Rencontres Agrosphère du Comptoir agricole
L’eau, un enjeu « majeur »
Rencontres Agrosphère du Comptoir agricole
Publié le 06/10/2020
Qualité de l’eau dans le sous-sol, quantité d’eau en surface : dans un cas comme dans l’autre, l’agriculture doit adapter ses pratiques pour répondre tantôt aux exigences environnementales, tantôt aux nouvelles contraintes climatiques. Lors de ses rencontres Agrosphère du 11 septembre, le Comptoir agricole a présenté quelques solutions pour répondre à ces enjeux.
Aujourd’hui peut-être encore plus qu’hier, l’eau est un sujet majeur de société. Avec des sécheresses de plus en plus fréquentes, longues et intenses, la question de sa disponibilité se pose davantage. Alors le monde agricole expérimente, innove ou se diversifie. Certains misent tout sur le bio, d’autres réfléchissent à parfaire leurs pratiques conventionnelles pour réduire au maximum l’usage des produits phytosanitaires. C’est ce qu’étudie le Comptoir agricole avec le désherbinage, une pratique qui combine les avantages du binage avec la pulvérisation de précision. Pour le directeur, Denis Fend, cette technique est une réponse « pertinente » pour les parcelles situées dans les onze zones de captages détériorées recensées dans le Bas-Rhin. « En 2016, la profession agricole a été sollicitée pour améliorer la qualité de l’eau dans ces zones prioritaires. Concernant les produits phytos, il s’est vite avéré que ce sont les herbicides qui posaient problème, compte tenu de leur mode d’utilisation. Alors, on a travaillé là-dessus pour trouver des solutions. » L’idée de complètement changer de culture est évoquée, de la luzerne ou de l’herbe. Mais la perte de revenus aurait été trop importante pour que ce soit « tolérable » pour l’agriculteur considère Denis Fend. Les traditionnelles rencontres #ComptoirAgrosphere @comptoir_agri démarrent en respectant les protocoles de sécurité #COVID__19 Le thème du jour : "L' #eau une ressource précieuse"@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/zpbxuvafRZ — Germain Schmitt (@germain_schmitt) September 11, 2020 Une prestation « clé en main » de désherbinage C’est là que le désherbinage peut prendre tout son sens pour l’agriculteur qui cultive en conventionnel, par choix ou par nécessité. Mais désherber mécaniquement son sol demande du temps, parfois beaucoup de temps. Et aussi pas mal d’argent. Il y a le coût de la bineuse, mais aussi celui du temps passé à désherber, plus le coût du gasoil, etc. Des contraintes qui peuvent finir par décourager même les plus motivés. D’où l’idée du Comptoir agricole de proposer une prestation de désherbinage « clé en main » en partenariat avec la Région, l’Agence de l’eau et la Chambre d'agriculture. Un projet pour l’instant au stade de la « construction » qui pourrait être une « vraie solution » pour les 3 000 ha de terres situées en zones de captage prioritaires dans le Bas-Rhin. « On pourrait grandement améliorer les choses si on arrive à démocratiser le désherbinage. Mais le matériel nécessaire a un coût. D’où la nécessité de proposer aux agriculteurs une solution qui soit collective et accessible financièrement », indique Denis Fend. Hormis le bio, cette solution, qui mêle binage et pulvérisation, est le « seul levier qui reste » pour diminuer la présence des herbicides dans les zones de captage prioritaires. « On peut réduire l’utilisation des produits de 60 %, ce n’est pas rien », note Christian Lux, responsable agronomie et environnement au Comptoir agricole. Lors de la rencontre Agrosphère du 11 septembre à Herrlisheim, il a présenté le type de machine que la coopérative souhaiterait acquérir pour mettre en œuvre cette technique : une désherbineuse 8 rangs, avec possibilité de descendre à 6 rangs, autoguidée par caméra, avec des palpeurs sur le rang. Le tracteur devra être équipé en RTK pour débiter le chantier dans de bonnes conditions. L’idée serait aussi d’utiliser les dernières innovations en matière de pulvérisation avec des buses espacées de seulement 25 centimètres avec un angle de 60° au lieu de 110°. « Amazone commence à proposer des choses comme ça. Avec un tel outil, on peut abaisser la rampe à 45 centimètres du sol, traiter plus précisément un racinaire et réduire davantage la dérive », poursuit Christian Lux. Selon les estimations du Comptoir agricole, une désherbineuse de ce type pourrait couvrir une surface de 150 ha par an (à raison de 15 à 17 