Vie professionnelle

Manifestation FDSEA-JA

Contraints, mais pas résignés

Publié le 05/11/2014

Quelques heures avant de « mettre le feu » à la campagne, la FDSEA et les JA du Haut-Rhin ont convoqué la presse pour exposer les revendications à l'origine de la manifestation nationale de mercredi. Une accumulation de contraintes, de charges et de surenchères administratives, le tout saupoudré de concurrence déloyale venant de nos voisins européens, ou d'embargo russe dont les réparations économiques se font attendre.

Le volcan « agriculture » s'est réveillé. Pour le moment, son activité se résume à quelques fumerolles parsemées ici et là sur le territoire haut-rhinois. Vingt feux « symboliques » allumés mardi soir le long de l'autoroute A35 et de plusieurs départementales pour montrer à toutes et à tous le ras-le-bol du monde agricole (voir pages suivantes). « Les contraintes sont toujours aussi fortes malgré les discours de bonnes intentions. Il est désormais urgent de passer aux actes », lance le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass. Pourtant, les problèmes ne datent pas d'hier. Cela fait de nombreuses années déjà que la profession monte au créneau pour dénoncer les « surcharges administratives », les « distorsions de concurrence » ou la « surenchère environnementale ». « Il y a bien eu des avancées comme l'exonération des charges sociales pour les travailleurs saisonniers. C'était une bouffée d'air frais et cela fonctionnait bien. Et pourtant, cela a été remis en cause », déplore Denis Nass. Des veaux à dix euros Parallèlement, les prix des céréales se sont écroulés au cours des deux dernières années. La tonne de maïs se négocie aujourd'hui entre 110 et 130 euros alors qu'elle s'affichait à environ 200 euros la tonne en 2012. Idem pour le blé qui est passé de 210-220 euros la tonne il y a deux ans à 140-145 euros la tonne aujourd'hui. « Qui accepterait de voir son revenu quasiment divisé par deux en aussi peu de temps ? » s'interroge un agriculteur d'Ostheim manifestement désabusé par la situation. Il est vrai que depuis l'embargo russe est passé par là, accentuant les difficultés pour l'ensemble des filières. « La pomme de terre d'Alsace est cotée à quatre centimes le kilo quand celle de la Marne n'est même plus cotée. C'est dramatique », commente le directeur de la FDSEA du Haut-Rhin, Michel Busch. « Nous ne sommes plus compétitifs sur rien. Produire français est aujourd'hui plus cher que d'importer d'un autre pays européen. Si nous n'avons pas tous les mêmes règles, comment pouvons-nous nous en sortir ? », se demande le secrétaire général de la FDSEA du Haut-Rhin, Pascal Wittmann. Une situation particulièrement marquée dans l'élevage et l'abattage. Il y a un an encore, un veau alsacien se vendait aux alentours de 150 euros. Aujourd'hui, dix euros suffisent pour se procurer un veau de quinze jours. Une chute vertigineuse quand on sait que le prix de l'insémination est de cinquante euros. Sans compter les coûts d'abattage en Alsace qui sont quasiment deux fois plus élevés qu'en Allemagne, à seulement quelques dizaines de kilomètres de là. « C'est une concurrence totalement déloyale. Leurs abattoirs sont ouverts 24 heures sur 24, emploient de la main d'oeuvre étrangère payée moins cher que nous et disposent de cahiers de charge moins contraignants. Dans ces conditions, comment lutter ? Tout ce que nous voulons, c'est les même règles pour tout le monde » poursuit Pascal Wittmann. « Il y a urgence à agir » La viande française n'est tellement plus compétitive que la majorité du boeuf (environ 75 %) servi en restauration hors foyer en France est importée. « Aujourd'hui, tout le monde se sert la ceinture et va au plus économique. Sur un appel d'offres, on ne peut pas rivaliser. Pourtant, la restauration hors foyer représente un marché immense pour nos filières. Il suffirait de quelques décisions politiques simples pour changer la donne », complète Michel Busch. C'est d'ailleurs la deuxième revendication des huit points durs (voir encadré) revendiqués par la profession agricole : deux plats sur trois d'origine française dans la restauration hors foyer. « Dans les lieux collectifs, 80 % des produits sont étrangers. C'est un simple constat. Nous pouvons faire largement mieux, mais nous avons besoin de davantage de souplesse pour gagner en compétitivité » appuie Denis Nass. Le syndicat majoritaire des agriculteurs se défend néanmoins de vouloir faire du protectionnisme. « Ce n'est pas de la fermeture de frontières. Nous sommes pour l'Europe, mais avec les mêmes règles partout. Nous voulons de la cohérence et du bon sens. » Cela fait des années que la profession réclame des mesures allant dans ce sens. Sans pour autant avoir la sensation d'être véritablement écoutée. En tout cas, sans véritable impact sur la baisse continue du nombre d'agriculteurs dans le Haut-Rhin : 3 200 aujourd'hui contre 5 000 il y a cinq ans. « C'est bien pour cela qu'il y a urgence à agir. Sans quoi il n'y aura plus que 1 000 agriculteurs dans le département dans très peu de temps », s'inquiète encore Denis Nass. Un avertissement Certes, il y a une pyramide des âges qui vieillit, laissant sur le carreau de nombreuses exploitations sans repreneurs. Mais il y a aussi l'inquiétude, ou le scepticisme c'est selon, des jeunes vis-à-vis d'un métier qui fait de moins en moins envie. Alors que les JA du Haut-Rhin pouvaient s'enorgueillir du nombre d'installations annuelles ces dernières années, les premières estimations pour 2014 affichent un visage moins encourageant. « Entre 2010 et 2013, le nombre d'installations dans le département est passé de 25 à 50. Cette année, nous devrions en avoir 35. Pourtant la dynamique des JA reste la même, mais dans les campagnes, il n'y a plus la même envie de s'installer », regrette le président des JA du Haut-Rhin, Thomas Obrecht.  Moins envie de s'installer peut-être, mais une envie toujours farouche d'exister et de vivre tout simplement. C'est en tout cas ce qui est ressorti des discussions avec les agriculteurs rencontrés mardi soir. « Nous sommes, pour la grande majorité, passionnés par notre métier. Nous ne lâcherons pas comme ça. Nous montrons que nous pouvons nous mobiliser très vite dans nos campagnes. Nous montrons que nous sommes solidaires, que nous pouvons exprimer notre désarroi sans pour autant tout casser. Mais attention, tout ceci reste un avertissement. La colère est bien présente et certains agriculteurs sont désespérés. Des mesures doivent être prises rapidement avant que cela ne dérape », commente un agriculteur rencontré à Guémar. Le volcan gronde, gare à l'éruption.

