Vie professionnelle

Service de remplacement du Bas-Rhin

Une demande croissante

Publié le 29/03/2022

Vendredi 18 mars, le service de remplacement du Bas-Rhin (SR 67) a tenu son assemblée générale. Ses responsables Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont présenté le bilan de l’année écoulée aux principaux partenaires : la Chambre d’agriculture Alsace, la MSA d’Alsace, la CAAA, la FDSEA du Bas-Rhin, Terra job et Groupama. Le nombre de jours travaillés par les agents du SR 67 a bondi de 23 %, entre 2020 et 2021. 2021 enregistre la plus forte demande de ces dix dernières années.

Suite aux élections du nouveau bureau des JA 67, l’assemblée générale du SR 67 a démarré vendredi 18 mars, par la présentation du nouveau président JA et SR 67 : Yannis Baltzer. Il succède à Julien Koegler, maire à Gerstheim, qui abandonne ses responsabilités syndicales. Yannis pourra toujours compter sur Christophe Haas, très investi au SR 67 et qui effectue son dernier mandat JA cette année 2022, et sur Guillaume Fuchs, utilisateur du SR fraîchement élu. Anthony Carbiener était aussi là pour son dernier round JA. Autre nouvelle : Marilyn Chardonnet, responsable du SR 67, coordinatrice, quittera son poste le mois prochain, en avril. Les JA recrutent sa remplaçante. Les « sortants » peuvent se targuer d’un bilan excellent. En 2021, près de 8 000 jours de services ont été rendus par le SR 67, tous motifs confondus : accident, hospitalisation, maternité, paternité, congés, complément de main-d’œuvre, formation syndicale. Le nombre de jours travaillés par les agents du SR 67 a bondi de 23 % entre 2020 et 2021, mais seulement de 10 % par rapport à une année normale (hors Covid). 2021 enregistre ainsi la plus forte demande de ces dix dernières années : en cause vraisemblablement, les « bébés Covid » (40 % de maternité et paternité en plus en 2021) et les hospitalisations reportées à cause du Covid. Ces remplacements représentent environ 64 000 heures en 2021. Le SR compte 274 agents de remplacement, dont quatre sont en CDI, soit presque quarante ETP. Deux agents supplémentaires devraient être recrutés en CDI dans les mois à venir, pour prendre la place de deux agents en CDI partis depuis peu ; ainsi qu’un CDD (six mois), sachant qu’un CDD de six mois est déjà en poste. Les salariées administratives représentent, elles, 1,5 ETP. Audrey Schmitt, arrivée en 2021, travaille à mi-temps pour le SR 67 et à mi-temps pour les JA 67. Un peu plus de 300 agriculteurs adhèrent au SR 67 : un chiffre stable. Mais ils sont 407 à utiliser le service, dont 44 femmes. Communiquer Via le SR Grand Est, le SR a bénéficié d’une belle campagne de communication en 2021 : dix articles dans la presse agricole, des vidéos, une page Facebook dynamisée par ces contenus et les offres d’emploi du Bas-Rhin. Si le SR 67 est intervenu aux