Technique

Publié le 06/03/2021

Les sécheresses estivales s’abattent sur l’Alsace, chaque année, depuis 2016, entraînant ralentissement du cycle de maturité ou avance des fruits, mais aussi pucerons et acariens. L’irrigation est un des principaux axes de réflexion des producteurs aujourd’hui, alors que cette fin d’hiver est dédiée à l’observation et à la taille dans les vergers.

Les sols alsaciens retiennent bien l’eau, puisqu’ils sont, en règle générale, limoneux ou argileux. Mais les déficits hydriques de juillet, qui ont cours depuis quatre ans, sont tels qu’ils pénalisent quand même les arbres fruitiers, comme ils pénalisent le maïs ou d’autres grandes cultures. Alors que 80 % des vergers alsaciens ne sont pas irrigués aujourd’hui, d’après Philippe Jacques, conseiller spécialisé en arboriculture fruitière à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), le recours à l’irrigation est de plus en plus envisagé. Au Verexal à Obernai, Philippe Jacques et Hervé Bentz, responsable de la station, pensent la remettre en route. Ils y avaient recours, il y a une vingtaine d’années, jusqu’à ce que la pompe rende l’âme. La pluviométrie étant alors plus favorable et les producteurs n’irriguant pas dans leur majorité, ils se sont passés d’eau, pour être au plus près de la réalité alsacienne. Mais aujourd’hui, l’objectif est de réactiver le puits, confie Hervé Bentz, pour irriguer dès cette saison ou dès la prochaine. « On ne sait pas si on doit tailler plus sévère, moins sévère. L’an passé, on a taillé plus fort les quetschiers et moins les mirabelliers. À Innenheim, où la capacité hydrique des sols est plus grande, nous avons eu de beaux lots en quetsches », apprécie Philippe Jacques. À Obernai, le résultat a été bien moins satisfaisant (lire encadré). Premier anthonome du pommier En ce début mars, « on est dans la période mi-figue, mi-raisin ». Philippe Jacques file la métaphore fruitière. « On réalise un peu de taille, un peu de protection phytosanitaire, un peu de plantation et du travail administratif », détaille le conseiller. C’est l’observation qui prime, en cette fin d’hiver. Les abricotiers et les pêchers devraient être en fleurs dans les prochaines semaines. À Obernai, les quetschiers ne fleurissent pas ; il n’y aura donc pas de fruits cette année. Il faut surveiller l’arrivée des maladies et des ravageurs. Stéphanie Frey, conseillère agricole à Fredon Grand Est, a repéré le premier anthonome du pommier, lundi 1er mars, alors que les pommiers ne sont qu’au stade « pointe verte » ou stade B. « C’est le début du risque, prévient Stéphanie Frey, surtout dans les parcelles où sa présence est détectée historiquement. Il est un peu tôt pour voir ce ravageur secondaire, qui pond dans les bourgeons floraux et les mange ensuite de l’intérieur, empêchant la floraison. Cela peut être un éclaircissage naturel mais c’est un pari dangereux dans les parcelles peu chargées. » Taille des pruniers avant floraison Les psylles commencent à pondre. Au Verexal, pour éviter ces piqueurs et des pucerons, les poiriers sont recouverts d’argile. La femelle psylle est désorientée par cette couche minérale ; elle pondra moins. « Dès qu’ils le peuvent, les arboriculteurs en conventionnel utilisent des produits homologués en bio. Les vergers sont tout blancs, c’est impressionnant », remarque la conseillère. Puisqu’il gèle, les matins, les stades végétatifs n’évoluent pas très vite, ajoute-t-elle. Les arbres ne sont pas en avance cette année, contrairement à l’an passé. La taille des arbres donnant des fruits à pépins est terminée. Philippe Jacques taille les pruniers. « Il convient de garder le masque de végétation au centre des arbres pour que les branches principales aillent vers l’extérieur. Il s’agit d’ouvrir le plus possible », conseille-t-il, entre deux coups de sécateur. Pour qu’une branche « tombe », pousse vers le bas, qu’elle soit souple, on n’y touche pas. « Si tu veux qu’elle durcisse, tu l’épointes », enchaîne le conseiller. Les abricotiers, les pêchers et les cerisiers se taillent, eux, pendant la floraison, quand la sève est déjà dans la branche car les bactéries, à ce moment-là, ne peuvent pas pénétrer les plaies de taille. La sève les éjecte. Les pruniers, que ce soient les mirabelliers ou les quetschiers, sont assez forts pour supporter la taille avant floraison : ces arbres peuvent se défendre, rappelle Philippe Jacques. Quelle est la particularité des prunes en Alsace ? La filière est organisée autour des vergers familiaux, relève le conseiller de la Chambre, au détour de la conversation. Sur 670 ha de pruniers, 150 seulement sont des vergers professionnels. 80 % des producteurs de prunes sont donc des amateurs. Tous confondus, ils sont 11 000 (8 000 dans le Haut-Rhin et 3 000 dans le Bas-Rhin) à être dans les prunes.   Ce n'est pas la neige qui revient au Verexal, ni le givre ! Nos poiriers ont revêtu un habit blanc composé d'argile dans... Publiée par Verexal Obernai sur Lundi 22 février 2021   Lutte antigel « Il va falloir préparer la lutte antigel, s’interrompt Philippe Jacques, réviser les moteurs, sortir les bougies, des machines à gaz. La lutte contre les maladies fongiques débute aussi. » Il confirme les dires de Stéphanie Frey : les mêmes produits sont utilisés dans les vergers écoresponsables et bio. Le cuivre et le soufre sont interdits durant la période florale, jusqu’à la chute des pétales. Les pommiers sont au début du stade de sensibilité à la tavelure. Il y a 500 ha de pommiers, en Alsace, dont 22 % environ sont conduits en bio. Pour que les feuilles de rosette soient sensibles à la tavelure, il faut entre huit et dix heures d’humectation. Jusqu’à 12 °C, le cuivre et le soufre sont efficaces pour éviter le champignon. Philippe Jacques cherche aussi les pucerons cendrés dans les pommiers : les fondatrices des colonies, particulièrement. « Ils piquent les jeunes fruits qui ne prennent plus de calibre ensuite », avertit le conseiller. Si les conditions climatiques le permettent, les traitements interviendront aux alentours du 10 mars. Sur les pruniers, Philippe surveille le puceron vert… qui sort, lui, en même que les épines noires : invariablement.

