Viticulture

Publié le 17/01/2017

Pour minimiser le risque de défaut, la cave de Turckheim a drastiquement réduit la proportion de bouteilles bouchées au liège au profit du bouchon synthétique et de la capsule à vis.

« Le bouchage est un thème qui revient souvent dans les discussions entre directions technique et commerciale de la cave. Mais depuis 2004, nous avons clairement privilégié le bouchon synthétique et la capsule à vis. Les solutions de bouchage alternatif nous facilitent la vie » reconnaît Michel Lihrmann, œnologue de la coopérative. Ce choix a été dicté par les problèmes réguliers de goût de bouchon. Ils concernaient la moitié des réclamations. Le synthétique s’est imposé facilement du fait de l’absence de bouteilles couleuses, oxydées ou au goût différent au sein d’un même lot. La cave achète deux types de synthétiques à un seul fournisseur (Nomacorc). Le Classic bouche les vins traditionnels à rotation rapide. Il est garanti trois ans. Le Classic green entièrement fabriqué à partir d’une base de canne à sucre lui succède en 2017 en maintenant la même promesse. Le Select 300 ou 500, un peu moins perméable à l’oxygène, donc plus étanche, ferme muscat, rosé et pinot noir afin d’en préserver la fraîcheur. « Nous l’avons constaté dans les essais que nous avons effectués durant deux ans. De plus, le tirage est effectué sous azote pour que l’apport en oxygène reste inférieur à 2 mg/l et pour que le taux de SO2 libre puisse être réduit d’au moins 5 mg/l » complète Michel Lihrmann. La cave travaille avec une seule qualité de capsule munie d’un joint Saranex, achetée auprès de deux fournisseurs, l’un portugais, l’autre espagnol. Son étanchéité est identique à celles des obturateurs synthétiques. Capsule et bouteille sont inertés à la mise pour prévenir tout vieillissement accéléré. Ce type de bouchage est choisi pour les vins à rotation rapide destinés au marché de la restauration, à la Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, à la Belgique, en Suisse… « Le potentiel de vieillissement est de cinq ans alors que l’objectif est qu’au bout de deux ans, le vin soit toujours frais sans avoir perdu ses qualités organoleptiques » explique Michel Lihrmann. La proportion de capsule pourrait encore s’accroître. « Le bouchon aurait du souci à se faire si le marché français acceptait la vis. Mais la grande distribution ne veut pas franchir le pas. Certaines enseignes refusent les solutions de bouchage alternatif car elles sont, selon elles, en décalage avec l’image que le consommateur se fait des vins, alors que ce dernier prend ce qu’il trouve » poursuit l’œnologue. La qualité du bouchon liège proportionnelle au prix Le liège naturel a cependant su se préserver une place. Pas sur les vins d’entrée de gamme. Car même si les bouchonniers proposent plusieurs qualités de produits, « cela ne passe pas économiquement ». À Turckheim, le liège bouche donc les seuls grands crus, lieux-dits, ou spécialités comme les vinifications en fût de chêne. « C’est un choix philosophique, le respect du lien au terroir. Mais rien ne dit que cela ne changera pas un jour. Car les goûts de bouchon même s’ils ont diminué en nombre, persistent » lance Michel Lihrmann. La cave travaille avec trois fournisseurs car la priorité reste de « répartir le risque ». L’équipe technique vérifie systématiquement les tests de TCA relargable, d’humidité et d’élasticité transmis par le fabricant. Elle sélectionne les lots sur leur qualité visuelle en prenant soin qu’il n’y ait pas d’exemplaires de forme ovale. Michel Lihrmann n’hésite pas à sortir son couteau pour couper en deux plusieurs bouchons de lots différents afin de contrôler l’homogénéité, la fermeté, les nervures du liège, l’importance des espaces vides. « La qualité est proportionnelle au prix. Plus il est élevé, meilleure est la qualité. Dans le liège, il n’y a pas de miracle » glisse-t-il en signalant que la cave dépense entre 145 et 260 € les 1 000 bouchons. La cave écarte la technologie du moulé dont la qualité de bouchage et de débouchage interroge. Elle n’utilise le bouchon colmaté qu’à la demande de l’un de ses clients. La cave s’est donné un budget bouchage par type de vin. « On peut fermer une bouteille moyennant 1,5 ou 2,5 cents. Mais la garantie de tenue n’excède pas six mois. Il faut au moins dépenser 5 cents par col pour avoir quelque chose de sérieux » évalue Michel Lihrmann. Il envisage de rester sur les trois types de bouchage actuels, mais est attentif aux évolutions. Depuis le printemps 2016, la cave a mis en place des essais de bouchage alternatif au liège sur des lots de trente-six bouteilles de riesling et de pinot gris lieu-dit. Huit modalités sont testées dont une capsule à vis. Un liège reconstitué a déjà été éliminé. La possibilité d’adopter un bouchon issu de liège broyé, purifié et reconstitué avec des microsphères n’a pas été retenue dans l’immédiat. Pourquoi ? « Il revient plus cher sans améliorer la qualité du résultat obtenu avec le synthétique » juge Michel Lihrmann.

