Viticulture

Viticulture - Bilan 2016

Le plein, enfin !

Publié le 05/01/2017

Le vignoble respire. Il renoue avec un volume normal de vendanges propre à regonfler en partie ses stocks avec un millésime de vins plaisants et fruités.

2016 met du baume au cœur des viticulteurs alsaciens. Est-il besoin de rappeler que les trois millésimes précédents leur avaient fait faire la grimace du strict point de vue des disponibilités à vendre ? Rien de tel en 2016. Les vendanges confirment les bonnes impressions laissées par les tours de parcelles. La charge est bonne. Les raisins sont sains et nécessitent peu de tri. La profession doit cependant batailler pour parvenir à rentrer une récolte estimée à 1 180 000 hl à l’heure de la rédaction de ce bilan. Son adversaire porte un nom : mildiou. Le champignon a trouvé un allié de choix dans la météo de l’année. Entre janvier et avril, le vignoble doit boire jusqu’à 360 mm de pluies. De basses températures retardent d’abord le cycle végétatif. Quelques parcelles subissent des gelées blanches, d’autres sont grêlées parfois sévèrement par la suite. À partir de mai, la végétation pousse par à-coups et se fait toujours régulièrement arroser. La pluie et des températures toujours fraîches perturbent la floraison qui s’étale sur une quinzaine de jours pendant la deuxième quinzaine de juin. Au milieu de cette humidité et de températures supérieures à 11°, le mildiou se sent très à l’aise. Les viticulteurs sortent leur pulvérisateur de manière précoce et rapprochent les cadences. L’ennemi enchaîne trente-cinq cycles entre le 9 mai et début juillet ! Du jamais vu ! Mais, au même titre que l’oïdium, il est contrôlé dans la très grande majorité des cas à l’exception de quelques viticulteurs bio qui sont autorisés à acheter des raisins afin de pouvoir continuer à approvisionner leurs marchés. À partir de juillet, le champignon rend progressivement les armes. Le temps chaud et sec qui s’installe durablement début août et qui persiste ne constitue pas sa tasse de thé. Ce n’est malheureusement pas celle non plus des jeunes vignes et des sols légers qui souffrent de stress hydrique. Dans des situations limitantes, les rieslings sont les premiers à bloquer leur maturité. Une récolte étalée jusqu’en novembre Le ban des vendanges ouvre le 12 septembre pour le crémant et le 22 pour les AOC tranquilles. Mais la maturité des raisins n’est pas toujours celle escomptée ou requise par la réglementation pour pouvoir prétendre à l’AOC. Comme le beau fixe est de mise, les viticulteurs patientent. Le vignoble assiste à l’une des récoltes les plus étalées de toute son histoire. Elle s’éternise jusqu’en novembre, notamment pour certains gewurztraminers et rieslings. Quelques-uns parmi ces derniers tutoient seulement la barre des 11° et sont repliés en crémant. L’appellation prévoit de rentrer cette année un record de 280 000 hl de vins de base. À l’opposé, les vendanges tardives et sélections de grains nobles sont les parents pauvres du millésime. Face à des volumes de récolte suffisants pour faire le plein, certains viticulteurs tentent l’aventure malgré l’absence de botrytis et de passerillage. Le rythme des demandes de constat s’élève à peine à dix par semaine, cinq fois moins que dans une année « normale ». Au 9 décembre 2016, les revendications dans les deux mentions portent sur 4 237 hl presque six fois moins qu’en 2015 (23 742 hl) et encore moins qu’en 2014 (5 955 hl). Les 2 237 hl de gewurztraminer et les 1 925 hl du pinot gris constituent le gros des constats. L’essentiel des premiers est rentré en VT (2 214 hl) alors que le second se répartit entre VT (1 317 hl) et SGN (608 hl). Cette année, la part du muscat (46 hl) et du riesling (29 hl) sont anecdotiques. Des vins légers et fruités En cave, certaines cuves sont chaptalisées. Le millésime 2016 livre des moûts typés et francs avec des acidités tartriques très droites. Il s’annonce capable de produire tous les styles de vins avec une tendance pour les modes légers et fruités à l’image des sylvaners. Les crémants, les pinots gris et noirs paraissent être les premiers candidats pour faire partie des réussites de l’année. Dans tous les cas, cette vendange tombe à pic pour aider à reconstituer des stocks. L’Alsace en a perdu 200 000 hl sur les trois dernières années et le volume 2016 ne suffira pas à lui seul à remettre les pendules à l’heure. Un rythme de vente tombé à moins d’un million d’hectolitres Cette situation tendue en termes d’offre et de demande affecte directement le rythme de vente du vignoble. À fin septembre, il passe sous le cap du million d’hectolitres. Il descend à 977 765 hl sur douze mois en glissement. Ces ventes correspondent à 720 871 hl écoulés en France (- 5,7 % sur la même période 2015) et 256 894 hl à l’export (- 6 %). Le chiffre d’octobre baisse encore la performance d’un cran à 970 000 hl… Car faute de marchandise, les opérateurs délaissent des marchés. Ils se situent dans les pays proches, friands de vins à prix attractifs de type pinot blanc. En effet, sur janvier à septembre 2016, les ventes en Belgique et aux Pays-Bas s’écroulent de 23 % accentuant un mouvement déjà perceptible en 2015. Le Danemark et l’Allemagne se contentent d’un recul de respectivement 10 et 8,5 %. Pour l’Union européenne, la chute sur neuf mois est de 14 %. Deux bémols sont cependant à apporter à ce tableau : les ventes de vins d’Alsace progressent de 3,6 % sur pays tiers et elles y sont mieux valorisées de 6,7 %. La perte de chiffre d’affaires tout export se limite ainsi à 2,7 %. Le prix moyen y progresse de 3 %. Dans l’UE, celui des vins tranquilles s’apprécie de 8,7 % et celui du crémant de 4,1 %. Les producteurs d’effervescent maintiennent peu ou prou leur score de 35 millions de bouteilles vendues par an. Mais pour y parvenir, ils doivent puiser 3 millions de cols dans leurs stocks. La campagne vrac démarrée au 1er décembre 2015 est dans la droite ligne des ventes en bouteilles. Les volumes échangés sont en diminution de 17 % à fin octobre. A cette date, les prix demeurent encore relativement fermes. Mais ils décrochent sur la première quinzaine de décembre 2016. Le prix moyen par cépage recule de 8 à 13 % par rapport au constat durant la même quinzaine de 2015. La mercuriale du Civa publiée le 23 décembre repasse le sylvaner à 1,85 €/l (2,30 € fin octobre), le pinot blanc à 2,29 €, le riesling à 2,81 € alors qu’il était repassé au-dessus de 3 €. Les pinots noir et gris retombent respectivement à 2,93 et 2,82 €, le gewurztraminer de 4,20 € à 3,77 €. Reste à savoir si cette baisse et la soif de vins d’Alsace seront suffisantes pour que les metteurs en marché alsaciens retrouvent dans leurs ventes les volumes abandonnés depuis trois ans à la concurrence…

