Viticulture

Confrérie Saint-Étienne

Premier chapitre en Irlande

Publié le 23/12/2016

Pour la première fois depuis 1966, une délégation officielle de la confrérie Saint-Étienne d’Alsace s’est rendue en Irlande pour rencontrer la presse gastronomique et tenir le premier chapitre de son histoire dans ce pays qui compte de plus en plus d’amateurs de vins d’Alsace.

Quatre membres du Grand Conseil se sont déplacés du 18 au 22 novembre en Irlande : le Chancelier-Receveur, Jean-Paul Goulby, le grand maître 2016, David Ling, le grand maître 2017, Pascal Schultz, et le héraut, Jean-Louis Vézien, accompagnés par le délégué général, Éric Fargeas. Un chapitre haut en couleur Un dîner-dégustation convivial pour 27 journalistes et amateurs de vins a eu lieu au restaurant King Sitric à Howth, petit port de pêche non loin de Dublin, réputé meilleur restaurant de poissons en Irlande. Le chef-propriétaire, Aidan MacManus, ancien élève de la famille Haeberlin à l’Auberge de l’Ill, a préparé un menu de toute beauté à base de l’arrivage du jour : crevettes, crabes, grondins, palourdes et turbot sauvage… Le tout accompagné de six vins d’Alsace tirés de la carte du restaurant et de deux rieslings spécialement extraits de l’œnothèque de la confrérie, un 1996 de Thann et un 1976 de Wintzenheim, qui ont également enchanté les convives. Une journée a été consacrée à la découverte de Dublin, avec une visite technique de la légendaire brasserie Guinness, une dégustation commentée de whiskey irlandais et un dîner au restaurant Chapter One (1 macaron Michelin) qui possède une très belle carte de vins d’Alsace, son chef-propriétaire, Ross Lewis, étant un grand amateur de vins secs et gastronomiques. La délégation a ensuite pris la route pour Barberstown Castle, à 30 km au nord de Dublin, un château de XIIIe siècle transformé en hôtel de luxe par son propriétaire, Ken Healy, qui a été élu en 2014 le meilleur château-hôtel en Europe. Le décor médiéval, le feu des cheminées et la lumière des bougies ont offert un cadre magique aux cérémonies de la confrérie Saint-Étienne. La dégustation solennelle, conduite par David Ling, a permis à douze amateurs irlandais de rejoindre les rangs des confrères au grade d’apprenti. Ivan Healy a été élevé au grade de maître, avant d’être intronisé solennellement délégué de la confrérie Saint-Étienne pour l’Irlande. Ivan, avec le concours de son épouse alsacienne Céline, et d’Aidan et Joan MacManus, a tout mis en œuvre pour que ce premier chapitre en Irlande soit un succès mémorable, haut en couleur. Un banquet de légende Quatre grandes figures de la gastronomie irlandaise ont été également honorées : Aidan MacManus, Ross Lewis, Ken Healy et Hazel Allen (de Ballymaloe House), comme consœur et confrères sénéchaux et confrère œnophile. Joan MacManus et Denis Broderick ont été intronisés apprentis d’honneur pour leur engagement envers les vins d’Alsace. La séance solennelle a été clôturée par la traditionnelle harangue de Jean-Louis Vézien sur l’universalité de l’Alsace et de l’Irlande et les liens surprenants entre l’Irlande et les vins d’Alsace. La soirée s’est terminée par un magnifique banquet de style irlandais - avec le fromage servi après le dessert - parfaitement accompagné par des vins d’Alsace, dont certains ont été offerts par des confrères producteurs et d’autres extraits de l’œnothèque de la confrérie Saint-Étienne. À la fin du repas le chef du château, Bertrand Malabat, Français originaire de Dax, a été intronisé confrère sénéchal en hommage à ce banquet de légende qu’il a créé et réalisé. La nouvelle délégation de la confrérie Saint-Étienne d’Alsace en Irlande projette déjà d’organiser d’autres événements sur place et de se rendre en Alsace en 2017 pour les 70 ans de la confrérie, l’occasion pour les grands amateurs irlandais de découvrir le château de la confrérie, la richesse unique de son œnothèque et tous les attraits du vignoble d’Alsace.

