Viticulture

Salon des Vignerons Indépendants à Strasbourg

Génial !

Publié le 25/02/2017

La 24e édition du Salon des Vignerons Indépendants à Strasbourg n’a pas démenti l’engouement du public pour ce grand rendez-vous vinique qui a réuni près de 600 vignerons au Wacken dont 27 Alsaciens.

Les années passent et se ressemblent pour le Salon des Vignerons Indépendants, qui dès son ouverture le vendredi 17 février, a connu une véritable ruée d’amateurs au Parc des expositions à Strasbourg. Un succès croissant qui n’a pas faibli, au contraire, pour cette 24e édition. Éthique et partage de la culture du vin Venus de toutes les régions viticoles de France, près de 600 vignerons ont fait déguster les vins phares de leurs productions. Parmi eux, 27 vignerons alsaciens. « Des visiteurs tchèques, polonais, font chaque année des milliers de kilomètres pour venir nous retrouver à Strasbourg, souligne Claude Weinzorn du domaine de l’Oriel. C’est le plus grand salon des vins en Alsace, et il n’y a pas d’équivalent dans sa convivialité, c’est vraiment le top ! Les vignerons sont contents d’y venir, et ça se ressent dans l’ambiance générale. » Cette année, Claude Weinzorn a mis l’accent sur son riesling grand cru Sommerberg Z 2013, cité dans la revue Cuisine et vins de France, fruité et bien équilibré. Participant de la première heure à ce salon, Florian Beck-Hartweg présentait son rouge de Dambach 2014, et une série de vins naturels. « Les allées étaient bien clairsemées pour la première édition à Strasbourg, se rappelle Michel, père de Florian. C’était un sacré pari à l’époque ! Le partage de la culture du vin, avec une recherche d’éthique est maintenant dans l’air du temps. » Ces rencontres, de plus en plus prisées, offrent une vraie opportunité de dialogue, « de pédagogie » pour parler et expliquer les terroirs, granitiques, caractéristiques de ce vignoble, en démontrant que d’un coteau à l’autre, « il y a des différences de personnalités dans les terroirs ». Florian et Michel se disent « très contents du millésime 2016, pourtant pas gagné d’avance ». Et satisfaits de prouver que la viticulture bio, « peut bien marcher même dans les années difficiles ». Recherche de l’élégance du granite, de la concentration dans la longueur, « c’est l’équilibre difficile recherché » dans son pinot noir « F » 2015, non filtré, tout proche du grand cru Frankstein, précise encore ce vigneron. Cépages originaux, millésimes anciens Les amateurs de klevener se sont retrouvés sur le stand du domaine Gilg à Mittelbergheim, le seul à proposer ce cépage sur le salon, avec une autre originalité, le sylvaner grand cru Zotzenberg, qui « aiguise la curiosité », souligne Jean-Christophe Lehner. Le klevener est sur « la rondeur avec une puissance accentuée par l’effet millésime 2015 », indique le vigneron. La clientèle allemande, très importante, choisit en premier lieu le crémant. « Les amateurs français s’orientent plutôt vers les vins tranquilles », constate-t-il. La journée dédiée aux professionnels, le lundi, est importante pour le domaine, car « c’est une vraie carte de visite que de figurer sur la carte des vins des restaurateurs ». Le domaine Bliemerose à Rosheim a choisi pour sa part de présenter des millésimes anciens, comme un auxerrois 2007. C’est l’occasion de « valoriser ce cépage » en prouvant qu’il peut aussi donner des vins de garde, et « surprendre », indique Carmelle Simon-Maetz. Le travail se fait dans la lenteur, trois ans minimum en cave pour les vins avec des levures naturelles, « six ans sur lattes pour les crémants », avec des rendements faibles pour arriver à de jolis résultats, salués notamment par deux professionnels italiens qui ont qualifié son crémant extra-brut 2006 « de meilleur crémant dégusté sur ce salon ». Des personnalités et des terroirs L’un des intérêts de ce salon est sans doute la découverte de personnalités atypiques, à l’image de Martial Junquas, œnologue qui a repris des vignes en fermage dans le Bordelais, avec son château Altimar, Lalande de Pomerol 2015, tannique, aux arômes de framboise notamment. Ou encore Isabelle Raoux, troisième génération de femmes, qui vinifie les vins du domaine des Demoiselles dans le Roussillon, en bio depuis 2000. « Nous disposons d’un espace naturel de 10 ha autour du mas dédié à la faune et la flore. Il y a 20 ans sur ce salon, on n’avait pas osé amener de blancs, nous en avons trois cette année », précise-t-elle. Sa cuvée Pierre de Lune 2014 est un assemblage de muscat petits grains et de marsanne, avec « des vendanges faites à la mi-août pour garder la fraîcheur et un bon équilibre ». Cette palette des richesses viticoles de la France, portée par ces vignerons passionnés, amoureux inconditionnels de leurs terroirs, a eu les faveurs du public, largement concrétisées à la sortie par un défilé continu de diables et de chariots archi-plein…