stages 21 h pour les futurs installés, malheureusement, la finale de labour n’a pas eu lieu dans le Bas-Rhin en 2021. Encore trop d’agriculteurs ne savent pas ce qu’est le SR, déplore Julien Koegler. L’ex-président, aujourd’hui, relève surtout une baisse des demandes au SR pour cause de « répit ». « Sur les trois derniers trimestres, il n’y a eu aucune sollicitation du SR 67 pour ce motif », précise-t-il. Charge aux assistantes sociales de la MSA d’Alsace mais aussi à tous les confrères agriculteurs, note Julien Koegler, de guider les exploitants en difficulté morale et/ou financière, pour qu’ils s’octroient grâce au SR 67, un moment de répit, de vacances, loin de la ferme. Tous les bénéficiaires étaient revenus enchantés sur leurs exploitations, à en croire les représentantes de la MSA présentes. L’enveloppe nationale dévolue aux « répits » n’est jamais consommée, rappelle un élu de la MSA. Celle dédiée aux formations syndicales se réduit comme peau de chagrin, déplore Julien Koegler, qui en appelle à la Chambre d’agriculture Alsace pour que ce budget cesse d’être raboté.     Rationaliser Si le pic des 8 000 jours de remplacement a été atteint, Julien Koegler met en garde : il doit y avoir adéquation entre l’offre et la demande. « La demande pourrait avoisiner les 10 000 jours mais nous n’avons pas les salariés en face pour y répondre », prévient-il. Christophe Haas poursuit : « Il y a un équilibre économique à trouver : si le salarié rentre à son domicile entre deux traites et qu’il n’a pas d’autre mission, ce n’est pas rentable. On essaie toujours de lui trouver une mission à côté. » La question des frais kilométriques est abordée. Les dépenses sont étonnamment stables entre 2020 et 2021, grâce à cet effort de rationalisation. Mais avec l’augmentation récente du prix de l’essence, une prime ou une augmentation pérenne devrait être consentie aux agents, sachant qu’un agent roule en moyenne, 800 km par mois. Le compte de résultat 2021 atteint les 1 277 000 euros mais le déficit équivaut à 29 500 euros, alors qu’en 2020, un bénéfice de 31 500 euros était notifié. 2022 devrait voir les comptes se rééquilibrer, d’après Julien Koegler, même si la hausse du prix de l’essence pèsera toujours. En fin de séance, Groupama a enjoint le SR 67 à faire la promotion de son assurance, puisqu’au-delà de 20 jours, le remplacement pour cause d’accident n’est plus pris en charge par la Caisse d’assurance accidents agricoles d’Alsace (CAAA). Le SR 67 et Groupama Grand Est ont ensuite signé une convention mise à jour. Pour rappel, l’agriculteur déclare le sinistre au SR, qui remonte à l’assurance. Ce travail du SR est rémunéré, autant que son rôle de prescripteur. Si, depuis les années 1980, l’échange de bons procédés qui simplifie la tâche aux exploitants avait cours, aujourd’hui, la convention le formalise.    