Alexandre de Lur Saluces en Alsace

Les sauternes victimes de l’impatience

Publié le 22/12/2016

Ancien gérant de château Yquem, Alexandre de Luc Saluces était de passage en Alsace afin de promouvoir son livre « D’Yquem à Fargues ». Un ouvrage dans lequel il se livre à un plaidoyer des liquoreux de grains nobles et rappelle les exigences de qualité d’élaboration, en guise d’analyse de la crise qui affecte les sauternes.

Alexandre de Lur Saluces gérait le château Yquem à Sauternes jusqu’en 2004, avant que le groupe LVMH ne confie les destinées du domaine à Pierre Lurton, après en avoir acquis la majorité des actions. Depuis cette date, il se consacre à l’autre propriété familiale, le château de Fargues dont il produit également un sauternes. Invité par le caviste Michel Falck, Alexandre de Lur Saluces était de passage à la librairie Kléber à Strasbourg le 15 décembre pour promouvoir son livre D’Yquem à Fargues. Il était accompagné de Léonard Humbrecht. Les deux vignerons ont fait déguster chacune de leur cuvée, le clos Jebsal pour le domaine Zind Humbrecht, le millésime 2007 pour le Château de Fargues, à une trentaine d’amateurs venus les écouter se livrer à un vibrant plaidoyer pour les vins anoblis par le Botrytis cinerea. Les grands crus classés de sauternes n’échappent pas à la crise Alexandre de Lur Saluces est en quelque sorte en tournée promotionnelle pour l’appellation sauternes, c’est que cette dernière connaît une crise profonde. Même les châteaux grands crus classés du plus prestigieux des liquoreux, appartenant le plus souvent à des groupes financiers, n’échappent pas à la crise, qui affecte globalement tous les vins à sucres résiduels, et également les vendanges tardives alsaciennes. En novembre dernier, l’inspecteur général de l’Agriculture, Georges Pierre Malpel, a commis un rapport à la demande du préfet d’Aquitaine dans lequel il constate que le prix moyen des sauternes atteint 11 € la bouteille pour un rendement de 25 hl/ha. Dans ce rapport est notamment préconisée une nouvelle strate appelée Coteaux du Sauternais à 45 hl/ha, donc moins contraignante. Pour Alexandre de Lur Saluces, la crise résulte de la difficulté « de se plier aux caprices du marketing, pour un vin qui transmet une longue histoire ». « Ça n’a rien à voir avec le sucre » L’image des sauternes aurait-elle été entachée par des vins « lourds, sucrés, sucraillés » ? Qui ne correspondent normalement pas aux sauternes. Léonard Humbrecht appuie : « Ces vins n’ont rien à voir avec le sucre ». Alexandre de Lur Saluces insiste sur les exigences d’élaboration, les vendanges par tries successives, la sélection des grains nobles, des sucres exclusivement naturels, et des arômes formant la queue de paon, un arc-en-ciel de saveurs : « Ça me dérange qu’on fiche ça par terre avec désinvolture. On veut faire table rase, on oublie l’histoire. » Et d’insister sur les transformations biologiques et biochimiques à l’œuvre avec la pourriture noble sous la peau du raisin. « Un fait de civilisation » « L’alchimie du botrytis, c’est un fait de civilisation, lance le vigneron du sauternais songeur. Et nous avons une appellation dont 50 % des vignerons abandonnent ceci pour faire du vin sec, je trouve ça désolant ! » Au-delà de l’impérieuse nécessité de savoir attendre la pourriture noble, puis de vendanger avec minutie pour sélectionner les grains nobles un à un, Léonard Humbrecht, lui, insiste sur la dimension du terroir, ces lieux où s’installe le botrytis noble. Rappelant le travail de Claude Bourguignon qui lui a fait prendre conscience de l’importance de la biologie des sols pour que les racines de la vigne colonisent en profondeur le sol, il a appelé les jeunes vignerons de terroir « à ne pas céder aux sirènes de la modernité ».

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