Viticulture

Publié le 03/11/2016

À Blienschwiller, le domaine du Racème partage ses ventes entre la bouteille, le vrac et les raisins. Serge Schwartz multiplie les salons pour jouer sur l’envie de découvrir des consommateurs et faire évoluer ces proportions au profit de la première.

Sur La porte du caveau du domaine du Racème deux macarons témoignent encore de l’époque de Charles Schwartz et de l’obtention d’une médaille d’or au concours de Mâcon en 1979 et d’une autre en bronze en 1981. Ils voisinent avec deux diplômes décernés en 2016 au muscat Belle amie 2015 et au sylvaner Jardin d’eden 2015 par le jury du concours « un vin presque parfait ». « J’ai présenté ces deux vins sur un coup de tête. Les deux ont été sélectionnés. Je ne m’y attendais pas » lance Serge Schwartz. Le viticulteur qui est actif sur l’exploitation depuis 1999 mais seul aux commandes du domaine depuis janvier 2015, ne dédaigne pas ce petit coup de pouce qui peut participer à son objectif de remonter le niveau de ses ventes en bouteilles. En 2000, le changement de comportement d’achats avait contribué à diviser les ventes historiques par près de cinq. « Je suis content quand j’entends la sonnette du caveau, mais pour vendre il faut sortir de chez soi » déclare Serge. Serge s’occupe de la conduite des vignes et de la vinification sans oublier d’être, comme il dit, « son propre commercial ». Il a inscrit dix-huit salons, associatifs ou marchés de Noël à son calendrier 2016, contre encore seulement sept il y a deux ans. Trois sont inédits pour lui. Il les a dénichés sur le web. Il se rend seul sur la majorité d’entre eux. Pour pouvoir faire patienter les amateurs en cas d’affluence, il emmène toujours un classeur avec les fiches techniques de ses vins et un chevalet qui présente l’offre du domaine comme le ferait un restaurateur affichant son menu à l’extérieur de son établissement. Peggy, son épouse, l’accompagne seulement sur deux événements. Salariée à l’extérieur à 90 % de son temps, elle rempile sur l’exploitation dès qu’elle peut. C’est elle qui lance les deux courriers annuels à la clientèle en mars et en août, qui enregistre les données laissées par les acheteurs et tient les statistiques précises de chaque déplacement. « Nous limitons les frais d’exposant. Aucun emplacement ne coûte plus de 110 € par jour » signale-t-elle. Serge s’est forgé ses expériences. « Il faut trois ans minimum avant de juger un salon. La première participation, ce n’est que de la prospection. La deuxième année, on peut espérer placer 250 à 300 cols grâce au rachat de ceux qui ont acheté une ou deux bouteilles pour goûter. La troisième année, il faut atteindre la rentabilité. Vendre entre 500 et 1 000 bouteilles, c’est bien ! Avec le temps, des particuliers commandent à réception du courrier. Ce sont toujours de 200 à 350 bouteilles réservées ». Des vins qui se marient avec les plats Bien qu’il en ait dans sa gamme « parce qu’il en faut », Serge « ne court pas après les vins sucrés ». Il s’essaie certes à des vins qui « sortent de l’ordinaire » comme un rosé vieilles vignes ou le muscat ottonel Belle Amie rentré à 14,3°, mais il privilégie surtout des produits « charpentés avec du fruit parce qu’ils doivent se marier avec un plat ». À l’instar de Peggy, qui aime comme lui passer du temps en cuisine, il joue à trouver celui de ses vins qui ira le mieux avec un plat qu’il découvre en dernière minute. « C’est un exercice auquel je me livre souvent. Je le propose aussi dans les zones où je me déplace aux particuliers qui veulent réaliser un accord mets-vins entre les plats de leur région et les Alsace. S’ils invitent de vingt à vingt-cinq personnes, c’est l’idéal. Il faut profiter du souhait que partagent une grande majorité de consommateurs de toujours avoir envie de découvrir ». En reprenant le flambeau de Charles, Serge a donné une nouvelle identité au domaine. Le nom latin « racemus » (inflorescence) l’a inspiré pour se démarquer. « Je ne suis pas le seul à m’appeler Schwartz dans le village. Je me suis aperçu que ce nouveau nom suscite de la curiosité. Cela déclenche l’échange » remarque-t-il. Depuis août, le domaine a ouvert son site internet afin de « communiquer au maximum ». Serge et Peggy révisent leurs tarifs chaque année en s’orientant sur les prix pratiqués par les autres metteurs en marché. Ils augmentent progressivement et en premier leurs prix qui ne sont pas dans la moyenne. Ils constatent qu’ils vendent le mieux les vins au tarif le plus élevé. Tous deux visent l’objectif de 80 % d’une récolte vendue en bouteille. Serge est conscient que ce processus demandera du temps. « Il nous faudra sans doute dix ans avant d’y être » glisse-t-il.

