Vie professionnelle

Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace

Bien se former pour bien informer

Publié le 14/01/2022

La deuxième session de formation du Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace s’est terminée début décembre. À travers elle, des agricultrices et agriculteurs bas-rhinois et haut-rhinois ont pu apprendre les bases de la communication, de la pédagogie, mais aussi de la prévention des risques nécessaires au bon accueil de scolaires dans leurs exploitations. Retour d’expériences.  

Julie Fritsch Steib, agricultrice à Horbourg-Wihr : « Les enfants sont plus naturellement à l’écoute » « Je me suis inscrite à cette formation car le métier d’agriculteur est très méconnu. Pour inverser cette tendance, je me suis dit que ça serait bien de commencer par les enfants en leur expliquant et montrant concrètement ce que nous faisons. Ce sont les futurs consommateurs. Ils sont naturellement plus à l’écoute, ils sont là pour apprendre et emmagasinent des connaissances. Dans cette formation, j’ai appris des astuces pour leur parler, avec quels outils, comment faire pour qu’ils retiennent des informations et posent des questions. On peut leur expliquer des choses sans qu’ils soient influencés par la société qui les entoure, tandis que des adultes peuvent rester enfermés dans leurs croyances. La communication, c’est un métier et demande de l’apprentissage au préalable. C’est donc normal d’être rémunéré pour ses visites, c’est un vrai travail. »     Géraldine Uhl, agricultrice à Illhaeusern : « Je veux transmettre un message » « Je me suis inscrite au réseau Savoir Vert car je veux transmettre un message, apprendre aux enfants ce qu’est un légume, la saisonnalité. On n’apprend pas la communication dans nos études, à transmettre efficacement nos savoirs. Là, j’ai participé à une formation labellisée, qui va devenir un gage de qualité pour la population qui nous entoure. En guise de support pédagogique, j’ai créé une roue des saisons sur laquelle il faut essayer de placer les légumes. Mon objectif est aussi de faire comprendre le développement d’un légume, ses besoins en eau, soleil et engrais. Pour ça, l’idée est que les enfants manipulent chacun un godet de terre avec une petite plante, et repartent avec chez eux pour l’entretenir et la voir pousser. Je vais déjà commencer par la classe de maternelle de ma première fille. Je suis en contact avec la maîtresse que je n’ai pas eu besoin de convaincre. La prestation sera offerte pour cette école, car c’est celle de mon village. Ça me fait plaisir de lui offrir. Par contre, ça sera payant pour les autres écoles autour, comme pour mes confrères qui se sont inscrits dans cette démarche. »     Élodie Naegel, agricultrice à Bouxwiller (Haut-Rhin) : « Il faut utiliser des mots simples » « La ferme du Luppachhof était déjà une ferme pédagogique depuis vingt ans, en partenariat avec une association. Le partenariat a pris fin et nous avons souhaité, avec mon compagnon, Luc Diemer, conserver cette valeur ajoutée. Quand j’ai appris l’organisation d’une formation Savoir Vert, j’ai sauté sur l’occasion pour continuer dans cette voie. Par rapport à avant, les accueils qu’on réalise maintenant sont moins artificiels, on parle plus de notre métier. Avant, ça ressemblait plus à un zoo où les choses étaient mises en scène plutôt que montrées réellement. Pour parler aux enfants, il faut utiliser des mots simples et des outils ludiques qui vont leur permettre de comprendre ce que fait notre exploitation, et comment elle le fait. Nous avons la chance d’avoir une bonne réputation auprès des écoles grâce à tous les accueils réalisés ces vingt dernières années. Pour autant, c’est bien qu’on soit payé pour cette activité, c’est un boulot comme un autre. Nous avons racheté la ferme. Beaucoup d’argent en sort, pas beaucoup y entre. Du coup, cela apporte un petit coup de pouce bienvenu. »       Jean Becker, agriculteur à Ingwiller : « Cela s’inscrit dans la continuité pédagogique des élèves » « J’étais auparavant