Publié le 24/02/2021

Plus de 200 personnes ont participé le 28 janvier à un webinaire consacré au datura. L’occasion de rappeler que cette plante herbacée qui se retrouve de plus en plus souvent dans les champs, doit être éliminée en raison de sa dangerosité. Toute la plante et surtout ses graines contiennent des alcaloïdes qui peuvent être très toxiques pour les humains comme pour les animaux.

Plante annuelle estivale, le datura s’adapte à de nombreux types de sol. Elle est présente presque partout en France mais en moindre nombre en région Grand Est par rapport à l’ouest du pays. On peut la retrouver dans les zones cultivées, mais aussi sur le bord des routes, les ronds-points, les terrains vagues, les jardins. Le datura est la solanacée la plus toxique, en raison de sa teneur en alcaloïdes tropaniques (atropine et scopolamine). Si ces poisons sont particulièrement concentrés dans les graines, toutes les parties de la plante sont susceptibles de contaminer les récoltes. Les risques d’intoxication concernent les humains comme le bétail. « C’est pourquoi des teneurs limites en alcaloïdes tropaniques ont été fixées à des seuils très bas dans l’alimentation humaine et animale. La vigilance est primordiale, y compris dans les zones encore peu touchées, pour éviter une propagation à grande échelle. Le datura peut en effet produire plusieurs milliers de graines dont la viabilité dans le sol dépasse les 30 années. La prophylaxie est essentielle pour éviter des situations incontrôlables. Lorsque le datura n’est pas présent dans l’exploitation, il est important de s’entraîner à l’identifier dans les bords de champs et de supprimer les premiers individus avant qu’ils ne montent à graines », explique Aude Carrera, ingénieur régional chez Arvalis Institut du Végétal. Et si le stock semencier est constitué, un enregistrement des zones infestées de l’exploitation est obligatoire (registre sanitaire) et permet de mieux organiser l’assolement et la lutte. Surveiller les bords de parcelle et nettoyer le matériel Cette dernière commence par le fait d’arracher systématiquement les daturas avec des gants lorsqu’ils sont repérés dans une parcelle, quelle que soit la culture. Il ne faut pas les laisser monter à graines. Si elles sont déjà en formation, il faut les sortir du champ et les détruire. Il faut par ailleurs surveiller les bords de parcelles, les fossés, ou encore les passages d’enrouleur et effectuer un broyage si nécessaire avant la maturité des daturas. Il est nécessaire de nettoyer le matériel agricole (travail du sol, machines de récolte) pour éviter de disséminer des graines d’une parcelle à l’autre. Il faut utiliser des herbicides efficaces dans toutes les cultures de la rotation. « Les techniques de travail sont également importantes pour prévenir de l’apparition ou du développement de la plante. Il convient par exemple de multiplier le travail du sol durant la période estivale (déchaumages, faux-semis) pour réduire le stock grainier. Enfin, toutes les mesures doivent être prises, du champ à l’usine, pour éviter la présence de fragments de datura dans les récoltes : désherbage manuel, broyage et évitement par les cueilleurs des zones infestées, tri optique et visuel sur les lignes, calibrage », ajoute Aude Carrera. Bien reconnaître la plante Mais le premier moyen de lutte est de bien reconnaître la plante. « La plantule tout d’abord présente des cotylédons très étroits et allongés. Ses deux à trois premières feuilles sont ovales à bords entiers. Son limbe est denté à partir de la quatrième feuille. Il présente une pilosité sur tige et pétioles. Une confusion est possible aux premiers stades de la plante avec le chénopode hybride, aussi appelé « chénopode à feuille de stramoine ». Une fois la plante adulte, sa hauteur va de 40 cm à 4 m. Sa tige est puissante avec de grandes feuilles à dents inégales. Il y a également de longues fleurs blanches en forme d’entonnoir. Ses fruits sont en forme de capsules ovales et épineuses, ils contiennent de nombreuses graines noires. Son odeur est forte et désagréable au toucher. Lors de la période de levée, la germination estivale est stricte et très échelonnée », précise Nicolas Thibaud, expert indépendant récolte invité par l’union interprofessionnelle des légumes en conserve et surgelés (Unilet) qui organisait ce webinaire avec Arvalis. Les levées sont échelonnées d’avril à septembre en fonction des régions. Pour les légumes, ce sont souvent les levées tardives qui posent le plus de problèmes car elles engendrent des plantes peu visibles, cachées sous le couvert des cultures. Le datura peut se développer dans toutes les cultures estivales, avec des impacts plus ou moins négatifs selon le mode de récolte, de transformation, et la destination du produit. « Cela peut entraîner des motifs de refus de récolter pour les cultures de pois, de haricot, de flageolet, de maïs doux, ou encore de maïs pop-corn. Il y a également des risques de contamination des farines de sarrasin, ou encore de sorgho. Il faut savoir qu’une présence est possible dans toutes les autres cultures de printemps et d’été (carotte, soja, tournesol, lin, pomme de terre, couverts d’interculture…) augmentant ainsi le stock grainier », conclut Nicolas Thibaud.    

