Au terme d'une assemblée générale vivante et rondement menée, Thomas Obrecht, président depuis cinq années des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin, n'a pas sollicité de nouveau mandat. Christophe Bitsch, éleveur à Obermorschwiller, lui succède.
L'assemblée générale, qui a suivi une matinée de travail à huis clos dans l'amphithéâtre du lycée agricole de Rouffach, a porté sur le thème : « Quelles perspectives d'avenir pour les jeunes ? ». Car loin de vociférer contre la société actuelle, les jeunes agriculteurs du Haut-Rhin préparent le futur et veulent être une force de propositions. Le tout dans un monde qui bouge. « Notre métier a évolué et il est nécessaire que tout le monde en soit conscient. Loin des stéréotypes et des préjugés véhiculés par la télévision, il est important que le grand public nous voit comme nous sommes réellement : passionnés, impliqués, toujours motivés pour découvrir de nouvelles techniques et pour innover afin d'améliorer la qualité de notre alimentation et de notre environnement. Les clichés entre urbains et paysans génèrent des incompréhensions qui éclipsent complètement toutes les démarches positives que nous mettons en place », constate Sébastien Schmitt, secrétaire général des JA 68 dans son rapport d'activité. Ces démarches positives, les jeunes agriculteurs ont tenu à les montrer à leurs invités par le biais d'une vidéo tout d'abord, par la mise en perspectives d'actions concrètes ensuite comme, par exemple, les fermes ouvertes, les opérations « Tellus » dans les écoles ou encore les opérations « sourires » à Colmar et à Munster. L'occasion de montrer la solidarité et la communication collective du syndicat des jeunes dont le principal cheval de bataille reste, plus que jamais, l'installation. Là également, une vidéo a mis en valeur cette politique dynamique quoi doit permettre le renouvellement des générations dans le monde agricole. « Nous travaillons au quotidien pour créer un terreau favorable à la pérennité de nos exploitations, pour tenter d'offrir des perspectives de long terme à tous ceux qui souhaitent accéder au métier d'agriculteur au travers de projets viables, vivables et transmissibles », souligne Philippe Uhl, secrétaire général adjoint des JA 68, chargé du dossier installation.
Aider à l'installation
L'année 2015 est la première année de la mise en œuvre du nouveau dispositif pour l'installation et la transmission. Ce dispositif doit donner ces fameuses nouvelles perspectives d'avenir pour les jeunes. « Avec une revalorisation moyenne de 19 % des montants de la dotation jeune agriculteur (DJA), et dans le contexte économique actuel, le parcours à l'installation aidée connaît un regain d'attractivité », observe Philippe Uhl. Ce sont ainsi 109 entretiens individuels qui ont été effectués pour l'activité « Point accueil installation » l'année écoulée. De même, 27 dossiers ont été étudiés en commission départementale d'orientation de l'agriculture (CDOA). 74 % étaient situés en zone de plaine, 22 % concernaient des installations en viticulture, 15 % en maraîchage, 11 % en grandes cultures, 11 % en horticulture et 41 % contre toute attente en élevage. « Nous pouvons constater que, malgré les difficultés rencontrées, les jeunes ne perdent pas espoir en l'avenir. Ils souhaitent encore s'installer pour exercer. C'est par cette détermination que nous pourrons avoir demain une agriculture dynamique en sachant que l'âge moyen d'installation est de 27 ans. Afin de garantir un nombre pérenne de ces installations, nous continuons à les accompagner dans leurs parcours. Tous les ans, nous organisons trois stages collectifs 21 heures. C'est la dernière étape du parcours à l'installation aidée qui permet de consolider les bases de la carrière d'agriculteur », conclut Philippe Uhl. Toujours dans cette idée, les JA 68 organiseront le lundi 21 mars prochain une journée « installation » avec une matinée dans l'amphithéâtre du lycée agricole de Rouffach puis un après-midi consacré à la visite d'exploitation.
