Syndicat viticole de Colmar-Houssen
Le vignoble et ses fléaux
Syndicat viticole de Colmar-Houssen
Publié le 07/03/2017
Les viticulteurs du syndicat viticole de Colmar-Houssen s’inquiètent d’une hausse importante de foyers de mildiou dans le vignoble et de pieds morts, qui pourraient avoir d’importantes conséquences économiques à l’avenir.
Après trois faibles récoltes, l’année 2016 a permis de reconstituer les stocks et de faire le plein dans les caves. Une récolte qualitative et quantitative qui fait du bien et qui doit permettre à la profession viticole de repartir de l’avant. Néanmoins, « la viticulture alsacienne a connu, entre avril et juillet 2016, la pire attaque de mildiou de ces dernières décennies. Les pluies de printemps ont favorisé l’explosion de la maladie. Certaines exploitations ont subi de lourdes pertes. Et personne n’a été épargné. Que ce soit en conventionnel ou en conduite biologique, la pression a été telle, que nous avons pratiquement dû effectuer un, voire deux traitements par semaine pour essayer de contenir ou d’enrayer la maladie. Cela a généré des angoisses, car le stress hydrique a fait son apparition avec un risque important de blocage de maturité. Qui s’est avéré dans les parcelles chargées et faibles. Par ailleurs, la flavescence dorée a fait son apparition dans le secteur de Turckheim. Mais, ce sont surtout les maladies du bois qui se sont exprimées, nous rappelant que notre vignoble est en grand danger. Certaines parcelles affichent jusqu’à 20 % de pieds morts ! », a expliqué le président du syndicat viticole de Colmar-Houssen, André Ducros, lors de l’assemblée générale mercredi 22 février à la Maison des vins d’Alsace à Colmar. Attention au mildiou Michel Fritsch, gérant de l’entreprise AB2F à Kientzheim, a rappelé que la forte pluviométrie des premiers mois de 2016 a eu pour conséquence une sortie précoce de mildiou dès le mois de mai. La semaine de pluie au moment de la pleine fleur n’a pas amélioré la situation. « Du coup, il y a eu une explosion des grappes touchées à partir de fin juin. Avec l’humidité permanente du mois de juillet, la maladie s’est propagée. » « Le mildiou de 2016 n’aura aucune répercussion sur l’année à venir, » assure Michel Fritsch. « Il convient en revanche de bien surveiller les parcelles, et surtout, de toujours intervenir de manière préventive. Il faut bien traiter, dans de bonnes conditions et en respectant les bonnes pratiques agricoles », prévient-il. Sur la stratégie à mener en 2017, « pour celles et ceux qui sont en conventionnel, il faut démarrer les traitements dès l’apparition des premières tâches, avec des produits comme Éperon ou Aviso par exemple. Il faut également respecter les cadences et l’alternance des familles. Pour celles et ceux qui sont en bio, il faut tenir compte de la maturation des œufs d’hiver, des premières pluies contaminatrices, des temps d’huméfaction des feuilles, des conditions d’application et de la date d’intervention avant et après les pluies. Enfin, en règle générale, il faut toujours traiter avant les pluies, et savoir que quand on voit la tâche, elle a déjà 7 à 10 jours ». Les professionnels se sont par ailleurs inquiétés de la valorisation des vins d’Alsace. « Le projet de l’Association des viticulteurs d’Alsace de réserve qualitative va dans le bon sens. Il s’agit de sécuriser les ventes, afin d’éviter une trop grande disparité des prix en cours de saison. Le principe est de pouvoir garder les excédents d’une récolte abondante au lieu de les détruire, pour pouvoir ensuite les réinjecter sur le marché en cas de récolte déficitaire », a souligné André Ducros. Il s’agace par ailleurs de la circulaire de FranceAgriMer et des Douanes refusant d’ouvrir le dispositif aux viticulteurs alsaciens sinistrés par les épisodes climatiques pour acheter des raisins et du moût au motif que ce sont des aléas sanitaires. « Donc, directement liés aux démarches environnementales et à l’utilisation de produits de traitement naturels. Une belle douche froide et une démonstration éclatante du double langage de nos ministres qui autorisent en paroles, mais qui interdisent dans les faits. Ce sont surtout les entreprises engagées dans une démarche environnementale forte qui ont été lésées par cette circulaire. Et parallèlement, un arrêté préfectoral interdit l’épandage de produits phytopharmaceutiques dans les vignes à proximité d’écoles, d’un périscolaire ou d’une manifestation sportive. On nous dit que c’est l’image de la viticulture et de l’agriculture qui est en jeu. Un nouveau double langage. Où est la cohérence ? Où est la vision globale ? » Une zone de non-droit L’assemblée générale a également permis d’évoquer des dossiers syndicaux : Plan local d’urbanisme, lutte contre les étourneaux, hiérarchisation, irrigation et stress hydrique sans oublier les accès et les nuisances dans le vignoble colmarien. « Nous sommes au bord de l’implosion. Notre vignoble devient une zone de non-droit abritant toutes sortes de trafics et de plus en plus de filles de joie. Ces dernières drainent une clientèle de plus en plus nombreuse qui sillonne notre vignoble sans aucun respect ni règles. 2017 devra donc être l’année du changement. Avec toutes les instances concernées, nous devrons trouver et mettre en place des solutions aptes à régler définitivement ces problèmes. Le vignoble de la Harth est notre outil de travail, notre usine, notre bureau. Pouvons-nous, nous, pénétrer dans une usine et nous y promener en exigeant des ouvriers qu’ils tiennent compte de notre présence et fassent moins de bruit ? Pour notre vignoble, ce doit être exactement la même chose. C’est un lieu de travail, avec des risques. Il doit être fermé. Notre syndicat fera des propositions claires et simples à mettre en place afin de régler cette situation », conclut André Ducros. Au cours du débat, un viticulteur a suggéré l’installation d’une circulation à sens unique dans la zone concernée.












