Vie professionnelle

Journée internationale des droits des femmes

Faire bouger les lignes

Publié le 10/03/2016

Le préfet de région, Stéphane Fratacci, a convié 28 femmes issues du monde agricole à dîner à l’occasion de la journée internationale pour les droits des femmes.

Mardi 8 mars, la parité n’était pas de mise à la préfecture de Région puisque le préfet accueillait 28 femmes à dîner, illustrant la diversité de l’engagement dans le monde agricole : exploitantes, élues, fonctionnaires, scientifiques, militantes syndicales ou bénévoles dans le secteur associatif, épouses, mères, des casquettes qu'elles portent souvent tour à tour au cours d'une même journée comme autant de jobs à plein-temps. 28 femmes de 30 à 75 ans, ce sont autant de parcours personnels et professionnels avec « pour point commun un fort attachement à leur territoire ». Les femmes en agriculture, c’est aujourd’hui 30 % des chefs d’exploitation mais derrière un homme agriculteur, il y a aussi souvent une femme qui prend sa place dans la conduite de l’exploitation familiale, « de la traite au ministre des Finances ». Les femmes apportent un regard différent sur le métier. Ce sont souvent elles qui apportent une certaine stabilité au ménage avec une source de revenu complémentaire en travaillant à l'extérieur ou en créant de la valeur ajoutée par un atelier de transformation, en allant vendre sur les marchés, en ouvrant un gîte ou des chambres d'hôtes… Les femmes, dans le monde agricole comme ailleurs, sont déterminées et entières. Elles affrontent les préjugés de leur génération, de l'époque où il n’y avait pas de place pour une fille dans l’exploitation familiale à la prise de responsabilité dans des cercles très masculins. Le monde agricole n'est ni plus ni moins macho qu'ailleurs. Les femmes s'y imposent progressivement, gagnant petit à petit leur place notamment dans les organisations représentatives où elles sont encore largement sous-représentées. Et comme ailleurs, la principale différence entre hommes et femmes réside dans cette présomption d'incompétences qu'elles doivent combattre en permanence alors que les hommes s'accordent généralement une présomption de compétences… Combien d'heures passées par ces élues à préparer leurs dossiers avant les réunions alors que certains de leurs collègues masculins n'avaient même pas lu le compte rendu avant la réunion ? Les femmes doivent démontrer leurs capacités avant de gagner la confiance et gravir les échelons. Et de remarquer que le chantier était encore ouvert pour le bureau de la nouvelle chambre de la grande région Alsace Champagne-Ardenne, Lorraine… Déterminées et passionnées Les femmes sont déterminées et passionnés ; elles aiment transmettre l'amour de leur métier, leur passion, à leurs clients, à leurs enfants, à leurs mandants. Elles sont des militantes engagées, dans le syndicalisme, dans des missions d’intérêt général, dans le secteur associatif. Mais Nathalie, Suzanne, Christiane, Danielle, Claire, Katia, Éliane, Frédérique, Doris, Denise, Jacqueline, Mélanie, Sylvia, Clarisse, Marie-Anne, Marthe, Christine, Alix sans oublier Danièle, Nouria, Françoise, Sophie-Anne, Viviane et Odile ne seraient pas ce qu'elles sont sans la confiance de ceux qui croient en elles. Des hommes : leurs pères, leurs maris et plus largement leur famille et amis, qui par la confiance accordée, leur donnent les ailes nécessaires pour mener tous ces combats.

Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin

Christophe Bitsch, nouveau président

Publié le 03/03/2016

Au terme d'une assemblée générale vivante et rondement menée, Thomas Obrecht, président depuis cinq années des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin, n'a pas sollicité de nouveau mandat. Christophe Bitsch, éleveur à Obermorschwiller, lui succède.