Interdiction d’épandages aériens de produits phytosanitaires

Les dérogations ne peuvent être envisagées que sur une période limitée

Publié le 03/01/2017

En date du 4 février 2016, le député-maire d’Altkirch Jean-Luc Reitzer a attiré l’attention du président de la République sur l’interdiction des épandages aériens de produits pharmaceutiques. Le 14 décembre 2016, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, a répondu en rappelant que « la pulvérisation aérienne des produits pharmaceutiques est interdite. En cas de danger sanitaire grave qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens, la pulvérisation aérienne de produits pharmaceutiques pour lutter contre ce danger peut être autorisée temporairement par arrêté conjoint des ministres chargés de l’Environnement, de l’Agriculture et de la Santé. Ainsi, l’épandage aérien relève désormais d’une décision de niveau interministériel et non plus d’une décision préfectorale. Il s’agit d’une dérogation qui ne peut être envisagée que pour une période limitée, afin de lutter contre une menace grave ne pouvant être jugulée par d’autres moyens ». Une telle dérogation a ainsi été accordée par arrêté du 22 juin 2016 afin d’autoriser le traitement, avec certains produits, des vignes en pentes dans les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, pour lutter contre le mildiou. L’utilisation de drones pour l’épandage aérien est soumise au même dispositif légal.