Publié le 22/02/2021

L’obligation de réduction par trois de la dérive pour pouvoir traiter en ZNT à proximité des zones d’habitation et des cours d’eau suppose de la technicité. Il est question de pression, de viscosité et d’homogénéité du produit et, bien sûr, de pulvérisateur homologué. Petite revue de littérature technique sur le sujet.

En dehors des questions sociétales, la réglementation sur les ZNT oblige les constructeurs de pulvérisateurs à singulièrement faire évoluer leur matériel, de manière à diminuer la dérive des produits. Les textes réglementaires demandent des moyens « permettant de diviser la dérive de pulvérisation d’un facteur au moins égal à trois par rapport aux conditions normales d’application des produits ». Ce qui permet alors de réduire à 5 mètres la largeur de la zone non traitée à proximité des points d’eau, et « d’adapter les distances minimales de sécurité à proximité des lieux d’habitation », ceci dans le cadre d’une charte cosignée avec les municipalités. Pour arriver à ce niveau de qualité d’application de produit sur la plante à traiter, il s’agit de conjuguer plusieurs aspects techniques : la buse, le type de pulvé homologué ZNT bien sûr, l’homogénéité des bouillies, la météo et tous les paramètres de pulvérisation que sont la pression et le débit de bouillie/ha pour une taille des gouttes adaptée… Car, pour nombre de techniciens, la base de la réflexion sur la dérive doit se fonder en premier lieu sur la taille des gouttes. Pour ne pas dériver, elles doivent être de taille assez grosse et/ou lourdes, soit mesurer 500-600 μm, au lieu de 100-200 μm. Attention en pratique à ne pas obtenir l’effet inverse : les grosses gouttes atténuent la dérive mais augmentent le risque de ruissellement ou de couverture insuffisante, surtout pour les produits de contacts. Rappelons à ce point que les produits bios et de biocontrôle ne sont pas concernés par les ZNT. Pour arriver à de bons niveaux d’efficacité, la qualité des bouillies ne doit pas présenter de flocs ou résidus solides qui obstrueraient l’orifice des pastilles des buses et des filtres. En cas de colmatage, l’opérateur est amené à augmenter la pression ce qui diminue la taille des gouttes et augmente les risques de dérive. Pour éviter la formation de dépôts, la qualité des eaux de bouillie joue un rôle prépondérant. De plus en plus de viticulteurs utilisent une eau déminéralisée, pour ôter particulièrement les cations susceptibles de former des agrégats. Le ministère de l’Agriculture a publié au bulletin officiel la liste (en date du 6 novembre 2020) des pulvérisateurs « homologués » ZNT. Plus de 70 appareils figurent sur la liste. Ce sont des appareils à panneaux récupérateurs, à flux dirigés, à flux tangentiel, équipés de descentes, de descentes confinées et de descentes avec panneaux récupérateurs. Pratiquement tous les pulvés homologués sont en traitement face par face et avec des buses à induction d’air. Ou exceptionnellement équipés de la buse Lechler AD90 à « dérive limitée » ou encore la buse Albuz TVI 80° à turbulence. D’ailleurs sur le sujet des buses, la presse technique fait état de plusieurs recommandations. Il faut, en général, adapter l’angle d’ouverture du jet à la morphologie du flux d’air. Par exemple, opter pour une buse dont le pinceau fait un angle de 80° au lieu de 110°, ceci afin d’éviter que les bords du pinceau ne se retrouvent dans les turbulences des flux d’air. La forme du jet, plat ou conique, doit également être réfléchie en fonction de l’écartement, du volume foliaire, de la distance buse – plan de palissage. Idéalement, il faut éviter les recouvrements. Ces buses nécessitent un entretien régulier, elles doivent être régulièrement mises à tremper pour dissoudre les dépôts. Enfin, pour prévenir les bouchages, on optera pour plusieurs étages de filtration avec une maille fine progressive.

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