L’Association des producteurs de houblon d’Alsace, le lycée agricole d’Obernai, la fondation Kronenbourg et l’association Pour une agriculture du vivant se sont regroupés au sein du projet AgroHoublon, qui vise à accompagner la transition agroécologique dans les houblonnières. Au menu : des couverts, des arbres, du pâturage, mais aussi des rencontres et des passerelles au sein de la filière brassicole.
Le houblon n’en finit pas de surfer sur la crête de la vague. Malgré ce succès, et parce que le houblon reste, avec ses quelques 500 ha de production en France, une culture mineure, sa transition agroécologique n’en est encore qu’à ses balbutiements. C’est face à ce constat qu’est né le projet collectif AgroHoublon, regroupant le lycée agricole d’Obernai, une dizaine de producteurs émanant de l’Association des producteurs de houblon d’Alsace (Apha), la fondation Kronenbourg et l’association Pour une agriculture du vivant (PADV). Son objectif : « Accompagner les houblonniers dans la transition agroécologique », pose Véronique Stangret, du lycée agricole d’Obernai, animatrice du projet AgroHoublon.
L’initiative a été engagée en septembre 2019, « parce que plusieurs acteurs voulaient faire bouger les lignes, et parce que l’agroécologie nous intéresse par ses valeurs. Nous avons donc voulu encourager des planteurs à s’engager dans cette voie », se remémore Agnès d’Anthonay, administratrice de la Fondation Kronenbourg. « Nous sommes partis d’une feuille blanche, et avec une certaine humilité, car il n’y a pas de définition unique de l’agroécologie. Dans un premier temps, il a fallu impulser la dynamique, en sensibilisant les acteurs, en créant un référentiel, en montant des petits groupes », poursuit-elle.
L'objectif du projet #AgroHoublon ?
? Créer un modèle agronomique de référence
♻️ Définir un modèle économique dans les phases de transition et sur le long terme.
? Et sur le long terme, augmenter l'attractivité du houblon sur le marché mondial !
— Kronenbourg SAS (@Kronenbourg_SAS) September 29, 2020
S’inspirer de la viticulture
Pour se former et comme il n’existe pas de spécialistes à la fois du houblon et de l’agroécologie, le lycée agricole d’Obernai, qui anime le projet, se rapproche d’acteurs du monde viticole, car vignes et houblonnières présentent des similitudes, en tant que monocultures pérennes, tant au niveau des itinéraires techniques que des problématiques sanitaires. « Suite à ces échanges, il nous revient de nous appuyer sur les connaissances existantes, pour tester des choses en houblonnière, et observer comment le houblon réagit, afin de créer des itinéraires techniques qui soient adaptés à la fois au couvert et au houblon », détaille Véronique Stangret.
Deux enjeux majeurs ont été identifiés : le sol et son maintien en bon état de fonctionnement afin de profiter durablement de sa capacité de production, ainsi que l’introduction d’arbres dans les houblonnières, avec pour objectifs de bénéficier de leur impact positif sur la biodiversité, l’ombrage… Des protocoles techniques ont ensuite été élaborés, identifiant notamment les indicateurs utilisés pour discriminer les expérimentations, « sachant que les observations peuvent être effectuées à travers différents prismes, qui ne sont pas exclusifs les uns des autres », pointe Agnès d’Anthonay. Trois éléments seront particulièrement surveillés : la capacité des systèmes à être économes en eau, à séquestrer du carbone et à préserver la biodiversité.
Des couverts adaptés
Dans un premier temps, des essais de paillage des houblonnières ont été effectués, avec succès puisqu’il a été prouvé que « la couverture végétale permet de maintenir l’humidité du sol », rapporte Véronique Stangret. Les maladies et les ravageurs sont observés sur un des sites paillés, afin de déterminer si le maintien de l’humidité a pour effet secondaire de favoriser leur émergence. À l’avenir, des essais seront menés afin de tester l’effet de l’implantation de couverts vivants dans la paille, avec comme hypothèse que l’amélioration de la vie du sol, induite par les couverts vivants, constitue un levier pour concurrencer les organismes pathogènes. À terme, l’objectif est de garder le sol couvert, pourquoi pas avec un enherbement permanent, mais a priori au départ plutôt avec des couverts qui seront roulés. En effet, les interventions au printemps sont nombreuses dans les houblonnières, ce qui nécessite de trouver un compromis entre biomasse des couverts, et passages de tracteurs : « On peut rouler des céréales, mais pas de la féverole, par exemple », illustre Véronique Stangret.