Publié le 26/12/2016

Les vignerons de l’association Vignes Vivantes s’alarment de la perte de diversité génétique intra-variétale des vieilles souches de vignes, sous l’effet conjugué de la restructuration du vignoble et de l’absence de dispositif conservatoire de ces anciennes variétés des cépages alsaciens

« Nous observons actuellement beaucoup d’arrachage de vieilles vignes. Souvent la décision est prise assez subitement. Les bois sont définitivement perdus », s’alarment les vignerons de l’association Vignes Vivantes. Or, ils sont la mémoire d’une « diversité intra-variétale », explique Vincent Fleith. Le vignoble alsacien connaît actuellement une forte restructuration de son parcellaire, impulsée par la concentration des exploitations viticoles et par les aides européennes fléchées par FranceAgriMer vers la rénovation des vignes en sélections clonales exclusivement. Ainsi, les vignes de plus de 60 ans sont arrachées, emportant avec elles des trésors de diversité génétique acquise au fil des siècles, pour laisser place à des sélections clonales. Une soirée débat était proposée à la Maison des vins d’Alsace par le président de l’association Vignes Vivantes, Matthieu Boesch. Les bienfaits de la diversité génétique Si la sélection clonale offre une certaine garantie sanitaire en matière de virus, les vignerons de l’association Vignes Vivantes souhaitent pour leur part recourir à la sélection massale et donc à plus de diversité génétique à l’intérieur d’un même cépage. Cette sélection massale contribue au final pour chacun à affirmer sa stylistique de vins qui est l’un des piliers de la réussite commerciale du domaine viticole. Et la diversité génétique est selon eux un bon moyen de lutter ou tout du moins d’atténuer les effets des multiples maladies à dépérissement qui guettent la vigne actuellement. Disposer d’une plus grande diversité en ressources génétiques permet en outre de mieux se prémunir face aux accélérations du changement climatique. Et les vieux bois de porte-greffe D’où l’idée de préserver les génétiques des vieilles vignes plantées à une époque où la sélection clonale n’existait pas encore. Pour conserver cette diversité génétique, l’idée consisterait à inventorier les vieilles parcelles du vignoble et à systématiquement prélever des bois pour les cultiver en pépinière conservatoire. Une pratique conservatoire qui serait également nécessaire pour les vieux bois de porte-greffe, estiment les vignerons. Cette approche conservatoire a déjà été mise en œuvre à des échelles plus collectives dans le vignoble par les vignerons de Scherwiller, explique Yves Dietrich. Les vignerons du cru ont constitué en commun une parcelle conservatoire des vieilles souches de riesling, « car nous manquons de ressources génétiques en riesling pour nos sols les plus pauvres ». Même approche avec le Ceta viticole, explique Frédéric Schwaerzler ; les vignerons ont procédé à une sélection massale de Bergheim à Ammerschwihr, mais avec cependant le souci sanitaire d’ôter tous les plants porteurs du virus du court-noué et de l’enroulement. Des sélections locales pour des usages locaux Lors de ce débat, la trentaine de vignerons a alors écouté le pépiniériste Christophe Hébinger, bien connu pour proposer des sélections massales. Lequel défend l’idée que tous les virus ne sont pas systématiquement néfastes à la vigne, que certains contribuent à l’expression de la qualité et qu’il y a un équilibre viral. Notion pour l’heure difficile à faire admettre par les autorités sanitaires préoccupées par les risques de multiplication de viroses pathogènes. C’est pourquoi, le pépiniériste d’Eguisheim propose aujourd’hui trois types de sélections ciblée, parcellaire ou conservatoire, privées. Chaque vigneron peut engager un processus d’affirmation de sa propre génétique. Avec une diversité des géologies et des climats extrêmement affirmée en Alsace, les vignerons ressentent qu’il est hasardeux d’imposer un même (ou quelques) couple(s) porte-greffe - clone sur des terroirs aussi variés que des lœss, argilocalcaires, schistes, ou granitiques… D’où cette idée de retour à des sélections ciblées pour des usages plus locaux, et surtout adaptées au terroir, au microclimat et au style de vin, tant d’ailleurs pour les bois de greffon que pour les bois de porte-greffe. Une manière de revenir finalement à des sélections plus locales, « comme le faisaient nos anciens », observent les vignerons.

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