Technique

Publié le 08/11/2018

Les vergers hautes tiges constituent un marqueur des territoires d’Alsace Bossue et des Vosges du Nord. Mais le manque de solutions de valorisation des fruits issus de vergers dont le potentiel de production est disproportionné au regard des besoins locaux, menace leur pérennité. Une piste pour préserver ces vergers serait de progressivement modifier leur usage, pour passer de la production de fruits à celle de bois d’œuvre.

Les prés-vergers qui façonnent les paysages d’Alsace Bossue et des Vosges du Nord sont un vestige de l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne en 1870. « Pour l’Allemagne, l’Alsace c’est un peu le Sud, alors que pour la France c’est un peu la Sibérie », compare Claude Hoh, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Dès lors, les autorités allemandes ont dévolu ce nouveau territoire à la production de fruits. Les vergers familiaux, autrefois situés au cœur des villages, ont été transférés en périphérie, et développés. À cette évolution s’est greffée une économie du fruit, qui a bien fonctionné jusque dans les années 1970, mais qui périclite depuis : « Le manque de débouchés pour les fruits remet en cause le fonctionnement du système », constate Claude Hoh. Les agriculteurs qui essaient encore de commercialiser cette production n’arrivent pas à la valoriser correctement : à peine 12 cts/kg pour des pommes bios, 20 cts/kg pour les quetsches, témoignent-ils. Du coup les fruits ne sont plus guère ramassés et constituent un danger pour les animaux qui pâturent dans les prés. L’excès de quetsche n’est pas très bon pour leur transit. Pire, une pomme mal engagée peut étouffer une vache. « La conservation des vergers traditionnels est inscrite dans la charte du territoire du Parc naturel régional des Vosges du Nord », note Cécile Bayeur, responsable agriculture et gestion des espaces ouverts. Une volonté politique qui a donné lieu à différentes actions : plantations d’arbres, cours de taille et d’entretien, commandes groupées d’arbres organisées par les associations arboricoles. Plusieurs leviers de valorisation des récoltes existent, comme un pressoir à jus de pommes, un atelier de pressage de noix en huile, des plateformes de collecte de fruits… Mais ça ne suffit pas à rééquilibrer l’important différentiel entre le potentiel de production et les besoins. Rien que sur le ban de Butten, « il y a plus d’arbres que d’habitants », indique Claude Hoh. Très précisément 4 042, surtout des quetschiers, pruniers, pommiers, mais aussi des mirabelliers, cerisiers, poiriers, noyers. Qui produisent quelque 342 tonnes de fruits, estime Claude Hoh, ce qui représente « 120 000 litres de jus de pomme ou 500 l d’eau-de-vie ou encore 180 000 tartes ». De quoi nourrir plusieurs fois tous les habitants de Butten, même convertis au régime frugivore… Faire évoluer les prés-vergers Dommage, car le concept de pré-verger est plutôt intéressant d’un point de vue agronomique. En effet, il permet de maximiser la production agricole, en exploitant au mieux l’espace aérien et souterrain : les précipitations, l’ensoleillement, les réserves nutritives, tout est optimisé. Alors, plutôt que de laisser ces vergers péricliter et pénaliser les performances d’élevage, Claude Hoh propose de faire évoluer progressivement ces prés-vergers. Première étape : sortir les quetschiers qui arrivent en bout de course et qui produisent les fruits les plus difficiles à valoriser. Les remplacer par d’autres espèces, soit d’arbres fruitiers plus adaptés à la demande, par exemple des pommiers précoces, soit des essences destinées à la production de bois, comme l’alisier, le cormier, l’érable champêtre, le tilleul, le noyer… Il restera alors à organiser des chantiers de récolte concertés, pour valoriser au mieux ces nouveaux produits. Mais pas avant plusieurs décennies, ce qui laisse le temps aux producteurs de s’organiser ! Pour Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace et éleveuse en Alsace Bossue, le modèle des prés-vergers doit perdurer : « Nous sommes nombreux à pratiquer l’agriculture biologique, ce qui implique l’obligation de faire pâturer nos troupeaux. Or avec le dérèglement climatique, les épisodes de fortes chaleurs estivales risquent de se répéter, et nous devons pouvoir procurer de l’ombre aux animaux. Sans oublier que les arbres constituent des puits de carbone et contribuent donc à atténuer le changement climatique. »

Publié le 08/11/2018

Dans le cadre de sa semaine consacrée aux énergies renouvelables, le Conseil départemental du Haut-Rhin a organisé une table ronde autour de la méthanisation. Une filière encore très peu développée dans le département qui ne manque pourtant pas d’intérêt, notamment pour le monde agricole.

