Technique

Publié le 27/01/2021

Parce qu’ils sont récoltés tôt, les méteils permettent d’envisager une seconde culture, telle que du sorgho ou encore du maïs. Mais il lui faut affronter l’été et son corollaire de manque de précipitations, de températures caniculaires… Les contre-performances ne sont donc pas rares.

Pour acquérir des références sur l’après récolte des méteils précoces, la Chambre d'agriculture Alsace (CAA) a conduit un essai portant sur l’implantation de plusieurs cultures après un méteil précoce, durant la deuxième quinzaine de mai. Parmi les cultures testées : du maïs précoce, des sorghos monocoupes, multicoupes et un sorgho grain, qui peut aussi s’ensiler même si ce n’est pas sa vocation première. À Mittelhausen, les rendements sont très faibles. Le maïs, grillé sur pied, ne permet pas de dégager plus de 1 tMS/ha. Les sorghos ont fait mieux, notamment les multicoupes qui ont produit entre 3 et 4 tMS/ha, mais dont certains auraient dû être récoltés un peu plus tôt car ils avaient commencé à émettre des panicules. Bien que les techniciens soient déçus par ce résultat, ils le tempèrent : « La levée a été belle et rapide, mais une fois les plantes installées, elles sont tombées dans la zone de sol épuisée par le méteil, et il n’y a pas eu d’eau pour les aider à aller explorer davantage le sol. Mais il ne faut pas perdre de vue que cette sécheresse a été exceptionnelle : les maïs classiques situés à proximité de la parcelle d’essai n’ont pas non plus obtenu de bons rendements. Alors qu’ailleurs, des orages bien placés ont permis d’obtenir de meilleurs résultats », analyse Laurent Fritzinger, conseiller fourrages à la CAA. Le même essai mené à Hirschland a débouché sur d’autres résultats, avec une très bonne levée pour les maïs, mais catastrophique pour les sorghos. Envahis par les chénopodes, les maïs ont pu être désherbés mais pas les sorghos en l’absence de solution chimique adéquate. Une fauche de nettoyage a donc été réalisée début juillet, mais elle a autant pénalisé les chénopodes que les sorghos qui n’ont pas été récoltés, alors que les maïs ont produit 6-7 tMS/ha. Ces essais mettent en évidence le rôle prépondérant de la météo quant à la réussite de la seconde culture, ainsi que la nécessité d’affiner la technicité pour limiter les risques. Méteil immature et culture estivale : une combinaison à travailler La Chambre d'agriculture a par ailleurs mené un autre essai portant sur la récolte de méteil immature, c’est-à-dire récolté au stade grain laiteux pâteux de la céréale, soit plus tard qu’un méteil précoce, mais toujours avec l’objectif d’implanter une culture estivale à la suite, avec pour objectif de maximiser le rendement en méteil, quitte à perdre de la valeur alimentaire, donc à destiner ce fourrage plutôt à des vaches allaitantes ou des génisses. Cet essai a été mené à Raedersdorf, dans le Jura alsacien, avec sept mélanges différents semés le 12 novembre et récoltés le 30 juin. En moyenne, ces méteils ont permis de produire 9 tMS/ha, allant de 7 à 13 tMS/ha. L’analyse des résultats met en évidence une efficience variable de la fertilisation azotée. Un fil conducteur de l’essai est la part réduite des céréales dans la biomasse finale, sans doute en lien avec une levée difficile, qui a pénalisé le tallage et profité aux protéagineux. La teneur en protéines oscille entre 12 et 16 %, et les UFL entre 0,75 à 0,80 d’UFL, soit des niveaux satisfaisants. Les prix de revient oscillent entre 55 et 87 €/tMS. L’intégration de ce méteil dans une ration permet de réaliser des économies de foin, d’enrubanné et surtout de tourteau de colza, ce qui permet de diminuer le coût de la ration, qui passe de 1,71 €/VA à 1,33 €/VA. Après la récolte du méteil, diverses cultures ont été testées : un mélange moha et trèfle, du teff-grass, des sorghos fourragers et des maïs précoces. Semés le 13 juillet, leur récolte a été échelonnée en fonction de leur maturité. Les maïs ont permis d’obtenir de 1 à 1,5 tMS/ha, les sorghos autour de 4 tMS/ha et le moha-trèfle et le teff-grass de l’ordre de 3 tMS/ha. Au final, selon les combinaisons de méteil et de post-méteil, le système coûte de 80 à 150 €/t MS, ce qui est proche d’une culture unique. « Pour sécuriser au mieux ces résultats, il s’agira de travailler sur les dates de semis et de récolte, et les modalités de la fertilisation azotée. En effet, de meilleurs résultats sont attendus avec des semis plus précoces, une fertilisation plus adaptée aux besoins, et plus d’eau », conclut Philippe Le Stanguennec, conseiller élevage à la CAA.   ??? [ELEVAGE] Webinaire Fourrage ➡ Pour tous ceux qui n'ont pas pu participer aux réunions fourrages, un condensé des... Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mercredi 13 janvier 2021  