ha par jour) avec, dans la majorité des cas, au moins deux passages nécessaires pour que le désherbage mécanique soit efficace. « Un passage peut néanmoins suffire en fonction des conditions climatiques et de la parcelle », relativise Christian Lux. Reste le coût de cette solution : environ 130 euros à l’hectare pour 1,7 passage. « C’est cher, c’est vrai. Quand on veut nettoyer sa parcelle avec un pulvé classique, on est plutôt à 80 euros à l’hectare. C’est pour cette raison qu’il faut un accompagnement solide pour que les agriculteurs aient envie d’aller vers cette solution. Si on dit aux agriculteurs d’y aller individuellement, avec tout ce qu’ils ont déjà à faire à côté, plus les investissements que cela demande, cela serait très compliqué », ajoute le responsable agronomie et environnement du Comptoir agricole. Des variétés plus précoces, mais moins stressées À la qualité de l’eau dans le sous-sol, s’ajoute la question de la quantité d’eau en surface, en zone non irriguée notamment. Quand la pluie vient à manquer, il faut des idées. Pour le maïs, il y a la méthode dite « d’esquive » qui est un moyen de réduire la vulnérabilité face au manque d’eau en période estivale. Idéalement, il faudrait que la dernière floraison du maïs ait lieu au 15 juillet au plus tard, quand les dernières réserves hydriques subsistent dans le sol. « Mais ces dernières années, on peut constater qu’elles baissent fortement dès les mois de mai et juin. Alors, sans possibilité d’irriguer, il faut réfléchir autrement », explique Valentin Gertz, technicien support au Comptoir agricole. Dans un premier temps, il convient de rappeler ce qui fait le rendement du maïs : la programmation, à savoir le nombre de grains par épi, et le PMG (poids mille grains). Or, en cas de stress hydrique au moment de la floraison, on perd en programmation, et en cas de stress au moment du remplissage, on perd en PMG. « D’où la nécessité de trouver des variétés qui résistent bien à la floraison et qui ont un PMG moyen », précise Valentin Gertz. Le Comptoir agricole en a testé trois : la très précoce P8521, la précoce P8834, et la demi-précoce DKC 4670. Elles ont été semées toutes les trois deux fois, le 3 avril et le 21 avril. Premier constat, la P8521 plantée le 3 avril affichait un taux d’humidité de 15,2 % début septembre, tandis que la DKC 4670 semée à la même date affichait, elle, une humidité de 30 %. « Rien qu’en changeant la variété, on a gagné 15 points d’humidité et autant de frais de séchage en moins. » L’écart est un peu moins important pour la série semée le 21 avril : 24 % d’humidité pour la P8521 et 36,2 % pour la DKC 4670. En matière de programmation, la P8834 s’avère « pas trop mal », tandis que la P8521 a rencontré quelques problèmes de remplissage. La DKC 4670, plus tardive, a davantage profité des apports d’eau qui ont été faits les 24 et 31 juillet. « Au départ, on ne voulait pas irriguer du tout. Mais avec ce sol sableux et ses réserves faibles, on a été contraint d’irriguer un peu pour obtenir des résultats à l’arrivée », justifie Valentin Gertz. Des économies de frais de séchage Alors, vaut-il mieux un maïs plus tardif, mieux rempli mais un peu plus humide, ou un maïs plus précoce, moins « chargé », mais aussi plus sec ? « Sur un maïs très précoce, avec une humidité de 15 %, la marge brute est de 532 euros à l’hectare. Malgré la baisse de rendement, on fait l’économie des frais de séchage. En zone non irriguée, c’est un critère à prendre en compte quand on choisit sa variété. Il ne faut pas forcément prendre des maïs très tardifs, mais plutôt jouer sur la date de floraison qui doit être la plus précoce possible. » Lors de cet essai, le Comptoir agricole a aussi semé du sorgho, du soja et du tournesol pour évaluer leur potentiel de rendement en zone irriguée par rapport au maïs, et leurs besoins en eau. Si le maïs est très gourmand en eau à la floraison (entre 300 et 350 mm d’eau) par rapport au tournesol (230 mm d’eau environ), il ne reste pas moins la culture la plus « efficace » au quintal produit par rapport aux trois autres cultures : « Il faut cinq litres d’eau par quintal de maïs produit contre douze litres pour les autres. C’est une plante qui reste très intéressante malgré tout par rapport à la problématique eau. » Lire aussi : Des solutions pour lutter, des idées pour se diversifier, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.