D’ici quatre ans, la centrale nucléaire de Fessenheim devrait cesser son activité pour de bon. Avec la disparition annoncée de cette grosse production d’électricité se pose la question de l’avenir énergétique du Haut-Rhin. Un sujet essentiel pour le Conseil départemental, conscient de tous les enjeux liés à cette fermeture. « Dans cet élan, nous devons questionner le rôle que nous tous, élus, entrepreneurs, associatifs, citoyens avons à jouer dans la reconversion énergétique au niveau local vers un monde décarboné », explique la présidente de la collectivité, Brigitte Klinkert. Pour apporter des éléments de réponse aux interrogations qui voient le jour, le Département a organisé, du 14 au 19 octobre dernier, la semaine « ça turbine dans le Haut-Rhin ». Cinq journées articulées autour de différents évènements, tous liés à la thématique de l’énergie et son ancrage local. Dans cette transition énergétique en devenir, le monde agricole a clairement une carte à jouer, que ce soit avec la production d’électricité solaire ou avec la méthanisation. Dans le premier cas, ce sont les toits des bâtiments agricoles qui offrent de réelles opportunités pour y poser des installations photovoltaïques performantes. Dans l’autre, c’est la disponibilité abondante de matière organique qui apporte un argument de poids en faveur de la production de biogaz. Un point qui a été souligné et défendu lors de la table ronde organisée sur le sujet le vendredi 19 octobre à l’hôtel Resort Barrière, à Ribeauvillé. Parmi les différents projets de méthanisation en lien avec le monde agricole, celui du Florigaz, dans la communauté de communes de Guebwiller, est en réflexion depuis 2013. L’objectif serait de produire 10 gigawatts de biométhane avec une injection intégrale dans le réseau. Ce gaz alimenterait 400 foyers. Ce méthaniseur sera alimenté par 22 000 tonnes d’intrants, dont un tiers d’effluents agricoles, un tiers de bio déchets, et un tiers de déchets issus d’industries agroalimentaires. Un partenariat avec l’usine Sojinal a ainsi établi en ce sens. Pour obtenir la matière première agricole, les porteurs du projet se sont tournés vers les services de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) qui ont fait le lien avec les agriculteurs. Comme le souligne Jean-François Strehler, conseiller en énergie-drainage à la CAA, parmi les trois projets de méthaniseur évoqués en 2014 avec le Conseil, c’est celui de Guebwiller qui a suscité le plus d’intérêt auprès des agriculteurs. Depuis, une société a été créée par ces derniers afin de devenir l’interlocutrice commune dans le cadre de ce projet Florigaz. La particularité de ce projet est que le produit de la méthanisation est exclusivement dédié à la production de chaleur, tandis que dans le cas des deux centrales déjà opérationnelles dans le Haut-Rhin (Agrivalor à Ribeauvillé et Quentlou à Moernach), le biogaz sert à la fois à la production de chaleur et d’électricité. « Bien s’entourer » pour monter son projet Par rapport aux autres départements du Grand Est, le Haut-Rhin est celui qui est le moins bien pourvu en méthaniseurs agricoles. À titre de comparaison, on en trouve treize en Meurthe-et-Moselle, dix-neuf dans les Vosges, dix dans les Ardennes, ou encore sept dans le Bas-Rhin pour ne citer qu’eux. Le Haut-Rhin a donc de la marge pour ne serait-ce que se mettre au niveau de ses voisins. Sauf qu’on ne s’improvise pas producteur de biogaz du jour au lendemain, tout comme on ne peut se décréter agriculteur juste en plantant une rangée de choux dans son potager. « C’est un métier nouveau, il faut un savoir-faire », résume le directeur de la FDSEA du Haut-Rhin, Michel Busch. Philippe Meinrad, cogérant de la société Agrivalor, a pu s’en apercevoir lorsqu’il a créé sa centrale de méthanisation en 2011. « En plus des difficultés liées à la réglementation, il y avait la difficulté de maîtriser la technologie. Même s’il n’y a finalement rien de compliqué, cela demande des connaissances électriques. Il faut donc bien s’entourer. » D’autres éléments rentrent en ligne de compte pour un projet réussi de méthanisation sur un territoire donné. Pour Michel Busch, l’un des plus importants reste une « coordination efficace avec les uns et les autres ». « D’où la nécessité pour la profession agricole d’être présente le plus en amont possible dans les dossiers », estime-t-il. Transparence « indispensable » avec la population Il est également indispensable d’être transparent auprès de la population environnante. Ainsi, des portes ouvertes sont pour lui « juste essentielles ». « Il faut être très vigilant en périphérie de village pour que le regard des gens ne dérape pas. Il faut être très réactif afin de montrer que cela s’intègre bien dans le paysage, tant d’un point de vue visuel qu’olfactif. » Philippe Meinrad confirme : « Des fois, on se dit qu’on devrait faire plus de portes ouvertes. Les gens ne savent pas et ne se rendent pas compte de ce qu’on est capable de faire. Mais c’est vrai qu’on est tellement pris dans notre quotidien qu’on ne prend pas assez le temps de le dire. » Michel Busch invite aussi à être « vigilant » sur l’épandage de digestat issu de la méthanisation. « Il ne faut pas tomber dans une situation complexe par rapport à la qualité de l’eau. Ce digestat doit être épandu en toute transparence afin de ne pas avoir de souci par rapport à des zones d’eau potable. » Enfin, les représentants agricoles présents à cette table ronde insistent sur un point préalable à toute construction de méthaniseur agricole, ou en lien avec l’agriculture : la disponibilité des matières premières. « Tout projet doit être construit en fonction de ça. Si on ne peut pas alimenter le méthaniseur, en quelques mois, il est mort. Et un petit projet, c’est entre trois et quatre millions d’euros, ce n’est pas neutre. D’où l’intérêt de construire des partenariats avec lucidité », prévient le directeur de la FDSEA 68. Des bénéfices environnementaux et économiques Monter un projet qui tienne la route est d’autant plus pertinent quand on liste les avantages listés par Michel Busch procurés par les méthaniseurs agricoles : permettre au Haut-Rhin d’avoir son autonomie énergétique par rapport au gaz, maintenir une diversité de paysage en maintenant une agriculture sur tous les terroirs, permettre aux éleveurs de valoriser leurs fumiers et lisiers, apporter une nouvelle rémunération aux exploitants et être moins dépendant de la volatilité des marchés, valoriser des cultures bas intrants et ainsi apporter une solution supplémentaire aux problématiques liées à la qualité de l’eau… Une liste non exhaustive complétée par Philippe Meinrad, alimentée par sept années de production de biogaz. « Il y a un avantage environnemental certain étant donné qu’on valorise les déchets organiques. Il y a aussi un réel intérêt économique. Dans notre cas, la chaleur qu’on fournit au casino Barrière leur coûte trois fois moins cher que du gaz normal. Inévitablement, des économies vont se mettre en place étant donné que c’est une énergie qui a vocation à être utilisée localement. Enfin, je constate que ce méthaniseur a permis à mon exploitation d’être bien plus pérenne qu’avant. Nous avons déjà créé dix emplois sur le site, et nous sommes bien plus à l’aise avec les personnes de notre territoire étant donné qu’on leur apporte une solution. »