formateur en CFPPA. Intégrer le Savoir Vert est la continuité de ce que je faisais, mais pour toucher cette fois un public plus jeune. Ce qui me plaît avec Savoir Vert, c’est que ce n’est pas une simple visite d’exploitation, cela s’inscrit dans la continuité pédagogique des élèves, de la maternelle au lycée. À chaque niveau, il y a des choses à apprendre. Les écoles sont très demandeuses, il y a beaucoup de projets pédagogiques autour des jardins, de la nature et des légumes. J’ai établi deux scénarios : l’un pour le cycle des légumes, et l’autre sur la connaissance du sol. Pour les plus jeunes, on joue sur les cinq sens. Il y a aussi des observations de profil de sol au programme pour voir comment évoluent les racines d’une plante. J’espère que les enfants seront vecteurs d’informations envers les adultes, mais ce que je souhaite en priorité, c’est qu’ils aient les bases pour appréhender cette agriculture si mal connue, où subsistent de nombreux a priori. La rémunération de cette activité est cohérente. Non seulement, cela valorise le temps qu’on lui consacre mais cela permet de faire vivre un collectif puisqu’une partie est reversée au réseau Savoir Vert. » Sébastien Stoessel, agriculteur à Feldbach : « L’accueil est mieux structuré qu’avant » « Avec le Savoir Vert, je m’inscris dans un cursus qui amène une vraie pédagogie, indispensable pour que les gens aient enregistré les informations à la sortie de la visite. C’est clair que c’est plus facile de s’adresser à un enfant qu’à un adulte. Mais il faut tout de même un cadre qui ne soit pas trop technique, il ne faut pas les perdre en cours de route. L’accueil est mieux structuré qu’avant. On accueille les élèves à la descente du bus, on leur explique ce qu’on va faire et comment on va le faire. Puis on démarre le cycle du lait en commençant par le veau et en terminant par la salle de traite. En passant par les enfants, on touchera d’office les familles qui sont derrière. Peut-être que cela convaincra les parents de venir à leur tour pour en savoir plus. Nous voulons montrer la réalité, pourquoi la ferme est ce qu’elle est aujourd’hui. Il y a cinquante ans, toutes les fermes étaient pareilles. Aujourd’hui, chacune est un modèle, avec sa configuration, son histoire. Avec Savoir Vert, on entre dans un autre schéma qui implique des journées de formation. Notre temps, c’est aussi de l’argent, il est donc logique que nous soyons rémunérés. Ce n’est pas un complément de revenu pour autant. Mais ça permet de compenser une matinée où je ne serai pas présent avec associés pour travailler sur la ferme. »     Élise Happel, agricultrice à Masevaux : « Beaucoup d’enfants ne connaissent plus le milieu rural » « Nous pratiquons la vente directe à la ferme. Parmi nos clients, nous avons des professeurs d’école qui font beaucoup de demandes pour faire des visites avec leurs élèves. Beaucoup d’entre eux n’ont plus de connaissances du milieu rural, c’est donc important de remettre certaines valeurs au goût du jour. Dans les visites qu’on organisait auparavant, on laissait plus d’autonomie aux enfants. Désormais, c’est moi qui propose les activités en respectant certaines bases pédagogiques. C’est d’ailleurs toute l’utilité de la formation Savoir Vert : on apprend à cadrer nos visites, à ne pas s’évader, à savoir quoi répondre aux questions qu’on nous pose, mais aussi à savoir ce qu’attendent les enseignants et l’Éducation nationale. Ce qui est aussi intéressant avec cette formation qui s’étale sur plusieurs jours répartis dans l’année, c’est la dynamique de groupe qui se crée. On découvre les idées des uns et des autres, ce qui facilite la mise en place d’actions pédagogiques dans nos fermes. Et vu le temps qu’on passe à faire et préparer ses visites, c’est normal qu’on soit rémunéré. Et si c’est gratuit, c’est aussi moins cadré, et donc moins pertinent pour les enfants. »     Johanna Trau, agricultrice à Ebersheim : « On montre une culture générale oubliée » « J’ai toujours eu la volonté d’accueillir des enfants à la ferme. J’ai pu