Viticulture

Publié le 04/02/2017

À Ammerschwihr, une petite surface incite Corinne et Jean-Marc Simonis à concentrer leurs efforts sur des vins de qualité homogène et à annoncer clairement la couleur de leur offre.

Entre accepter un poste de chef de culture d’une maison réputée du vignoble alsacien et reprendre le domaine familial de 3,3 ha, il y a de quoi hésiter. C’est le choix cornélien qui se pose à Jean-Marc Simonis en 1993. Il préfère quitter son emploi et prendre la suite de Jean-Paul, son père, et de Joseph son grand-père. « Je m’occupais de la vinification depuis des années. Je ne me voyais laisser tomber. Tout était en place » explique-t-il. Ainsi ses prédécesseurs avaient-ils rivalisé d’ingéniosité pour loger tout ce dont une exploitation a besoin dans un espace restreint, à l’image d’un bac carrelé de 20 hl chargé de réceptionner les jus du pressoir avant débourbage et astucieusement placé sous l’escalier descendant à la cave ! En s’installant, la première priorité de Jean-Marc est de s’agrandir. Il a la chance de pouvoir rapidement acheter 70 ares. Il s’en contente pendant près de vingt ans. Il ne trouve qu’en 2013 un hectare supplémentaire à louer. Son parcellaire reste morcelé en vingt-cinq îlots distants au plus de cinq kilomètres. Tout le matériel viticole de Jean-Marc, tracteur compris, tient dans un espace grand comme un garage pour voiture. S’il possède pulvérisateur, broyeur, gyrobroyeur, vibroculteur, rotavator, rogneuse, il se passe de palisseuse. À la taille, il ne laisse plus les ceps « propres » comme il pratiquait par le passé. Son objectif est d’éviter les grosses plaies et d’équilibrer les flux de sève pour limiter le remplacement de pieds dépéris comme les 450 qu’il a déjà repérés cet hiver. Jean-Marc gère l’enherbement en fonction de la vigueur de ses vignes : il le tolère tous les rangs ou un rang sur deux alterné tous les quatre à cinq ans. Il traite le cavaillon avec un herbicide sur une vingtaine de centimètres. Il réfléchit à s’en passer, mais « il me faudrait du matériel et plus de temps… ». Il utilise un systémique pour encadrer la fleur et traite en moyenne six fois par campagne, sept fois en 2016. Jean-Marc vise le rendement autorisé car « ma surface ne me permet pas de faire de trop petites récoltes ». Un tiers de la surface est récolté mécaniquement. Jean-Marc enzyme ses moûts et les débourbe entre vingt-quatre et quarante-huit heures. Il pratique le double débourbage sur muscat. Il accepte des jus autour de 80 NTU qu’il levure ou non, au cas par cas. L’élevage sur lies se poursuit généralement jusqu’à fin février. Six salons en Belgique Vissées bien en vue sur le montant du portail, des plaques de couleur signalent les citations régulières des vins du domaine au guide Hachette. « Ils sont typés. Leur qualité est homogène » juge Jean-Marc. Avec, par exemple, un riesling générique à moins de 5 g de sucre et un riesling Kaefferkopf à 7-8 g, il avoue « pouvoir jouer sur deux tableaux », mais sa ligne de conduite est de « travailler en sec », y compris son pinot gris car ce type de vin lui est « de plus en plus demandé ». Jean-Marc ne s’est lancé dans le crémant qu’en 2000 quand il a eu davantage de disponibilités en pinot blanc. Il loue un remueur le temps que les levures mortes se concentrent dans le col. « C’est une bonne solution car je ne produis que 3 000 bouteilles par an. Le reste du temps, ce matériel ne m’encombre pas » note Jean-Marc. Du lundi au samedi, Corinne et Jean-Marc prennent toujours soin de laisser le portail de leur cour grand ouvert. « Nous signalons que nous adhérons à la charte « bienvenue chez le vigneron », nous affichons nos prix. Tout le monde sait à quoi s’attendre. Cela encourage à entrer » affirme le couple. La dégustation a toujours lieu entre les tonneaux de la cave où six tabourets accueillent les visiteurs. « Les gens aiment voir où est fait le vin » affirment Corinne et Jean-Marc. En dehors du pique-nique du vigneron avec, depuis 2016, une visite des vignes qui doit fidéliser les participants, le couple voit ses clients sur un salon en France et six en Belgique. Des manifestations d’une vingtaine d’exposants où, une fois logé chez l’habitant, les frais n’excèdent pas 300 à 350 €. « Un client qui organisait une foire m’a invité à mes débuts. Les autres rendez-vous se sont rajoutés. C’est à chaque fois entre 600 et 1 500 bouteilles de vendues sur deux à trois jours. Et il n’y a que 400 kilomètres à faire. Beaucoup de personnes que nous avons connues là-bas repassent maintenant ici » indique Jean-Marc. Depuis trois ans, le domaine met bien ces dates en vue sur son site internet. Il écoule aussi une petite part de sa production en restauration. « Mon muscat est sur la carte de l’Auberge de l’Ill » signale encore Jean-Marc pour qui le succès se niche souvent dans les détails. « De jouer franc jeu, d’être régulièrement cité, de garder une qualité de vins constante, fait que j’attire l’attention sur le domaine » dit-il. « Cela rassure notre clientèle ».