Chez Henri Schoepfer-Muller à Wettolsheim

Dernière vendange avant Intervitis

Publié le 29/10/2016

La vendangeuse Hoffmann CH500 d’Henri Schoepfer-Muller, à Wettolsheim, effectuait sa dernière récolte 2016 samedi dernier, avant d’être expédiée à Stuttgart. L’innovation de Marcus Hoffmann, présentée en 2015, a reçu la médaille d’or du salon Intervitis.

Marcus Hoffmann et son père, Peter, de Piersport en Moselle allemande, ont conçu une machine capable de vendanger dans des pentes à 70 %, c’est-à-dire 70 cm de dénivelé pour 1 m de plat, grâce à un ensemble treuillé optionnel. La machine intéressait Henri Schoepfer-Muller, à Wettolsheim, qui l’avait essayée en 2015. Depuis, la machine a connu des évolutions notables. Henri Schoepfer-Muller l’a acquise sans l’option de treuillage et se montre particulièrement satisfait de son usage.     La tête de récolte de la CH500 est montée sur une chenillette Andreoli de 100 ch, qui peut admettre par ailleurs d’autres outils, tels que des appareils à traiter. Le développement a commencé avec Andreoli il y a cinq ans. Peter Hoffmann avait d’abord adapté une technique de récolte mécanique propre aux olives avec une tête de récolte sans fléaux secoueurs donc, mais un ensemble de roues étoilées vibrantes qui prennent le cep et le font vibrer dans le sens du plan de palissage. Puis il est revenu aux classiques bras secoueurs qui font vibrer le cep dans une direction perpendiculaire au plan de palissage. La maison Hoffmann avait d’abord jugé que le mode de battage longitudinal préserve mieux l’intégrité des baies et des grappes avant de revenir au battage classique à fléaux. Au total, l’ensemble pèse 4 tonnes, cependant le poids étant bien réparti grâce à de larges et longues chenilles, la pression au cm2 est réduite à celle des pieds d’un homme. Depuis, quatre machines tournent actuellement en Allemagne. L’équipement complet - à savoir le tracteur à chenilles, la tête de récolte, le treuil et la remorque adaptée pour gérer le treuillage de manière télécommandée, et le cuvon de déchargement - représente la coquette somme de plus de 200 000 €. Rappelons que les cahiers des charges des grands crus et lieux-dits n’admettent pas la vendange mécanique. Mais Henri Schoepfer insiste particulièrement sur l’usage à façon que permet sa vendangeuse, au gré des caprices météorologiques et phénologiques de la maturité de ce millésime 2016 qui s’est fait attendre.

Publié le 28/10/2016

Le bon état sanitaire a conduit les viticulteurs à étaler leurs vendanges comme rarement. En cave, la vinification de moûts sans mauvais goût ne cause guère de souci. Et les choix œnologiques sont des plus classiques.

