habitable. Le nettoyage est à faire après les vendanges, voire dès le départ d’une nichée pour peut-être en avoir une deuxième la même année ». Zone tampon et inventaire floristique La pose des nichoirs ne constitue que la partie émergée de l’iceberg d’un projet biodiversité structuré en trois actions et autant de commissions placées sous la responsabilité d’un viticulteur. Ainsi, la commune et le syndicat viticole encouragent la création, d'ici 2018 si tout se passe bien, d’une zone tampon dans la forêt attenante au vignoble. Concrètement, la municipalité souhaite signer avec la trentaine de propriétaires concernés une convention qui lui permettra de débroussailler sous les arbres sur une longueur de 500 mètres et une profondeur de 50 mètres. Le rôle de cet aménagement représentant quelque 2,5 ha est de maintenir la vocation forestière du lieu tout en offrant au gibier un espace qui le dissuadera d’aller picorer les raisins à l’automne. En cas de réussite, les clôtures qui protègent actuellement les premiers rangs sont appelées à être supprimées. Le troisième volet du projet s’intéresse à la biodiversité floristique dans les vignes. Un état des lieux a été dressé en trois endroits du ban. Une fois qu’il aura été exploité, des essais seront menés pour déterminer quelles plantes présentent un intérêt, quelles pratiques viticoles sont de nature à renforcer la diversité existante. « Cette initiative montre la sensibilité des viticulteurs à l’environnement. C’est aussi une manière de mettre Ribeauvillé en valeur » estime Francis Fischer. Ses troupes sont convaincues. « Nous avons adhéré de suite. Ce type d’action ne peut que servir au renforcement de la biodiversité, un phénomène que nous avons déjà constaté en passant au bio en 2010. C’est un plus en termes d’image » enchaîne Carolyn Sipp, du domaine Sipp-Mack à Hunawihr. Boris Kachelhoffer et Hubert Mathis, employés du domaine Ostertag à Epfig, exploitant sur Ribeauvillé, dressent un constat analogue. « Nos comptages de vers de la grappe montrent que les vols sur nos vignes conduites en biodynamie depuis 1997 sont moins importants. Nous ne l’expliquons pas, mais la multiplication des nids dans les rangs et la biodiversité doivent jouer un rôle ». Cette séance de pose de nichoirs est tombée à pic pour les deux hommes qui souhaitaient en installer de leur propre chef. « Nous avons appris qu’il ne sert à rien d’en mettre partout et un peu n’importe comment. La SNA est un bon interlocuteur pour savoir comment nous y prendre ». Ils ont également en projet de placer des ruches dans les vignes du domaine. Pour sa part, Frédéric Schwaerler espère que l’exemple de Ribeauvillé donnera le signal à des copier-coller ailleurs dans le vignoble.

Concours régional de taille de vigne

Pierre Verchere remporte le sécateur d’or

Publié le 14/03/2017

18 finalistes se sont retrouvés mercredi 1er mars dans le vignoble d’Heiligenstein pour le 38e concours régional de taille de vigne. C’est Pierre Verchere qui a remporté l’épreuve.

C’est sous la pluie que s’est déroulé le concours régional de taille de vigne, mercredi 1er mars à Heiligenstein. Une partie des 18 finalistes s’était qualifiée le matin même, lors de l’épreuve ouvrant au diplôme de taille, qui réunissait 71 candidats. Des candidats ayant obtenu leur diplôme de taille les années précédentes s’étaient joints à eux. Les deux épreuves ont eu lieu sur des parcelles proches, dans la zone d’appellation du klevener de Heiligenstein. Placé sous l’égide du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), le concours était comme chaque année coorganisé par le lycée agricole et viticole de Rouffach et la Chambre d’agriculture Alsace, avec le soutien des jeunes adhérents du syndicat viticole local. Vers 14 h 30, Christine Klein, chronomètre suspendu autour du cou, donne le top départ aux 18 candidats. Non sans avoir rappelé les attentes du jury : « Une taille en guyot simple ou double, à adapter en fonction des ceps ». Elle formule quelques mises en garde : « On ne taille pas les jeunes pieds s’il n’y a pas d’arcure et on ne touche pas aux pieds morts ni aux pieds malades. » Les candidats ont 20 minutes pour faire la preuve de leur savoir-faire. À l’issue des 20 minutes, le travail est jugé successivement par trois jurys, pour un maximum d’objectivité. De la finesse dans le choix des bois La parcelle où se déroule le concours est « une parcelle un peu difficile, souligne Jérôme Attard, conseiller viticole à la Chambre d’agriculture Alsace. Elle n’est pas trop vigoureuse, elle demande donc de la finesse dans le choix des bois de manière à pérenniser la souche. » Les critères pris en compte par le jury sont le choix des bois, la maîtrise de la charge, la propreté et la vitesse de taille. À quelques minutes de la fin de l’épreuve, les membres du syndicat viticole préparent les boissons chaudes sous les tentes installées en bordure de parcelle. Concours ou pas, la convivialité reste de mise. « C’est une bonne expérience, juge Thierry, en terminale bac pro au lycée de Rouffach, qui participe au concours pour la première fois. On peut discuter entre collègues, on rencontre des professionnels… » Habitué à tailler les vignes - ses parents exploitent une dizaine d’hectares à Niedermorschwihr - Thierry n’a pas éprouvé de difficulté particulière. « C’était plus dur ce matin, pour le diplôme de taille, car il fallait aussi répondre aux questions du jury. » C’était aussi une première participation pour Céline et Claudine. Les deux sœurs ont suivi trois jours de formation à la taille et ont obtenu leur diplôme le matin même, comme 21 autres participants. Elles ne s’attendaient pas à être sélectionnées pour le concours régional. Salariée sur l’exploitation de son mari à Scharrachbergheim, Céline a « l’habitude de tirer les bois mais pas de tailler. » Quant à Claudine, elle est une pro du ciseau avant d’être une pro du sécateur, puisqu’en plus d’être viticultrice, elle est aussi… coiffeuse à mi-temps.