Publié le 16/01/2017

Les vins nature sortent à dessein des sentiers battus du sulfitage. Pour leurs partisans, ils sont passés d’un phénomène de mode à une tendance. Où trouvent-ils leur clientèle ?

« Le vin nature n’est pas une norme. C’est juste une manière de travailler différente ». La définition que donne Hubert Hausherr à Eguisheim, fait de plus en plus recette. Mais il ne faut pas trop compter sur la traditionnelle vente au particulier pour écouler son stock. « Le pinot noir n’est pas fondamentalement différent. Mais les blancs non filtrés avec des arômes nouveaux déroutent beaucoup de monde. J’ai des fans et des personnes qui n’accrochent pas du tout » constate Vincent Stoeffler à Barr. « Il est difficile de rentrer gustativement dans ces vins. Ils présentent un fond et une richesse qui ne se résume pas à des arômes et à du sucre. C’est une autre trame que les repères donnés en leur temps au consommateur par les vins sulfités. Les gens doivent comprendre cet aspect pour les apprécier » explique Christophe Lindenlaub à Dorlisheim. Son premier vin nature date de 2012. Il évalue entre 10 et 15 % la proportion de ses clients historiques particuliers qui sautent le pas. Hubert Hausherr confirme. « Le domaine est passé en vins nature en 2010. Jusque-là, salons et caveau représentaient 75 % des ventes. En basculant en vins nature sans mention du cépage sur l’étiquette, ça a chahuté. Tous les clients n’ont pas suivi. J’ai arrêté les salons. J’ai connu un creux de trois ans » dit-il. Christophe Lindenlaub ménage encore la chèvre et le chou. Il garde une gamme classique de vins sulfités pour ses clients réticents au changement. Mais à terme, il a pour objectif de passer entièrement en vins nature. Il les habille d’une étiquette où le cépage n’apparaît plus qu’en petits caractères. Le sylvaner se transforme ainsi en « petit matin fou » et le riesling en « un jour, je serai ». Vincent Stoeffler vinifie depuis dix ans sans soufre plus de la moitié de son rouge, mais à peine 5 à 10 % de ses blancs. Il n’en fait pas son cheval de bataille au caveau. Son tarif général signale juste que de tels vins sont disponibles « sur demande ». « Je veux éviter des achats qui déçoivent. Je ne les fais goûter que quand je décèle un intérêt de la personne devant moi. Je pense qu’il y a un marché pour le pinot noir, le sylvaner, le riesling… moins pour le gewurztraminer et le pinot gris dans lesquels on recherche de la rondeur ». Hubert Hausherr comme Bruno Schueller à Husseren-les-Châteaux ne font plus de compromis. Sauf millésimes