Inauguration des unités de méthanisation de Gommersdorf et Traubach-le-Bas le 14 mars

« C’est un complément à nos activités, pas une concurrence »

Publié le 11/03/2022

Lundi, les unités de méthanisation Hopla Gaz et Métha Gaz de Gommersdorf et Traubach-le-Bas seront enfin inaugurées, quelques mois après leur mise en service. La concrétisation d’un projet porté par un collectif d’agriculteurs motivés. Vincent Dietemann en fait partie. Il retrace avec nous les grandes étapes de cette aventure commune, mais aussi les perspectives apportées par cette production de biogaz agricole pour leurs exploitations.

Vous organisez lundi des portes ouvertes du méthaniseur de Gommersdorf, en plus de l’inauguration officielle prévue de longue date, mais repoussée à cause de la crise sanitaire. Pour quelles raisons ? Vincent Dietemann : « La méthanisation pose toujours des problèmes dans certains secteurs du Haut-Rhin, notamment dans le monde agricole où des réticences subsistent toujours. On n’arrive pas à convaincre car il y a encore un gros déficit d’informations sur le sujet. En accueillant les élus, les agriculteurs et l’ensemble des personnes intéressées, on veut simplement montrer la réalité de ce qu’est réellement un méthaniseur agricole, son intérêt pour les éleveurs, mais aussi ce que cela implique concrètement en termes d’investissement et d’engagement de la part des uns et des autres. »   Pouvez-vous nous rappeler comment ces projets, « Hopla-Gaz » à Gommersdorf et « Métha-Gaz » à Traubach-le-Bas, ont vu le jour ? « Tout a démarré à l’hiver 2018. Nous étions plusieurs agriculteurs à réfléchir à la méthanisation depuis quelques années. Nous avons eu la chance de tomber sur le bureau d’études Opale, qui évaluait, à ce moment-là, la faisabilité d’une centrale de méthanisation dans le secteur. Quand ils sont venus me voir, je leur ai dit qu’on était prêt à s’engager mais qu’on n’arrivait pas à concrétiser le projet. La dynamique collective était là, mais il fallait la cadrer. »   Quelles étaient vos motivations initiales ? « L’idée était de valoriser nos effluents d’élevage qui posent de plus en plus problème vis-à-vis des riverains, et aussi de diminuer la facture de notre fertilisation, avec des engrais qui coûtent de plus en plus chers. »   Combien d’agriculteurs ont pris part au projet ? « Au départ, une vingtaine de fermes étaient intéressées. Au fil des discussions, certaines se sont retirées pour diverses raisons. Dans le collectif, tout ne se décide pas du jour au lendemain, il y a beaucoup de discussions, d’échanges. Et puis il faut savoir accepter les compromis, ne pas penser qu’à soi. Au final, quinze fermes se sont engagées : sept sur le site de Traubach-le-Bas et huit à Gommersdorf. »   Justement, comment faire pour qu’un tel collectif fonctionne et accepte d’œuvrer dans une direction commune ? « Nous avons créé une SAS et un GIE pour gérer ces deux sites. Nos fermes restent autonomes. Les revenus de chaque agriculteur sont proportionnels aux capitaux propres qu’il a investis au départ. Mais si la forme juridique est importante, le plus compliqué à gérer reste l’humain. C’est un peu comme une équipe de foot remplie de stars : si elles ne jouent pas ensemble, cela ne donne rien. Dans notre cas, c’est le bureau d’études qui a fait office d’entraîneur. Il a apporté un regard neutre sur le projet, permis aux uns et aux autres de s’exprimer. C’est là qu’on voit l’importance de se faire aider par des personnes extérieures quand on se lance dans un projet collectif d’ampleur comme celui-là. »     Comment se passe la gestion quotidienne de vos méthaniseurs ? « On a commencé par embaucher un salarié à temps plein, Arthur Szymkowiak, via notre GIE pour s’occuper des deux sites. Il est toujours en binôme avec un agriculteur qui intervient en cas de problème un peu compliqué. Nous avons établi un planning sur six semaines avec des rotations entre nous. Vu la nature du site, nous devons assurer une astreinte 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. »   Vous évoquiez des réticences qui subsistent à l’encontre de la méthanisation, notamment dans le monde agricole. Qu’est-ce qui explique ce phénomène selon vous ? « La méthanisation conserve une image négative à cause de ceux qui la pratiquent de manière intensive, comme on peut le voir dans le nord de l’Allemagne. Là-bas, ce sont des investisseurs qui sont derrière les projets. Leur objectif est de faire le maximum de bénéfices. Certains arrêtent même l’élevage juste pour faire ça car cela devient plus rentable. Ces exemples sont souvent cités pour décrédibiliser la méthanisation. Or, ce qui est fait en France n’a absolument rien à voir. La réglementation n’est pas la même, la philosophie non plus. Ici, ce sont des collectifs d’agriculteurs qui se mettent ensemble pour valoriser leurs effluents d’élevage, ce ne sont pas