constater par le passé le décalage existant entre des écoliers des villes et la réalité de l’agriculture, mais aussi leur attrait pour ce milieu. Alors, quand l’opportunité Savoir Vert s’est présentée, je n’ai pas hésité. Le point fort de cette formation est qu’elle cadre bien les choses, avec l’objectif de montrer notre métier tel qu’il est vraiment, contrairement aux fermes pédagogiques que j’ai toujours perçues comme des zoos agricoles. Il y a une grande différence entre caresser un lapin parce qu’il est doux et mignon, et apprendre le lien entre ce que l’agriculteur fait, comment il le fait, et ce qui termine dans l’assiette des consommateurs. Outre le fait d’apprendre à être plus pédagogue avec les enfants, cette formation est aussi un partage d’expériences et de visions entre agriculteurs. On s’inspire les uns les autres, ce qui nous permet d’avoir un panel d’offres plus important à proposer aux classes. On montre une culture générale qui a été oubliée au fil du temps. C’est une communication positive qui permet aux enfants de repartir de nos fermes avec une bonne image de notre métier. Et ça, ça fait du bien au moral ! » Tania Kempf, agricultrice à Ebersheim : « Les enfants repartent avec le sourire jusqu’aux oreilles » « Je me suis inscrite à Savoir Vert car j’aime bien présenter ce que je fais, le métier d’agriculteur qui est mal vu et qui est pourtant très honorable. Avec cette formation, j’ai appris à mieux structurer mes visites. Ça sera mieux dirigé par le message que je veux transmettre. Les enfants sont un public moteur, c’est un peu eux qui montrent la voie, c’est l’avenir. Et puis ils sont entiers, à l’écoute. Quand ils arrivent, ils se pincent le nez parce que cela ne sent pas très bon, et ils repartent avec le sourire jusqu’aux oreilles, reconnaissants de ce qu’ils ont vu et entendu. Ils sont vraiment à l’écoute. On a créé plusieurs ateliers : une maquette pour faire sentir toutes les odeurs de la ferme, des jeux pour apprendre le vocabulaire, pour montrer ce qu’est une vache, comment elle est nourrie, traitée, etc. De base, je suis un peu timide et nerveuse quand je parle en public. À la base, je suis factrice. Aujourd’hui, je reprends l’exploitation même si cela fait trente ans que je m’occupe de la comptabilité. Mais sur les aspects techniques, j’ai besoin d’avoir des gens autour de moi pour me rassurer. J’ai parfois peur de dire des bêtises. Heureusement, les enfants sont plus innocents et nous accueillent tel qu’on est. »     Laure Fritsch, agricultrice à Mittelhausen : « Le but est d’intéresser les enfants » « Aujourd’hui, dans mon village, il y a beaucoup d’habitants qui viennent de la ville et qui n’ont jamais vu une vache ou un tracteur de près. On a régulièrement des problèmes de voisinage. On essaie de dialoguer mais les gens qui râlent le plus sont aussi les plus fermés. Une culture générale a disparu. Avec Savoir Vert, on permet aux enfants d’y accéder à nouveau. C’est un public plus à l’écoute et ouvert. J’avais déjà accueilli des petits groupes via les fermes ouvertes organisées par la FDSEA. Mais là, c’est différent. Non seulement, on est rémunéré, ce qui est logique au regard du temps consacré, et les visites sont mieux structurées. Nous avons travaillé sur plusieurs supports pédagogiques : des sacs à toucher, des boîtes à odeurs, des panneaux, des petits ateliers de transformation, des jeux… La communication n’est pas notre métier de base. Il y a beaucoup à apprendre. Le but est d’intéresser les enfants, pas de mettre en place une visite monotone. Par le jeu, ils vont apprendre et comprendre pas mal de choses. On a organisé des premières visites en allemand, avec la classe bilingue du village, pour apprendre le vocabulaire. L’institutrice a été très réceptive à ce projet. J’ai contacté d’autres écoles dans les villages voisins, mais avec la crise sanitaire, beaucoup ne savent pas s’ils peuvent venir ou pas. Mais ils sont globalement demandeurs de ce type d’activité, comme les périscolaires et les centres aérés d’ailleurs. »

