Chambre d’agriculture Alsace (CAA)
D'un Denis à l'autre
Chambre d’agriculture Alsace (CAA)
Publié le 09/03/2022
La session de la Chambre d’agriculture Alsace du 7 mars a été celle de l’élection de Denis Nass au poste de président de la structure. L’ex premier vice-président de la Chambre consulaire accède à la présidence alors que la guerre succède à la crise sanitaire. Les inévitables bouleversements géopolitiques engendrés par ce conflit étaient au cœur des débats.
Alors que Vladimir Poutine envahit l’Ukraine et annihile violemment son processus démocratique, la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) procède à ses élections. Certes le suspens n’est pas à son comble, mais la démocratie est à l’œuvre, dans une ambiance sereine et pacifique. Ces élections résultent d’un engagement pris par les deux Chambres départementales d’agriculture du Haut-Rhin et du Bas-Rhin lors de leur rapprochement en 2013, c’est-à-dire une alternance à mi-mandat entre le président et le premier vice-président, issus chacun d’un des deux départements alsaciens. Pour respecter cet engagement, Denis Ramspacher a envoyé une lettre de démission à la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier. Chacun des 67 membres élus en 2019 ont donc été invités à s’exprimer lors d’un scrutin à bulletin secret, lundi 7 mars. Denis Nass était le seul candidat à ces élections. Mais les votants pouvaient aussi voter blanc, ou pour quelqu’un d’autre, en annotant les bulletins blancs. Quarante électeurs ont participé à ces élections, en présentiel ou par procuration. Et ils ont élu Denis Nass à la présidence de la CAA, à 37 voix pour et trois votes blancs. Denis Ramspacher : « Il faut redonner de la valeur à l’acte de production » Dans la foulée, Denis Ramspacher a été élu premier vice-président à main levée. Quelques instants plus tôt, il s’est exprimé pour la dernière fois en tant que président de la CAA, dans un contexte marqué par le conflit russo-ukrainien, qu’il a décrit comme « un drame humain, à nos portes, qui ne se résumera pas à un vainqueur et un vaincu ». Face aux bouleversements des ordres géopolitiques, « l’Europe unie est la seule réponse pertinente », estime-t-il. Car la menace ne vise pas que l’Ukraine, mais aussi le modèle démocratique auquel la nation aspirait. « Plus que d’autres secteurs, l’agriculture sait ce que l’Europe apporte en termes de stabilité et de sécurité », a-t-il poursuivi. Mais même si l’Europe fait front commun, ce conflit entre deux super puissances agricoles risque d’être lourd de conséquences. Entraînés par le prix des céréales et des engrais, « les coûts de production grimpent en flèche ». Déjà, les filières d’élevage souffrent. Aussi, Denis Ramspacher déplore les critiques « injustes » qui sont portées à leur encontre en matière de bien-être animal, de contribution au changement climatique. « Un éleveur qui arrête ne reprendra jamais », prévient-il. Donc « attention à préserver l’attractivité des filières d’élevage et aussi des filières de diversification qui font la richesse du territoire alsacien ». Face au risque de voir la sécurité alimentaire de certains pays remise en cause, Denis Ramspacher estime nécessaire de revoir certaines orientations de la nouvelle Pac, comme le retour de la jachère. « Les solutions d’hier ne sont pas celles de demain », a lancé le futur premier vice-président, qui a affirmé croire en « l’innovation, la recherche, la diversité des réponses ». Autres raisons de continuer à envisager l’avenir avec optimisme : « Un tissu dense d’exploitations familiales, des filières d’excellence, une dynamique d’installation soutenue, une densité de population favorable aux circuits courts… » Denis Ramspacher a aussi dit sa fierté pour tout ce que le monde agricole entreprend pour produire mieux, diminuer son impact sur les ressources, contribuer à la transition énergétique. Pour que ces démarches soient durables « les agriculteurs doivent vivre dignement du fruit de leur travail, en bio comme en conventionnel, en circuits courts comme en filières longues ». Pour ce faire, « il faut redonner de la valeur à l’acte de production ». C’est l’objectif de la loi Egalim, mais le contexte actuel risque de compliquer encore davantage la répartition de la valeur ajoutée au sein des filières. Le futur ex-président a conclu son intervention sur la passation de pouvoir à la présidence de la CAA. « Diriger la CAA a été un honneur. L’établissement dispose de bases solides. Mais sa richesse ne se mesure pas qu’au bilan et au résultat financier. Sa richesse est aussi humaine. Je souhaite plein succès à Denis Nass pour sa mandature. » Denis Nass : « Une nouvelle mission au service des agriculteurs et de l’Alsace » Le nouveau président de la CAA, Denis Nass, a remercié les électeurs pour leur confiance, et a dit son émotion d’accéder à ce poste. « Ce n’est pas un aboutissement personnel, mais le début d’une nouvelle mission au service des agriculteurs et de l’Alsace. » Il a félicité Denis Ramspacher, « qui laisse une CAA saine et en ordre de marche », notamment pour sa méthode de travail, qui a consisté à laisser les Haut-Rhinois gérer les dossiers propres à leur département. « Je suivrai cette règle », a précisé le nouveau président. Il a formulé l’espoir que « la guerre cesse vite et que l’Ukraine conserve son indépendance ». Car le conflit a déjà des conséquences négatives « mesurables » pour l’agriculture, et elles seront « durables ». « L’épidémie de Covid-19 a eu pour effet de confirmer l’utilité des circuits courts. Cette crise sanitaire a été une première alerte. La guerre en Ukraine démontre qu’il est urgent de renforcer l’autonomie alimentaire et industrielle européenne pour préserver son indépendance », a analysé Denis Nass. Durant sa mandature, il concentrera ses efforts sur quatre enjeux stratégiques : la décarbonation de l’agriculture, le renforcement de sa résilience face aux aléas climatiques, le renouvellement des générations et la maîtrise de l’eau. « Le changement climatique, le renchérissement de l’énergie et des engrais, c’est maintenant », a justifié le président. Il souhaite donc une montée en puissance des réalisations des diagnostics carbone dans les exploitations, afin de « donner des pistes d’évolutions positives ». Le renforcement de la résilience aux aléas passera notamment par des soutiens financiers à un secteur agricole « stratégique ». Ils devront notamment être fléchés vers l’élevage, qui est « fragilisé par l’augmentation du coût des aliments ». Malgré la situation, Denis Nass s’est voulu encourageant : « Il est encore temps de construire des projets d’élevage, mais ils doivent être bien calés, notamment en matière d’autonomie alimentaire, et soutenus financièrement. » Pour favoriser le renouvellement des générations, il s’agit de faciliter les transmissions. « Je vais bientôt rencontrer les présidents des Jeunes Agriculteurs », a annoncé le président. Enfin, sur la question de l’eau, Denis Nass a partagé ses inquiétudes, face à un printemps qui s’annonce sec, et suite à une pluviométrie hivernale qui « ne rassure pas ». « L’accès à l’eau est une question stratégique pour l’agriculture alsacienne. Le juste partage de la ressource en eau entre les différents usages est un sujet prioritaire », a-t-il affirmé. Pour finir, Denis Nass a déclaré que la CAA allait continuer à travailler à la structuration des Chambres d’agriculture du Grand Est. « Elle n’y perdra ni son âme ni son autonomie, il est possible de partager l’intelligence collective en conservant les spécificités locales », a-t-il conclu.