Publié le 24/02/2017

La Saint-Vincent est devenue une date incontournable dans l’agenda des dirigeants des syndicats viticoles alsaciens. Une réunion annuelle studieuse, placée sous le signe de l’échange sans tabou et qui se tient toujours à huis clos.

Ce matin à Colmar, ils sont très exactement 158 à se retrouver. « Une bonne moyenne » selon les habitués. Il y a là les présidents de 78 des 95 syndicats viticoles ou leur représentant, accompagnés ou non d’un délégué, voire de plusieurs. Chacun est libre d’amener le nombre de collègues qu’il souhaite. Nous sommes le 31 janvier. La Saint-Vincent se fête le 22. Mais le saint patron des vignerons ferme volontiers les yeux sur ces petits arrangements avec le calendrier. Car pas question de bâcler ce rendez-vous annuel en famille, pour certains, la seule réunion professionnelle de l’année en dehors de l’assemblée générale. « Depuis le départ, ce sont des assises volontairement fermées. Aucun représentant de l’administration. Pas de journaliste. Cela se passe uniquement entre viticulteurs. Tout le monde peut parler en toute confiance » signale Jérôme Bauer qui préside ce jour-là sa quatrième Saint-Vincent en tant que président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA). La formule a son avantage. « C’est plus décontracté qu’une assemblée générale. La parole est libre. C’est l’endroit le plus approprié pour exprimer son point de vue » dit-il. La première Saint-Vincent alsacienne dirigée à l’époque par Raymond Baltenweck a eu lieu en 1995. Comme ses suivantes immédiates, elle se déroulait sur la journée. Mais la coupure du repas de midi rompait trop le fil des discussions. Dorénavant la Saint-Vincent se concentre sur une grosse matinée de travail. Une Saint-Vincent commence à se préparer six, voire huit mois, avant sa tenue. Au fil du temps, on se note des problématiques évoquées au détour d’une conversation, dans une assemblée, ou alors « simplement des choses auxquelles on n’a pas pensé » ou « qui n’ont pas été approfondies ». « Nous traitons de tous les sujets d’actualité ou récurrents que les participants veulent aborder, qu’ils soient d’ordre technique, administratif, social ou autre. Pour les dirigeants de l’AVA, c’est un retour du terrain. Ces échanges constituent finalement un bon thermomètre quant à la manière dont une problématique est ressentie par la base » estime Jérôme Bauer. La journée est cependant toujours placée sous au moins un thème principal. En 2017, le projet de hiérarchisation constitue ce plat de résistance alimenté par le passage en décembre de la Commission nationale de l’Inao. Le simple visiteur n’en saura pas plus. « Les délégués reçoivent toute l’information à mettre en débat dans leur syndicat local dans les semaines suivantes. Le retour se fait à l’assemblée générale de l’AVA en mars » détaille Frédéric Bach, directeur de l’AVA. La Saint-Vincent serait-elle donc le parlement de l’association ? « Non, » répond Jérôme Bauer, « les séances d’un parlement sont publiques ! ». Aborder les sujets sur lesquels il faut avancer