anciens, ils n’ont que des vins nature sur leur carte. Alors, à qui vend-t-on de tels vins ? La propension à dépenser plus Nos viticulteurs recrutent d’abord les amateurs de leurs vins à l’étranger ! Canada pour Vincent Stoeffler, Japon, États-Unis et Italie pour Hubert Hausherr. « La Suisse et l’Allemagne s’y mettent doucement. En avril 2016, j’ai rencontré des importateurs au salon des vins nature organisé tous les deux ans en Alsace. La première commande est tombée rapidement » complète-t-il. « Le monde entier achète ces vins » affirme Bruno Schueller qui cite l’Australie, Hong Kong, le Liban, la Scandinavie. Il s’est lancé il y a vingt ans et exporte 60 % de sa production. « Je ne participe à aucun salon. Je ne m’inscris à aucun concours. Je ne veux être cité dans aucun guide. Un vin qui est bon, où tout est dans la bouteille n’a pas besoin d’être promu. Un simple moteur de recherche suffit aux importateurs pour nous trouver ». En France, il y a peu de salut pour les vins nature hors des circuits professionnels. La restauration en est un premier, plutôt modeste. Les cavistes en sont un second. Ils font figure de passage quasi obligé. « J’ai travaillé vite et bien avec ceux qui s’orientent vers ce type de vins. Ils me prennent de 85 à 90 % de mes bouteilles » confie Christophe Lindenlaub. « Le restaurateur a peu de temps pour goûter et acheter. Il se contente du commercial qui passe. Le caviste s’intéresse à ces vins parce que ses propres clients le sollicitent et qu’il a envie de proposer autre chose que la grande surface » explique Hubert Hausherr. Le taux de réachat et de fidélisation est important. « Je pourrais vendre beaucoup plus si je produisais plus » remarque Bruno Schueller qui avoue avoir « établi une liste d’attente » et se retrouver avec des périodes dans l’année où il « n’a rien à vendre ». « C’est très compliqué à gérer. Je privilégie les clients fidèles et je préviens pour les délais » dit-il. Car vin nature rime fréquemment avec rendement faible. Pour Vincent Hausherr, 25 à 30 hl/ha correspondent à un niveau correct. Les prix sont donc en rapport : plutôt élevés. « Le consommateur participe au risque » reconnaît Christophe Lindenaub. Le prix est un frein car il achète un peu moins. Mais la propension à dépenser plus pour quelque chose de neuf est perceptible ».

Publié le 06/01/2017

À Dambach-la-Ville, Doris et Christophe Speitel ont surmonté plusieurs coups durs. D’innover dans leurs vinifications et la mise en avant de ces vins permet de relancer doucement leurs ventes en bouteille.