des investisseurs en quête de matière première. C’est un complément à nos activités, pas une concurrence. »   Quel est le gain pour vos exploitations ? « Il est tout d’abord économique et agronomique. Avec ces méthaniseurs, on assure 80 % de nos besoins en engrais. Avec la méthanisation, nous obtenons un digestat qui est actif plus rapidement et plus facilement qu’un simple engrais de ferme. Cela nous permet ainsi d’alléger considérablement la facture d’engrais de synthèse que nous aurions mis à la place. La matière organique est toujours présente dans le digestat, mais sous une forme différente, plus noble. Cela nécessite un peu de technicité pour la valoriser au maximum, mais cela vaut vraiment le coup au final. Il y a ensuite un aspect environnemental qui est non négligeable. Le biogaz qu’on produit est plus vertueux que le gaz naturel classique. Dans notre cas, il sert à alimenter, entre autres, les bus de la ville de Mulhouse par l’intermédiaire d’Alsen Énergies, fournisseur local de gaz et d’électricité. Le gros avantage de ce partenariat est que cela nous permet d’avoir un prix d’achat garanti pendant quinze ans. »   Cela a également permis de rapprocher le monde rural et le monde citadin… « En effet. Aujourd’hui, tout le monde veut rouler plus vert. Le gaz est une bonne solution, mais il faut bien le produire quelque part. Alors, autant aller le chercher là où il y a la matière première. Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Les grands groupes cherchent plutôt à s’approcher au plus près des villes, et aller chercher la matière première plus loin. Ce n’est pas la vision du monde agricole. Nous voulons recréer du lien entre ville et campagne, pas noyer la campagne dans la ville. »     Pour en arriver là, il a également fallu convaincre les communes et leurs habitants du bien-fondé et des atouts de vos méthaniseurs. Vous n’avez pas rencontré d’oppositions ? « On a eu quelques retours négatifs, mais ce sont des communes ou des personnes qui ne nous ont jamais laissé la possibilité de venir les voir pour présenter le projet. Avec eux, la discussion est impossible. À part ces quelques réfractaires, nous avons pu rencontrer la plupart des communes du secteur. Pour cela, je tiens à remercier Denis Nass qui, en tant que maire de Gommersdorf et élu à la Chambre d’agriculture, a facilité les prises de contact et de rendez-vous. À chaque fois, nous avons pris le temps de répondre à toutes les questions qui nous étaient posées. On a fait preuve de beaucoup de pédagogie, on a rassuré les inquiétudes. Nous avons rencontré des opposants pendant ces réunions. Et finalement, une bonne partie d’entre eux a changé de position, voyant bien que nos méthaniseurs agricoles n’avaient rien à avoir avec des structures plus industrielles qu’on peut voir ici et là. C’est aussi pour cela que nous avons décidé de créer deux petites unités au lieu d’une seule plus grosse. Non seulement, cela permet de réduire les déplacements pour amener les effluents, mais cela favorise l’acceptabilité par le public. Après, il reste toujours des gens à convaincre de l’intérêt de telles structures, leur montrer que cela ne porte aucun préjudice à l’environnement. Au contraire, cela peut apporter un plus. »   Est-ce que ces méthaniseurs permettent d’assurer l’avenir de vos fermes ? « Je ne dirais pas ça comme ça. Je pense sincèrement que c’est dommage d’en arriver là pour sauver nos exploitations. Par contre, cela nous apporte une visibilité à moyen terme qui est rassurante. C’est un revenu complémentaire bienvenu, et aussi un argument supplémentaire pour donner envie à nos jeunes de se maintenir sur les fermes. »   Pensez-vous que le contexte géopolitique actuel, avec la hausse vertigineuse des cours du gaz, puisse jouer en faveur de centrales de méthanisation comme les vôtres, plus « vertes » et locales ? « De prime abord, on pourrait dire oui. Mais je préfère me méfier de la première approche. Il y a toujours un revers de la médaille. Certes, le prix du gaz importé va augmenter, mais les engrais aussi. Il faut tout prendre en compte dans le calcul. Après, c’est toujours un atout d’être moins dépendant de l’extérieur. Sauf que bien souvent, les gens veulent du local, mais pas produit à côté de chez eux. C’est un paradoxe, mais une réalité quand même. Il y a encore beaucoup de travail pour faire évoluer les mentalités. »     Pour finir, quels conseils donneriez-vous à des agriculteurs qui voudraient se lancer dans un projet de méthanisation collectif ? « Dès le début, il faut que chacun joue carte sur table. La communication est essentielle. Il faut aussi s’imprégner de son projet, y croire vraiment. Dans ce cas, on peut l’expliquer, on peut convaincre. Il y a un vrai potentiel de méthanisation à développer dans notre pays. C’est à nous agriculteurs de montrer qu’on sait faire, et surtout bien faire. »