Publié le 13/01/2022

La filière betteravière est toujours à la recherche de surfaces supplémentaires pour assurer la rentabilité de la sucrerie d’Erstein. Les résultats de la campagne qui s’achève et les perspectives à venir devraient permettre de convaincre des candidats. En effet, les cours du sucre et de l’éthanol augmentent, ce qui se traduit par une meilleure rémunération des betteraves. Les solutions pour lutter contre la jaunisse sans néonicotinoïdes arrivent. Et la betterave rapporte des points pour accéder aux écorégimes prévus par la Pac 2023.

Malgré une année 2021 encore assez mouvementée, notamment en raison du gel et de la jaunisse, l’embellie pour la filière betteravière se confirme. Lors des réunions de fin de campagne, Gérard Lorber, président de la section d’Erstein de Cristal Union, annonce une rémunération de la betterave pour 2022 avec un prix indicatif qui progresse à 28 €/t de betterave. « Au regard de l’augmentation des cours du sucre et de l’éthanol et de l’orientation de ces marchés, en annonçant ce prix-là, nous sommes très précautionneux. L’objectif global se situe à 30 €/t, voire plus ». Déjà cette année, la sucrerie s’était engagée sur un prix de 26 €/t, qui atteint au final 29 €/t. « Cela montre que nous tenons nos engagements », souligne Gérard Lorber, qui annonce la fin de la prime de compétitivité pour 2022, tandis que celle du maintien des surfaces est conservée. « Notre priorité est de ne pas décourager les nouveaux producteurs. Il s’agit au contraire de les encourager à nous rejoindre », justifie-t-il. Cristal Union augmente la rémunération des betteraves. Dans un courrier adressé à ses coopérateurs le 25 novembre 2021, le prix final moyen annoncé des betteraves contractées (BCR et BCC) sera « proche de 29 €/t » à 16°.https://t.co/ZQr0XfcNxm — Cristal Union (@Cristal_Union) November 30, 2021 Objectif 7 000 ha En effet, pour la sucrerie d’Erstein, le principal enjeu reste l’augmentation des surfaces. L’outil industriel est dimensionné pour traiter l’équivalent de 7 000 ha de betteraves, or, l’an passé la surface d’approvisionnement de l’usine s’était réduite à 5 300 ha. Il manque donc encore au moins 1 000 ha pour que l’outil industriel soit rentable. « Un important travail de démarchage a été fait », indique Gérard Lorber, qui rappelle qu’il y a deux ans, Cristal Union a fermé deux sucreries. « Si l’usine d’Erstein n’a pas subi ce sort c’est grâce à notre marché local porteur et à la régularité de notre production. Cristal Union croit en l’avenir du bassin de production alsacien, mais nous devons atteindre 7 000 ha de betteraves pour assurer la rentabilité de l’entreprise ». Si le niveau de rémunération reste le principal argument qui permettra de convaincre les agriculteurs qui hésitent encore, la filière betteravière alsacienne bénéficie de nombreux atouts. Elle est rodée et organisée de longue date. Elle ne requiert pas d’investissements dans du matériel spécifique. Les entreprises de travaux agricoles locales sont équipées. Elle permet de dégager une marge qui n’a rien à envier à celle du maïs (1 276 €/ha contre 1 268 €/ha pour un maïs non irrigué, d’après les calculs de la sucrerie). Elle apporte de la diversité dans les assolements, ce qui permet notamment de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Elle donne également accès aux coproduits comme la pulpe, dont les qualités sont très prisées des éleveurs. Au niveau agronomique, elle apporte de la diversité dans les assolements, ce qui permet notamment de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Elle requiert peu de fumure azotée. Elle est peu impactée par les corbeaux. Les planteurs sont accompagnés tout au long de l’itinéraire cultural par la sucrerie qui assure un suivi technique de