Robotique en agriculture
Entre perspectives et interrogations
Robotique en agriculture
Publié le 15/12/2020
Utilisée depuis plus de trente ans dans l’élevage, la robotique est expérimentée depuis quelques années en maraîchage, viticulture et, plus récemment, en grandes cultures pour divers types de travaux. Les résultats sont encourageants, les perspectives pour l’agriculture sont intéressantes, mais une question demeure : quelle place pour le paysan dans cette agriculture automatisée ?
La « révolution » robotique qui a touché les usines se rapproche doucement, mais sûrement, des champs. Des tracteurs qui roulent tout seuls, des robots plus ou moins grands qui s’occupent du désherbage : des prototypes émergent ici et là et démontrent que l’IA (intelligence artificielle) a une place à se faire dans l’agriculture et la viticulture. Jusqu’à remplacer les paysans purement et simplement ? Pour certains passionnés qui cultivent la terre ou élèvent leurs bêtes au quotidien, une telle hypothèse fait davantage figure de cauchemar en devenir que de futur enviable ; pour d’autres, c’est une opportunité. Mais pour que cette hypothèse devienne une réalité tangible, il faut d’abord la tester pour avoir idée bien plus précise de sa faisabilité. C’est en partant de ce postulat qu’a été créée l’association RobAgri, en novembre 2017. Son credo : « servir la robotique agricole » autour d’une dynamique « collective » pour innover plus « rapidement » et « répondre aux besoins des utilisateurs ». Des start-up, des grands noms du machinisme agricole, des organismes privés et publics se sont donc associés pour donner une forme concrète à ce futur qui semble inéluctable aux yeux de Jean-Michel Le Bars, président de RobAgri et responsable adjoint du département électronique du groupe Kuhn : « Nous constatons une diminution régulière du nombre d’agriculteurs alors que le besoin en main-d’œuvre est de plus en plus important. Dans le même temps, la population augmente. Il va donc falloir produire plus et avec davantage de qualité. La robotique est une solution parmi d’autres. La demande est là, les concepts foisonnent. Reste à voir maintenant ce qu’ils valent dans les champs. » À la place de l’humain ou au service de l’humain ? Plusieurs types de robots sont actuellement expérimentés : des petits dédiés à des tâches uniques (comme les désherbeurs Oz, Dino et Ted de la start-up Naïo Technologies), des moyens de types porteurs d’outils, ou même des tracteurs qui roulent tout seuls (comme le Joker de John Deere). En 2018, Kuhn s’est associé avec l’entreprise toulousaine AgreenCulture pour relever le challenge Centéol : cultiver 50 hectares de maïs avec trois robots coordonnés par un logiciel spécifique et le guidage GPS. L’idée était d’automatiser plusieurs tâches habituellement gérées par l’agriculteur : la fertilisation, le semis, la pulvérisation localisée et le désherbage mécanique. Seule la moisson s’est faite « à l’ancienne ». Si quelques bugs ont été constatés, l’expérience a été concluante révèle Jean-Michel Le Bars : « On a diminué la quantité de produits phytosanitaires de 70 % et celle des engrais de 50 %. » Mais, si la machine est capable de tout faire toute seule, en étant en plus capable de préserver le sol et l’écosystème, quel sera le métier de l’agriculture de demain ? « C’est un changement complet de concept. En tant qu’agriculteur, je suis sur mon tracteur tous les jours. Si je n’y suis plus, que me reste-t-il ? C’est une question qu’il est légitime de se poser », souligne Jean-Michel Le Bars. Le robot à la place de l’humain ou le robot au service de l’humain ? La deuxième hypothèse reste la plus enviable et la plus plausible à l’heure actuelle. Deux ans depuis le Challenge Centéol, une première pour le monde agricole et une preuve de la pertinence de la solution... Publiée par AgreenCulture sur Vendredi 4 septembre 2020 Il faut rappeler que les robots sont déjà bien présents en agriculture ; en une trentaine d’années (le premier robot de traite