Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant (FNPEC)
Succès et fragilité
Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant (FNPEC)
Publié le 31/03/2017
Rançon de la gloire, le succès des crémants de France et du Luxembourg aiguise les appétits des producteurs de vins d’IGP et de quelques prétendants européens. Sauf Frexit après les présidentielles, une refonte du texte communautaire devrait recentrer encore la protection sur le terroir, plutôt que sur la recette d’élaboration.
Suffit-il à n’importe quelle appellation d’Europe de se conformer au cahier des charges d’élaboration des crémants et de remplir les conditions de viticulture, pour apposer le terme crémant ? Le crémant est-il une simple recette d’élaboration de vin effervescent d’appellation ou bien est-il un vin d’appellation à part entière ? Réunis en congrès en Savoie, les producteurs des huit régions productrices de crémant de France et du Luxembourg ont fait le point sur une situation de protection du terme crémant, qui mérite quelques ajustements au niveau des textes européens. Car le succès des crémants aiguise bien des appétits. La fédération nationale (FNPEC) pense atteindre les 100 Mcols (millions de cols) dans les 5 prochaines années. En 2015, il s’est vendu 75 Mcols. Un succès envié Un succès envié par les producteurs d’effervescents d’entrée de gamme. Rappel des faits : en octobre 2011, l’Inao a homologué 36 cahiers des charges d’IGP (Indications géographiques protégées), lesquels autorisaient la production de vins mousseux en cuve close ou méthode traditionnelle. La FNPEC avait alors obtenu du Conseil d’État l’invalidation de 33 cahiers des charges. Seules les IGP Hautes Alpes, Maure et Var, ont obtenu ces possibilités d’élaboration. Bien décidée à produire des mousseux, l’IGP Méditerranée, couvrant la vallée du Rhône, la Provence et la Corse, a reformulé un cahier des charges, jugé recevable par le Conseil d’État le 14 décembre dernier. Déjà, le groupement de coopératives Marrenon, à La tour d’Aigues dans le Luberon, (1 200 vignerons et 7 600 ha) déclare à l’AFP passer de 30 000 cols à 200 000 cols de mousseux. Et les producteurs de crémant n’en ont pas terminé puisque, s’inspirant de l’IGP Méditerranée, l’IGP Pays d’OC a annoncé en janvier dernier qu’elle reformulerait dans la foulée un nouveau cahier des charges, en vue également de produire des mousseux. Le consommateur n’y verra que de la bulle… Une situation qui ne ravit pas les producteurs de crémant qui, par la voix de leur président Franck Vichet, dénoncent une forme de tromperie du consommateur, avec des vins d’IGP qui font cohabiter sous une même étiquette deux méthodes d’élaboration radicalement opposées, la méthode traditionnelle et la cuve close, technique plus industrielle. Le consommateur n’y verra que de la bulle… Et pour ajouter à la confusion, l’IGP Méditerranée s’autorise une centaine de cépages, dont les très rhénans sylvaner et gewurztraminer, ajoute Olivier Sohler, le directeur de la FNPEC. « Nous n’avons pas de stratégie protectionniste, mais nous souhaitons que ces apparitions se fassent dans le respect de l’existant, et ne jouent pas la confusion », souligne le directeur de la FNPEC. À cette menace s’ajoutent les velléités de quelques producteurs européens de revendiquer la mention crémant, bien décidés à exploiter les failles de sa protection. 500 000 cols mentionnés crémants ont été identifiés en Allemagne, 40 000 cols en Belgique, un peu en Tchéquie et même des crémants danois… Faute du soutien protecteur de l’Inao, que Jacques Cattin, l’ancien président, qualifie en la circonstance « d’auberge espagnole », la FNPEC voudrait renforcer les textes communautaires. Attention au Frexit Il ne faudrait pas qu’un Frexit (Brexit à la française) compromette ces efforts de protection européens. L’idée consiste à adosser obligatoirement le terme crémant à une région de production déterminée. Elle peut déjà s’appuyer sur les argumentaires de la jurisprudence européenne Codorniù du 18 mai 1994, où pour donner raison aux producteurs de crémant, l’avocat général M. Lenz a notamment considéré que « la mention crémant est progressivement devenue, dans l’esprit des consommateurs, une désignation qui renvoie à une provenance géographique déterminée ». D’ailleurs, le terme « crémant » ne figure pas dans la liste e-bacchus des mentions traditionnelles (règlement UE 1308/2013). « Sur la base d’un texte paru le 14 juillet 2009, nous avons obtenu que le terme crémant soit obligatoirement suivi du nom de la région dans laquelle il est produit », explique Olivier Sohler. L’antériorité litigieuse Pour faire reconnaître une appellation, il y a toujours la période litigieuse de l’antériorité. Les crémants de Savoie se situent actuellement dans cette période ; sur les étiquettes, on peut lire : « Crémant de Savoie, Appellation d’origine Savoie Protégée » au lieu de « Appellation crémant de Savoie contrôlée » tout simplement. Comme d’ailleurs pour les crémants de Luxembourg, mentionnant : « crémant du Luxembourg, appellation Moselle luxembourgeoise contrôlée ». Pour toutes les autres régions de crémant, il y a bien une appellation spécifique avec un cahier des charges spécifique : « Appellation Crémant du Jura contrôlée, Appellation Crémant d’Alsace contrôlée… » Il nous reste à trouver la formulation pour éviter ce genre de problème, conclut Olivier Sohler.