Journée de démonstration Baehrel Agri au Gaec Schaeffer

Le Väderstad Rapid 300 pour attaquer la campagne de semis

Publié le 31/10/2018

La maison Baehrel Agri à Marlenheim, organisatrice d’une matinée de démonstration dimanche dernier, espérait que le semoir Väderstad Rapid 300 puisse faire étalage de ses performances. Hélas, le mauvais temps ne l’a pas permis.

Qu’importe ! Avec la complicité des Jeunes Agriculteurs du canton de Marlenheim, de nombreux agriculteurs sont venus s’entretenir avec l’équipe Baehrel Agri et boire un vin chaud. Au grand temps bleu du matin a très vite succédé la pluie. Le Rapid 300 est donc resté en exposition sur les terres du Gaec Schaeffer. C’est l’inspecteur commercial Grand Est de Väderstad, Jérémie Guilleminot, qui a fourni les explications techniques. Un « rapide » coup d’œil sur les disques semeurs montre que ce semoir est un concept de semis à lui tout seul. Le terrage est contrôlé à chaque binôme de disque semeur depuis la cabine. Le principe de semis repose sur un système disque-coutre relativement agressif, avec jusqu’à 245 kg de pression de pénétration. Ce Rapid 300 se décompose en cinq phases. Un packer pivot sur la flèche soulage le tassement du tracteur et libère au besoin son relevage avant. Le lit de semences est proposé ici avec un crossboard à doubles disques, là encore assuré par un terrage réglé hydrauliquement depuis la cabine. Ensuite, l’élément semeur, dont la profondeur est contrôlée par les roues de consolidation, est suspendu sur un silentbloc caoutchouc qui évite le pianotage de l’ensemble en terrains irréguliers. Le coutre place la graine juste sous la zone travaillée. Enfin, deux rangées décalées de roues de consolidation indépendantes assurent chacune le rappui de deux lignes de semis et de la ligne de fertilisation. À noter ce détail d’importance qui est le décalage alterné des roues (OffSet) pour éviter la double contre-pression latérale sur la ligne de semis, améliorant grandement les conditions et la régularité de germination au final. Bien sûr, le Rapid 300 dispose d’un combiné pour fertilisants. Väderstad a fait le choix d’incorporer l’engrais entre deux lignes de semis. Quant à la semence, elle est alimentée par voie hydraulique et c’est un radar de vitesse d’avancement qui la dose précisément. Väderstad a veillé à la facilité d’étalonnage et de réglage. Le Rapid 300 et son grand frère le 400C/S admettent un deuxième semoir, le BioDrill pour des microgranulés par exemple. Et pour les férus d’e-technologies, Väderstad a développé l’E-Control sur iPad, permettant une configuration et un étalonnage à distance du semoir. Bref, ce Rapid 300 s’inscrit dans la lignée des semoirs Väderstad qui bénéficient d’une grande aura sur le Grand Est avec des semoirs pionniers en TCS.

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