français est apparu en 1985), ils ont facilité grandement le quotidien des éleveurs laitiers. En maraîchage, les petits robots désherbeurs offrent des perspectives séduisantes à celles et ceux engagés dans le bio, tout comme dans la viticulture. La pertinence de la robotique est donc bien réelle, ou en passe de le devenir. En grandes cultures, la question est un peu plus complexe. On parle là de grandes surfaces - voire très grandes - avec des défis de même envergure à résoudre. Certes, la robotique pourrait grandement aider à mettre en œuvre l’agroécologie tellement désirée par la société et les responsables politiques. Mais comment se forme l’agriculteur à l’usage de ces nouvelles technologies ? Si un tracteur est autonome, qui est responsable en cas d’accident ? Jean-Michel Le Bars le reconnaît sans mal : « Les freins et limites pour le développement de la robotique en grandes cultures sont assez nombreux. Les modèles économiques et les solutions restent à valider, les normes ne sont pas bien établies. Il reste encore beaucoup à étudier et à développer. Mais je suis convaincu que la robotique finira par trouver sa place en grande culture. Comment ? On ne sait pas trop, elle sera peut-être complémentaire comme elle l’est aujourd’hui dans d’autres filières. Je pense que d’ici cinq à dix ans, les expériences de terrain valideront certaines propositions. » Régulier, efficace mais plus lent En attendant de voir déambuler les robots dans les champs de céréales, on peut déjà avoir un aperçu concret des forces, mais aussi des faiblesses, de ces technologies « autonomes » au service de l’agriculture. À la ferme du Château Vert à Habay-la-Vieille, en Belgique, Gil Grevisse et son frère Romain testent depuis trois ans le robot Oz, de Naïo, dans leur ferme bio spécialisée en légumes, bœufs et volailles. Si tout n’est pas encore parfait, le bénéfice est indéniable, en tout cas sur de petites surfaces maraîchères. « Le robot fait le job, mais il faut être patient car il travaille plus lentement qu’un homme. Mais il travaille aussi plus régulièrement, et n’a pas besoin de s’arrêter pour manger. Ça peut être dix heures non-stop. En plus, il est bien plus léger qu’un tracteur, ce qui est bénéfique pour le sol », témoigne Gil Grevisse. Pour autant, pas question de laisser le robot seul et sans surveillance. « Sur le dévers notamment, il montre une certaine limite. On se doit donc d’être présent car on ne peut pas permettre la moindre déviation. » Progressivement, la technologie embarquée dans ce robot Oz va s’améliorer grâce aux retours permanents faits par les agriculteurs. « En trois ans, la machine a évolué de manière impressionnante. C’est d’ailleurs un point essentiel à avoir à l’esprit : pour que ce type d’outil soit adopté par le plus grand nombre, il faut que cela soit simple à utiliser, et que cela corresponde aux besoins des utilisateurs. » Même si ce robot allège la pénibilité du désherbage, l’attrait pour le tracteur est toujours là pour les plus grandes surfaces. « Cela nous semble encore être la meilleure option dans ce cas-là. La vitesse de travail du robot reste pour l’instant un frein pour une utilisation plus importante. » Mais même plus rapide, le robot ne pourra pas se passer de l’humain poursuit l’agriculteur belge. « On peut avoir tous les capteurs qu’on veut, toutes les informations qu’on veut, mais sans le savoir-faire et l’expérience du paysan, cela ne vaut rien. Si on oublie cela, on risque en effet d’aller vers des dérives avec des exploitations de taille industrielle. Et ça, les consommateurs n’en veulent pas. Ils peuvent comprendre qu’on utilise des robots dans nos fermes, mais cela doit rester à une échelle familiale et locale. Ces outils devront collaborer avec les paysans, pas devenir les paysans de demain », conclut Gil Grevisse. [Ils l'utilisent?] «En plus de désherber – ce pour quoi il a été acheté -, nous utilisons Oz pour la plantation des... Publiée par Naïo Technologies sur Lundi 23 novembre 2020