Lilian Andreuzzi, œnologue à la cave du Roi Dagobert à Traenheim. 75 000 hl vinifiés en 2016. « La maturité est là. Les sylvaners sont rentrés à 11,5°, les pinots blancs entre 11,5 et 12°, les rieslings entre 11 et 12°, les pinots noirs entre 12 et 13°, les pinots gris à 13° et les gewurztraminers entre 12,5 et 13,5. J’ai enrichi entre 0,5 et 1° des cépages comme le sylvaner, le pinot blanc et quelques rieslings. Le taux d’extraction est très bon sur les pinots noirs, normal pour les autres cépages, un peu plus faible en gewurztraminer. Les jus ont été sulfités à 4 g/hl, enzymés et levurés comme d’habitude. L’arrivée étalée des raisins nous a permis de débourber jusqu’à 48 h. Les jus étaient plus troubles sur la fin. Le débourbage a été moins serré sur riesling pauvres en azote. Ils ont été corrigés par l’ajout de 20 g/hl d’azote ammoniacal, 10 g/hl pour les gewurztraminers. Les fermentations se sont enclenchées en quatre jours au lieu de trois. Elles sont régulières à 18, 22 voire 24° selon l’activité des levures. Les moûts sont équilibrés en acidité. Aucun traitement particulier n’a été effectué. Les pinots montrent un peu d’amertume. L’ensemble des jus ne présente aucun mauvais goût. Le millésime donne l’impression d’être un peu dilué. Je m’attends à des vins légers, sur le fruit, faciles à boire ». Guy Ruhlmann, Domaine Gilbert Ruhlmann & fils à Scherwiller. 850 à 900 hl vinifiés par an. « Nous avons été patients pour couper du raisin mûr. Nous vendangeons depuis six semaines des raisins à l’état sanitaire impeccable, sans degrés excessifs. Les rieslings sont rentrés entre 11 et 12°. Nous avons attendu qu’ils affichent la maturité gustative que nous recherchons. Les pressées durent de 3 h à 3 h 30. J’ai sulfité les moûts à 3-4 g/hl et j’ai ajouté 0,5 à 1 g d’enzymes pectolytiques avant de laisser débourber 24 heures à froid, parfois 48 heures. Les jus sont très clairs. J’ai chaptalisé certaines cuves jusqu’à 1°. J’ai levuré les crémants et les premiers vins, mais quelques cuves sont restées avec des levures indigènes aussi. Même si deux à trois cuves ralentissent un peu, je n’ai pas constaté d’arrêt de fermentation. Le schéma de fermentation se passe normalement. Je ne m’inquiète pas pour l’acidité. Les pinots noirs ont quasiment fini leur fermentation alcoolique et démarrent la malo. Ils ont une belle couleur et des tanins soyeux. 2016 est une année sans difficulté particulière qui me rappelle un peu 1989 et 2007. Je pense que le millésime présente un potentiel de vins plus frais et un petit volume de vendanges tardives en muscat et en gewurztraminer, pas en riesling ». Des vins avec plus de nervosité Etienne Dreyer, Domaine Sick-Dreyer Ammerschwihr. 700 hl vinifiés en 2016. « Je ne m’attendais pas à rentrer de si belles maturités entre 13 et 15,5°. Il n’y a que quelques rieslings qui ont stagné. Je n’ai pas chaptalisé, mais je ne l’exclue pas pour l’une ou l’autre parcelle qui reste à vendanger. J’ai réalisé des pressées d’environ trois heures. Le taux d’extraction est un peu en-dessus de la moyenne. J’ai enzymé pinots, muscat et gewurztraminer. Avec la mise en service d’une nouvelle cuve de débourbage au froid, j’ai sulfité à 2 g/hl au lieu de 3 g en 2015. J’ai débourbé vingt-quatre heures, mais jusqu’à soixante-douze mon riesling grand cru. La précipitation a été bonne. J’ai levuré l’ensemble des cuves. À l’exception du pinot noir et du riesling, j’ai rajouté 40 g/hl de bentonite au départ en fermentation. La température est montée à 18°en moyenne. J’ai contrôlé un goût de réduit sur muscat et pinot noir par un simple remontage à l’air. Un pinot blanc déjà soutiré montre une belle fraîcheur et un pinot gris dégage un arôme de coing-poire. On doutait du millésime 2016, mais il n’y a pas lieu ». Jean-Jacques Loberger, domaine Loberger à Bergholtz. 8 ha en biodynamie. 450 hl vinifiés par an. « La maturité est optimale pour toutes les appellations. Tout est au-dessus de 11°. Cela va jusqu’à 14,5°. J’arriverai à mon objectif de ne pas chaptaliser. Les matières n’ont pas besoin des degrés de 2015. J’ai réalisé des pressées de cinq à six heures. Je n’ai pas sulfité les moûts et j’ai débourbé vingt-quatre heures. La turbidité des rieslings et des gewurztraminers est un peu plus élevée. Les pieds de cuve ont fait partir les fermentations en deux jours. Je les ai accompagnées en contrôlant la température jusqu’à 20-21° pour qu’elles ne s’emballent pas. L’acidité totale est supérieure de un à deux points à 2015. Cela me convient d’avoir des vins plus frais avec plus de nervosité. En fonction de la date de vendanges, 2016 produira sans doute une palette variée de vins ».

Pages

Les vidéos