Publié le 10/03/2022

Les entreprises du paysage du Grand Est et d’Alsace manquent de main-d’œuvre, à tel point qu’elles refusent des chantiers. René Wolff et fils, à Hoerdt, dirigée par Jacky Wolff, le vice-président de l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep) Grand Est, n’échappe pas à la règle. Sa société est représentative : elle est confrontée aux mêmes défis que la plupart des autres dans la région.

Le chiffre d’affaires de la pépinière et entreprise du paysage René Wolff et fils, à Hoerdt, évolue à la hausse de 2 à 3 % en moyenne par an, depuis sa création dans les années 1960. Mais les trois dernières années, il a bondi de + 5 à + 15 % annuellement. « C’est dû aux clients particuliers. Nous rénovons beaucoup de jardins, depuis trois ans. Le Covid a accentué cette demande. Les gens étaient chez eux. Le jardin est devenu une pièce de la maison, un lieu de détente, planté de verdure. Surtout en Alsace, où on a la fibre verte, comme les Allemands et les Suisses. Les particuliers veulent aménager leurs extérieurs », explique Jacky Wolff, le président de l’entreprise, qui mise avant tout sur « le vert », pour des jardins qui changent au fil des saisons. Cette dynamique est générale. « On observe une forte hausse de la demande de la part des particuliers, dans tout le Grand Est et en France, depuis le premier confinement et déjà avant », atteste Adeline Visine, déléguée générale Grand Est pour l’Unep. Le chiffre d’affaires des entreprises du paysage dans le Grand Est (de 420 millions d’euros en 2020) a augmenté de 8 % entre 2018 et 2020. En France, il a crû de 6 % sur la même période, pour atteindre 6,25 milliards, fin 2020. La particularité du Grand Est est que jusqu’à 64 % du chiffre d’affaires résulte de la création de jardins et d’espaces verts, contre 55 % au national. René Wolff et fils a d’ailleurs son propre bureau d’études, propose ses dessins. « On a plus de marchés publics dans le Grand Est qu’ailleurs pour des créations de nouveaux espaces, que les collectivités entretiennent elles-mêmes par la suite », spécifie Adeline Visine. Ceci explique aussi que les 1 580 entreprises du paysage du Grand Est (soit seulement 5 % des 30 050 entreprises françaises) sont de plus grande taille, généralement, qu’ailleurs en France. Elles comptent en moyenne 3,7 actifs, contre 2,7 en France. Jacky Wolff emploie, lui, une trentaine de personnes. Et il recrute encore ! La société cherche deux personnes qualifiées, pour l’aménagement paysager, depuis deux ans. Priorité au recrutement « On manque de main-d’œuvre partout », constate Jacky Wolff. La tendance est en effet générale. En France, six entreprises du paysage sur dix ont du mal à recruter. Dans le Grand Est, qui comptait 7 150 actifs fin 2020, si 1 100 emplois ont été créés en deux ans, plus de 1 000 CDI restent encore à pourvoir, tant le secteur est dynamique. Sur ce millier de postes disponibles dans la région, environ 500 sont à doter en Alsace, puisque près de la moitié des entreprises du paysage du Grand Est sont basées en Alsace. Densité démographique et pouvoir d’achat supérieur aux autres départements sont en cause. Le Bas-Rhin et le Haut-Rhin totalisent 622 entreprises du paysage. « On refuse des chantiers depuis deux ans parce qu’on ne trouve pas de jardiniers, et parfois des chantiers importants, confie Jacky Wolff. C’est le cas de la plupart des entreprises alsaciennes. » « Les problèmes de qualification, le manque de motivation des candidats et surtout l’absence de candidatures sont les trois principaux freins », observe l’Unep. « Beaucoup de chefs d’entreprise sont débordés aussi. Ils ne publient pas d’offres d’emploi et les candidats potentiels ne savent donc pas qui recrute, où aller », détaille Adeline Visine. Jacky Wolff acquiesce : « Il faut réussir à motiver les apprentis, puis à fidéliser les jeunes. » Le dirigeant soigne donc sa politique salariale et les conditions de travail. « Les salariés sont la source du succès. On doit leur faire confiance. Ils mettent en œuvre et adaptent les idées », sait Jacky Wolff. 