Publié le 26/01/2021

La succession d’étés chauds et secs a montré les limites des stocks fourragers reposant sur l’herbe et le maïs ensilage. Dès lors, d’autres pistes sont étudiées, dont les méteils, qui permettent d’assurer une quantité de fourrage de base, sans forcément faire dégringoler les performances économiques du système fourrager.

Les méteils sont constitués d’un mélange de céréales et de protéagineux et/ou de légumineuses, semés et récoltés simultanément, à des fins d’alimentation du bétail. Depuis plusieurs années, cette pratique tombée en désuétude retrouve sa place dans les assolements. La Chambre d'agriculture Alsace (CAA) mène donc depuis plusieurs années et sur plusieurs sites des essais afin d’acquérir des données techniques. Premier enseignement de ces essais : le choix des espèces implantées doit être réalisé en fonction des objectifs recherchés. « Qu’on cherche une récolte précoce pour faire une deuxième culture, un fourrage qui contient de l’énergie ou surtout des protéines, on ne choisira pas les mêmes espèces », indique Laurent Fritzinger, conseiller fourrages à la CAA. Autre enseignement : ne pas espérer récolter exactement ce qu’on a semé. Car en fonction des conditions climatiques, certaines espèces prendront inévitablement plus ou moins le dessus sur d’autres, et pas toujours les mêmes. « La date de semis est importante : ni trop tôt pour éviter les gels tardifs, ni trop tard pour pouvoir récolter suffisamment tôt et ne pas pénaliser le rendement », poursuit Laurent Fritzinger. Lors du semis, il faut veiller à intervenir sur une surface plane, pour faciliter la récolte et éviter la contamination du méteil par des spores butyriques. Pour cette même raison, les méteils ne doivent pas être fauchés trop bas. Aussi pour faciliter le préfanage, qui est plus long que celui de l’herbe. Matière sèche ou protéines, il faut choisir Durant la précédente campagne, la CAA a mené un essai sur huit mélanges de méteils précoces implantés sur trois sites à Hirschland, Mittelhausen et Gommersdorf, avec des semis respectivement au 24 octobre, 30 octobre et 16 octobre. Le premier résultat de cet essai, c’est que les écarts de rendement sont importants, à la fois entre les sites et entre les mélanges. Le meilleur rendement est obtenu avec un mélange de seigle et de pois fourrager, « mais, précise Laurent Fritzinger, le seigle était épié, donc la valeur alimentaire est dégradée. Il aurait gagné à être récolté dix jours plus tôt ». Un mélange de triticale et de pois fourrager s’en sort également bien, et apparaît comme « une bonne option pour se lancer dans les méteils ». Les moins bons rendements sont obtenus par les mélanges riches en protéagineux. Ce qui tend à prouver qu’il est difficile d’obtenir à la fois beaucoup de matière sèche et beaucoup de protéines. L’analyse des teneurs en Matières azotées totales (MAT) des différents mélanges met en évidence des différences - attendues - entre les mélanges, mais aussi entre les sites, qui s’expliquent sans doute en partie par une plus ou moins bonne absorption de l’azote. Comme l’épiaison du seigle le laissait présager, c’est le mélange de seigle et de pois fourrager qui affiche l’Unité fourragère lait (UFL) la plus faible. La plus élevée est obtenue avec un mélange d’avoine et de protéagineux. L’étude de l’intérêt économique des méteils met parfaitement en évidence que plus le méteil est productif, moins le coût de revient est important : il va de 70 €/tMS en moyenne à Mittelhausen, site qui a donné les meilleurs résultats, à 110 €/tMS en moyenne à Hirschland, où les méteils ont souffert de la sécheresse. Pour compléter cette analyse, Laurent Fritzinger a présenté des chiffres issus d’une étude portant sur trois mélanges implantés trois années en différents lieux. Conclusions : le rendement brut est moins élevé avec les mélanges protéiques, par contre on gagne en MAT et en UFL par rapport aux mélanges riches en céréales. Des coûts de ration équivalents L’objectif des méteils étant de nourrir le bétail, les études ont été poussées jusqu’à l’impact de l’intégration des méteils dans les rations. Par exemple, l’incorporation de 5 kg de méteil précoce composé de triticale, vesce et trèfle incarnat à 70 €/tMS (contre 80 pour l’ensilage de maïs et 100 pour le foin) permet d’économiser 1,3 kg de correcteur. Mais le méteil étant plus encombrant que le maïs, on perd en ingestion, et il s’avère donc nécessaire de compenser la densité énergétique avec des céréales (4,4 kg au lieu de 0,6 kg). « Au final, les coûts des deux rations sont très proches, à 3,03 €/VL sans méteil contre 3,07 €/VL avec méteil », résume Philippe Le Stanguennec, conseiller élevage à la CAA. Pour les taurillons, lorsque 50 % du maïs est remplacé par du méteil précoce dans une ration maïs + pulpe par un méteil (1,5 kg), cela permet d’économiser du tourteau de colza, mais il faut également compléter la ration en y ajoutant des céréales. « Au final, le coût de ration est plus bas avec des méteils, à 1,08 €/JB contre 1,15 €/JB », pointe Philippe Le Stanguennec.   ??? [ELEVAGE] Webinaire Fourrage ➡ Pour tous ceux qui n'ont pas pu participer aux réunions fourrages, un condensé des... Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mercredi 13 janvier 2021  