proximité, sur le terrain. Enfin, la betterave offre de nombreux débouchés commerciaux et le groupe Cristal Union a mis en œuvre une stratégie industrielle performante qui lui permet d’adapter sa production d’alcool et de sucre en fonction des opportunités de marchés, ce qui permet de mieux rémunérer les betteraves. Jaunisse : l’après néonicotinoïdes se prépare Le principal sujet de préoccupation de la filière actuellement est à la fois agronomique et politique. Il s’agit de la jaunisse, qui cristallise le sujet polémique de l’interdiction des néonicotinoïdes (NNI). « La jaunisse a eu un impact fort en 2020, notamment dans le bassin parisien », rappelle Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de Betteraves (CGB). Les betteraviers ont obtenu une dérogation pour pouvoir continuer à utiliser des NNI durant trois ans, le temps de trouver des méthodes de lutte alternatives. Cette dérogation s’accompagne néanmoins de mesures devant atténuer l’effet du recours aux NNI sur les insectes pollinisateurs. Ainsi, après avoir cultivé des betteraves protégées avec des NNI, les agriculteurs ne peuvent cultiver qu’une céréale à paille ou du soja. Un maigre choix qui peut ne pas convenir à toutes les situations : « N’hésitez pas à nous contacter pour trouver des solutions », encourage Franck Sander. Le maïs pourra revenir dans les assolements en N + 2, et les cultures mellifères en N + 3. Mais dans deux ans, de quelles solutions disposeront les planteurs pour lutter efficacement contre la maladie sans NNI ? 20 M€ ont été investis dans le Plan national de recherche et innovation (PNRI) par l’État et les différents acteurs de la filière pour élaborer des solutions alternatives. « Elles seront à la fois génétiques, fondées sur le biocontrôle, les répulsifs, et les cultures hôtes », préfigure Franck Sander. De manière générale, « l’avenir de la lutte contre les ravageurs au moyen de produits phytosanitaires va devenir plus compliqué », poursuit-il. Donc autant se préparer à faire autrement. Déjà en 2021, près de 60 % des betteraves semées n’étaient pas protégées avec des NNI. Certains secteurs ont été plus touchés que d’autres, notamment lorsque des traitements à large spectre ont été effectués sur d’autres cultures, entraînant une réduction de la faune auxiliaire. Pac : Et un bon point pour la betterave La réforme de la Pac va aussi impacter la filière betteravière. « Le pire a été évité, estime Franck Sander. Nous sommes partis d’une rotation obligatoire à la parcelle au respect de critères environnementaux pour accéder aux écorégimes. » Niveau de rotation, présence de prairies, de légumineuses, labellisation HVE, bio, enregistrement des pratiques, utilisation d’outils d’aide à la décision, sont autant de manières d’obtenir les points nécessaires pour accéder aux écorégimes. Et, bonne nouvelle pour la filière, la culture de la betterave fait partie des cultures qui font gagner des points. « Il faut l’avoir en tête pour préparer les assolements de 2023 », souligne Franck Sander. Une campagne arrosée Marion Humbrecht, responsable relations culture à la sucrerie d’Erstein, est revenue sur la campagne 2021, qui a été marquée par des précipitations abondantes et un manque d’ensoleillement. Tout avait pourtant bien commencé, avec « des labours d’automne réalisés dans de bonnes conditions, une bonne reprise au printemps, des semis débutés dès le 25 mars, toujours dans de bonnes conditions ». Les premières levées ont été observées le 2 avril, suivies de près par un épisode de gel, qui a nécessité de resemer quelque 200 ha. Puis, en raison de conditions printanières fraîches, les betteraves ont végété. « Elles ont accumulé deux semaines de retard végétatif qui n’ont pas été rattrapées jusqu’à la fin de la campagne. » En