Syndicat viticole de Cernay et environs

3e taille solidaire chez Christian Schneider

Publié le 01/02/2017

Jeudi 19 janvier, sur les hauteurs de Uffholtz, une douzaine de membres du syndicat viticole de Cernay et environs ont taillé des parcelles de vignes de Christian Schneider, un confrère en convalescence depuis trois ans.

Prévue initialement en décembre, cette demi-journée de taille a finalement été reportée à janvier, mais pas n’importe quel jour : celui de l’anniversaire de Christian Schneider, né le 19 janvier 1962. Ce vigneron pluriactif, apporteur de raisin et membre du conseil d’administration de la cave du Vieil Armand, a été hospitalisé il y a trois ans, le jour de Pâques, pour un accident cérébral. « C’est vraiment de l’entraide, de l’amitié. On ne veut pas laisser quelqu’un dans l’embarras, explique Peggy Bollinger, viticultrice solidaire. On ne sait jamais, on peut avoir un coup dur soi-même et on sera content si des collègues viennent nous aider. C’est quoi une demi-journée en cette période ? On peut tous donner une demi-journée pour aider quelqu’un qu’on connaît bien et qui a toujours eu le cœur sur la main. » L’un des frères de Christian, Raymond, est ému de ce bénévolat convivial : « Cela fait trois ans et il y a encore des personnes qui prennent de leur temps pour venir nous aider. » Il comptait, cet après-midi-là, tailler une cinquantaine d’ares en pinot gris et pinot blanc. Pour le reste, il fera appel à un prestataire. Christian Schneider vit aujourd’hui dans un centre d’hébergement pour personnes dépendantes à Mulhouse, les revenus de sa vigne lui servent en partie à payer celui-ci. Ses amis lui présenteront un reportage photo de l’événement et seront invités par la famille, en retour, à partager un repas tous ensemble.  

Cave historique des Hospices civils de Strasbourg

Un millésime miraculé

Publié le 29/01/2017

Organisée par la cave historique des Hospices civils de Strasbourg le 18 janvier, la dégustation du millésime 2016 a montré de belles surprises, saluées par deux grands noms de la sommellerie, Serge Dubs et Philippe Faure-Brac.