Démarrée à 8 h 40, l’édition 2017 de la Saint-Vincent s’achève à 13 h 14. De l’extérieur, on perçoit quelques applaudissements. L’assemblée se termine avec « un peu d’avance sur l’horaire prévu ». Le crémant rosé attend déjà au frais dans les flûtes. Un verre à la main, Jérôme Bauer décompresse. Il ne cache pas qu’il s’attendait à « davantage d’échanges », mais il est persuadé que « chacun a pu dire ce qu’il avait à dire ». Damien Schmitt, président du syndicat viticole de Châtenois, a insisté auprès de Marc Him, 24 ans, du domaine Gerber, pour qu’il assiste à sa première Saint-Vincent « parce qu’il faut bien commencer un jour ». Le jeune homme glisse. « Je manque de recul pour juger. Mais on saisit vite les terrains d’accord ou de désaccord entre les uns et les autres » analyse-t-il. Mathieu Hablitz, délégué ODG du syndicat de Niedermorschwihr, et Michel Hirsinger, président du syndicat d’Ingersheim, ont plus de bouteille. Le premier notamment calcule qu’il en est à sa onzième participation, le second à sa septième. Les deux se rejoignent pour plébisciter ce rendez-vous. « Nous abordons les sujets d’actualité sur lesquels il faut avancer. C’est de l’information qui est donnée aux dirigeants de syndicats. Elle tombe en début d’année, à un moment où nous avons le temps de participer et avant notre propre assemblée générale où nous en discutons avec nos membres. L’organisation actuelle où le repas ne coupe plus le fil des échanges est un plus car il est plus facile de rester concentré tout au long des débats ». Comme toute fête de famille, la Saint-Vincent se prolonge à table. Ce n’est pas un de ces cocktails déjeunatoires qui ponctue habituellement une matinée où l’on a confronté ses points de vue, mais un repas, un vrai, avec des tables de dix, où les nappes blanches descendent jusqu’aux pieds et où les serviettes sont en tissu. La Saint-Vincent a un standing à respecter. Le menu concocté par un traiteur est alléchant : risotto de saint-jacques, mille-feuilles de bœuf et cocotte de légumes anciens, fondant au chocolat, aux poires, et aux épices. Les convives n’ont laissé à personne le soin de choisir les vins. Ils les ont amenés eux-mêmes. Il y a là six rieslings, six pinots noirs et trois gewurztraminers différents. Le personnel de service a pour consigne de les panacher pour que chaque table puisse accompagner chacun des trois plats avec deux vins différents de chaque cépage. Les participants n’ont guère perdu de temps à entrechoquer leurs verres de crémant. Ils se sont rapidement installés sur leur chaise. Les discussions vont déjà bon train. Il y a de fortes chances que les sujets de la matinée soient aussi au cœur des conversations de ce début d’après-midi.

Observatoire financier de la filière vin du Crédit Agricole SA

La segmentation de l’offre en question

Publié le 19/02/2017

L’observatoire économique des entreprises agroalimentaires de Crédit Agricole SA pose un diagnostic mitigé sur la santé financière du vignoble alsacien. Il devrait mieux valoriser les vins qui lui coûtent plus cher à produire.