Publié le 25/09/2014

Les dégâts de gibier, un problème récurrent dans nos campagnes. Et notamment en montagne. Une réunion entre les professionnels du monde agricole, de la forêt et de la chasse a eu lieu récemment à Lapoutroie. Si l'objectif de faire baisser les effectifs de cervidés semble une évidence, les moyens pour y parvenir ne font pas consensus.

Une dizaine de personnes étaient présentes à cette réunion. Et notamment Patrick Chaize président du canton de la « montagne » de la fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) du Haut-Rhin, Aurélien Garnier délégué « chasse » à la FDSEA, Cédric Barlier représentant des Jeunes Agriculteurs, Jean-Marie Miclo président de la forêt privée du Haut-Rhin, des élus locaux et des représentants de la fédération des chasseurs. « Nous avons surtout parlé des dégâts de gibier rouge comme le cerf. Sa surpopulation devient effrayante et occasionne des dégâts toujours plus importants. Contrairement au sanglier qui creuse la terre quand il passe, le gibier rouge pâture. La désolation est totale après son passage. Si on laisse continuer à proliférer ce gibier rouge, nous allons manquer d'herbe et de fourrage », constate Aurélien Garnier. Il a ainsi déjà été compté plus de cinquante cerfs sur une seule parcelle. Les résultats sont immédiats : douze balles de foin faites sur six hectares alors que, d'habitude, les agriculteurs en font douze à l'hectare. Du jamais vu selon les professionnels. Et le problème s'observe tout particulièrement sur Fréland et au Bonhomme, sur le massif du Bresoir, ainsi que dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines. « Nous allons être obligés d'aller acheter du fourrage en plaine », ajoute Aurélien Garnier. Un problème pour les professionnels en production biologique et ceux qui transforment. « Par rapport à nôtre Appellation d'Origine Protégée (AOP), on se met alors en péril car, avec ces transports supplémentaires et ces déplacements de marchandises, on ne respecterait plus la cahier des charges. Et puis, cette circulation supplémentaire risque de bloquer la circulation dans la vallée », constate Patrick Chaize. Faire baisser les effectifs de cervidés En tout cas, une réaction s'impose car les professionnels ne peuvent que constater les pertes de rendement qu'ils subissent. En 1997, ils comptaient jusqu'à 80 bovins et avaient assez de fourrage pour pérenniser leur exploitation. Aujourd'hui, ils ont une cinquantaine de bovins sur la même surface qu'auparavant, mais sont obligés d'acheter du fourrage. En moyenne, aujourd'hui, les professionnels doivent constater jusqu'à dix hectares de dégâts de gibier et de sanglier sur une surface de 80 hectares. « Il est absolument vital de faire baisser les effectifs de cervidés pour revenir, au moins, à la situation d'il y a quelques années. Cela permettrait de limiter les dégâts agricoles et forestiers », précise Aurélien Garnier. Les agriculteurs de montagne sont également opposés à l'engrillagement de parcelles dans leurs près dans les forêts privées. « Cela occasionne de frais supplémentaires, mais surtout, nos paysages et nos exploitations ne sont pas des prisons. Et puis, nous sommes dans une zone touristique. Cela donnerait une bien triste image de nos vallées », estime Patrick Chaize. Les professionnels en profitent également pour rappeler qu'avec la réforme de la Politique agricole commune, leurs entreprises sont déjà fragilisées tout comme l'AOP Munster. « Nous le répétons. Nous risquons de le perdre car, pour préserver l'AOP, nous devons avoir du fourrage de la zone d'appellation. Et l'AOP se base sur trois éléments importants : la zone géographique donc le terroir, la race de vache, et la nourriture. Si ces déplacements intempestifs nous obligent à aller chercher ce fourrage en plaine, on se met hors jeu et on perd les avantages. C'est la même chose pour le lait bio. Nous risquons de perdre notre certification car on a pas le droit de retourner les terres. Or, le sanglier et le cerf le font pour nous », note Patrick Chaize. Les agriculteurs de montagne en appellent donc à la raison et au dialogue constructif avec les élus locaux et les représentants de la chasse. « Nous devons nous écouter, nous respecter et nous entendre », conclut Aurélien Garnier.

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