Des moutons, mais par touches
Par ailleurs, le lycée agricole teste l’introduction de moutons dans les houblonnières. « Ces derniers broutent le feuillage bas des lianes, une opération de défanage qui sinon se réalise thermiquement ou chimiquement, afin d’assurer la circulation de l’air au sein de la houblonnière », explique Véronique Stangret. L’introduction du pâturage présente des avantages : économie d’un traitement, fertilisation par les déjections animales, source de fourrage supplémentaire, mais aussi des inconvénients, puisque les moutons s’attaqueront aussi aux couverts, et que les moutons doivent être absents des houblonnières avant et après chaque traitement. « La solution résidera sans doute dans des touches de pâturage », présage Véronique Stangret.
C'est la bonne humeur et ... la boue que les élèves #paysagistes du lycée #agricole d'#Obernai ont participé à la plantation de #haies en bordure de houblonnière#biodiversité , protection des plantes, de l'#eau ,des #sols@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/VmyJYhMa03
— Germain Schmitt (@germain_schmitt) February 1, 2021
À l’ombre des arbres
Suite à des rencontres qui ont eu lieu au printemps dernier avec l’association Haies vives d’Alsace (HVA), quatre agriculteurs ont planté des haies cet hiver aux abords de houblonnières. Il s’agit d’Adrien Harter à Duntzenheim, Francis Woehl à Seebach, Jean-Noël Burg à Batzendorf et Félix Meyer à Mittelschaeffolsheim, auxquels s’ajoute la ferme du lycée agricole d’Obernai. « Dans un écosystème naturel, le houblon est une liane, qui utilise les arbres comme tuteurs pour se déployer », note Véronique Stangret. En outre, houblon et arbre peuvent développer des mycorhizes, sources d’échanges d’eau et de minéraux entre les espèces végétales via les filaments mycéliens.
La question de la compétition pour l’eau entre le houblon et les arbres est évidemment prégnante. « Si les arbres entrent en compétition pour la ressource en eau avec le houblon lorsqu’elle n’est que partiellement limitante, ils peuvent devenir un atout lorsque l’aridité est très rude, en redistribuant l’eau puisée profondément par leurs racines, en créant des zones de condensation, et en créant un effet d’ombrage qui va protéger les houblons du rayonnement auquel il est sensible. En outre, si on se projette dans un futur aride, mieux vaut planter des arbres maintenant, car à terme, des jeunes arbres peuvent peiner à s’enraciner », estime l’animatrice du projet. Aussi, la présence d’arbres pourrait avantageusement compléter l’irrigation au goutte-à-goutte, qui équipe de plus en plus de houblonnières, mais qui étanche la demande hydrique du houblon sans contrer les températures élevées, ni le rayonnement.
Néanmoins, les houblonniers avancent avec prudence. Pour l’instant, les arbres ont été plantés au bord des houblonnières, ou dans les zones d’ancrage, mais pas encore au sein des échafaudages. Non seulement parce que cela nécessite d’enlever des plants de houblon, mais aussi parce que cela peut endommager les structures existantes. D’autres interrogations concernent les essences d’arbres à privilégier, et celles à éviter : « Parmi les ravageurs des prunus et du houblon figure une même espèce de puceron. Une donnée qui peut être appréhendée de deux manières : ne pas mettre de prunus pour ne pas attirer de puceron dans les houblonnières, ou, dans une approche plus écosystémique, planter des prunus, au risque d’attirer le puceron, mais aussi ses auxiliaires », illustre Véronique Stangret. Les plantations ont été effectuées en partenariat avec l’association HVA, qui a fourni des plants labellisés Végétal local, a assuré la logistique des chantiers, qui ont été réalisés avec des apprenants de l’Établissement public local d’enseignement (EPL) et de formation professionnelle agricoles du Bas-Rhin.
Un projet de filière
Les premières plantations ont été financées à 80 % par des subventions de la Région Grand Est via HVA et à 20 % par la Fondation Kronenbourg. « Nous nous sommes engagés à soutenir le projet durant 3,5 ans, mais les montants que nous allouons au projet ne sont pas fixés », précise Agnès d’Anthonay. Pour la première année, ils s’élèvent à 50 000 €. En s’engageant dans ce projet, « la Fondation Kronenbourg se positionne en tant qu’émanation d’une activité brassicole qui a vocation à transformer des matières premières agricoles », précise Agnès d’Anthonay. « Notre production est dépendante de l’agriculture, qui a de nombreux défis à relever, il est donc cohérent d’apporter notre pierre à l’édifice… D’ailleurs, nous sommes tous dépendants de l’agriculture », conclut-elle.
Belle après midi de restitution pour nos APV 1, dans le cadre du projet AgroHoublon, où ils ont présenté leurs calculs...
Publiée par BTS APV Lycée agricole d'Obernai sur Lundi 15 février 2021