Publié le 13/03/2017

À Dambach-la-Ville, les domaines Frey et Mersiol ont mis en commun leurs forces de vente. Ils comptent aussi proposer assez rapidement la même offre de vins à leurs clientèles.

Les domaines Frey et Mersiol étaient faits pour s’entendre. Le premier avait la volonté d’exporter davantage sans forcément bien maîtriser l’anglais et les techniques de prospection des marchés étrangers. Le second stagnait commercialement faute à devoir courir plusieurs lièvres à la fois. « Je me partageais entre les initiatives à prendre pour nous développer, la gestion des commandes, l’encaissement, le décaissement, les tâches administratives… J’estimais ne plus être assez efficace » juge Christophe Mersiol, installé au départ comme salarié sur l’exploitation menée par son frère Stéphane. Ce constat l’amène à contacter Dominique et Julien Frey fin 2015 pour leur proposer une association forte sur la partie commerciale de leurs deux entreprises. Les vignes des deux domaines sont conduites en bio depuis plus de dix, voire vingt ans, et entre les quatre viticulteurs le courant passe. La SAS Charles Frey est créée et installée dans les locaux du domaine Frey. Contrairement à ceux, vieillissants et moins rationnels, du domaine Mersiol, ils ont l’avantage de dater de 2011 et de disposer d’une réserve de place. La SAS commence par racheter le stock du domaine Mersiol. Elle passe un contrat d’achat des raisins de la vendange 2016 (et des suivantes par tacite reconduction) avec les Eàrl Mersiol et Frey. « Chaque domaine garde sa structure d’origine, car chacun a son histoire. Fusionner aurait été trop compliqué et trop risqué » explique Dominique Frey. Les partenaires redéfinissent le protocole de travail en aval de la production et de la vinification. Ils précisent à quels destinataires est diffusée chaque information à chaque stade du cycle de production. Nathalie, l’épouse de Dominique, reprend toute la partie administrative des deux domaines. En septembre 2016, la SAS embauche Christophe, titulaire d’un master en commerce international, et lui confie la vente comme unique mission. Dans un premier temps, la gamme de vins de chaque domaine est gérée séparément et reste attachée à sa clientèle historique d’importateurs, de cavistes, de restaurateurs et de particuliers. « Même si c’est un peu plus compliqué, nous procédons ainsi pour ne pas créer de rupture dans la relation avec la clientèle existante. Chacun continue d’appliquer sa politique à ses clients. Le véritable enjeu est d’en séduire des nouveaux avec une gamme de vins appelée à devenir unique pour les deux marques » indiquent Christophe et Dominique. L’écart de prix de 10 à 15 % selon les vins des deux gammes sera progressivement gommé en deux ans pour rejoindre le tarif le plus élevé. Faire cohabiter les deux marques Après une phase de transition, Christophe est maintenant totalement investi dans la gestion de la clientèle au quotidien, la prospection et la mise en place des stratégies à l’export. À l’étranger, il s’appuie certes sur les marchés comme le Danemark, le Japon, la Belgique que les deux domaines avaient déjà travaillé chacun de son côté. Mais l’ambition est de faire mieux. Les pays anglo-saxons constituent une cible privilégiée. Christophe est confiant dans les retombées de ses deux déplacements récents sur la côte est des États-Unis « où les vins d’Alsace sont connus ». Il prépare un voyage au Japon en juin de cette année pour revoir des clients et établir des contacts vers Hong-Kong et la Chine. Il a également prévu des tournées avec ses acheteurs et leurs clients, des dégustations commentées chez des cavistes de l’Hexagone. Il proposera notamment à ces derniers une nouvelle série de vins de terroir et de trois vins nature qui seront prochainement embouteillés. « Nous allons adapter nos gammes aux besoins des marchés » analyse Dominique. En pratique, les factures seront toujours établies au nom du domaine qui vendra le vin. La SAS figurera en bas de page. Dans l’idée des viticulteurs, il n’est pas question de faire disparaître une des deux marques, mais de les faire cohabiter en fonction du contexte propre à chaque marché. « Si le domaine Frey est bloqué, le domaine Mersiol peut essayer de se placer » suggère Dominique. Comme il laisse « carte blanche » à Christophe, il prévoit que l’investissement commercial qu’il produisait jusque-là va pouvoir baisser. Les clients à venir seront ceux du domaine Frey. Le domaine Mersiol a la garantie, inscrite dans un acte notarié, que sa clientèle lui reviendrait au cas où les choses tourneraient au vinaigre. Les viticulteurs n’en sont pas là. « Nous sommes un peu mariés. Nous formons une équipe » affirment Dominique et Christophe. La force de vente sera étoffée à moyen terme par l’arrivée de Thiébaut, autre fils de Dominique et Nathalie, qui poursuit encore des études de commerce. Pour Dominique et Christophe, « ce renfort ne sera pas de trop quand nous voyons la masse de travail à abattre ».

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