Alsace près de 60 % des betteraves n’étaient pas protégées avec des NNI. L’émergence des pucerons a donc été surveillée de près, afin d’être « le plus réactif possible » dans le déclenchement des traitements. Les altises sont apparues en avril, mais avec une faible pression. « Ça a été un bon point, parce qu’il n’y a pas eu besoin de déclencher des traitements qui auraient pu impacter les populations d’auxiliaires », rapporte Marion Humbrecht. Les premiers pucerons verts ont été détectés le 5 mai, signant le début de la protection insecticide, « réalisée si possible en même temps que les herbicides ». Les populations d’auxiliaires se sont vite développées donc, globalement, les betteraves F8 (à 8 g de téfluthrine) en zone jaunisse ont reçu un à deux traitements insecticides contre les pucerons. « Le stade couverture des rangs a été enfin et difficilement atteint autour du 9 juin ». Après un été pluvieux, caractérisé aussi par un développement très tardif de la cercosporiose, mais qui a été maîtrisée grâce au plan d‘action mis en oeuvre, les arrachages ont débuté en octobre dans des conditions de récolte correctes, quoique parfois humides. « Le dernier camion a été chargé le 21 décembre », indique Marion Humbrecht. Belle richesse et rendement correct Au final, le rendement moyen atteint 89 t/ha de betterave à 16°S, indique Laurent Rudloff, responsable du service betteravier de la sucrerie d’Erstein. Un résultat qui aurait pu être encore meilleur, avec un peu plus de chaleur et de rayonnement. La richesse, avec une moyenne à 18°S, est très satisfaisante. « C’est la meilleure du groupe Cristal Union. » Cette moyenne masque néanmoins de fortes variations, notamment du nord au sud. Côté réception, Laurent Rudloff note une certaine tension entre le rythme d’arrivée des betteraves à l’usine et ses besoins. « C’est un point que nous devrons anticiper davantage à l’avenir pour le confort de tous. » Le niveau de tare a été plus élevé cette année, à mettre en relation avec les conditions d’arrachage humides. À l’avenir « nous allons peut-être commencer à bâcher les tas plus tôt car, en plus de protéger les betteraves contre le gel et d’améliorer leur conservation, cela améliore l’efficacité du déterrage ». En moyenne, l’usine a traité 5 990 t de betteraves par jour, ce qui s’est traduit par une production de sucre de 900 t/j en moyenne. « C’est une cadence très satisfaisante », commente Laurent Rudloff. Avec un rendement de 14 t sucre/ha, Erstein se classe parmi les meilleures élèves des usines du groupe Cristal Union. La transformation des betteraves a permis de produire 68 000 t de pulpe, qui plus est de « très bonne qualité grâce à la régularité de l’usine ». Un volume qui a permis de respecter les tonnages annoncés aux éleveurs. Le décalage des dates d’ensilage des maïs n’a pas été sans poser quelques problèmes logistiques à la sucrerie. La fin de la campagne d’arrachage a permis de tester l’ouverture de l’A355. Pour la filière, c’est plutôt un flop, avec « 12 km en plus, des frais de péage supplémentaires », et pas vraiment de gain de temps pour des camions dont la vitesse est de toute manière limitée. « Nous sommes en train d’étudier les alternatives et aménagements possibles, mais il n’y aura pas forcément d’issue favorable », prévient Gérard Lorber. Dans quelques jours, toutes les usines du groupe Cristal Union auront achevé leur campagne betteravière. « Le bilan de la campagne 2021 pour le groupe est estimé à 13,8 t de sucre/ha pour 13 Mt de betteraves travaillées en 105 jours de campagne », a conclu Gérard Lorber, avant de passer la parole aux techniciens de la sucrerie qui ont détaillé les perspectives agronomiques pour la campagne à venir. Perspectives que nous détaillerons dans une prochaine édition.