L'assemblée générale, qui a suivi une matinée de travail à huis clos dans l'amphithéâtre du lycée agricole de Rouffach, a porté sur le thème : « Quelles perspectives d'avenir pour les jeunes ? ». Car loin de vociférer contre la société actuelle, les jeunes agriculteurs du Haut-Rhin préparent le futur et veulent être une force de propositions. Le tout dans un monde qui bouge. « Notre métier a évolué et il est nécessaire que tout le monde en soit conscient. Loin des stéréotypes et des préjugés véhiculés par la télévision, il est important que le grand public nous voit comme nous sommes réellement : passionnés, impliqués, toujours motivés pour découvrir de nouvelles techniques et pour innover afin d'améliorer la qualité de notre alimentation et de notre environnement. Les clichés entre urbains et paysans génèrent des incompréhensions qui éclipsent complètement toutes les démarches positives que nous mettons en place », constate Sébastien Schmitt, secrétaire général des JA 68 dans son rapport d'activité. Ces démarches positives, les jeunes agriculteurs ont tenu à les montrer à leurs invités par le biais d'une vidéo tout d'abord, par la mise en perspectives d'actions concrètes ensuite comme, par exemple, les fermes ouvertes, les opérations « Tellus » dans les écoles ou encore les opérations « sourires » à Colmar et à Munster. L'occasion de montrer la solidarité et la communication collective du syndicat des jeunes dont le principal cheval de bataille reste, plus que jamais, l'installation. Là également, une vidéo a mis en valeur cette politique dynamique quoi doit permettre le renouvellement des générations dans le monde agricole. « Nous travaillons au quotidien pour créer un terreau favorable à la pérennité de nos exploitations, pour tenter d'offrir des perspectives de long terme à tous ceux qui souhaitent accéder au métier d'agriculteur au travers de projets viables, vivables et transmissibles », souligne Philippe Uhl, secrétaire général adjoint des JA 68, chargé du dossier installation. Aider à l'installation L'année 2015 est la première année de la mise en œuvre du nouveau dispositif pour l'installation et la transmission. Ce dispositif doit donner ces fameuses nouvelles perspectives d'avenir pour les jeunes. « Avec une revalorisation moyenne de 19 % des montants de la dotation jeune agriculteur (DJA), et dans le contexte économique actuel, le parcours à l'installation aidée connaît un regain d'attractivité », observe Philippe Uhl. Ce sont ainsi 109 entretiens individuels qui ont été effectués pour l'activité « Point accueil installation » l'année écoulée. De même, 27 dossiers ont été étudiés en commission départementale d'orientation de l'agriculture (CDOA). 74 % étaient situés en zone de plaine, 22 % concernaient des installations en viticulture, 15 % en maraîchage, 11 % en grandes cultures, 11 % en horticulture et 41 % contre toute attente en élevage. « Nous pouvons constater que, malgré les difficultés rencontrées, les jeunes ne perdent pas espoir en l'avenir. Ils souhaitent encore s'installer pour exercer. C'est par cette détermination que nous pourrons avoir demain une agriculture dynamique en sachant que l'âge moyen d'installation est de 27 ans. Afin de garantir un nombre pérenne de ces installations, nous continuons à les accompagner dans leurs parcours. Tous les ans, nous organisons trois stages collectifs 21 heures. C'est la dernière étape du parcours à l'installation aidée qui permet de consolider les bases de la carrière d'agriculteur », conclut Philippe Uhl. Toujours dans cette idée, les JA 68 organiseront le lundi 21 mars prochain une journée « installation » avec une matinée dans l'amphithéâtre du lycée agricole de Rouffach puis un après-midi consacré à la visite d'exploitation. L'immobilisme franco-français Toujours aussi vivante, l'assemblée générale s'est poursuivie avec les rapports sur les différentes filières : la montagne avec Tom Schott, les fruits et légumes avec Patrick Meyer, la viticulture avec François Schlussel, les grandes cultures avec Pierre Meyer, l'école des cadres avec Guillaume Stoffel sans oublier un bilan de la finale de labour des 29 et 30 août 2015 à Dietwiller par Patrick Meyer. Le rapport le plus attendu (et craint) a été celui consacré à l'élevage par Christophe Bitsch, vice-président sortant des JA 68 en charge de l'élevage. Après avoir rappelé les épisodes climatiques et le retour d'épizooties bien connues, Christophe Bitsch a expliqué la situation dramatique dans laquelle est plongé l'élevage français, alsacien et haut-rhinois, que ce soit pour les producteurs de lait ou de viande. « Un lait payé à 305 euros les 1 000 litres en moyenne en 2015 alors que vous n'êtes pas sans savoir que le coût de revient se situe autour de 340 euros ! Plusieurs phénomènes sont identifiés pour expliquer cette situation. Cela a déjà été dit partout. Mais, cela n'est le seul