C’est dans la salle des fêtes des Hospices de Strasbourg que le directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), Christophe Gautier, a accueilli les participants à la première dégustation des vins du millésime 2016. Organisé par la cave historique des Hospices civils de Strasbourg, ce rendez-vous traditionnel réunit des vignerons, des professionnels du vin et des amateurs éclairés du monde de la santé pour sélectionner les vins proposés à l’agrément pour être élevés dans les chais de la cave. Le directeur général a salué « le partenariat original » entre les HUS et les vignerons membres de la Sica (société d’intérêt collectif agricole), qui font vivre ce lieu et mettent en valeur « ce patrimoine exceptionnel ». Il a chaleureusement remercié de leur présence les deux invités prestigieux de cette dégustation, tous deux meilleurs sommeliers du monde, Serge Dubs en 1989 et Philippe Faure-Brac en 1992. « Honoré » de la présence de ces illustres sommeliers, Patrick Aledo, président de la Sica, a précisé que cette aventure initiée par Pierre Stock fête cette année ses 20 ans. Il a rappelé aux dégustateurs qu’ils sont « les garants de la qualité des vins de la cave ». Philippe Faure-Brac, président de la fédération française de sommellerie, les a invités à « être juste sincères en exprimant simplement leur ressenti sur les vins ». Au final, « c’est le consommateur qui jugera le vin », a-t-il déclaré en soulignant l’importance de la façon dont il est élaboré pour « apporter bonheur et plaisir ». Vendanges sur deux mois, du jamais vu ! Serge Dubs, parrain de cette dégustation, a qualifié ce millésime de « miraculé ». Il était en effet mal parti, subissant des gelées hivernales qui ont impacté les rendements, suivies par des épisodes de grêle qui ont sur certains secteurs endommagé une bonne partie des récoltes. « Le printemps calamiteux », très pluvieux, n’a pas favorisé la floraison, moyenne, « l’anxiété a commencé à s’installer dans le vignoble ». De grosses attaques de mildiou ont entraîné pour certains la perte de leur récolte. « Merveilles des merveilles », en juin, le soleil a réchauffé les vignes. Avec l’excès de chaleur qui a suivi, « la maturité semblait alors bloquée, rendant les vignerons sceptiques ». L’arrière-saison, « magnifique, a sauvé ce millésime », en donnant des raisins très sains, mais « avec une acidité en baisse ». Les vendanges démarrées le 12 septembre se sont étalées sur deux mois, « du jamais vu ». Elles se sont faites au coup par coup, selon la maturité des raisins. Une saison qui a vu « naître des grappes magnifiques » sur le muscat notamment. L’analyse des mous, « pas si mal, va au-delà de l’espoir attendu sur ce millésime ». Confiant sur ce que les participants vont découvrir, Serge Dubs a ensuite souligné le rôle du producteur. Le choix de la vinification, « c’est la signature du vigneron pour amener le vin là où il veut, dans la typicité des terroirs et du cépage ». Différences de maturité, disparités sur les rieslings 98 échantillons de vins, dont 8 crémants, ont été proposés à la sélection cette année. À la table d’André Ruhlmann, vigneron à Dambach-la-Ville, les participants ont constaté « un retour en force du style riesling, sur la fraîcheur », de belles surprises, mais des disparités. Disparités qui se sont retrouvées sur d’autres séries, peu de longueur en bouche sur certains vins, quand d’autres étaient vraiment dans le droit fil d’un riesling alsacien, « dynamique en bouche ». L’unanimité s’est faite sur un riesling équilibré, fruité, « qui donne envie d’en reprendre », a souligné Anne-Sophie Klipfel. « Fruités, avec des notes citronnées et de belles attaques », a indiqué Richard Juncker, directeur technique et maître de chai à la cave de Cleebourg, très satisfait de la série de pinots blancs. Moins de commentaires dithyrambiques sur ce cépage à la table de Xavier-Léon Muller, qui relève la présence « de sucre trop marquée » sur leur série, déçu également par les rieslings, « moyens, à l’acidité trop mordante ». Le pinot gris a réservé « de belles et de moins bonnes surprises ». Certains ont été refusés, « leur finale en bouche n’étant pas assez structurée pour qu’ils soient élevés en foudre ». D’autres ont montré une belle attaque, mais « une finale fuyante, c’est l’effet millésime comme sur les rieslings », a analysé Richard Juncker. C’est aussi l’avis de Xavier-Léon Muller qui observe que ce millésime est impacté par « des vendanges faites, ou non, au bon moment. Ces différences de maturité donnent cette hétérogénéité sur les pinots gris », dont certains peuvent être subtils, élégants, d’une belle longueur en bouche, d’autres décevants. Sylvaners exubérants, pinots noirs réussis Philippe Faure-Brac a bien apprécié les sylvaners, « des vins de terroirs exubérants », avec une belle matière, « aptes à l’élevage ». Il a eu quelques coups de cœur dans cette « dégustation plutôt bien dans l’ensemble », très consensuelle, avec « des équilibres bien tranchés ». Christine Collins, de Strasbourg Événements, a été enthousiasmée par les pinots noirs notamment, à l’acidité bien présente, avec deux vins de concentration, « d’une belle prestance, et qui profiteront de leur phase d’élevage pour s’ouvrir ». Un avis partagé par le sommelier Antoine Woerlé, qui a noté « de jolis arômes de cerise noire, de fruits rouges, des vins bien structurés ». Ce cépage a également séduit Mathieu Freysz, de Groupama, sur une série très réussie, saluée par l’ensemble des dégustateurs, plus réservés sur les gewurztraminers. Ces derniers sont néanmoins intéressants, a précisé Déborah Ruffing, œnologue chez Wolfberger, citant deux vins, l’un aux arômes caractéristiques de fruits exotiques, l’autre révélant des notes « de miel de pétale de rose sur une belle matière ». À l’issue de cette dégustation, 70 % des vins ont été acceptés. Un pourcentage très satisfaisant, a souligné Thibaut Baldinger, responsable de la cave. Ils pourront être représentés sous 15 jours à un comité si le vigneron le souhaite. Le miraculé a « du tempérament et du caractère », a déclaré Serge Dubs, « un millésime joyeux et de bon augure ».

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