Association des producteurs de céréales et oléagineux

Des leçons à tirer après une campagne éprouvante

Publié le 08/01/2022

Le 16 décembre, l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco) se retrouvait enfin en présentiel pour son assemblée générale annuelle. Un moment attendu qui a permis de tirer les leçons d’une année 2021 éprouvante pour l’ensemble de la filière haut-rhinoise avec une campagne de maïs grain passée à deux doigts de « l’accident industriel ».

L’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco) a enfin pu tenir son assemblée générale en présentiel le 16 décembre dernier à Sainte-Croix-en-Plaine. Un soulagement pour son président, Thomas Obrecht, heureux de retrouver physiquement ses collègues céréaliers, mais aussi heureux de terminer une année 2021 qui aura donné des sueurs froides à l’ensemble de la filière. Cela avait tout d’abord démarré avec la récolte de céréales d’hiver et des colzas, minée par le gel, l’excès d’eau et, au final, une hétérogénéité en qualité et quantité « qui en a surpris plus d’un ». Si le soja a ensuite « bien survécu » dans son ensemble avec une récolte réalisée dans les temps, c’est la moisson du maïs grain qui a donné du fil à retordre. « Les anciens diront que c’était normal il y a trente ans. Mais pour moi, c’est une première », témoigne Thomas Obrecht. Les « limites » de la tardivité L’accident industriel n’est en effet pas passé loin avec une récolte bien plus tardive que les années précédentes, un taux d’humidité très limite par endroits, et un rendement globalement moyen. « Et cela ne reflète pas la grande diversité des résultats qu’on a pu observer entre le Jura alsacien et le Ried », précise-t-il. Heureusement pour les céréaliers, la « chance » a un peu souri, permettant d’amortir des résultats moins bons qu’à l’accoutumée : l’augmentation du prix de vente des céréales, liée à la hausse des cours mondiaux, a permis de « masquer » le désagrément du rendement, de la qualité et des frais de séchage. « Nous devons cependant être plus que jamais vigilants. Le vécu de cette année doit nous obliger à prendre la bonne direction et les bonnes décisions », prévient le président. L’une d’elles concerne le choix des variétés à implanter. Les très tardives, plébiscitées ces dernières années par bon nombre de maïsiculteurs, ont probablement montré leurs limites en 2021 sous les effets d’une météo globalement plus froide et pluvieuse que les campagnes précédentes. « Cette année, beaucoup d’agriculteurs ont très mal dormi à cause des variétés très tardives qu’ils avaient semées », observe Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis - Institut du Végétal. Conséquence : des taux d’humidité élevés dans beaucoup de parcelles, entraînant de fait une hausse exponentielle des coûts de séchage. « À 30 % d’humidité en 2021, cela représentait 378 euros la tonne », note Didier Lasserre. Et ceci dans un contexte où le coût de l’énergie continue de progresser d’année en année. « Le problème est que nous sommes en concurrence avec des pays qui ne sèchent pas leur maïs, ou très peu. Cela constitue un avantage concurrentiel très important sur notre maïs alsacien », continue l’ingénieur d’Arvalis. Malgré ces déboires, la plante majeure dans la SAU alsacienne a encore largement de l’avenir dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. « Notre territoire est fait pour ça, c’est indéniable. Ce n’est pas pour rien que nous avons d’excellents rendements. On s’est peut-être dit que le climat serait toujours favorable. Cette année nous a prouvé que non. Il n’y a rien de dramatique à mon sens. Par contre, cela doit nous inciter à réfléchir différemment. Des variétés précoces G2 semées fin mars, début avril, avec un engrais starter, une floraison en juin, pourraient être intéressantes dans certaines parcelles. C’est en tout cas un challenge intéressant », pointe Didier Lasserre. Sans qualité, plus de débouchés Pour Thomas Obrecht, il est désormais impératif de rester « raisonnable » collectivement sur le choix des variétés implantées. « C’est la filière maïs tout entière qui en dépend, pour nos céréaliers, nos éleveurs, et pour l’ensemble des professionnels qui gravitent autour. Nous devons être capables d’offrir des produits d’une qualité irréprochable aux marchés. Nous devons tous être responsables. » Chez les industriels, en effet, le maïs livré doit respecter un cahier des charges très strict. « Et quand ce n’est pas le cas, ils ne sont pas contents et nous le disent, explique Michèle Waegele la directrice générale d’ECU, la société de commercialisation commune à la Coopérative Agricole de Céréales et la ZG Raiffeisen. Cette année, nos clients hollandais nous ont demandé, en début de campagne, des analyses d’aflatoxines de nos maïs. C’est la première fois qu’on nous le demande car il y a eu un scandale en Hollande en 2020. On doit donc être encore plus vigilants sur la qualité de nos céréales. » Quand la qualité n’est pas là, la confiance s’en va. « On se retrouve avec des semouliers qui résilient leurs contrats. Ils se tournent alors vers d’autres marchés et reviennent difficilement en arrière du moment que la logistique est bien établie », prévient Michèle Waegele. « Heureusement, nous avons plusieurs leviers à activer pour assurer la qualité de nos maïs : le climat, des terres fertiles, l’irrigation, une technicité éprouvée. Mais c’est vrai que le choix variétal joue beaucoup. La situation s’est beaucoup dégradée à cause d’indices de plus en plus tardifs qui ont un impact direct sur le risque mycotoxines et l’humidité. Quand on voit ce qu’on perd en euros/tonne à l’arrivée, comme cela s’est produit en 2014 par exemple, on peut légitimement se demander si le risque en vaut le coup », ajoute la directrice générale d’ECU.

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