fait explicatif de cette situation qui s'éternise. Les sanctions prises par la France à l'égard de la Russie concernant la crise Ukrainienne ont entraîné un embargo sur les produits alimentaires qui étaient destinés à la Russie. Et nous en sommes les victimes collatérales. Nous avons des gouvernants pris pour des guignols par l'ensemble de la planète, ce qu'ils sont au final. Ils cherchent à donner des leçons mais qui ne mesurent pas la portée de leurs actes. Mais attention les entreprises laitières sont aussi responsables. La fin des quotas était annoncée depuis des lustres mais nos transformateurs ont fait preuve d'un immobilisme typiquement franco-français. Immobilisme coupable, immobilisme qui entraîne aujourd'hui la faillite de bon nombre d'entre nous. Nous avons affaire à des incompétents, sourds, muets et aveugles. Aucune réactivité, aucune capacité d'adaptation : leur seule marge de manœuvre consiste toujours à baisser le prix payé aux producteurs. Ces personnes sont à la tête d'entreprises qui partent à la chasse de marchés sur lesquels elles sont ultra-concurrencées par leurs homologues français, mais aussi étrangers. Le marché mondial ne va pas bien, mais chez nous, cocorico, le marché national ne va pas mieux. Pour une fois qu'on est au même niveau ! », constate Christophe Bitsch. Et de s'agacer contre ces enseignes de la grande distribution qui tirent les prix toujours au plus bas, sans pour autant baisser leurs prix de vente aux consommateurs. Même constat pour la viande bovine avec des élevages qui sont également au bord du gouffre « alors que 60 % du volume national est abattu par un seul homme : Bigard ! Le tout, avec la réforme de la politique agricole commune où tout le monde est perdant : les céréaliers comme annoncé, mais la plupart des éleveurs également. Quand tout cela va-t-il enfin s'inverser ? La destruction de l'élevage est en marche. Et ce ne sont pas des mesurettes de saupoudrage, sorte de rustines mal ajustées proposées par des abrutis qui ont eux-mêmes fait les trous qui vont nous sauver ! », ajoute encore Christophe Bitsch pour qui la crise actuelle est conjoncturelle, mais aussi et surtout structurelle. « Nous réclamons des règles communes de productions » Dans son rapport moral, le président sortant des JA 68 Thomas Obrecht a fait le même constat. « Tout le monde semble sourd face aux alertes que nous avons faites depuis longtemps. Rien n'est plus frustrant que d'avoir l'impression d'avoir tout fait et que rien n'a changé ! À croire que pour être entendu dans ce pays, il faille casser et être violent. Nous sommes face à un choix de société. Il est insupportable que nos produits ne soient plus vendus à leur juste valeur. Il nous faut interpeller l'opinion publique et lui faire comprendre que la crise que nous traversons va modifier le paysage agricole de notre pays. Dans un contexte mondialisé où la concurrence est sans limite, notre pays doit faire face à un choix : continuer de laisser mourir à petit feu nos exploitations ou se donner les moyens d'être dans la course avec nos voisins. Car c'est un réel génocide organisé de nos exploitations qui est en ce moment autorisé par nos hommes politiques. Plus personne ne mène la barque. Les élus se sont fait dépasser par leur administration et le rouleau compresseur normatif avance, peu importent les réalités, peu importent les conséquences. Seule une révolution peut retourner la situation. L'Europe ne joue pas son rôle, car trop de distorsions persistent encore les États. Nous vivons sur le même marché, alors nous réclamons des règles communes de productions ! Donnez-nous la chance de pouvoir concourir ». Une demande d'autant plus forte chez les jeunes agriculteurs qui investissent sur des dizaines d'années. La défense de l'installation, le renouvellement des générations, c'est le travail qu'a réalisé et défendu Thomas Obrecht lors de ses cinq années à la présidence des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin. Une mission effectuée avec une équipe motivée qu'il a tenu à remercier pour son engagement. « C'est une force pour notre syndicat, tant pour encourager les jeunes à reprendre des exploitations que pour partager avec le grand public la qualité du travail que nous faisons », a conclu Thomas Obrecht. Une action saluée par Ange Loing, administrateur national des JA 68, Guillaume Cognat, administrateur national de JA, Laurent Wendlinger vice-président de la Chambre d'agriculture d'Alsace (CAA), Denis Nass président de la FDSEA 68. Le nouveau conseil d'administration des JA 68 sera désormais présidé par Christophe Bitsch, vice-président sortant en charge de l'élevage. Il sera notamment entouré par Pierre Meyer aux fonctions de secrétaire général et Emeric Bendélé comme trésorier. En tout, un CA de 18 personnes. « Nous sommes au travail immédiatement. La lutte continue », conclut ou débute Christophe Bitsch.