Le domaine Speitel existe depuis 1870. Quatre générations s’y sont déjà succédé. Mais sa surface reste modeste. Elle n’a augmenté que de quelques ares depuis 1991, l’année de l’installation de Christophe. Cette stabilité trouve son origine dans le montage imaginé au départ : le domaine ne fait alors qu’un avec un hôtel-restaurant qui va, au fil des années, jusqu’à absorber 40 % des vins produits. Ce courant commercial se maintient une fois que cet ensemble est scindé en deux entités. Mais il s’arrête brutalement en 2007 quand l’établissement de restauration ferme. « Nous avons immédiatement porté de un à quatre le nombre de salons auxquels nous participions » indique Doris Speitel. Avec Christophe, elle cherche à en fréquenter davantage. Pour l’heure, ces manifestations accueillent de 25 à 350 exposants. Trois sont en Belgique. La perte nette d’un débouché n’est pas la seule difficulté que le couple a dû surmonter dans sa carrière. Comme tout le monde, il a fait face à trois années de faible récolte. Si les sols argileux de plaine ont résisté, les terroirs granitiques, légers et filtrants ont souffert. Christophe et Doris récoltent en moyenne 49 hl/ha 2013 et 42 hl/ha en 2014. C’est encore pire en 2015 : 36 hl/ha à peine en raison de la grêle. « L’absence de sinistre nous avait incité à ne plus nous assurer. La perte est sèche » constate Christophe. Les huit lits de deux gîtes procurent certes quelques recettes et clients supplémentaires, mais pas assez. Alors, depuis deux ans, Christophe et Doris proposent des prestations de taille, de palissage et de liage. Dans le même temps, ils dynamisent leur carte de vins. Ils sélectionnent leurs « coups de cœur » personnels et les mettent en avant. Il y a par exemple un pinot gris 2015 passé en barrique et un pinot noir 2014 « authentique » car il n’a pas été filtré. « Nous ne voulions pas le dénaturer, lui enlever de la structure. C’est une première, mais certainement pas une dernière » explique Anthony, 23 ans, le fils du couple, salarié viticole sur un autre domaine de la commune, mais déjà fortement impliqué sur le domaine familial. Ces deux vins sont en tout cas bien accueillis. « Notre clientèle de particuliers a tendance à réduire ses achats en volume, mais demande davantage de bouteilles haut de gamme » note Doris. Pour continuer à approvisionner ce qui ressemble à un filon Christophe prépare un gewurztraminer 2016 barrique en plus d’une vendanges tardives 2015. Remettre le sylvaner sur la carte Christophe conduit en conventionnel ses vignes dont il alterne le rang enherbé tous les deux à trois ans. En 2013, 2014 et 2015, il contrôle l’herbe du cavaillon par un buttage/débuttage, mais en 2016, faute d’être suffisamment équipé, il revient au glyphosate sur une bande de quinze à vingt centimètres sur le rang. Il emploie de un à deux systémiques par campagne, le premier étant systématiquement positionné avant fleur. En 2016, Christophe a appelé le technicien qui suit le domaine au moins une fois par semaine. Il refait un systémique après fleur « pour sauver la récolte ». Sur l’ensemble de l’année, il sort huit fois son pulvérisateur, deux fois plus qu’en 2015. Christophe fait récolter mécaniquement les deux tiers de la surface. Il vinifie 70 % de ses raisins en sulfitant de 1 à 2 g/hl une vendange saine, qu’il enzyme ensuite avant un débourbage d’une trentaine d’heures. Il ne levure pas le moût car il estime que cette pratique donne « plus de diversité » à ses vins. Christophe les élève en cuves uniquement inox sur lies fines avec un objectif de 19-20° de température de fermentation. Si ce niveau est dépassé, il soutire 5 hl d’une cuve et les passe dans un tank à lait où ils sont refroidis en trois-quatre heures à 5° avant réincorporation. Les vins peuvent fermenter longtemps. Ils sont arrêtés en dessous de 1 000 et vinifiés en sec. La mise intervient entre avril et juin, mais peut aussi être décalée en septembre. Le couple a fait le choix de ne pas produire son propre crémant. Il achète des bouteilles nues à l’opérateur à qui il livre ses raisins. Le sylvaner est absent de la carte car sa parcelle est entièrement cédée en raisins. Mais Anthony ne désespère pas d’en refaire. Les viticulteurs misent sur l’augmentation de leurs ventes en bouteille. Pour cela, ils essayent de fidéliser leur client en réservant une attention à leurs clients fidèles (tablier, seau à glace, sommelier…), développer l’accueil de groupes, être visibles par leur site sur la toile. Il ne déplairait pas à Anthony de rejoindre ses parents, mais pour cela « il faudrait de un à deux hectares en plus ». Dans l’immédiat, le plus urgent est de combler le trou de trésorerie laissé par la grêle. Il est probable que le calendrier de vente du vrac, de 20 à 40 % selon le millésime, soit avancé en 2017.

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