Publié le 25/01/2021

Le maïs ensilage est un fourrage riche en énergie mais moins intéressant d’un point de vue protéique. Plutôt que d’apporter des compléments riches en protéines dans la ration, il peut s’avérer intéressant de cultiver le maïs avec d’autres espèces, pour ensiler un plat unique. Essais et enseignements.

Bien alimenter les animaux constitue la base d’un élevage performant. Et bien alimenter les sols permet de fournir cette alimentation de qualité. Aussi, de plus en plus de techniques émergent qui visent à laisser les sols couverts le plus souvent possible, si possible avec des espèces différentes, pour combiner leurs effets bénéfiques pour le sol, sa faune et donc son fonctionnement. D’où l’idée de préparer une ration équilibrée au champ, en cultivant conjointement plusieurs espèces, qui représentent autant d’ingrédients différents. En 2019, un premier suivi avait été effectué à Hoffen, chez Didier Braun, avec du maïs associé à du lablab, une légumineuse tropicale, ressemblant à un haricot grimpant et qui requiert un sol réchauffé pour lever, un peu comme un sorgho. Le maïs devait servir de tuteur au lablab, qui lui devait apporter la teneur en protéines qui fait défaut en maïs. C’est ce qui s’est passé, jusqu’à ce que le lablab prenne le dessus sur le maïs, et qu’un coup de vent fasse plier les cannes de maïs, d'une variété très élancée, et donc verser toute cette biomasse, rendant la récolte du tout extrêmement compliquée. Des essais plus poussés ont été conduits en 2020 dans le Sundgau, le Piémont et la plaine de l’Ill en situation irriguée. Différentes modalités de semis ont été testées : twin-row (en quinconce, avec les semences en mélange dans la trémie), double semis à lignes rapprochées (avec deux passages guidés au RTK permettant de semer d’abord le maïs puis le lablab juste à côté), et un semis classique en un passage, avec les semences mélangées, à une densité de semis correspondant à celle de l’agriculteur pour le maïs, plus 80 000 grains/ha pour le lablab. Lors de la levée, il y a eu plus de maïs semés que de lablab par rapport aux objectifs, sauf dans la modalité du double semis, ce qui suggère une distribution préférentielle des graines de maïs dans le semoir. Semer à deux, ça se travaille La récolte de l’ensemble a été effectuée le 1er septembre 2020, lorsque le premier site avait atteint le stade de maturité du maïs, précise Philippe Le Stanguennec, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture Alsace. Selon les sites et les modalités de semis, les résultats sont très variables puisque, par rapport à un maïs seul, l’association avec du lablab peut aussi bien faire perdre 4 tMS/ha qu’en faire gagner 3. Par contre, l’association engendre toujours un léger gain ou une stabilité en MAT. L’étude économique met en évidence un intérêt économique variable, allant de - 300 à + 500 €/ha : « À rendement identique, il faut parvenir à dégager au minimum 80 kg MAT/ha supplémentaire avec