L'immobilisme franco-français
Toujours aussi vivante, l'assemblée générale s'est poursuivie avec les rapports sur les différentes filières : la montagne avec Tom Schott, les fruits et légumes avec Patrick Meyer, la viticulture avec François Schlussel, les grandes cultures avec Pierre Meyer, l'école des cadres avec Guillaume Stoffel sans oublier un bilan de la finale de labour des 29 et 30 août 2015 à Dietwiller par Patrick Meyer. Le rapport le plus attendu (et craint) a été celui consacré à l'élevage par Christophe Bitsch, vice-président sortant des JA 68 en charge de l'élevage. Après avoir rappelé les épisodes climatiques et le retour d'épizooties bien connues, Christophe Bitsch a expliqué la situation dramatique dans laquelle est plongé l'élevage français, alsacien et haut-rhinois, que ce soit pour les producteurs de lait ou de viande. « Un lait payé à 305 euros les 1 000 litres en moyenne en 2015 alors que vous n'êtes pas sans savoir que le coût de revient se situe autour de 340 euros ! Plusieurs phénomènes sont identifiés pour expliquer cette situation. Cela a déjà été dit partout. Mais, cela n'est le seul fait explicatif de cette situation qui s'éternise. Les sanctions prises par la France à l'égard de la Russie concernant la crise Ukrainienne ont entraîné un embargo sur les produits alimentaires qui étaient destinés à la Russie. Et nous en sommes les victimes collatérales. Nous avons des gouvernants pris pour des guignols par l'ensemble de la planète, ce qu'ils sont au final. Ils cherchent à donner des leçons mais qui ne mesurent pas la portée de leurs actes. Mais attention les entreprises laitières sont aussi responsables. La fin des quotas était annoncée depuis des lustres mais nos transformateurs ont fait preuve d'un immobilisme typiquement franco-français. Immobilisme coupable, immobilisme qui entraîne aujourd'hui la faillite de bon nombre d'entre nous. Nous avons affaire à des incompétents, sourds, muets et aveugles. Aucune réactivité, aucune capacité d'adaptation : leur seule marge de manœuvre consiste toujours à baisser le prix payé aux producteurs. Ces personnes sont à la tête d'entreprises qui partent à la chasse de marchés sur lesquels elles sont ultra-concurrencées par leurs homologues français, mais aussi étrangers. Le marché mondial ne va pas bien, mais chez nous, cocorico, le marché national ne va pas mieux. Pour une fois qu'on est au même niveau ! », constate Christophe Bitsch. Et de s'agacer contre ces enseignes de la grande distribution qui tirent les prix toujours au plus bas, sans pour autant baisser leurs prix de vente aux consommateurs. Même constat pour la viande bovine avec des élevages qui sont également au bord du gouffre « alors que 60 % du volume national est abattu par un seul homme : Bigard ! Le tout, avec la réforme de la politique agricole commune où tout le monde est perdant : les céréaliers comme annoncé, mais la plupart des éleveurs également. Quand tout cela va-t-il enfin s'inverser ? La destruction de l'élevage est en marche. Et ce ne sont pas des mesurettes de saupoudrage, sorte de rustines mal ajustées proposées par des abrutis qui ont eux-mêmes fait les trous qui vont nous sauver ! », ajoute encore Christophe Bitsch pour qui la crise actuelle est conjoncturelle, mais aussi et surtout structurelle.
« Nous réclamons des règles communes de productions »
Dans son rapport moral, le président sortant des JA 68 Thomas Obrecht a fait le même constat. « Tout le monde semble sourd face aux alertes que nous avons faites depuis longtemps. Rien n'est plus frustrant que d'avoir l'impression d'avoir tout fait et que rien n'a changé ! À croire que pour être entendu dans ce pays, il faille casser et être violent. Nous sommes face à un choix de société. Il est insupportable que nos produits ne soient plus vendus à leur juste valeur. Il nous faut interpeller l'opinion publique et lui faire comprendre que la crise que nous traversons va modifier le paysage agricole de notre pays. Dans un contexte mondialisé où la concurrence est sans limite, notre pays doit faire face à un choix : continuer de laisser mourir à petit feu nos exploitations ou se donner les moyens d'être dans la course avec nos voisins. Car c'est un réel génocide organisé de nos exploitations qui est en ce moment autorisé par nos hommes politiques. Plus personne ne mène la barque. Les élus se sont fait dépasser par leur administration et le rouleau compresseur normatif avance, peu importent les réalités, peu importent les conséquences. Seule une révolution peut retourner la situation. L'Europe ne joue pas son rôle, car trop de distorsions persistent encore les États. Nous vivons sur le même marché, alors nous réclamons des règles communes de productions ! Donnez-nous la chance de pouvoir concourir ». Une demande d'autant plus forte chez les jeunes agriculteurs qui investissent sur des dizaines d'années. La défense de l'installation, le renouvellement des générations, c'est le travail qu'a réalisé et défendu Thomas Obrecht lors de ses cinq années à la présidence des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin. Une mission effectuée avec une équipe motivée qu'il a tenu à remercier pour son engagement. « C'est une force pour notre syndicat, tant pour encourager les jeunes à reprendre des exploitations que pour partager avec le grand public la qualité du travail que nous faisons », a conclu Thomas Obrecht. Une action saluée par Ange Loing, administrateur national des JA 68, Guillaume Cognat, administrateur national de JA, Laurent Wendlinger vice-président de la Chambre d'agriculture d'Alsace (CAA), Denis Nass président de la FDSEA 68.
Le nouveau conseil d'administration des JA 68 sera désormais présidé par Christophe Bitsch, vice-président sortant en charge de l'élevage. Il sera notamment entouré par Pierre Meyer aux fonctions de secrétaire général et Emeric Bendélé comme trésorier. En tout, un CA de 18 personnes. « Nous sommes au travail immédiatement. La lutte continue », conclut ou débute Christophe Bitsch.