Le Crédit Agricole dispose d’un observatoire économique des entreprises agroalimentaires qui se fonde sur les documents comptables des entreprises. Lors d’une conférence vendredi 10 février à la maison des vins d’Alsace, il a proposé une analyse économique de la filière viticole française dans le contexte mondial et un focus sur l’Alsace, avec Philippe Chapuis, directeur agroalimentaire, et Sophie Caron, tous deux experts de la filière vin pour Crédit Agricole SA. « Nos pertes de marchés sont patentes de notre production », explique Philippe Chapuis. « Il y a 20 ans, les vins français pesaient 34 % des volumes mondiaux échangés, désormais on est à 13 %. » Si on pèse en valeur encore 27 % des échanges mondiaux de vins, nous noterons qu’en 2016, et ce pour la première fois, le montant total des exportations de vins tranquilles français a baissé. Nos exportations, en valeur, se sont élevées à 11,2 milliards d’euros, essentiellement portées par les spiritueux et les effervescents. Si on défalque nos importations pour satisfaire notre marché intérieur, notre excédent commercial de la filière atteint 10,5 Md€. « C’est le deuxième poste derrière l’aéronautique », ajoute Sophie Caron. Les experts de la filière vigne de Crédit Agricole SA relèvent plusieurs points inquiétants s’agissant des vins tranquilles d’entrée et cœur de gamme, car les bourgognes, bordeaux, cognacs et champagnes représentent le gros de la valeur des exportations. VSIG : la vocation exportatrice de l’Espagne Tandis qu’à l’exportation, « on vend très bien le premium, il faudrait aussi marketer les produits de gamme inférieure, si on veut durablement maintenir des niveaux de vie élevés à nos viticulteurs », affirme Philippe Chapuis. Les VSIG (vins sans indications géographiques, ex. vins de table) français se font damer le pion par les vins d’Espagne, à vocation de plus en plus exportatrice. L’Espagne qui d’ailleurs n’apparaît même « pas dans le top 10 de la consommation de vin par tête d’habitant, bien qu’elle soit dans le trio de tête des pays producteurs », soulève Sophie Caron. Ainsi l’Espagne détient 72 % de parts de marché des vins (soit 8 millions d’hectolitres (Mhl)) importés par la France et 39 % en valeur. « Notre offre en VSIG est structurellement déficitaire pour répondre aux besoins du marché intérieur. Notre consommation nationale a besoin des importations », explique Philippe Chapuis. « Il nous manque une vraie filière de VSIG en France, nous avons une filière de déclassement », ajoute Sophie Caron. Le boom des effervescents Quant aux effervescents, les perspectives sont bonnes. « On assiste à un boom de la consommation, sur un marché à forte saisonnalité. » Entre 2003 et 2014, on est passé de 11,8 Mhl à 17,6 Mhl. Si la France reste le premier pays exportateur avec 23 % de parts de marché en volumes, l’Italie avec ses proseccos et l’Espagne avec ses cavas, connaissent de meilleures croissances, tandis que la France stagne. « Là encore, on se fait attaquer sur nos marchés », commente Sophie Caron, la Champagne faisant exception. Même si elle observe une stagnation en 2016, elle détient toujours à elle seule 55 % des parts de marchés d’exportation en valeur. Le marché du vin est très atomisé Si les échanges de vins sont mondiaux avec un litre de vin sur deux qui est exporté, le marché n’est pas véritablement mondial, fait remarquer Philippe Chapuis. Explications : le marché du vin est très atomisé, avec des acteurs locaux. Si l’on regarde du côté non pas des nations, mais des acteurs de la filière dans le monde, la France n’est pas aux premières loges. Arrive en tête l’Américain Gallo, qui a une stratégie mondiale en passant des accords avec des distributeurs, puis l’Australien Constellation Brand, propriétaire de Mondavi (par ailleurs brasseur). Néanmoins, citons en France, Castel, par ailleurs premier acteur de la bière en Afrique, Carrefour, Grands Chais de France, Vinadéis (Ex. val d’Orbieu). Citons ensuite Boisset, Advini (fusion de Laroche en Bourgogne et Jeanjean dans le Bordelais). Nouvel acteur, Invivo Wine, a l’ambition de fédérer les coopératives sur les marchés d’exportation, à l’image de l’Italien Cantina Riunite & CIV, 5e acteur mondial, qui fédère 25 coopératives. Caractéristique des groupes vinicoles français : leur rentabilité est globalement bien inférieure aux étrangers. À titre d’exemple, le chiffre d’affaires de Vinadéis de 310 millions d’euros (M€), est inférieur à l’excédent brut dégagé par le groupe allemand Henkel, premier acteur mondial en effervescent, qui s’élève à 400 M€.

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