l’association pour compenser les frais de semence et qu’elle soit intéressante économiquement », résume Philippe Le Stanguennec. L’association n’a donc d’intérêt que si le rendement et la MAT augmentent. Autre point d’attention : les chantiers d’ensilage peuvent être ralentis en cas de fort développement du lablab. Cet essai a donc permis de mettre en évidence la nécessité d’affiner les modes et les densités de semis, d’adapter la précocité du maïs afin de permettre un développement maximum du lablab. Enfin, depuis 2020 un inoculum est agréé en Allemagne. S’il était également homologué en France, il pourrait permettre un meilleur démarrage du lablab, son autonomie azotée et une réduction de la fertilisation azotée du maïs. Donc, peut-être, de passer de la concurrence à la symbiose entre les deux espèces. Autre piste : identifier une espèce de légumineuse dont l’inoculant serait naturellement présent dans les sols locaux. Vers un mélange équilibré du champ à l’auge Ajouter des protéines au menu, c’est bien. Mais pourquoi ne pas aller plus loin, et envisager des fibres, des glucides plus variés, voire d’autres types de nutriments encore grâce à un mélange d’espèces plus complexe. C’est ainsi que, dans le Sundgau, un mélange composé de maïs, de sorgho, de lablab, de cowpea, de vesce et de tournesol a été semé au combiné, le 19 mai, après deux coupes de dérobé. Par rapport à un maïs seul, les résultats font apparaître une perte de rendement de 1,6 tMS/ha, un gain de MAT de 382 kg, pas d’effet sur les sucres solubles, ni la cellulose, ni l’encombrement, ni les UFL, mais une digestibilité supérieure. Économiquement, le surcoût en semences et la perte de rendement sont contrebalancés par le gain en protéines, pour un bénéfice final de 285 €/ha et une diminution du coût de la ration. De cet essai ressort l’intérêt de mieux adapter la précocité du maïs pour permettre le développement des espèces tardives, et identifier des espèces plus adaptées à ce genre de pratique. En effet, le cowpea s’est avéré peu intéressant, la vesce a constitué un frein à l’ensilage, le tournesol n’a pas eu l’effet escompté sur la teneur en cellulose… « Par contre, associer un sorgho sucrier type BMR pourrait s’avérer intéressant », estime Philippe Le Stanguennec. Un autre suivi portant sur un mélange de maïs, de tournesol et de lablab a lui été semé le 26 mai. Impacté par le manque de précipitations, il a néanmoins permis de dégager 10 tMS/ha, avec de bonnes valeurs alimentaires, notamment 9,8 % MAT. Mais comme il a été réalisé sans témoin, il est impossible de juger de sa pertinence par rapport à un maïs seul. Un essai à réitérer donc, avec un témoin, et si possible, de meilleures conditions climatiques !   ??? [ELEVAGE] Webinaire Fourrage ➡ Pour tous ceux qui n'ont pas pu participer aux réunions fourrages, un condensé des... Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mercredi 13 janvier 2021  

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