80 % des employés le sont en CDI et 10 % sont des apprentis. Il y a très peu de CDD dans les professions du paysage. C’est également le cas chez René Wolff et fils, qui compte trois apprentis. « Nous, on aime les MacGyver. Ils trouvent des solutions sur le terrain, avec le matériel qu’ils ont », résume Jacky Wolff, qui est aussi président du CFA d’Obernai depuis onze ans. Qui dit recrutement dit formation. Actuellement, 270 apprentis en aménagement paysager sont formés au lycée agricole d’Obernai, du CAP au bac pro. À la rentrée prochaine, un BTS Aménagement paysager va s’ouvrir, avec trois pôles de spécialité : génie végétal (environnement), pour les particuliers, pour les collectivités. « Ces diplômés-là seront assistants de la direction. Ils seront formés à la gestion et au dessin », précise Jacky Wolff. À Rouffach, du CAP au BTS, 260 apprentis sont dans les classes et dans les entreprises. Quant au lycée du Pflixbourg, à Wintzenheim, il accueille une centaine d’élèves en formation initiale. Au total, plus de 600 jeunes seront diplômés en Alsace prochainement. L’apprentissage, comme ailleurs en France, est la voie royale. Dans le Grand Est, en 2020 par exemple, 1 600 personnes étaient en formation, dont 1 100 apprentis, 350 en formation initiale et 150 en formation continue. Les entreprises du paysage recrutent à tous niveaux mais avoir le permis B est souvent une condition sine qua non. Les dirigeants sont ouverts aux personnes en reconversion professionnelle. Et pour cause, l’Unep recense quinze métiers du paysage différents, dont élagueur et installateur de piscine. Les maçons sont les bienvenus. « On en forme du monde ! Entre + 10 à + 20 %, chaque année », assure Adeline Visine. Une enquête exclusive, avec le Conseil régional, montre que 63 % des jeunes diplômés sont en CDI dans les deux ans qui suivent la fin de leurs études. Hausse des prix des matières premières Si les besoins en main-d’œuvre plombent la progression des entreprises du paysage, l’augmentation des prix des matières premières est un nouveau problème. « Les graines coûtent de 10 à 25 % plus cher », lâche Jacky Wolff. La raréfaction des végétaux serait à l’origine de ce bond. « Nous sommes très mécanisés. L’augmentation du gasoil nous touche aussi. Nous consommons entre 37 000 et 40 000 litres de gasoil par an. La hausse des prix nous impacte forcément », enchaîne-t-il. Depuis trois ans, René Wolff et fils investit dans des véhicules électriques, moins polluants, pour continuer à travailler dans l’Eurométropole de Strasbourg : entre 200 000 et 300 000 euros chaque année. Malheureusement, la pause de bornes pour (re) charger les batteries traîne… Les transformateurs à proximité de l’entreprise ne seraient pas assez puissants actuellement pour ce faire. « Aujourd’hui, soit on chauffe les bâtiments, soit on charge », synthétise Jacky Wolff, sans rire. Il a participé à la commission technique pour la mise en place de la zone à faibles émissions (ZFE). « Nous voulons tous polluer moins mais il faut y aller à petits pas, ne pas mettre la charrue avant les bœufs », conseille-t-il, satisfait que certains de ses outils, tels les camions-bennes, camions-grues et toupies-béton, bénéficient d’une dérogation de trois ans. Quant aux produits phytosanitaires, son entreprise n’utilise que le biocontrôle. « Des produits qui coûtent dix à vingt fois plus que l’intrant type Round up, souligne Jacky Wolff. Malgré cela, en bons gestionnaires, nous sommes en progression. »    

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