En tracteur, en bus ou en train, ils sont venus de toute la France

5 000 agriculteurs manifestent leur colère à Paris

Publié le 11/09/2015

Après avoir bloqué le périphérique et fait le siège du parlement dès les premières heures de la matinée, des milliers d'agriculteurs se sont regroupés place de la Nation, à Paris, pour faire entendre leur colère, en attendant l'issue des négociations avec le Premier ministre, Manuel Valls. Ils ont été profondément déçus, même si les responsables agricoles ont obtenu quelques avancées.

Nombre d'entre eux étaient partis trois jours plus tôt, en tracteur. De longues caravanes d'agriculteurs ont ainsi sillonné les routes des provinces françaises, notamment depuis l'Ouest et le Nord, pour rallier la capitale le jeudi 2 septembre. Dès les premières heures de la matinée, ils ont envahi le périphérique pour une opération escargot, provoquant au passage un spectaculaire embouteillage. Mais, malgré les désagréments occasionnés, les Parisiens ont exprimé leur soutien et leur sympathie à l'égard des manifestants, leur mettant du baume au cœur. « Je suis impressionné par l'accueil des Parisiens qui nous ont filmés tout au long du parcours. Les agriculteurs qui participent à cette journée d'action s'en souviendront toute leur vie », a souligné un peu plus tard un président de FDSEA, du haut de la grande scène montée par la FNSEA et Jeunes Agriculteurs sur la place de la Nation. Au même moment, une délégation d'agriculteurs s'est rendue au Palais du Luxembourg où elle a été reçue par Gérard Larcher, président du Sénat. Un entretien très positif, aux dires de Xavier Beulin, président de la FNSEA, et de Thomas Diemer, président national des JA : un calendrier de travail précis a ainsi pu être établi. Dans la foulée, ils ont rencontré le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, lui demandant plus de sens pratique dans les textes qu'élabore l'Assemblée nationale. Le point d'orgue de la journée était sans conteste le rassemblement organisé sur la place de la Nation, vers laquelle tous les manifestants ont convergé à la mi-journée. 1 700 tracteurs et plus de 5 000 manifestants, cela fait du bruit ! Cette mobilisation était à l'image de la détresse des agriculteurs, en particulier les éleveurs qui ont atteint le point de rupture, entre charges écrasantes et prix déprimés. « Un message d'amour » Pendant ce temps, les responsables de la FNSEA et des JA ont été reçus pendant deux heures à l'hôtel Matignon. Le Premier ministre a indiqué qu'il voulait lancer « un message d'amour » aux agriculteurs français, en dévoilant son nouveau plan de soutien, qui vient compléter les mesures décidées en juillet. Un effort supplémentaire de 300 millions d'euros. « Votre mobilisation prouve que la France agricole n'est pas résignée, elle est debout », a déclaré Xavier Beulin un peu plus tard aux manifestants rassemblés autour de l'impressionnante statue du Triomphe de la République. « Le gouvernement nous a entendus. Tout n'est pas réglé, mais nous avons fait un grand pas en avant », a-t-il déclaré, avant d'énumérer les avancées obtenues : une prise en charge des intérêts d'emprunt à hauteur de 100 M€, un triplement des prises en charge de cotisations sociales pour atteindre 50 M€, une « année blanche » avec le report des annuités de 2015, une dotation supplémentaire pour le fonds d'allégement des charges, une baisse des cotisations sociales d'environ 50 M€. Des moyens plus spécifiques seront consacrés à l'élevage : les aides à l'investissement sont portées à 350 M€ par an pendant trois ans, des soutiens seront accordés aux outils d'abattage et de découpe. Par ailleurs, Manuel Valls a promis de définir, d'ici février, une nouvelle méthode pour mettre en place les normes environnementales, en concertation avec les agriculteurs, et d'ici là, de ne plus transposer de nouvelles règles européennes en droit français. Enfin, il a demandé à Stéphane Le Foll de maintenir la pression pour que les engagements pris par les industriels et les distributeurs en matière de hausse de prix soient tenus.  Mais tous les manifestants ne l'entendaient pas de cette oreille : dès la fin de l'intervention de Xavier Beulin, une poignée de jeunes agriculteurs ont exprimé bruyamment leur déception au pied de la grande scène, avec force huées, pétards et coups de corne. Mais à l'appel de leurs responsables départementaux, ils ont finalement choisi de se disperser dans le calme, pour ne pas entacher cette grande manifestation par des débordements. Seule une volute de fumée s'échappait d'un chariot de supermarché, où le feu avait été mis à des cagettes, comme un témoignage de leur mécontentement…

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